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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Les inconv&#233;nients de la Premi&#232;re Loi </title>
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		<dc:date>2019-03-16T08:04:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Constantin LOUVAIN</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Un bruit quelconque m'avait probablement r&#233;veill&#233; au milieu du sommeil paradoxal car je me souvenais de bribes d'un r&#234;ve. Elles se dissolvaient maintenant alors que les douleurs inh&#233;rentes &#224; mon &#233;tat reprenaient l'occupation de mon esprit, mais je gardais en m&#233;moire le th&#232;me g&#233;n&#233;ral. Mais &#233;tait-ce un r&#234;ve ou un souvenir ? Je m&#8216;&#233;tais probablement rem&#233;mor&#233; de mani&#232;re distordue les premiers jours de l'introduction de robots domestiques dans ma maison, des ann&#233;es plus t&#244;t. Je n'&#233;tais pas un des premiers, loin de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton906.jpg?1552723421' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_331 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/2019_inconvenients_1e_loi_2_qual5.jpg?1552723364' width='500' height='500' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bruit quelconque m'avait probablement r&#233;veill&#233; au milieu du sommeil paradoxal car je me souvenais de bribes d'un r&#234;ve. Elles se dissolvaient maintenant alors que les douleurs inh&#233;rentes &#224; mon &#233;tat reprenaient l'occupation de mon esprit, mais je gardais en m&#233;moire le th&#232;me g&#233;n&#233;ral. Mais &#233;tait-ce un r&#234;ve ou un souvenir ? Je m&#8216;&#233;tais probablement rem&#233;mor&#233; de mani&#232;re distordue les premiers jours de l'introduction de robots domestiques dans ma maison, des ann&#233;es plus t&#244;t. Je n'&#233;tais pas un des premiers, loin de l&#224;, &#224; avoir accept&#233; la pr&#233;sence de ces auxiliaires. Je suis assez conservateur, et la perspective de partager mon espace personnel avec des m&#233;caniques ayant l'apparence de la vie m'avait longtemps rebut&#233;. Mais, n&#233;cessit&#233; faisant loi, le temps et l'&#233;nergie me manquant pour assurer certaines t&#226;ches m&#233;nag&#232;res, j'avais finalement accept&#233; ce que la grande majorit&#233; de mes concitoyens consid&#233;rait comme un progr&#232;s important. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais distraitement suivi sur divers &#233;crans les d&#233;bats l&#233;gislatifs qui avaient pr&#233;c&#233;d&#233; l'introduction &#224; grande &#233;chelle de robots domestiques. Leurs fabricants avaient mis en avant leur s&#233;curit&#233;, exposant que leurs appareils r&#233;pondaient de mani&#232;re absolue aux trois Lois de la Robotique, telles que formul&#233;es un si&#232;cle plus t&#244;t par ce g&#233;nial pr&#233;curseur, le Docteur Asimov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Premi&#232;re Loi : Un robot ne peut blesser un &#234;tre humain ni, par son inaction, permettre qu'un humain soit bless&#233; (*).&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;me Loi : Un robot doit ob&#233;ir aux ordres donn&#233;s par les &#234;tres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Premi&#232;re Loi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Troisi&#232;me Loi : Un robot doit prot&#233;ger sa propre existence aussi longtemps qu'une telle protection n'est pas en contradiction avec la Premi&#232;re et/ou la Deuxi&#232;me Loi.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien entendu, nous avait expliqu&#233; un concepteur de programmes lors d'une &#233;mission didactique, ces lois n'&#233;taient pas grav&#233;es telles qu'elles dans les cerveaux artificiels de ces machines. Mais elles y &#233;taient pr&#233;sentes sous la forme d'algorithmes sophistiqu&#233;s qui en reprenaient l'essence. &#192; ce stade, j'avais zapp&#233;. Mais peut-&#234;tre aurais-je d&#251; pr&#234;ter alors une attention plus grande &#224; ce que disaient ces experts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suivis sans plus d'attention le d&#233;bat politique qui pr&#233;c&#233;da l'introduction des micro-robots. Je me souviens vaguement qu'un d&#233;put&#233; s'&#233;tait oppos&#233; avec v&#233;h&#233;mence au principe m&#234;me des trois lois, ou plus exactement &#224; la pr&#233;&#233;minence de la premi&#232;re loi sur toutes les autres. &lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Imaginez, s'&#233;cria-t-il de son banc, un couteau de cuisine ob&#233;issant &#224; la premi&#232;re loi. Supposez maintenant que vous ne disposiez que de ce couteau comme outil tranchant et que vous deviez vous en servir pour r&#233;aliser une op&#233;ration urgente, comme une trach&#233;otomie. Eh bien, le couteau ob&#233;issant &#224; la premi&#232;re loi ne vous laisserait pas r&#233;aliser cette op&#233;ration ! Et une personne mourrait ! L'humain, dit-il en conclusion, doit demeurer &#224; tout moment seul juge de ce qui est licite ou illicite, faute de quoi il perdra le contr&#244;le de son existence. Il abandonnera son bien le plus pr&#233;cieux, sa libert&#233; ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais je digresse. Mes pens&#233;es tournent dans mon cr&#226;ne comme des frelons enrag&#233;s dans un bocal transparent. Il me revient ce souvenir de mes vacances lorsque j'&#233;tais enfant. Je passais quelques semaines chez mon grand-p&#232;re qui avait &#233;t&#233; bouilleur de cru. Ou &#233;tait-ce son p&#232;re ? Il y avait au fond du jardin, &#224; moiti&#233; dissimul&#233;es sous les feuilles d'une vigne sauvage, abandonn&#233;es contre un mur l&#233;zard&#233;, des jarres de verre qui renvoyaient de temps &#224; autre la lumi&#232;re solaire en un bref &#233;clair. Des frelons y &#233;taient entr&#233;s, attir&#233;s par un fond de m&#233;lasse dilu&#233;e, et y tournaient furieusement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je digresse encore. Mais il est difficile de construire une pens&#233;e rationnelle dans ma situation. Le soleil se l&#232;ve ; j'aper&#231;ois les premi&#232;res lueurs du jour &#224; travers la fen&#234;tre qui me fait face, et je distingue &#224; pr&#233;sent mieux les mini robots qui s'affairent tout autour de moi avec diligence, dans un silence absolu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les premiers robots domestiques &#233;taient l&#233;g&#232;rement bruyants. Ils &#233;mettaient une sorte de bourdonnement de basse fr&#233;quence, pas vraiment d&#233;sagr&#233;able, mais qui me rappelait &#224; tout instant leur pr&#233;sence. Il y avait les nettoyeurs qui passaient leur temps &#224; zigzaguer sur les sols des diff&#233;rentes pi&#232;ces de l'habitation, enlevant la poussi&#232;re, se dissimulant sous les meubles d&#232;s que j'entrais dans une pi&#232;ce, sans doute de peur que je les &#233;crase par m&#233;garde. D'autres engins passaient leur temps &#224; escalader les fen&#234;tres, briquant leur surface pour qu'elle soit aussi transparente que du cristal. D'autres encore nettoyaient les meubles et divers appareils comme la t&#233;l&#233;vision ou l'ordinateur. Ceux que je nommais, faute de me souvenir de leur nom commercial, les robots peintres, escaladaient la nuit murs et plafonds pour y &#233;liminer les toiles d'araign&#233;e et proc&#233;der &#224; des retouches de peinture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois la maison confi&#233;e &#224; leur service, il me fut facile d'accepter que leurs cong&#233;n&#232;res s'occupent des espaces ext&#233;rieurs. Ces machines entam&#232;rent une lutte de tous les instants pour maintenir le jardin dans un &#233;tat id&#233;al. Il m'arrivait de les observer par la grande baie vitr&#233;e de mon salon. La tondeuse parcourait inlassablement les pelouses, des drones munis de pinces bourdonnaient autour des rosiers, coupant les fleurs fan&#233;es que ramassaient de petits composteurs sur roues, d'autres engins arm&#233;s de cisailles grimpaient le long des topiaires et des haies pour maintenir leurs formes dans un gabarit id&#233;al, et des planteurs ajoutaient de temps &#224; autre de nouvelles pousses au d&#233;but des beaux jours. Tout ce petit monde se planquait d&#232;s que je mettais le pied dehors, et regagnait l'abri de jardin pour se mettre en hibernation &#224; la fin de l'automne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette seconde vague d'automates fut suivie d'une troisi&#232;me qui investit la cuisine. Pour des raisons d'efficacit&#233;, celle-ci fut r&#233;serv&#233;e &#224; leur seul usage. Mais cela ne me chagrina point, car je n'aimais pas cuisiner. Sa porte fit place &#224; un dispositif d'&#233;change de colis. J'introduisais dans une niche situ&#233;e dans sa partie inf&#233;rieure les provisions et la partie sup&#233;rieure s'ouvrait pour me livrer des plats pr&#233;par&#233;s. J'utilisais ce m&#234;me canal pour retourner dans la cuisine la vaisselle sale &#224; nettoyer. Au bout d'un certain temps, je n'eus m&#234;me plus &#224; faire les courses en utilisant la liste qu'&#233;mettait l'imprimante encastr&#233;e dans la porte. Le chef robot avait int&#233;gr&#233; mes pr&#233;f&#233;rences alimentaires, passait lui-m&#234;me commande des aliments n&#233;cessaires &#224; la pr&#233;paration de mes plats pr&#233;f&#233;r&#233;s, et un robot livreur amenait le colis. Je le r&#233;ceptionnai les premiers mois, avant d'am&#233;nager une chati&#232;re s&#233;curis&#233;e. Je me laissai tenter peu apr&#232;s par un robot majordome qui s'occupa de la gestion du linge de maison, lequel fut d&#232;s ce jour impeccablement lav&#233;, s&#233;ch&#233; et repass&#233;. Il apprit &#233;galement &#224; me servir &#224; table avec une certaine dignit&#233; et &#224; d&#233;barrasser la vaisselle et les couverts une fois mon repas termin&#233;. Je cessai ainsi toute relation avec la cuisine. Je d&#233;couvris au fil du temps avec int&#233;r&#234;t d'autres fonctions du majordome. Il &#233;tait capable de jouer aux &#233;checs en se mettant &#224; un niveau qui me permettait de gagner deux fois sur trois, de se rappeler les programmes de t&#233;l&#233;vision qui m'int&#233;ressaient, de me proposer des films ou des livres en fonction de mon humeur du moment, et il alla m&#234;me jusqu'&#224; r&#233;diger et signer les cartes d'anniversaire que j'oubliais autrefois d'envoyer aux quelques rares connaissances avec lesquelles je n'avais pas coup&#233; les ponts. C'&#233;tait &#233;galement un brillant causeur, capable de r&#233;pondre de mani&#232;re claire et concise aux questions qui me venaient &#224; l'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous ces robots domestiques consommaient pas mal d'&#233;lectricit&#233;. J'acquis donc quelques mois plus tard une mise &#224; jour du majordome : un ordinateur sophistiqu&#233; connect&#233; au r&#233;seau mondial d'information. Celui-ci g&#233;ra d&#232;s lors les interactions et priorit&#233;s de tout ce petit monde m&#233;canique afin de r&#233;duire mes factures d'&#233;nergie. C'est d&#8216;ailleurs ce majordome augment&#233; qui me conseilla, apr&#232;s qu'une coupure de courant m'eut laiss&#233; d&#233;sempar&#233; pendant toute une journ&#233;e d'hiver, de m&#8216;&#233;quiper pour acqu&#233;rir mon autonomie &#233;nerg&#233;tique. C'&#233;tait assez cher, et je dus r&#233;aliser un emprunt pour couvrir les frais, mais cela en valait la peine. Des panneaux solaires furent install&#233;s sur le toit, et une pompe &#224; chaleur trouva sa place dans le sous-sol. Pour parer &#224; tout risque, un groupe &#233;lectrog&#232;ne et son r&#233;servoir de carburant furent install&#233;s dans le garage. Cela me for&#231;a &#224; me s&#233;parer de ma voiture, mais je sortais de toute fa&#231;on de moins en moins, et les robots taxis &#233;taient devenus tr&#232;s courants. Il me suffisait, si je d&#233;sirais me d&#233;placer, d'en faire la demande au majordome qui s'arrangeait pour qu'un de ces v&#233;hicules se gare une dizaine de minutes plus tard devant la porte de mon domicile, et m'emm&#232;ne o&#249; je le d&#233;sirais.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;tape ult&#233;rieure concerna l'hygi&#232;ne, et je fus un peu plus r&#233;ticent. Mais un essai gratuit du robot masseur eut raison de mes doutes, et il me suffit d&#232;s lors de p&#233;n&#233;trer dans ma salle de bains pour b&#233;n&#233;ficier instantan&#233;ment des services d'un Spa de haut niveau : rasage, &#233;pilation, douche, bains relaxants avec vagues, massages de tous types&#8230; tout cela se mettait en route d&#232;s que j'entrais dans la pi&#232;ce d'eau. Je finis m&#234;me par accepter le dispositif qui me transportait d'un de ces services &#224; l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps passa. L'&#226;ge venant, j'eus quelques probl&#232;mes de sant&#233;, et la s&#233;curit&#233; sociale m'invita &#224; confier la surveillance de mes param&#232;tres biologiques &#224; des robots sp&#233;cialis&#233;s. Une s&#233;rie de minuscules automates me fut livr&#233;e quelques jours plus tard, et le majordome s'occupa de leur installation et m&#234;me, pour certains, de leur implantation. Je disposai ainsi d'une mesure permanente de la fr&#233;quence de mes battements cardiaques, de ma pression sanguine, du taux de diverses mol&#233;cules circulant dans mon sang, incluant glucose, cholest&#233;rol, triglyc&#233;rides, ur&#233;e, cr&#233;atinine et quelques autres. D'autres capteurs mesuraient dans mon fluide sanguin diverses activit&#233;s enzymatiques, comme celles des transaminases, de la CPK des Gamma GT, de la LDH, ainsi que la valeur du pH ou le taux de plaquettes. Un bilan journalier reprenant toutes ces informations &#233;tait &#224; ma disposition. Je le lus par curiosit&#233; les premiers jours et discutai avec le majordome de l'interpr&#233;tation de ces param&#232;tres, puis je me lassai du sujet, et lui demandai de g&#233;rer par lui-m&#234;me cette masse de donn&#233;es. Je remarquai au bout de quelques jours que la cuisine adaptait ses recettes &#224; mes bilans sanguins, et qu'elle avait tendance &#224; r&#233;duire un peu les portions. Mais le service demeurait irr&#233;prochable, la qualit&#233; &#233;tait toujours l&#224;, et je ne m'inqui&#233;tai donc pas outre mesure. La s&#233;curit&#233; sociale, au vu des analyses qui lui &#233;taient transmises, me recommanda de voir un m&#233;decin, ce que je fis &#224; bord d'un des nouveaux robots taxis. Apr&#232;s m'avoir examin&#233;, il me concocta une prescription assez longue incluant des pilules blanches pour r&#233;duire ma tension, d'autres de couleur bleue pour combattre un diab&#232;te naissant, des comprim&#233;s rouges&#8230; &#224; quoi servaient-ils encore ? Je crois que c'&#233;tait pour les probl&#232;mes de m&#233;moire. Bref, le robot taxi me conduisit ensuite &#224; la pharmacie d'o&#249; je revins avec quatre boites diff&#233;rentes et un pilulier. Je n&#8216;ai jamais &#233;t&#233; tr&#232;s organis&#233;, je me lasse ais&#233;ment de g&#233;rer des d&#233;tails domestiques, et l'usage fr&#233;quent que je faisais &#224; pr&#233;sent des robots avait renforc&#233; ce trait de caract&#232;re. Je d&#233;cidai donc d&#232;s mon retour de laisser le majordome r&#233;gler la question du traitement. Je lui signai une procuration &#233;lectronique lui permettant de s'approvisionner en m&#233;dicaments, et il me pr&#233;senta &#224; partir de ce jour mes rem&#232;des en temps et heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'automed fut l'&#233;tape suivante. Le majordome eut un jour une d&#233;marche rare chez lui : il m'adressa la parole.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Monsieur, je dois vous avertir que tout le personnel s'inqui&#232;te pour votre sant&#233;. Vous ne rajeunissez pas, et votre bilan m&#233;dical indique un risque d'Accident Vasculaire C&#233;r&#233;bral important. Nous avons eu voici trois semaines une gr&#232;ve des conducteurs humains de taxis qui ont bloqu&#233; la circulation pendant une journ&#233;e enti&#232;re. Si un AVC vous avait alors frapp&#233;, il est &#224; craindre qu'aucun v&#233;hicule n'e&#251;t &#233;t&#233; &#224; m&#234;me de vous emmener en temps utile jusqu'&#224; l'h&#244;pital le plus proche. Vous auriez pu en garder des s&#233;quelles&#8230; ou m&#234;me pire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa voix d&#233;railla sur ces derniers mots. Je me rappelai alors que la Premi&#232;re Loi avait &#233;t&#233; renforc&#233;e chez les robots vendus dans notre beau pays, apparemment au point de d&#233;clencher chez les automates l'&#233;quivalent m&#233;canique d'une crise d'angoisse &#224; l'id&#233;e que l'humain confi&#233; &#224; leur charge p&#251;t &#234;tre bless&#233; ou m&#234;me tu&#233;, un vocable que le majordome avait m&#234;me du mal &#224; prononcer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Que proposez-vous ? lui demandai-je alors.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; L'entreprise qui nous a construits a r&#233;cemment mis au point un nouveau dispositif, d&#233;nomm&#233; AutoMed. Il s&#8216;agit d'un appareil aux parois transparentes assez grand pour qu'un &#234;tre humain puisse s'y allonger, &#233;quip&#233; de dispositifs chirurgicaux d'urgence permettant de maintenir un patient en vie jusqu'&#224; ce qu'une &#233;quipe m&#233;dicale prenne le relais. Il dispose &#233;galement d'une s&#233;rie de machines permettant de suppl&#233;er &#224; nombre de fonctions vitales pendant un temps limit&#233;. Nous serions tous rassur&#233;s si vous acceptiez de faire l'achat de cet appareil. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je souriais int&#233;rieurement en &#233;coutant son discours bien rod&#233;, probablement compos&#233; par un r&#233;dacteur du marketing-communication d'Universal Robotics. Ma foi, ils disposaient d'un canal d'acc&#232;s privil&#233;gi&#233; aupr&#232;s de leurs clients existants. Je ne vois pas pourquoi ils se seraient priv&#233;s de son usage. Mais je restais le seul d&#233;cideur.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Et combien co&#251;te cette merveille ? demandai-je sur un ton l&#233;g&#232;rement ironique.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Il est assez co&#251;teux &#224; acqu&#233;rir, r&#233;pondit honn&#234;tement le majordome. De l'ordre du quart de million. Mais on peut &#233;galement conclure un contrat de location &#224; partir de trois mille Monars par mois, ce qui reste dans vos possibilit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je r&#233;fl&#233;chissais quand, pour la seconde fois, le majordome prit l'initiative, s'adressant &#224; moi en ces termes :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Que Monsieur me permette de lui rappeler un fait tr&#232;s simple. Un mort n'a que faire d'un compte en banque bien garni.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas faux ! En un instant, ma d&#233;cision fut prise. Je r&#233;alise aujourd'hui que j'aurais d&#251; r&#233;fl&#233;chir plus longtemps. Mais sur le moment, cela me parut la chose &#224; faire. Un mois plus tard, un mod&#232;le de l'AutoMed LifeLine fut mis en place par un automate technicien d'Universal Robotics qui l'installa dans une chambre d'ami ne servant plus depuis des ann&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vie reprit son cours pendant des ann&#233;es, jusqu'&#224; ce jour fatidique o&#249; je me sentis mal. Je me r&#233;veillai au milieu de la nuit, d&#233;sorient&#233;, avec une douleur subite dans le cr&#226;ne, et je r&#233;alisai que le c&#244;t&#233; gauche de mon corps &#233;tait comme engourdi. Averti par les capteurs que je portais en permanence, le majordome avait d&#233;j&#224; d&#233;clench&#233; une s&#233;rie d'actions pr&#233;programm&#233;es. Aid&#233; d'une multitude de robots domestiques, il me transporta dans l'AutoMed qui prit imm&#233;diatement la situation en main. Je sentis vaguement dans mon bras droit la piq&#251;re correspondant &#224; l'installation d'une perfusion intraveineuse, suivie par le passage de liquides dans mon syst&#232;me sanguin, puis la pose d'un masque &#224; oxyg&#232;ne sur mon visage. J'entendis la voix du majordome qui me disait :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Que monsieur ne s'inqui&#232;te pas. Nous avons la situation bien en main. Un cocktail d'enzymes vous a &#233;t&#233; inject&#233; pour dissoudre le caillot qui s'&#233;tait form&#233; dans l'h&#233;misph&#232;re droit de votre cerveau. Tout va bien se passer.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'essayai de parler, mais le masque &#224; oxyg&#232;ne me g&#234;nait et je ne pus &#233;mettre que quelques borborygmes incompr&#233;hensibles. En un instant, je sombrai dans le n&#233;ant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me r&#233;veillai, un peu naus&#233;eux. Je tentai de parler, mais sans grand succ&#232;s. Mon bras gauche r&#233;agissait plus ou moins bien aux ordres que je lui donnais, mais ma jambe gauche semblait n'&#234;tre plus qu'un poids mort. Le majordome s'adressa &#224; moi avec ce qui me sembla &#234;tre une touche de compassion dans sa voix synth&#233;tique. &lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Monsieur, je suis d&#233;sol&#233; de vous voir dans cet &#233;tat. L'injection du cocktail d'enzymes s'est r&#233;v&#233;l&#233;e insuffisante et nous avons d&#251; proc&#233;der en urgence &#224; l'utilisation d'un micro-chirurgien qui a finalement d&#233;bouch&#233; le vaisseau sanguin colmat&#233;. Mais votre situation demeure critique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mobilisant toute ma volont&#233;, et luttant contre la naus&#233;e qui me submergeait, je parvins &#224; &#233;noncer&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quand l'ambulance arrive-t-elle ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le majordome ne r&#233;pondit pas de suite, et lorsqu'il parla, je crus cette fois ressentir comme de l'embarras dans sa voix&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Nous n'avons pas appel&#233; d'ambulance, monsieur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je coassai d'une vois s&#232;che :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pourquoi ?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Que monsieur comprenne. Votre situation, malgr&#233; notre intervention rapide, s'est vite d&#233;grad&#233;e. L'intelligence artificielle nomm&#233;e Esculape, avec laquelle je suis en contact, estime qu'un transport aurait 52% de chances de vous &#234;tre fatal. C'est une d&#233;cision que nous ne pouvons prendre. &lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais moi, je peux la prendre. Faites-moi transf&#233;rer !&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je regrette vraiment, monsieur, mais l'importance de la premi&#232;re loi est sup&#233;rieure &#224; celle de la seconde. Je ne peux donc en aucun cas ob&#233;ir &#224; un ordre de votre part qui risque de vous causer un dommage irr&#233;versible. C'est totalement impossible. Mais rassurez-vous ! Nous vous maintiendrons en vie co&#251;te que co&#251;te. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait il y a bien longtemps, et pourtant, je m'en souviens comme si c'&#233;tait hier. Toute la petite &#233;cologie robotique qui m'environne s'est vraiment donn&#233;e &#224; fond pour me garder en vie et maintenir mes fonctions vitales dans les meilleures conditions. Le majordome, disposant de ma signature, a vid&#233; mes comptes et hypoth&#233;qu&#233; ma maison pour g&#233;n&#233;rer les liquidit&#233;s n&#233;cessaires &#224; divers traitements. La cuisine a &#233;t&#233; transform&#233;e en une sorte d'officine pharmaceutique qui produit les solut&#233;s gr&#226;ce auxquels je reste en vie. Je repose maintenant sur une sorte de coussin d'air qu'ils ont bricol&#233; pour m'&#233;viter des escarres, et des tuyaux rentrent et sortent de ma personne en divers points. Par le couvercle transparent de l'AutoMed, j'aper&#231;ois, &#224; travers la fen&#234;tre, les jardins et maisons de mes voisins, tous impeccablement maintenus par des robots domestiques. Le temps a pass&#233;. Au d&#233;but, je comptais les jours, mais j'en ai perdu le compte apr&#232;s dix mille et des poussi&#232;res. Cela doit bien faire plus de quarante ans que je suis dans cette situation, et je dois donc avoir plus de cent vingt ans. Je voudrais bien qu'on en finisse ! Mais pas question d'aborder le sujet avec ces foutues machines ! Pour elles, la Premi&#232;re Loi est l'alpha et l'om&#233;ga de leur &#233;thique. &#192; chaque fois que j'ai abord&#233; le sujet, elles ont refus&#233; avec ce que j'ai per&#231;u comme un curieux m&#233;lange de g&#234;ne et d'indignation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je ne dors pas, je me pose des questions, et parfois je formule les r&#233;ponses. Pourquoi personne n'est-il venu me voir ? Et pourquoi quelqu'un viendrait-il ? De l'ext&#233;rieur, ma maison doit ressembler &#224; toutes celles du lotissement : pimpante, avec un jardin bien entretenu. Les factures sont pay&#233;es par les virements &#233;lectroniques qu'effectue le majordome, le courrier est r&#233;guli&#232;rement r&#233;cup&#233;r&#233; dans la boite aux lettres par l'estafette achet&#233;e voil&#224; des ann&#233;es pour ne plus avoir &#224; sortir dans la rue le matin. D'autres questions tournent dans ma t&#234;te, et je ne leur trouve pas de r&#233;ponse. Lorsque j'observe le lotissement, je ne vois jamais personne dans les rues, ni adultes, ni enfants. Combien d'humains se trouvent aujourd'hui dans ma situation ? Y en a-t-il m&#234;me qui vivent diff&#233;remment ? Y a &#8211;t-il encore des naissances ? Car, apr&#232;s tout, les trois lois ne disent rien des humains &#224; venir. J'aimerais bien poser ces questions &#224; mes robots, car je sais qu'ils trouveraient tout de suite un moyen de me r&#233;pondre. La seconde loi les y obligerait. J'aimerais le leur demander &#8230; Si seulement je pouvais encore parler &#8230; mais avec ce tube dans ma gorge &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(*) Dans la nouvelle &#171; Liar &#187; (Menteur) d'Isaac Asimov, parue en mai 1941 dans Analog Science Fiction and Fact.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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