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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>TRIPALIUM</title>
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		<dc:date>2019-04-26T20:34:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Am&#233;lia Fran&#231;ois</dc:creator>



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&lt;p&gt;Mes tortionnaires ont quitt&#233; la salle &#224; l'instant. Dans un coin, prostr&#233;, je prie d&#233;sesp&#233;r&#233;ment pour que ce cauchemar cesse. Ma survie tient d&#233;sormais &#224; peu de choses. Trois ans. Voil&#224; trois ans que je suis pi&#233;g&#233;. R&#233;duit aux pires humiliations, j'essuie un peu plus chaque jour des traitements barbares et cruels. Ce n'&#233;tait pas faute de m'avoir mis en garde ; de longues ann&#233;es durant, mes proches tent&#232;rent de me dissuader de prendre cette voie. Ils r&#233;p&#233;taient vainement : &#171; En t'engageant dans ce m&#233;tier, tu (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton924.jpg?1556309640' width='149' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_339 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/tripalium-qual5.jpg?1556309666' width='500' height='506' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-339 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2019
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;	Mes tortionnaires ont quitt&#233; la salle &#224; l'instant. Dans un coin, prostr&#233;, je prie d&#233;sesp&#233;r&#233;ment pour que ce cauchemar cesse. Ma survie tient d&#233;sormais &#224; peu de choses. &lt;br class='autobr' /&gt; Trois ans. Voil&#224; trois ans que je suis pi&#233;g&#233;. R&#233;duit aux pires humiliations, j'essuie un peu plus chaque jour des traitements barbares et cruels. Ce n'&#233;tait pas faute de m'avoir mis en garde ; de longues ann&#233;es durant, mes proches tent&#232;rent de me dissuader de prendre cette voie. Ils r&#233;p&#233;taient vainement : &#171; En t'engageant dans ce m&#233;tier, tu risques ta sant&#233; et ta s&#233;curit&#233; ! &#187; Je me suis obstin&#233;, rien ne m'aurait d&#233;tourn&#233; de ma vocation. Fallait-il me le ressasser, encore et encore ? Je serais rest&#233; sourd &#224; leurs dissuasions. &#192; pr&#233;sent, me voil&#224; pris au pi&#232;ge comme un rat, au fond d'une pi&#232;ce obscure et sale. Comment m'&#233;chapper ? Je n'en ai aucune id&#233;e. Cela va peut-&#234;tre durer des mois. Voire des ann&#233;es. Non, non ! Impossible&#8230; Ce n'est pas ce que j'ai choisi, ce n'est pas le m&#233;tier que j'ai accept&#233;. La torture n'en faisait pas partie. C'est de la folie ! Que le risque figure dans le contrat, je veux bien. Mais pas la torture ! Je dois me sauver d'ici&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai toujours admir&#233; mes coll&#232;gues. J'ai toujours r&#234;v&#233; de leur ressembler, de faire leur travail. On n'&#233;voque leur bravoure que trop rarement &#224; la t&#233;l&#233;vision. Bien vite, ils sont oubli&#233;s, m&#233;pris&#233;s, abandonn&#233;s &#224; leur sort. Pourtant, c'est une mission sacrificielle qu'ils tentent de mener &#224; bien. Mais personne ne le comprend. Quand je pense que certains nous trouvent privil&#233;gi&#233;s&#8230; Bien entendu, j'ai pu c&#244;toyer des confr&#232;res m&#233;diocres, sans aucune conscience professionnelle. En revanche, d'autres m'ont inspir&#233;. Je les id&#233;alisais probablement, mais je les adorais. D&#232;s mon plus jeune &#226;ge, j'avais &#233;t&#233; envo&#251;t&#233; par ces personnalit&#233;s hors du commun. Je voulais faire comme eux, je voulais &#234;tre eux. Aujourd'hui, je vis dans une peau &#233;trang&#232;re et malsaine, dans la peau d'un spectre d'illusions, fabriqu&#233; d'admiration ruin&#233;e. Mon r&#234;ve de gamin est devenu cauchemar quotidien. Quelle na&#239;vet&#233;&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; Le parcours fut long, mais je finis par y parvenir et remplir ma premi&#232;re mission. Depuis ce commencement, je n'ai fait que l'exp&#233;rience d'une mis&#232;re g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui m&#232;ne aux pires cruaut&#233;s. J'&#233;tais envoy&#233; sur le terrain, sans pr&#233;liminaires, d&#232;s la fin de ma formation &#233;clair. En arrivant au front, un vif pressentiment lugubre me saisit, l'impression de m'&#234;tre fourvoy&#233;, profond&#233;ment fourvoy&#233;. Je n'y croyais pas pour autant, m'acharnant &#224; penser que l'exp&#233;rience et le temps apaiseraient mes terreurs. Je n'imaginais pas, alors, que je creusais une place comme ma propre tombe. L&#224; o&#249; j'ai fait erreur, ce n'&#233;tait pas vraiment sur la nature du m&#233;tier. Je m'attendais &#224; un labeur &#233;prouvant, &#233;reintant et risqu&#233;. En revanche, je n'ai pas su deviner que mes nerfs l&#226;cheraient d&#232;s les premiers instants. Je croyais &#234;tre assez solide pour demeurer dans des situations si extr&#234;mes. Mon orgueil m'avait toujours aveugl&#233;. R&#233;ussir, j'en &#233;tais s&#251;r, car jamais je n'avais os&#233; envisager le pire. D&#233;sormais, je suis en plein dedans. Et ma d&#233;tresse m'accable.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans l'imm&#233;diat, la peur me t&#233;tanise. &#192; l'id&#233;e que mes bourreaux reviennent, mon estomac se tord sous des crampes &#233;pouvantables. Ils sont nombreux, petits, mais impitoyables. Lorsque j'arrive &#224; leur faire face pendant quelques secondes, je d&#233;visage des individus cruels et profond&#233;ment sadiques. Ils s'entretiennent les uns les autres dans leur bestialit&#233; barbare. &#192; vrai dire, je suis davantage malmen&#233; par la r&#233;gularit&#233; de leurs atteintes incessantes et usantes, aussi superficielles soient-elles, que par leurs coups violents qui ne m'assomment que ponctuellement. Il existe une technique de torture qui consiste &#224; attacher quelqu'un de mani&#232;re &#224; ce que sa t&#234;te reste toujours exactement &#224; la m&#234;me place. On fait alors tomber des gouttes d'eau, une &#224; une, sur un point pr&#233;cis de son front. Il ne faut que quelques heures avant que la victime per&#231;oive la plus infime gouttelette semblable &#224; un rocher fracassant son visage. La r&#233;p&#233;tition incessante de leurs attaques me tue. Et cette foule enrag&#233;e n'aura jamais conscience de ses actes. Ils n'y songent m&#234;me pas. Comment le pourraient-ils ? Je vois dans leur regard imb&#233;cile la perversit&#233; la plus insouciante. Je ne suis pas leur premi&#232;re proie. Il y en aura encore beaucoup apr&#232;s moi. &lt;br class='autobr' /&gt; Je me souviens, lors de ma premi&#232;re mission, avoir &#233;t&#233; envahi d'un malaise trouble. Quelles &#233;motions me parcouraient ? L'effroi ? Non, plut&#244;t une irr&#233;pressible envie de fuir. Accompagn&#233;e d'une fatigue abyssale qui brouillait mon esprit et accablait mon corps tout entier. Je tenais &#224; peine sur mes pieds, et ne pouvais plus penser &#224; rien, tant l'&#233;puisement me terrassait. Une heure de tourmente suffisait &#224; ce que je visse mon &#233;nergie se consumer int&#233;gralement. J'employais tout mon &#234;tre &#224; observer. Observer attentivement. Scruter les mouvements des uns et des autres. Relever un faux-pas. Remarquer un geste d&#233;plac&#233;, une main brandie, une &#339;illade vicieuse. Car la moindre erreur m'e&#251;t &#233;t&#233; fatale. Je luttais pour &#233;viter toute &#233;tourderie, qui aurait ouvert &#224; leurs regards ac&#233;r&#233;s l'horizon de toutes mes faiblesses. J'aiguisais mon attention, je me sentais moi-m&#234;me animal, pr&#234;t &#224; bondir et riposter f&#233;rocement en cas de menace imminente. Les mois ont pass&#233;, et mon mal-&#234;tre a grandi. Au lieu de m'apprendre comment ma&#238;triser la situation, le temps s'allongeait et l'usure attaquait mes r&#233;flexes &#233;reint&#233;s. La fatigue coulait mon &#234;tre dans du ciment. Petit &#224; petit, une inertie atrocement dangereuse s'emparait de moi. Je m'enlisais dans un sable mouvant, et les semaines condamnaient et mon corps et ma t&#234;te &#224; une position insupportable. Je me sentais emmur&#233; dans un isolement ali&#233;nant. Face aux barbares, mon seul moyen de d&#233;fense, l'unique, &#233;tait de contre-attaquer. Si je fuyais, ma couardise et ma faiblesse auraient &#233;t&#233; d&#233;masqu&#233;es. J'aurais d&#232;s lors sombr&#233; dans une vuln&#233;rabilit&#233; telle qu'elle aurait mis ma survie en jeu. Mais si je savais r&#233;pliquer face &#224; chaque offensive, alors je maintenais mon masque, mon simulacre de protection et de force dissuasive. Car mes bourreaux ne m'auraient pas malmen&#233; s'ils avaient pressenti que j'eusse pu leur arracher la langue en retour. Les b&#234;tes fonctionnent ainsi, sur le bluff, sur l'intimidation. Or, la fatigue m'&#233;crasant, la situation se d&#233;gradant de jour en jour, je perdais insidieusement ma capacit&#233; &#224; r&#233;agir et &#224; me battre en cas de probl&#232;me. Au fil des heures, mes pieds s'enfon&#231;aient plus lourdement dans le sol, tandis que le haut du corps tremblait de plus en plus violemment, trahissant ainsi mes tares. Bient&#244;t, j'allais &#234;tre tout &#224; fait d&#233;pass&#233; par la situation ; ils prendraient le dessus, me maltraiteraient, joueraient avec moi, pitoyable souris meurtrie et ballot&#233;e entre d'innombrables pattes de chat.&lt;br class='autobr' /&gt; J'en avais rep&#233;r&#233; un particuli&#232;rement sournois. Mes coll&#232;gues tir&#232;rent la sonnette d'alarme pour que l'on s'en prot&#233;ge&#226;t mutuellement. Mais &#224; partir du moment o&#249; je fus isol&#233;, seul sous ses yeux, la traque commen&#231;a. Et comme des requins qui attaquent en groupe, lorsqu'il me porta la premi&#232;re atteinte, ses cong&#233;n&#232;res se ru&#232;rent &#224; leur tour sur moi. Ils p&#233;n&#233;tr&#232;rent toutes mes failles, firent exploser mes faiblesses. Plus rien n'&#233;tait sous contr&#244;le, je ne pouvais que me replier et faire l'autruche, me rendre sourd et aveugle pour tenter d'&#233;chapper aux coups qu'ils m'infligeaient, bien qu'aucun ne rat&#226;t sa cible. J'&#233;tais fini. &lt;br class='autobr' /&gt; Aujourd'hui, je suis encore s&#233;questr&#233; dans cette salle lugubre. Quel jour sommes-nous ? Cela n'a plus d'importance. Le temps s'est arr&#234;t&#233;. Je suis d&#233;j&#224; trop vieux pour revenir sur mes pas. Et pourtant si jeune pour en finir maintenant, dans cette vie sinistre. Je ne peux m'&#233;vader, car je sais qu'ils m'attendent juste au-dehors. Ils seront bient&#244;t de retour. Aucune &#233;chappatoire n'est envisageable. Je m'&#233;tais engag&#233;. J'avais accept&#233; les risques. J'ai tout fait pour parvenir &#224; ce statut, et d&#233;sormais j'y suis reclus. Si seulement je pouvais recommencer ! Si seulement je pouvais rompre cet abominable engagement qui m'assassine &#224; petit feu. Je ferais tout, absolument tout pour avoir une seconde chance et d&#233;buter une nouvelle vie, loin de tout cela. Pourquoi n'ai-je pas &#233;cout&#233; ma famille ? Et pourtant... Me l'eussent-ils dit, encore et toujours, deux fois ou mille, cela n'aurait rien chang&#233; ! J'&#233;tais aveugle, j'&#233;tais perdu. Dor&#233;navant, il est trop tard pour les remords.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette profession a beaucoup &#233;volu&#233; durant les derni&#232;res d&#233;cennies. La mondialisation, le d&#233;chainement des passions, les modes soci&#233;tales et les &#233;tats d'esprit actuels aggravent le ph&#233;nom&#232;ne. Fort de mes illusions candides, je r&#234;vais d'affronter &#224; moi seul le monde qui r&#233;gresse et les gens qui s'enfoncent dans la b&#234;tise la plus crasse. J'&#233;tais s&#251;r que mon enthousiasme servirait &#224; tous, que ma passion s'incarnerait dans un emploi d'utilit&#233; publique. Mais les premi&#232;res insultes prof&#233;r&#233;es en une langue que je ne comprenais pas boulevers&#232;rent mon innocence cr&#233;dule. Au premier coup de poing, les illusions vol&#232;rent en &#233;clat. Ils viol&#232;rent ma candeur en me crachant au visage. L'un d'eux sortit un canif et poignarda mon enthousiasme. Ma passion agonisait devant cette masse insensible d'&#234;tres insens&#233;s. Comme j'envie ces employ&#233;s de bureau, leurs trente-cinq heures hebdomadaires dans des cabines tant&#244;t chauff&#233;es, tant&#244;t climatis&#233;es. Comme je r&#234;ve d'&#234;tre sous les ordres tyranniques d'un patron antipathique. Accomplir chaque jour des t&#226;ches ennuyeuses, r&#233;p&#233;titives, installer une routine fade ad nauseam, plut&#244;t que d'&#234;tre coinc&#233; ici, dans cette sombre salle exigu&#235;. Chaque jour renouvelle les mauvaises surprises, les sursauts saisissants, les frayeurs poignantes. Une angoisse intense me donne envie de vomir, tous les matins, depuis trois ans. Mais tous les matins, il faut y retourner. Car j'ai fait ce choix, et j'y suis maintenant assign&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Le soir, quand la lumi&#232;re de la salle s'&#233;teint, je pleure. Je pleure longtemps. J'expire de longs sanglots lancinants. Cela finit d'&#233;puiser toutes mes forces. Je chancelle, me soutiens aux murs gris et glac&#233;s. Les larmes r&#233;chauffent mes joues ternes et rougissent mon regard constern&#233;. Une journ&#233;e. Une journ&#233;e suppl&#233;mentaire vient de passer. Plus que treize mille et des poussi&#232;res, si tout se d&#233;roule bien. Car la dur&#233;e de ma r&#233;tention est fluctuante, selon le bon vouloir de ceux qui m'ont abandonn&#233; dans ce trou funeste. Lorsque mes larmes ont tari, lorsque j'ai exhal&#233; ma souffrance, je rassemble avec peine mes quelques affaires miteuses. La vue brouill&#233;e, je tente de sortir, cherchant &#224; t&#226;tons la poign&#233;e et les cl&#233;s. Il ne faut surtout pas que je croise quelqu'un. Alors, j'attends, l&#233;thargique, et je respire pendant de longues minutes pour calmer mon d&#233;sespoir &#224; bout de souffle. Je revois, chaque soir, cet enfant de huit ans d&#233;clarant &#224; ses deux parents inquiets quelle sera sa future profession. Je revois ce ch&#233;rubin aux joues tendres, au regard illumin&#233;, au visage exalt&#233;, assurer qu'il r&#233;pondra de son devoir de citoyen. Je le vois et pleure plus tendrement encore sur les r&#234;ves massacr&#233;s de l'enfant devenu adulte tortur&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Non ! L'heure sonne. Je suis condamn&#233; par un gong strident. Mes cheveux se h&#233;rissent, mes bras tremblent. Les r&#234;veries vacillent puis s'&#233;teignent. Plus de coin o&#249; me cacher, plus de souffle &#224; reprendre, ils vont revenir. Ils arrivent. Je per&#231;ois des pas qui &#233;branlent le sol au rythme de ma respiration saccad&#233;e. Je les entends. Mon oreille affol&#233;e discerne le grondement s'amplifiant. Une horde, c'est une horde de pr&#233;dateurs qui va s'abattre sur moi ! Piti&#233;, piti&#233;, que tout cela cesse&#8230; La poign&#233;e s'abaisse. Projet&#233;e contre le mur, la vieille porte grin&#231;ante laisse entrer une d&#233;ferlante de visages enrag&#233;s. Ils p&#233;n&#232;trent en furie, envahissent l'espace violemment, sauvagement, bruyamment. Je me recroqueville et me retranche dans mon silence. Je voudrais ne pas les voir, ne plus les entendre. Ils s'approchent, me contournent, me fr&#244;lent et me cognent, rigolent &#224; pleins poumons ; certains s'&#233;gosillent, d'autres courent, se bousculent. Ils sont tellement nombreux ! Quel bruit ! Je n'en peux plus&#8230; Mais je ne dois pas craquer&#8230; Je ne peux pas craquer, sans quoi ils m'ach&#232;veront&#8230; Quel bruit&#8230; Ils sont d&#233;cha&#238;n&#233;s. Je ne peux plus rien faire&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; L'un d'entre eux se d&#233;tache du troupeau, s'avance lentement. Je fixe le sol, oppress&#233;, terrifi&#233; par cette proximit&#233; mena&#231;ante. Sa main se dirige au ralenti vers mon bras, et attrape soudain mon poignet. Le contact de sa main chaude sur mon avant-bras fig&#233; me fait lever les yeux. Je distingue un regard malicieux et per&#231;ant qui me traverse de part en part. Il lit sur mon visage &#224; d&#233;couvert une peur flagrante, une faille &#233;vidente. Le gibier vient de tomber sous la griffe de l'&#233;pervier.&lt;br class='autobr' /&gt; Mon bourreau me d&#233;visage encore, quand le bruit assourdissant retentit dans toute la pi&#232;ce. Je crois &#234;tre encercl&#233; par une nu&#233;e de singes d&#233;cha&#238;n&#233;s, bondissant en tous sens, criant &#224; tue-t&#234;te et grima&#231;ant grossi&#232;rement. &lt;br class='autobr' /&gt; Il est temps. Je hurle &#224; mon tour :&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Assez ! Taisez-vous ! Retournez &#224; votre place. Assez, j'ai dit ! Du calme ! Vous reprenez votre manuel, page quatre-vingt-douze, et on continue l'exercice de grammaire&#8230; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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