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		<title>Fronti&#232;res</title>
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		<dc:creator>Parisian Poetry</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#192; chaque p&#233;riode de vacances, je me rends en p&#232;lerinage chez mes parents &#224; Madagascar, dans leur r&#233;sidence antananarivienne o&#249; la vie se d&#233;roule en vase clos. Depuis le pas de leur porte, monsieur et madame Rajaonarimanana contemplent l'infatigable noria malgache, les crises politiques cycliques, les al&#233;as de la banque centrale, la m&#233;t&#233;o changeante, avec un calme qui frise la d&#233;sinvolture. C'est ainsi que je les trouve &#224; mon arriv&#233;e de l'a&#233;roport, assis sur des chaises pliantes d&#233;caties, jambes (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton919.jpg?1573842676' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_336 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/0000001b.frontie_res-qual5.jpg?1555349079' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-336 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2019
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;	&#192; chaque p&#233;riode de vacances, je me rends en p&#232;lerinage chez mes parents &#224; Madagascar, dans leur r&#233;sidence antananarivienne o&#249; la vie se d&#233;roule en vase clos. Depuis le pas de leur porte, monsieur et madame Rajaonarimanana contemplent l'infatigable noria malgache, les crises politiques cycliques, les al&#233;as de la banque centrale, la m&#233;t&#233;o changeante, avec un calme qui frise la d&#233;sinvolture. C'est ainsi que je les trouve &#224; mon arriv&#233;e de l'a&#233;roport, assis sur des chaises pliantes d&#233;caties, jambes allong&#233;es, &#233;changeant sur les derniers comm&#233;rages en date. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dix ans plus t&#244;t, la perspective d'alimenter les rumeurs de quartier aurait scandalis&#233; cet homme d'affaires et cette professeur de fran&#231;ais, pour qui un tel int&#233;r&#234;t &#224; l'&#233;gard de la vie d'autrui t&#233;moignait d'une existence insipide. Mais le temps a pass&#233;, Madagascar n'est plus ce qu'elle &#233;tait. En outre, les domestiques de mes parents ont pris leur retraite et, peut-&#234;tre la plus haute des trahisons &#224; leurs yeux, je les ai quitt&#233;s pour &#233;tudier en France. Soudain seuls devant l'in&#233;luctabilit&#233; de l'&#233;volution, ils se sont mu&#233;s en cinquantenaires ressasseurs d'histoires de quartier. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, il est question de cambriolage. Un incident pourtant suffisamment fr&#233;quent pour ne pas &#234;tre signal&#233;, toutefois je comprends &#224; la fa&#231;on dont ma m&#232;re &#233;voque les faits qu'il ne s'agit pas d'un vol comme les autres. Elle palpite, la bouche ouverte, les yeux brasillants, elle laisse son auditoire baigner dans le suspense entre ses nombreux silences.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le crime, explique-t-elle, date du mois dernier. Nos pauvres voisins les Raveloson rendaient visite &#224; leur famille dans le sud de la Grande-&#206;le quand trois malfaiteurs, visage &#224; d&#233;couvert et lourdement arm&#233;s, firent irruption dans leur domicile. Elle &#233;voque la liste d'objets vol&#233;s (argent liquide, gramme d'or, d&#233;codeur, t&#233;l&#233;vision) avec une empathie feinte &#224; l'&#233;gard de ces gens qu'elle a toujours d&#233;test&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La police a eu vite fait de les retrouver. Le pire, c'est que l'un d'eux travaillait pour nous, il y a longtemps. Le petit-fils des Nomenjanahary. Comment s'appelait-il d&#233;j&#224;, Hadj ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous assistez l&#224; &#224; un impressionnant tour de passe-passe : qu'importe le fait d'actualit&#233;, mes parents parviennent toujours &#224; ramener l'action &#224; leur personne. Alors P&#232;re entre sur sc&#232;ne &#224; son tour et vient compl&#233;ter le r&#233;cit.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nicolas. &#199;a prouve que nous avions raison &#224; son sujet. &#187; &#192; ma figure d&#233;faite, il ajoute d'une voix enlis&#233;e : &#171; Tu devais &#234;tre trop jeune pour t'en souvenir, Toky &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je secoue la t&#234;te et, les souvenirs endigu&#233;s refluant, m'assois sur le perron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'avait chang&#233; quand Nicolas &#233;tait entr&#233; dans ma vie &#8212; pas imm&#233;diatement. Il n'&#233;tait gu&#232;re le premier boy embauch&#233; par mon p&#232;re. Le plus jeune, sans doute. Sa grand-m&#232;re lui avait obtenu l'emploi gr&#226;ce &#224; d'habiles n&#233;gociations, vantant les m&#233;rites de sa personnalit&#233; mature et introvertie. Elle voulait s&#251;rement se d&#233;barrasser de lui au plus vite. &#192; quatorze ans il avait quitt&#233; les bancs de l'&#233;cole et cherchait &#224; pr&#233;sent un travail &#224; m&#234;me de payer le co&#251;t de la vie dans la capitale. Mes parents, qui avaient rencontr&#233; maints diff&#233;rends avec le domestique pr&#233;c&#233;dent, l'avaient embauch&#233; presque sur-le-champ.&lt;br class='autobr' /&gt;
En raison de mes douze ans &#224; l'&#233;poque des faits, beaucoup de d&#233;tails m'&#233;chappent, tels que le nom ou le visage de l'autre boy &#224; l'attitude vraisemblablement ex&#233;crable. Un jour il &#233;tait l&#224;, &#224; nettoyer la table de la salle &#224; manger, une allumette entre les dents, son ombre s'&#233;tirant derri&#232;re lui comme celle d'un pendu, et le jour suivant il n'y &#233;tait plus. Nicolas prit sa place sans que personne ne pose de questions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il arriva t&#244;t, un lundi matin. La sonnette comme un coup de fouet dans cette maison o&#249; r&#233;gnait, en ces temps, un climat frelat&#233;. Comme chaque matin avant l'&#233;cole, je mangeai mon petit-d&#233;jeuner compos&#233; de jus d'orange et de toasts au beurre devant la t&#233;l&#233;vision lorsqu'il fit son entr&#233;e, un sac de toile dans les bras. Il avait un de ces visages qu'on a l'impression de voir cent fois dans une vie, avec ce front bomb&#233;, ces yeux mi-clos et ces traits d&#233;licats pareils &#224; ceux des masques Tshowke. P&#232;re avait la main sur son &#233;paule, comme s'il avait peur qu'il s'&#233;chappe. &lt;br class='autobr' /&gt;
S'il y eut des pr&#233;sentations, elles furent incroyablement br&#232;ves. Nicolas, Toky. Toky, Nicolas. Je retournai &#224; mes dessins anim&#233;s. Nicolas, lui, se mit aussit&#244;t au travail. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un travail qui consistait, dans les grandes lignes, &#224; soulager notre bonne Ir&#232;ne dans ses t&#226;ches. Il sortait les poubelles, balayait la terrasse, dressait la table. Et, en &#233;change de ses efforts, on lui octroyait un modeste salaire ainsi qu'une chambre dans notre r&#233;sidence, comme il convenait dans les maisons de la petite bourgeoisie &#224; l'&#233;poque. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'av&#233;ra aussi discret et travailleur que l'avait promis sa grand-m&#232;re, et mes parents lou&#232;rent longtemps l'humilit&#233; et la docilit&#233; de son caract&#232;re. D'apr&#232;s eux, son pr&#233;nom aux consonances trop fran&#231;aises repr&#233;sentait son plus grand d&#233;faut ; je m'en moquais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#234;tre franc, une seule chose m'importait &#224; l'&#233;poque : les superh&#233;ros. Ce fut le film &lt;i&gt;Spiderman&lt;/i&gt; qui, pareil &#224; un &#233;veil religieux, r&#233;forma ma vision du monde. Mon adolescence sans fr&#232;re, sans s&#339;ur, eut pour seul horizon l'&#233;cran d'une t&#233;l&#233;vision surmont&#233;e d'un lecteur DVD. D&#233;sormais je sais que je cherchais dans les tr&#233;pidations de ces justiciers un r&#233;confort que je ne trouvais pas ailleurs. Pas vraiment une fuite, non, mais plut&#244;t un moyen de m'absenter de ma vie en construction. La r&#233;alit&#233; m'ennuyait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi pr&#233;f&#233;rais-je passer mes journ&#233;es dans le jardin &#224; reproduire les pirouettes de Peter Parker, les sc&#232;nes de combat d'Iron Man avec des arbres pour adversaires. Un entra&#238;nement quotidien &#224; ne plus savoir distinguer le r&#233;el de l'invention, le souvenir du mensonge. Au point que, lorsque j'aper&#231;us la silhouette de Nicolas au loin, je crus que mon imagination m'avait cr&#233;&#233; un ennemi virtuel de plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Impossible de dire combien de temps il s'&#233;tait tenu l&#224;, sur la terrasse, &#224; m'observer. Je me souviens simplement de sa d&#233;marche cependant qu'il descendait la pente comme on entre sur sc&#232;ne, d'un pas victorieux, plein d'allant. &#201;tant donn&#233; qu'il &#233;tait charg&#233; de ma lessive, je m'attendais, dans le meilleur des cas, &#224; une remarque acerbe sur l'&#233;tat de mon jogging. Il ouvrit la bouche et je fus saisi par la puissance de sa voix, sa virulence assum&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; T'appelles &#231;a un coup de pied ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Par orgueil, je me rebiffai. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Montre-moi, alors, si tu es si dou&#233;. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Son chiffon tomba au sol. Il fit un pas en avant et, d'une flexion de la hanche, envoya valser sa jambe droite. Aucun doute : son agilit&#233; surpassait la mienne. Mais, t&#234;tu comme je l'&#233;tais, je n'abandonnai pas, et lui non plus non, et nous continu&#226;mes &#224; frapper l'&#233;corce &#224; qui mieux mieux. La comp&#233;tition cessa seulement lorsque Nicolas se souvint avoir promis &#224; Ir&#232;ne qu'il l'aiderait avec la cuisine. Alors il ramassa son chiffon crott&#233; de terre et regagna la maison au trot. &#171; T'as perdu &#187; lui criai-je, et il leva son majeur dans ma direction. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce soir-l&#224;, lorsqu'il servit le &lt;i&gt;ravitoto&lt;/i&gt; trop cuit d'Ir&#232;ne, il ne m'accorda pas un regard. Son visage avait retrouv&#233; ses airs solennels et muets que je lui connaissais, si bien que je pensais avoir tout r&#234;v&#233;. Corollairement, cette image de Nicolas aurait pu rejoindre ces souvenirs cotonneux de l'enfance qui, flous et &#233;blouissants, nous rendent incapables de dire s'ils sont r&#233;els ou reconstitu&#233;s &#224; l'aune d'une sensibilit&#233; particuli&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, le lendemain apr&#232;s-midi, l'incident se r&#233;p&#233;ta. Puis le jour suivant. Et le jour suivant. Nicolas me saluait d'un grand rire et m'annon&#231;ait qu'il m'apprendrait &#224; me battre &#171; pour de vrai &#187;, ce &#224; quoi je lui r&#233;pondais que j'attendais toujours. Nous pouvions nous affronter pendant des heures. Il fallait qu'Ir&#232;ne se rende compte de son absence et qu'elle hurle son nom &#224; travers la maison, ou que la Toyota de P&#232;re remonte l'all&#233;e, pour que nous mettions fin &#224; nos jeux. Parce que personne ne devait &#234;tre au courant. Nicolas et moi ne nous &#233;tions pas mis d'accord sur ce point, nous n'avions pas eu &#224; le faire ; c'&#233;tait juste l'ordre des choses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il fallut une temp&#234;te pour que je prenne conscience de mes sentiments. Des nuages couleur anthracite glissaient &#224; la fen&#234;tre, presque &#224; port&#233;e de bras. La pluie tombait dru sur le toit ; pendant une semaine enti&#232;re, elle s&#233;questra les enfants du pays dans leur chambre. Le premier jour, par peur du rejet, je n'osai pas me rendre au rez-de-chauss&#233;e. Dans mon esprit, notre amiti&#233; prenait fin une fois la fronti&#232;re de la terrasse franchie. Le second jour, alors que je relisais la m&#234;me bande dessin&#233;e pour la troisi&#232;me fois, il frappa &#224; la porte.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Akory&lt;/i&gt;, dit-il. Salut.
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;Akory&lt;/i&gt;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un silence, le temps d'un soupir, puis il demanda permission d'entrer. Il ne pouvait pas. C'&#233;tait contre les r&#232;gles, j'avais des devoirs, ma chambre n'&#233;tait pas rang&#233;e. Je dis oui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait &#233;vident, par les murs d&#233;cor&#233;s de diff&#233;rents certificats, par les jouets &#233;lectroniques et les figurines de collection, qu'il n'avait pas sa place ici, lui, sa d&#233;bine doubl&#233;e de ses mani&#232;res d'enfant qui n'avait pas &#233;t&#233; entour&#233; de belles choses. Il prit dans ses mains une r&#233;plique de Spiderman, l'une de celles o&#249; le h&#233;ros est agenouill&#233;, comme pr&#234;t &#224; bondir, et je fus saisi de honte. Pour la premi&#232;re fois, je r&#233;alisai l'ampleur de mes privil&#232;ges.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait plus &#226;g&#233;, il poss&#233;dait un emploi &#224; temps plein, tandis que moi, moi j'&#233;tais l'enfant-roi, je parlais fort et je riais trop. Je posais des questions si na&#239;ves qu'il ne pouvait pas toujours retenir un air &#233;tonn&#233;, un quart de seconde, ou l'amorce d'un sourire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'essayai pas d'expliquer cette amiti&#233; subite. Mes sens eux-m&#234;mes rejetaient leurs propres t&#233;moignages. Quel &#233;trange sentiment me saisit soudain lorsque sa main, dure, rugueuse comme la poign&#233;e d'une valise en cuir, effleura mon genou. Ici, quelque chose &#224; comprendre qui passe l'entendement, comme toujours quand il s'agit de percer la nature humaine, mais je me convainquis que j'avais &#233;t&#233; surpris, qu'un accident arrivait si vite. Quels autres &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse avais-je, &#224; cet &#226;ge ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s un apr&#232;s-midi pass&#233; dans un bouillonnement d'id&#233;es, de blagues et d'&#233;clats de rire, il fut temps de nous s&#233;parer. Nicolas se leva de mon lit, Spiderman toujours &#224; la main. J'ignorai, &#224; son expression morose, qui de moi ou du jouet il &#233;tait v&#233;ritablement triste de quitter. Alors je lui proposai de le garder. &#171; Je n'y tiens pas &#224; celui-l&#224;, de toute fa&#231;on &#187;. C'&#233;tait un mensonge, bien s&#251;r. Il me remercia et me sourit, d'un sourire qui s'imprima en moi comme un tatouage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#238;ner, cependant qu'il aidait Ir&#232;ne &#224; dresser la table, nous n'avions de cesse de nous regarder, de nous chercher. Peut-&#234;tre ce rendez-vous secret nous avait-il confort&#233;s dans l'id&#233;e que nous &#233;tions intouchables. P&#232;re, qui affichait un air inquiet que j'attribuai &#224; sa longue journ&#233;e de travail, fit simplement remarquer &#224; Nicolas qu'il n'avait toujours pas nettoy&#233; les fen&#234;tres du salon. Que je n'aie pas &#224; te le r&#233;p&#233;ter encore une fois, mon gar&#231;on, dit-il, et le domestique opina de la t&#234;te avant de se retirer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite il y eut No&#235;l, avec ses jacarandas gonfl&#233;s de fleurs, ses bouillons de br&#232;des, ses cantiques et ses gospels qui, pareils &#224; d'imp&#233;tueux torrents, s'&#233;coulaient &#224; flots dans les rues de la capitale. Je ne me souviens pas des c&#233;l&#233;brations familiales ayant eu lieu cette ann&#233;e-l&#224;. Plut&#244;t, je me souviens de l'attente, des cadeaux mis de c&#244;t&#233; pour les lui montrer une fois qu'il serait revenu de chez sa famille. Je souhaitais b&#226;tir ma vie autour de lui. Je d&#233;sirais me draper dans sa pr&#233;sence, trouver r&#233;confort en l'id&#233;e que, tant qu'il &#233;tait l&#224;, jamais je ne serais seul. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi lorsque, le lendemain matin, sa voix fluette per&#231;a les murs de la maison, mon instinct voulut que je me l&#232;ve et coure le rejoindre. Je pr&#233;parais quoi lui dire : tu ne devineras jamais ce que j'ai &#8211; non, trop arrogant. Regarde, j'ai une surprise pour toi, je t'ai manqu&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; ma grande surprise, je trouvai P&#232;re debout devant la chambre de Nicolas. Son imposante silhouette se d&#233;coupait sur le carr&#233; de lumi&#232;re et l'&#233;clairage au plafond enflammait ses cheveux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nicolas &#187;, dit-il en serrant les dents, et le fait qu'il le d&#233;signe par son pr&#233;nom, et non par boy ou mon gar&#231;on, me fit comprendre la gravit&#233; de la situation. &#171; Nicolas, un tel acte est inadmissible. &#187;
&lt;br /&gt;&#8212; Qu'est-ce qui se passe ? &#187;, demandai-je.&lt;br class='autobr' /&gt;
P&#232;re, toujours de dos, ignora ma question. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il n'y aura pas de vol dans ma maison, poursuivit-il. Nous allons appeler ta nenibe, rassemble tes affaires. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se tourna enfin, d&#233;voilant le corps fr&#234;le de Nicolas, et, dans le creux de sa main, la figurine Spiderman. &#192; cet instant, j'avais encore le temps. Avant que mon p&#232;re ne me tende le jouet, son regard encore br&#251;lant de col&#232;re, avant que ma m&#232;re appelle sa grand-m&#232;re et que celle-ci vienne le chercher dans sa Peugeot 205, j'avais encore le temps. De tout avouer. Ou de dire, simplement, que je le lui avais pr&#234;t&#233; et laisser &#224; mes parents le soin d'imaginer le reste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et pourtant je ne dis rien, je retournai dans ma chambre et refermai la porte sur cet inqualifiable secret, scellant nos destins &#224; jamais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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