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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Les Cris</title>
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		<dc:date>2019-05-15T21:30:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lena&#239;g Driquert</dc:creator>



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&lt;p&gt;Ce furent les cris de ma m&#232;re qui ameut&#232;rent les voisins et qui nous firent nous pr&#233;cipiter dehors. Ils venaient de la route et j'eus soudain une peur panique de ce qui avait pu arriver. Mon petit fr&#232;re et ma petite s&#339;ur jouaient dans la cour, le portail &#233;tait rest&#233; ouvert parce que c'&#233;tait bient&#244;t l'heure &#224; laquelle notre p&#232;re rentrait du travail. J'&#233;tais en train de lire dans le jardin quand les cris stridents &#233;taient venus m'arracher &#224; ma r&#234;verie et de l'endroit o&#249; je me trouvais je ne pouvais voir ni (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton928.jpg?1557731359' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_341 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/0000000c.2019-04-les_cris-definitif1_qual5.jpg?1557731269' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-341 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2019
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Ce furent les cris de ma m&#232;re qui ameut&#232;rent les voisins et qui nous firent nous pr&#233;cipiter dehors. Ils venaient de la route et j'eus soudain une peur panique de ce qui avait pu arriver. Mon petit fr&#232;re et ma petite s&#339;ur jouaient dans la cour, le portail &#233;tait rest&#233; ouvert parce que c'&#233;tait bient&#244;t l'heure &#224; laquelle notre p&#232;re rentrait du travail. J'&#233;tais en train de lire dans le jardin quand les cris stridents &#233;taient venus m'arracher &#224; ma r&#234;verie et de l'endroit o&#249; je me trouvais je ne pouvais voir ni la cour, ni la route. Dans un premier &#233;lan je m'&#233;tais pr&#233;cipit&#233;e, j'avais d&#233;val&#233; les escaliers et m'&#233;tais &#233;lanc&#233;e &#224; bride abattue vers les hurlements de ma m&#232;re. Mais &#224; quelques m&#232;tres du petit portillon qui donnait acc&#232;s &#224; la grande cour et d'o&#249; je pourrais voir la sc&#232;ne, j'avais involontairement frein&#233;, p&#233;trifi&#233;e &#224; l'id&#233;e que le spectacle qui allait s'offrir &#224; mes yeux bouleverserait peut-&#234;tre toute mon existence. Les cris de ma m&#232;re s'&#233;taient mu&#233;s en sanglots entrecoup&#233;s de hoquets et le d&#233;sespoir qui y &#233;tait si perceptible me fit vaciller. Enfin, j'eus le courage d'avancer et de voir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au milieu de la route, juste apr&#232;s le virage, gisait une masse sombre, d&#233;sarticul&#233;e, que ma m&#232;re serrait dans ses bras, indiff&#233;rente au sang qui lui maculait le visage et le corps. Elle &#233;tait accroupie, inconsciente de sa vuln&#233;rabilit&#233; &#224; cet endroit o&#249; les v&#233;hicules n'avaient aucune visibilit&#233;. &#192; quelques m&#232;tres la voiture de mon p&#232;re, stationn&#233;e sur le bas-c&#244;t&#233;. Et mon p&#232;re, pr&#232;s de la porti&#232;re avant, &#224; demi sorti de son v&#233;hicule, semblant h&#233;siter entre le fait de rejoindre ma m&#232;re et celui de rester &#224; distance. Jamais je n'avais vu ma m&#232;re dans un tel &#233;tat de chagrin. Nous avions l'habitude de la voir droite, inflexible, le corps raide et le visage fig&#233; et nous assistions &#224; un spectacle qui nous d&#233;routait ; notre m&#232;re savait donc pleurer et elle pouvait montrer sa souffrance. Cela nous sid&#233;rait et mon fr&#232;re, ma s&#339;ur, mon p&#232;re et moi restions immobiles comme envo&#251;t&#233;s, incapables du moindre mouvement, l&#224; au bord de notre maison en cette douce soir&#233;e du mois de juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;t&#233; de cette ann&#233;e-l&#224; avait plut&#244;t bien commenc&#233;. Pour une fois, le soleil semblait d&#233;cid&#233; &#224; nous honorer de sa chaleur et la pluie qui n'avait cess&#233; de tomber durant les mois de printemps paraissait d&#233;j&#224; loin de nous. Nous venions de ranger nos affaires d'&#233;cole tous les trois et &#233;tions pr&#234;ts &#224; aborder ces deux mois en toute s&#233;r&#233;nit&#233;. Pour mon fr&#232;re et ma s&#339;ur, plus jeunes que moi, la perspective des deux mois pass&#233;s en toute libert&#233; dans notre immense ferme les remplissait d'une excitation qu'ils avaient du mal &#224; canaliser. Mais pour moi, &#224; l'aube de mes 14 ans, c'&#233;tait bien diff&#233;rent. Je voyais des jours sans fin devant moi, pass&#233;s seule &#224; r&#234;vasser, &#224; lire ou &#224; me promener. Projets somme toute fort agr&#233;ables mais dont je ne savais pas encore go&#251;ter le plaisir. J'avais besoin des autres. Je voulais des f&#234;tes, de l'agitation, du bruit parce que je pensais que c'&#233;tait ainsi que l'on s'amusait. Les d&#233;lices de la solitude m'&#233;taient encore &#233;trang&#232;res. Je me d&#233;sesp&#233;rais donc &#224; l'id&#233;e de devoir passer cette belle saison &#224; me morfondre &#224; la campagne loin de mes amis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous vivions dans un corps de ferme que mes parents avaient entrepris de r&#233;nover depuis plusieurs ann&#233;es d&#233;j&#224;. Mais les travaux s'av&#233;raient plus co&#251;teux que pr&#233;vu et certains chantiers restaient en attente. Ainsi, l'hiver il y r&#233;gnait un froid glacial, la chemin&#233;e ne permettant pas de donner assez de chaleur &#224; toute la vaste maison. Nous nous regroupions alors dans la salle &#224; manger et y passions la plupart de notre temps. Quand il &#233;tait l'heure d'aller au lit, nous montions en serrant dans nos bras la pr&#233;cieuse bouillotte garante de notre confort pour la nuit &#224; venir.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;t&#233; &#233;tait donc une p&#233;riode plus agr&#233;able. Nous pouvions profiter du jardin, du potager, des champs dans lesquels mon fr&#232;re et ma s&#339;ur disparaissaient toute la journ&#233;e, inventant toutes sortes de jeux dont j'&#233;tais exclue ou m'excluais moi-m&#234;me en ma qualit&#233; de grande s&#339;ur. J'avais six ans d'&#233;cart avec mon fr&#232;re et dix avec ma s&#339;ur. &#201;lev&#233;e longtemps seule, je n'avais pas tiss&#233; de lien avec eux dans l'enfance et ils restaient pour moi deux petits inconnus dont le langage m'&#233;tait ind&#233;codable. Pour eux, c'&#233;taient deux mois de parfaite libert&#233; et de joies intenses. Ils se levaient t&#244;t le matin et apr&#232;s avoir enfil&#233; un short et un tee-shirt et avoir aval&#233; un bol de lait, ils filaient vers le grenier, complices, d&#233;j&#224; lointains. Ils soignaient leurs lapins qu'ils gardaient soigneusement &#224; l'abri des chiens dans leurs clapiers. Ils adoraient jouer &#224; les habiller, singeaient des c&#233;r&#233;monies de mariage et les unions qu'ils avaient imagin&#233;es donnaient souvent lieu &#224; de v&#233;ritables naissances. J'&#233;tais jalouse de leur bonheur, de leur sauvagerie. Quand je les voyais arriver &#224; la nuit tombante, poussi&#233;reux, le visage br&#251;l&#233; par le soleil, les v&#234;tements noirs de terre et le sourire lumineux, une tristesse diffuse m'&#233;treignait. J'aurais tout donn&#233; pour pouvoir me m&#234;ler &#224; leurs jeux, pour entrer dans leur monde. Mais au lieu de leur adresser la parole, je feignais la dignit&#233; et le d&#233;go&#251;t face &#224; leurs tenues souill&#233;es et je montais me coucher, d&#233;daigneuse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet &#233;t&#233;-l&#224; ne s'annon&#231;ait pas diff&#233;rent des autres. D&#233;j&#224; deux semaines s'&#233;taient &#233;coul&#233;es dans un morne ennui. J'aidais ma m&#232;re &#224; la r&#233;colte des l&#233;gumes du jardin. J'&#233;cossais pendant des heures les petits pois que nous mangerions cet hiver. J'&#233;pluchais la rhubarbe afin de faire les confitures, je r&#233;coltais les framboises pour le d&#238;ner, repiquais les salades, plantais les radis. Toutes ces corv&#233;es m'occupaient l'esprit et surtout m'offraient la pr&#233;sence exclusive de ma m&#232;re pour quelques heures. Apr&#232;s le repas du midi, elle m'appelait pour que je vienne l'aider au potager et je pouvais ainsi rester &#224; ses c&#244;t&#233;s tout l'apr&#232;s-midi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle semblait alors enfin remarquer ma pr&#233;sence. Parfois il me semblait qu'&#224; travers ses lunettes noires elle me regardait. Ou &#233;tait-ce une illusion ? Les quelques conseils qu'elle me donnait, je les buvais malgr&#233; le ton sec qui les accompagnait. Je faisais expr&#232;s de demander des pr&#233;cisions d'un ton candide afin de prolonger les mots qu'elle m'adressait. Je suivais chacun de ses pas, attentive au plus quelconque de ses gestes. Je qu&#234;tais le moindre signe de fatigue, pr&#234;te &#224; lui proposer mon aide. C'&#233;taient de longues heures sereines et heureuses. La seule ombre &#233;tait la pr&#233;sence dans nos pieds de son chien. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait une sorte de teckel, qu'elle avait recueilli. Abandonn&#233;, il avait parcouru toute la prairie avant d'arriver chez nous. C'est ma m&#232;re qui l'avait vu alors qu'elle &#233;tendait le linge. Elle l'avait alors mis dans son panier sur les v&#234;tements secs qu'elle venait de r&#233;cup&#233;rer et l'avait ramen&#233; &#224; la maison. Sur le moment nous avions pens&#233; qu'il irait prendre sa place parmi les autres chiens dans la cour. Qu'il vivrait parmi eux, dans le chenil. Mais ma m&#232;re avait dit qu'il &#233;tait trop petit, qu'ils lui feraient du mal et que donc il vivrait avec nous. Elle l'avait alors entour&#233; de tous ses soins. Le matin, il avait le droit aux premi&#232;res attentions de ma m&#232;re. Avant de nous dire bonjour, avant de mettre notre lait &#224; chauffer, elle lui servait sa p&#226;t&#233;e tout en lui caressant les oreilles. Quand enfin elle servait le lait fumant dans nos bols nous pouvions sentir l'odeur du chien et de sa nourriture qui s'&#233;taient impr&#233;gn&#233;s sur sa peau. Il la suivait partout, ne la quittait jamais. Et quand elle devait aller en ville, elle l'emmenait avec elle et nous les voyions partir, lui assis fi&#232;rement pr&#232;s de sa ma&#238;tresse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant la cueillette des fruits, il restait couch&#233; &#224; quelques m&#232;tres de ma m&#232;re et parfois se levait pour venir qu&#233;mander un morceau de sucre ou une caresse. Le plus souvent, il choisissait le moment o&#249; ma m&#232;re me parlait, o&#249; elle m'accordait son attention. Et je le ha&#239;ssais d'interrompre cet instant. Le visage de ma m&#232;re qui s'&#233;clairait alors et la douceur de sa voix quand elle s'adressait &#224; lui me brisait le c&#339;ur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le soir, elle le laissait dormir au pied de son lit et s'endormait en laissant pendre sa main qu'il l&#233;chait avec adoration. On l'entendait en bas lui dire des paroles tendres avant de monter se coucher. Quand elle passait devant nos chambres, nous esp&#233;rions qu'elle s'arr&#234;te, qu'elle vienne nous embrasser, nous souhaiter une bonne nuit. Mais elle poursuivait son chemin, le chien dans les bras, lui susurrant un flot de paroles dont il ne pouvait percevoir le sens mais qui le remplissait de joie. Il &#233;tait devenu tr&#232;s possessif avec elle et il ne la quittait jamais des yeux. Quand un &#233;tranger entrait, malgr&#233; sa taille ridicule, il grognait et son poil se h&#233;rissait si celui-ci venait &#224; s'approcher de ma m&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet &#233;t&#233;-l&#224;, cela faisait quatre ans qu'il &#233;tait dans notre famille. Mon fr&#232;re et ma s&#339;ur l'ignoraient et il faisait de m&#234;me. Mais moi je ne pouvais m'emp&#234;cher de l'observer, et j'&#233;tais certaine d'apercevoir une lueur d'ironie et de moquerie dans ses yeux quand il interrompait une discussion entre ma m&#232;re et moi. Je le sentais railleur quand, alors que le visage de ma m&#232;re ne se d&#233;ridait jamais quand elle pronon&#231;ait mon nom pour m'appeler, il s'illuminait quand elle disait son nom &#224; lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
On &#233;tait en juillet et il faisait d&#233;j&#224; chaud. Il semblait souffrir de cette chaleur et errait de pi&#232;ce en pi&#232;ce &#224; la recherche d'un coin frais, la langue pendante, le souffle haletant. Dans le jardin, j'avais trouv&#233; un petit coin agr&#233;able, sous le saule, o&#249; le sol gardait une fra&#238;cheur due &#224; l'humidit&#233; de la ros&#233;e que les feuillages parvenaient &#224; conserver. J'y passais de longues heures, allong&#233;e &#224; lire ou &#224; somnoler. Alors que je venais de m'y installer, un apr&#232;s-midi, le chien vint soudain s'installer &#224; quelques m&#232;tres de moi, au m&#234;me endroit. Je lui lan&#231;ai alors un regard courrouc&#233; et le chassai d'un coup de chaussure. Il s'&#233;loigna d'un air penaud qui me sembla feint. Alors que je m'appr&#234;tais &#224; reprendre ma lecture, je le sentis s'approcher lentement, comme implorant ma cl&#233;mence. Il se coucha de nouveau l&#224; o&#249; l'herbe &#233;tait fra&#238;che. Je fus alors envahie par un sentiment que je ne connaissais pas encore mais dont j'avais senti les pr&#233;mices. Mon ventre qui se tordait quand je le voyais dans les bras de ma m&#232;re, la boule qui m'&#233;treignait la gorge quand je la voyais lui sourire avaient donc nourri ce que je sentais grandir en moi. Je le regardai un instant dans les yeux et crus y voir une d&#233;fiance. Je me levai alors pr&#233;cipitamment et le frappai d'un violent coup de pied dans les c&#244;tes. Jamais auparavant je n'avais frapp&#233; un animal, j'avais appris &#224; vivre &#224; leurs c&#244;t&#233;s, sans leur t&#233;moigner une affection particuli&#232;re mais en les respectant. Pourtant, au moment o&#249; mon pied frappa la b&#234;te, je sentis quelque chose exploser dans mon ventre. Une jouissance pure et violente qui me paralysa. Je restai immobile, insensible aux cris du chien qui fuyait en courant dans la maison. Que s'&#233;tait-il pass&#233; en moi ? Je ne le sus pas et sentis qu'il me faudrait du temps pour le comprendre. Je m'assis par terre, foudroy&#233;e par la plaisir brut qui venait de m'envahir et qui m'&#233;tait totalement inconnu. J'avais bien entendu parler au coll&#232;ge de certains myst&#232;res li&#233;s &#224; la sexualit&#233; et d'une jouissance sans pareille que l'on pouvait ressentir alors dans notre corps, mais tout cela &#233;tait tabou chez nous. Nous ne parlions pas de notre intimit&#233;. Notre corps n'existait pas aux yeux de notre m&#232;re et quand par erreur elle apercevait notre chair, elle se d&#233;tournait sans avoir le temps de dissimuler le mouvement de r&#233;pulsion qui l'avait travers&#233;e. Alors que je reprenais &#224; peine mes esprits, je vis une tache rouge sur ma robe. Je passai alors la main entre mes jambes et sentis la moiteur du sang. Ce constat me laissa de marbre. Alors que je m'appr&#234;tais &#224; aller me changer, je vis ma m&#232;re surgir dans le jardin. Elle tenait le chien dans ses bras et vocif&#233;rait des mots &#224; mon adresse que je n'entendais pas. Plus aucun son ne me parvenait. Je voyais ses l&#232;vres s'agiter, son visage plein de haine me crachant sa col&#232;re au visage et pendant ce temps il me semblait que le chien me souriait. Ses babines &#233;taient l&#233;g&#232;rement retrouss&#233;es et j'&#233;tais certaine qu'il me narguait, bien &#224; l'abri dans la chaleur de ma m&#232;re. La gifle me terrassa. Ce fut peut-&#234;tre la surprise, car ma m&#232;re ne nous battait jamais, ou la douleur parce qu'elle avait frapp&#233; de toutes ses forces mais je vacillai et tombai sur les genoux. Je levai alors les yeux sur celle qui m'avait engendr&#233;e, celle qui m'avait port&#233;e dans ses entrailles, celle qui avait d&#251; me bercer quand j'&#233;tais un b&#233;b&#233; et je vis un regard glacial empli de haine visc&#233;rale. Elle baissa le regard et remarquant la tache de sang me dit avec m&#233;pris :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Va te changer. Tu es r&#233;pugnante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis elle s'&#233;loigna. Le ton de nouveau douce&#226;tre, c&#226;linant son chien, me laissant seule sous le saule, sur le sol humide de terre, dans ma robe poisseuse du sang qui venait de me d&#233;chirer le ventre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir de l'accident, j'ai ouvert le portail comme tous les jours pour l'arriv&#233;e de mon p&#232;re. Mais j'ai omis de refermer le portillon qui fermait l'acc&#232;s au devant de la maison, l&#224; o&#249; le chien de ma m&#232;re &#233;tait parqu&#233; &#224; l'&#233;cart des autres. Comme tous les soirs, j'ai enferm&#233; dans leur chenil les autres chiens pour ne pas qu'ils sortent sur la route et je suis retourn&#233;e lire dans le jardin. Je ne savais pas o&#249; &#233;tait le chien ni s'il serait tent&#233; de sortir&#8230; je laissai cela au destin. J'avais juste ouvert une possibilit&#233; et j'en attendais patiemment l'issue. Quand j'ai entendu les cris, je n'ai pas fait tout de suite le lien avec le portillon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et lorsque je l'ai vue agenouill&#233;e au milieu de la route sur l'asphalte bouillant, &#233;croul&#233;e, le visage d&#233;fait, j'ai senti de nouveau la vague de jouissance m'envahir. Elle est remont&#233;e du fond de mes entrailles, je l'ai sentie m'engloutir et le m&#234;me plaisir pur a explos&#233; en moi. Mais cette fois, je n'ai rien laiss&#233; para&#238;tre. Je suis rest&#233;e sto&#239;que comme mon p&#232;re, mon fr&#232;re et ma s&#339;ur. Je l'ai laiss&#233;e me gagner et envahir le moindre atome de mon corps, je l'ai accueillie. Rien ne devait se voir de l'ext&#233;rieur, personne ne devait savoir. Et alors que j'observais la douleur crue de ma m&#232;re, je pensai &#224; la mani&#232;re de dompter la b&#234;te que je sentais grandir dans mon ventre, dont la chaleur diffuse me subjuguait et je r&#234;vais aux joies prochaines dont elle venait de me faire pr&#233;sent. Peu &#224; peu les cris diminu&#232;rent et je ne per&#231;us plus que des sanglots &#233;touff&#233;s et lointains.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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