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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>La Rue</title>
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		<dc:date>2018-11-20T21:00:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Emmanuel Chevrier</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; D'aucuns pensent que les choses et les lieux ont des &#226;mes et d'autres pensent qu'ils n'en ont pas. Quant &#224; moi, je ne saurais dire, mais il faut que je vous parle de la rue &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; H.P. Lovecraft &#171; La rue &#187; 1920 &lt;br class='autobr' /&gt;
Nombreux sont ceux qui consid&#232;rent, au travers d'insouciantes fl&#226;neries, la nature comme le haut lieu d'extases sensorielles. Pour ma part, les for&#234;ts, campagnes, et autres paysages aux couleurs verd&#226;tres m'indiff&#232;rent et m&#234;me m'ennuient au plus haut point. Je trouve naus&#233;euse (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton867.jpg?1542652046' width='150' height='112' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; D'aucuns pensent que les choses et les lieux ont des &#226;mes et d'autres pensent qu'ils n'en ont pas. Quant &#224; moi, je ne saurais dire, mais il faut que je vous parle de la rue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; H.P. Lovecraft &#171; La rue &#187; 1920 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_310 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/la_rue-dessin4.jpg?1542651986' width='500' height='372' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-310 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2018
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Nombreux sont ceux qui consid&#232;rent, au travers d'insouciantes fl&#226;neries, la nature comme le haut lieu d'extases sensorielles. Pour ma part, les for&#234;ts, campagnes, et autres paysages aux couleurs verd&#226;tres m'indiff&#232;rent et m&#234;me m'ennuient au plus haut point. Je trouve naus&#233;euse l'odeur d&#233;gag&#233;e par l'humus, et ne supporte pas le contact mouill&#233; de la ros&#233;e matinale. Depuis l'enfance, j'ai toujours v&#233;cu dans de grandes agglom&#233;rations, et les rares moments pass&#233;s &#224; la campagne, lors de vacances ou de visites de famille, furent pour moi un v&#233;ritable calvaire d'ennui et de morosit&#233;. Malgr&#233; les efforts, je ne parviens pas &#224; me rem&#233;morer un seul bon souvenir de ces p&#233;riodes. Fort heureusement, l'&#226;ge adulte, entre autres avantages, permet &#224; l'Homme de choisir ses propres loisirs et lieux de vill&#233;giatures, sans plus &#234;tre d&#233;pendant des d&#233;cisions de personnes &#171; responsables &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des endroits du monde que j'ai pu visiter jusqu'alors, je ne connais que les villes, &#224; travers lesquelles je retrouve toute la richesse intellectuelle et la culture d'un pays ou d'une r&#233;gion. Et des cit&#233;s o&#249; j'ai v&#233;cu, je peux me vanter de conna&#238;tre chaque avenue, chaque place, chaque rue. J'aime &#224; en arpenter toutes les art&#232;res, &#224; me perdre dans l'infini labyrinthe de ses immeubles et passages, v&#233;ritable fourmili&#232;re humaine o&#249; l'agitation est permanente, o&#249; l'on peut &#224; tout moment d&#233;couvrir mille secrets, ou voir son destin changer au coin de la rue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui pourtant, je vis seul, en un lieu isol&#233;, loin de toute civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commen&#231;a en ce d&#233;but d'ann&#233;e 1986, alors que j'errais sans but pr&#233;cis dans un quartier de la capitale. L'hiver &#233;tait install&#233; depuis quelques semaines, le froid &#233;tait mordant et les rues peu fr&#233;quent&#233;es. Au sortir d'une place, quant &#224; elle grouillante d'un monde plein d'une vie intense et press&#233;e, je d&#233;bouchai sur une rue d&#233;serte que jamais jusqu'alors je n'avais remarqu&#233;e. Il m'&#233;tait pourtant d&#233;j&#224; arriv&#233; de visiter ces lieux, et m&#234;me, en &#233;tais-je certain, de sortir de la place en empruntant cette m&#234;me direction. Peut-&#234;tre y avait-il eu des travaux, entre-temps ? N&#233;anmoins, je ne d&#233;celai pas trace de chantier, r&#233;cent ou non : aucune signalisation, ni engin. Les murs des immeubles &#233;taient l&#233;zard&#233;s, le bitume n'avait pas l'aspect caract&#233;ristique d'un rev&#234;tement neuf. Une observation plus pouss&#233;e des lieux me donna rapidement un certain sentiment de malaise. Je me rendis compte qu'il n'y avait tout simplement pas trace de vie en cet endroit. Les volets &#233;taient pour la plupart ouverts, ainsi qu'une fen&#234;tre, mais, malgr&#233; la faible luminosit&#233; en cette fin d'apr&#232;s-midi, pas une lumi&#232;re n'&#233;tait allum&#233;e. J'avan&#231;ai de deux pas afin d'avoir une vue plus &#233;tendue de la rue. L&#224; encore, la m&#234;me impression m'envahit. Il r&#233;gnait en ces lieux une tranquillit&#233; mortelle ; pas une &#226;me n'arpentait les trottoirs (ces derniers &#233;tant d'une propret&#233; impossible), aucune poubelle n'&#233;tait visible, m&#234;me le vent semblait s'&#234;tre enfui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je cherchai la plaque indiquant le nom de la rue, elle &#233;tait bien appos&#233;e contre le mur du premier immeuble, mais un panneau d'interdiction de stationner m'en cachait la vue. J'h&#233;sitai. Devais-je poursuivre ma route afin de satisfaire ma curiosit&#233;, ou au contraire jouer de prudence et rebrousser chemin ? Mon vague sentiment de malaise avait peu &#224; peu grandi en moi et d&#233;sormais une petite voix int&#233;rieure m'intimait de fuir, mais &#8211; que n'ai-je &#233;cout&#233; cette voix de la raison ! &#8211; la curiosit&#233; finit par l'emporter, et, sans m&#234;me en avoir vraiment conscience, j'avan&#231;ai d'un nouveau pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais d&#233;sormais face &#224; la rue, et jouissais d'une vue d'ensemble. Je per&#231;us une derni&#232;re fois le brouhaha &#233;manant de la place derri&#232;re moi avant que ma vie ne bascule.&lt;br class='autobr' /&gt;
Encore aujourd'hui, je ne saurais &#234;tre affirmatif sur ce dont j'ai &#233;t&#233; t&#233;moin ce jour-l&#224;. De nombreuses ann&#233;es se sont &#233;coul&#233;es depuis lors, ann&#233;es durant lesquelles mes r&#234;ves ont &#233;t&#233; hant&#233;s d'images abominables d'apocalypse, et j'avoue ne plus &#234;tre tr&#232;s s&#251;r de pouvoir &#224; tout instant distinguer le r&#234;ve de la r&#233;alit&#233;. Toujours est-il que les moindres d&#233;tails de cette promenade sont ancr&#233;s &#224; jamais dans ma m&#233;moire, et ce pour le reste de mon inutile existence &#8211; &#224; moins que la folie ne vienne m'en d&#233;livrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fis donc un pas de plus et m'arr&#234;tai net, laissant tous mes gestes en suspens. Je me souviens avoir eu l'impression que mon corps se liqu&#233;fiait de l'int&#233;rieur, comme si un funeste magicien avait ordonn&#233; &#224; sa baguette magique de fondre tous mes organes. Je ne pouvais pas en croire mes sens, mes yeux devaient me trahir, ou j'&#233;tais victime de la plus horrible hallucination. L&#224;, devant moi, avan&#231;ait d'un pas lent, se dandinant de gauche &#224; droite tel un m&#233;tronome g&#233;ant, un monstre tout droit sorti de la pr&#233;histoire !&lt;br class='autobr' /&gt; La b&#234;te &#233;tait gigantesque, ses flancs touchaient les murs des b&#226;timents des deux c&#244;t&#233;s de la rue. Le sol tremblait, mais le plus fantastique &#233;tait que le dinosaure n'ab&#238;mait rien sur son passage, il &#233;voluait m&#234;me avec une certaine gr&#226;ce. Terrifi&#233;, mais &#233;galement fascin&#233;, j'ordonnai &#224; mes jambes de courir et &#224; ma voix de pousser le plus fort hurlement dont elle f&#251;t capable. Mais, pas plus que mon corps ne semblait capable du moindre geste, ma gorge ne voulut rien entendre, demeurant paralys&#233;e par l'incongruit&#233; du spectacle. Le monstre marchait droit sur moi, sans pourtant &#8211; j'en &#233;tais certain &#8211; pr&#234;ter attention &#224; ma pr&#233;sence. Quant &#224; moi, je restai immobile comme une statue de marbre attendant stupidement sa destruction. Puis soudain, la b&#234;te changea de direction et disparut dans une rue perpendiculaire qui m'&#233;tait rest&#233;e invisible jusqu'alors. Je gardai la m&#234;me position, les yeux et la bouche grands ouverts, la t&#234;te vide. Je clignai enfin des yeux et refermai la bouche, m'&#233;tonnant du fait que rien dans la rue ne t&#233;moignait du passage du monstre. Celui-ci pesait &#224; n'en point douter plusieurs tonnes, et pourtant, non seulement les murs demeuraient intacts, mais &#233;galement l'asphalte, ce qui &#233;tait parfaitement impossible. M&#234;me les rev&#234;tements couvrant les pistes d'atterrissage des a&#233;roports n'auraient support&#233; de tels impacts de pas. J'en &#233;tais l&#224; de mes r&#233;flexions lorsqu'un deuxi&#232;me monstre fit son apparition. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce dernier, quoique de taille plus raisonnable, n'en restait pas moins &#233;pouvantable. Comme son pr&#233;d&#233;cesseur, il me replongea dans mes livres de classe, o&#249; ces dinosaures &#233;taient repr&#233;sent&#233;s par des gravures. Mais comment, ici et maintenant, pouvais-je en voir marcher ? Nous &#233;tions au vingti&#232;me si&#232;cle, en plein Paris : ces visions se devaient d'&#234;tre d&#233;lirantes. Et quand bien m&#234;me, par je ne sais quel ph&#233;nom&#232;ne ou miracle, ces monstres de temps oubli&#233;s fussent r&#233;els, pourquoi n'entendais-je aucun cri apeur&#233;, aucun bruit de course effray&#233;e, pas la plus petite manifestation de panique sur la place que je venais de quitter, bond&#233;e de gens ? Comme son cong&#233;n&#232;re, le monstre prit la petite rue sur la droite. Les vibrations du sol se turent au moment o&#249; disparut la b&#234;te, comme si celle-ci n'avait jamais exist&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'improbable d&#233;fil&#233; se poursuivait. La troisi&#232;me apparition &#233;tait, elle, bien moins bruyante, et pour cause : il s'agissait d'un &#233;norme volatile que j'eus &#224; peine le temps de distinguer. L&#224; encore, malgr&#233; leur envergure, les ailes d&#233;ploy&#233;es sembl&#232;rent glisser sur les murs, presque les caresser. L'oiseau prit un parfait virage et s'engouffra &#224; la suite des autres. De nombreux animaux se succ&#233;d&#232;rent, de formes tr&#232;s variables. Malgr&#233; tout, plus le temps passait, et plus les tailles des monstres devenaient raisonnables. Puis surgit un animal simiesque, couvert d'une &#233;paisse fourrure noire. Je le regardai comme les autres, &#233;tonn&#233;, fascin&#233;, amus&#233;, habitu&#233; et presque lass&#233;. C'est sans doute pourquoi je ne remarquai pas tout de suite la particularit&#233; de cette derni&#232;re apparition : l'animal, pour la premi&#232;re fois, marchait sur ses deux pattes arri&#232;re. Je pris pleinement conscience d'avoir sous les yeux le plus ancien de nos anc&#234;tres, peut-&#234;tre m&#234;me le fameux &#171; cha&#238;non manquant &#187;, au moment o&#249; celui-ci prit, comme tous ses pr&#233;d&#233;cesseurs, la rue perpendiculaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'en fus tellement abasourdi que c'est &#224; peine si je pr&#234;tai attention aux animaux qui suivirent. Il en passa probablement une dizaine avant que je ne sorte de ma l&#233;thargie. Arriva bient&#244;t l'homme de Neandertal lui-m&#234;me, v&#233;ritable caricature vivante. Tout y &#233;tait : la d&#233;marche volontaire, le dos vo&#251;t&#233;, le corps velu recouvert d'une quelconque peau de b&#234;te, enfin l'arme, grossi&#232;re massue, venait compl&#233;ter le tableau. Suivirent toutes sortes d'&#234;tres vivants, certains tellement petits qu'ils en &#233;taient presque invisibles, d'autres gigantesques, notamment des monstres marins de tailles et d'aspects effrayants. Ceux-ci me donnaient le spectacle le plus surr&#233;aliste du d&#233;fil&#233; : ils nageaient paisiblement &#224; deux m&#232;tres au-dessus du sol, produisant l'effet d'&#233;voluer en pleine mer. Je parvenais &#224; situer les &#233;poques travers&#233;es aux v&#234;tements des humains participant &#224; ce cort&#232;ge du temps. &#192; cadence &#224; peu pr&#232;s r&#233;guli&#232;re apparaissaient des soldats de tous pays et de toutes guerres, romain, s&#233;cessionniste, nazi, G.I. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je dois avouer que cette situation, peu &#224; peu, m'amusait, m&#234;me si un sentiment de malaise ne me quittait pas. Mais il me fallait bien accepter ces &#233;v&#233;nements impossibles, puisque je ne pouvais que demeurer spectateur passif. J'avais tout de m&#234;me sous les yeux le reflet de l'&#233;volution de notre monde, depuis sa premi&#232;re &#233;tincelle de vie, jusqu'&#224; aujourd'hui. Je ne faisais rien moins que traverser le temps ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Arriva une jeune femme. Elle &#233;tait v&#234;tue simplement, d'un pantalon de toile, d'une chemise couleur bleu pastel et de bottines noires. Ses cheveux noir corbeau tombaient en cascade sur les &#233;paules. Je ne r&#233;alisai qu'au moment pr&#233;cis o&#249; elle disparut qu'elle n'avait &#224; mes yeux rien d'insolite, et pour cause : elle aurait pu &#234;tre ma voisine de palier ou la pr&#233;sentatrice du bulletin m&#233;t&#233;o, bref, elle appartenait au pr&#233;sent. Je mis quelques secondes &#224; vraiment r&#233;aliser cet &#233;tat de fait et surtout ce qu'il impliquait d&#233;sormais pour moi : si ce sinistre jeu se poursuivait, je ne tarderais pas &#224; d&#233;couvrir l'homme du futur. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un &#226;ne qui vint. Il &#233;tait d'un commun affligeant. Puis divers animaux se succ&#233;d&#232;rent, aussi peu futuristes que l'&#226;ne. J'attendais avec un &#233;trange m&#233;lange d'appr&#233;hension et d'excitation la venue du prochain humain. Il arriva enfin, mais me d&#233;&#231;ut &#233;norm&#233;ment : il &#233;tait enti&#232;rement nu ! Impossible donc d'appr&#233;cier la mode de demain (&#224; moins bien s&#251;r que nos descendants aient l'intention d'abolir tout v&#234;tement). Je dus attendre une interminable succession d'animaux avant de voir mon deuxi&#232;me homme du futur.&lt;br class='autobr' /&gt; Il s'agissait d'une femme, que je regardai avec insistance, sans ciller des yeux. L&#224; encore, je d&#233;chantai : elle portait certes une combinaison d'un seul tenant (m&#234;me les bottes faisaient partie int&#233;grante du v&#234;tement), mais celle-ci n'avait rien de vraiment extraordinaire. Je vis alors surgir un chien. Un berger allemand de taille imposante. Par association d'id&#233;es, il me fit penser &#224; l'arm&#233;e, et mon c&#339;ur fit un bond dans ma poitrine. Quand allais-je voir mon prochain soldat ? Et surtout, de quoi aurait-il l'air ? Comme si cette seule pens&#233;e avait suffi &#224; l'appeler, je le vis surgir.&lt;br class='autobr' /&gt; On ne voyait absolument rien de sa peau. Il arborait lui aussi une combinaison qui le recouvrait enti&#232;rement, on la devinait lourde, &#233;paisse. Sa t&#234;te restait invisible sous un imposant casque duquel sortaient divers appendices. Enfin, il portait une arme noire, brillante, meurtri&#232;re et impossible &#224; d&#233;crire, mais, sans le moindre doute possible, aussi complexe que d&#233;vastatrice. Je crus d&#233;faillir &#224; la vue de cet homme. Quel genre de conflit peut-il engendrer pareil soldat ? A sa disparition, un frisson plus froid que la mort parcourut mon &#233;chine, mon sang se gla&#231;a, et je ne saurais dire par quel prodige mes jambes me portaient encore &#224; cet instant. Je fermai les yeux, et le guerrier reparut, imprim&#233; en moi, tel un mauvais r&#234;ve. Je demeurai ainsi un moment, n'osant plus bouger un muscle. Je me devais n&#233;anmoins d'affronter la v&#233;rit&#233;, aussi horrible qu'elle f&#251;t. J'attendis de longues minutes sans plus rien voir venir. Avions-nous donc r&#233;ussi &#224; an&#233;antir notre propre monde ? Je dois avouer qu'il m'&#233;tait de plus en plus difficile de r&#233;fl&#233;chir de fa&#231;on coh&#233;rente. Un insidieux sentiment de mal-&#234;tre, tr&#232;s voisin de l'id&#233;e que je me faisais &#224; l'&#233;poque de la folie, commen&#231;ait &#224; s'immiscer en moi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis le cauchemar fit son entr&#233;e. Il hante chacune de mes nuits, chacun de mes songes depuis ce jour. Je ne parvins pas tout de suite &#224; d&#233;finir ce qu'&#233;tait l'animal. La chose se d&#233;pla&#231;ait lentement et irr&#233;guli&#232;rement, de fa&#231;on chaotique, tant&#244;t rampant, tant&#244;t bondissant. Ses pattes avant paraissaient normales, bien que l&#233;g&#232;rement difformes. L'arri&#232;re-train, quant &#224; lui, formait un amalgame d'excroissances sans formes vraiment d&#233;finies. Le corps &#233;tait tordu, dessinant plus ou moins un S. La t&#234;te ressemblait vaguement &#224; une bouillie blanch&#226;tre dans laquelle il &#233;tait impossible de distinguer le moindre organe que l'on aurait d&#251; y retrouver. Au fur et &#224; mesure de sa p&#233;nible progression, le monstre laissait derri&#232;re lui une fine tra&#238;n&#233;e de liquide rouge&#226;tre, d'une couleur toutefois trop claire pour &#234;tre du sang. Les yeux me br&#251;laient, mais je ne pouvais plus d&#233;tacher le regard de cette horreur.&lt;br class='autobr' /&gt; La chose parvint enfin &#224; l'angle des deux rues, puis y fit une nouvelle pause. Elle leva ce qui lui faisait office de t&#234;te et me regarda ! De tous les &#234;tres vivants qui &#233;taient pass&#233;s jusqu'alors, jamais un seul n'avait m&#234;me remarqu&#233; ma pr&#233;sence. &#192; cet instant, je sus ce qu'&#233;tait &#8211; ce qu'avait &#233;t&#233; &#8211; l'animal. Il s'agissait d'un chien. Je serai &#224; jamais incapable de d&#233;crire les impressions d'horreur, de peur et d'&#233;c&#339;urement qui m'envahirent alors. Le regard que m'adressait l'animal &#233;tait charg&#233; d'une indicible haine et d'une muette supplication. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'eus plus que l'id&#233;e en t&#234;te de fuir cet endroit maudit, mais je restai pourtant, incapable d'esquisser le plus petit mouvement. Il me fallait de toute fa&#231;on conna&#238;tre la suite, savoir quelle vie aberrante et d&#233;form&#233;e allait prendre la place de l'horreur pr&#233;c&#233;dente. J'attendis de longues minutes, le c&#339;ur battant, la vue obscurcie par ma derni&#232;re vision, m'attendant &#224; une vie plus horrible encore, mais, pire que cela, je ne vis rien venir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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