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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Rage dedans </title>
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		<dc:date>2019-06-02T17:18:24Z</dc:date>
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		<dc:creator>Tim Storetto</dc:creator>



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&lt;p&gt;Je n'arrivais toujours pas &#224; faire entrer la cl&#233; dans la serrure. Al me soufflait son haleine dans le cou, des &#233;cailles de rouille se d&#233;tachaient, mes doigts glissaient, d&#233;goulinants. Le rideau de fer se mit &#224; trembler. Je vis une botte &#224; semelle boueuse au niveau de ma joue. &#171; Doucement, quand m&#234;me &#187; dis-je en levant la t&#234;te. Je posai la main sur le m&#233;tal d&#233;glingu&#233; et m'attaquai &#224; nouveau au verrou. La pluie m'inondait le visage et je voyais la serrure brouill&#233;e &#224; travers mes lunettes. J'entendais (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton932.jpg?1559495622' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_343 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/00000019.rage_dedans.jpg?1559495631' width='500' height='501' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'arrivais toujours pas &#224; faire entrer la cl&#233; dans la serrure. Al me soufflait son haleine dans le cou, des &#233;cailles de rouille se d&#233;tachaient, mes doigts glissaient, d&#233;goulinants. Le rideau de fer se mit &#224; trembler. Je vis une botte &#224; semelle boueuse au niveau de ma joue. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Doucement, quand m&#234;me &#187; dis-je en levant la t&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je posai la main sur le m&#233;tal d&#233;glingu&#233; et m'attaquai &#224; nouveau au verrou. La pluie m'inondait le visage et je voyais la serrure brouill&#233;e &#224; travers mes lunettes. J'entendais Alphonse soupirer et grogner. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est pas possible ! Grouille-toi, Henri ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il balan&#231;a un autre coup de pied et j'entendis le fer g&#233;mir. Le verrou c&#233;da. &#171; Et voil&#224; ! &#187; triompha Al en m'&#233;cartant. &#171; &#192; force, on va passer pour des cambrioleurs. Vivement qu'on s'installe dans le nouveau local. &#187; Il releva le rideau dans un grincement capable de r&#233;veiller toute la rue, me retira le trousseau des mains, choisit une autre cl&#233;, ouvrit la porte vitr&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt; Il entra le premier, extirpant de sa poche un sachet de papier blanc qui sentait bon la boulangerie, puis retira son blouson tremp&#233;. J'allai brancher le radiateur, allumer les n&#233;ons. J'entendis les gargouillements de la cafeti&#232;re, malgr&#233; tout couverts par des aboiements excit&#233;s. Alphonse m&#226;chonnait un morceau de croissant. &#171; T'en veux ? &#187; Croissant contre brioche. Je suis trop gras. Je me contentai de secouer n&#233;gativement la t&#234;te et de sourire &#224; Cybil qui venait d'entrer. Elle nous adressa &#224; chacun un petit signe et murmura comme tous les matins depuis quelques mois : &#171; Je vais ouvrir &#224; Chance &#187;. Je baissai les yeux sur le carrelage immacul&#233;. &#171; Avec cette flotte, il va encore salir le sol &#187;, dit Al s&#233;v&#232;rement. Cybil poussa la porte de l'arri&#232;re-cour. Une grosse patte surgit de la pluie. Une forme sombre d&#233;boula dans la pi&#232;ce, s'&#233;broua dans un halo de gouttelettes translucides et se dirigea vers Cybil. Elle cajola la t&#234;te mouill&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Que tu es beau ! Quel amour ! Mais quel amour ! Comment a-t-on pu t'abandonner ? &#187; L'amour fr&#233;tillait de plus en plus, tournoyait et se remit &#224; aboyer. Al, qui remplissait les tasses, se retourna : &#171; C'est insupportable ! Et c'est comme &#231;a tous les matins. Si tu veux vraiment le garder, Cybil, dresse-le un peu. Crois-moi, dresse-le, sinon il va finir tu sais comment. &#187; Il dut hausser la voix pour se faire entendre : &#171; Il est tol&#233;r&#233;, pour garder la boutique. To-l&#233;-r&#233;. C'est bien ce qu'a dit Francis : un chien de garde. Pas un clown. Compris ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suivais des yeux le balancement de la queue du chien, dangereusement proche de la vitrine. J'avais l'impression de suivre le mouvement d'un plumeau fou. Demi-tour direction la cafeti&#232;re. Une tasse par terre. Al d&#233;visagea Cybil avec une sorte de f&#233;rocit&#233; fixe. Chance, intuitif, s'assit et se tint tranquille. Il observait Alphonse qui pointa vers moi un dernier morceau de croissant accusateur : &#171; C'est aussi de ta faute ! Si tu m'avais soutenu pour qu'elle ne garde pas ce clebs, on aurait la paix. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans r&#233;pondre, j'allai me r&#233;fugier dans l'atelier. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme tous les matins, les yeux me regardaient. Environ une centaine, bien en ligne scintillante sur leurs petits pr&#233;sentoirs. Leurs regards de verre soutenaient le mien, comme s'ils cherchaient &#224; me faire rougir de honte. Comme si j'&#233;tais responsable du tumulte du monde. Je travaillais sur quatre pi&#232;ces. Deux chiens &#233;taient termin&#233;s, manquaient simplement quelques d&#233;tails, un peu de brossage. En ce qui concerne le troisi&#232;me, tannage et moulages &#233;taient r&#233;gl&#233;s, ne restait plus que le montage. La peau du quatri&#232;me finissait de s&#233;cher. Mais avant de m'y mettre : caf&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faisait jour maintenant et la pluie avait cess&#233;. Al sur le pas de la porte su&#231;otait pensivement sa cigarette &#233;lectronique. Je posai ma tasse sur le trottoir et allumai une Marlboro. Chance trottinait en zigzaguant dans la rue encore d&#233;serte, sous la surveillance de la silhouette fr&#234;le de Cybil. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Celui-l&#224;, je r&#234;ve de lui faire la peau, je te jure. &#187; dit Al, indiquant le chien du menton. Et justement ce chien revint, bousculant nos mollets, le nez en l'air, traquant les odeurs qui flottaient dans le magasin. Al grommela je ne sais quoi et rentra &#224; son tour. Et apr&#232;s lui Cybil :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Au boulot. &lt;br /&gt;&#8212; Quelle bonne id&#233;e ! &#187; approuva Francis, arrivant en quatri&#232;me position, pinces &#224; v&#233;lo en plastique fluo sur les chevilles, casque sous le bras gauche, gros sac poubelle sur l'&#233;paule droite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il d&#233;posa le tout sur le comptoir et observa Cybil qui suspendait son imper.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nouvelle robe ? M&#233;fie-toi, tu vas affoler tout le quartier ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Hilare, sa chevali&#232;re brillant sous les n&#233;ons, il lui posa la main sur la cuisse. Main qu'elle &#233;carta, avant de se diriger les l&#232;vres serr&#233;es vers la r&#233;serve. J'avalai mon caf&#233; en silence. Francis extirpa du sac noir trois cadavres : &#171; Voil&#224; les petits nouveaux, les deux bouledogues ch&#233;ris de madame Nelson, et le Jack Russell chouchou de la fille d'en face. J'ai enfin r&#233;ussi&#8230; &#187; Il posa des pochettes plastifi&#233;es. &#171; Et voil&#224; les photos de ces petites b&#234;tes. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Chance s'approcha, flaira. J'&#233;tais mal &#224; l'aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Faudrait peut-&#234;tre arr&#234;ter. On va finir par se faire pincer. &#187; C'&#233;tait ma voix, tremblotante.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ecoute Henri, pour moi c'est net, il y a un avant et un apr&#232;s : avant on v&#233;g&#233;tait ; depuis ma combine on a pu se payer de la publicit&#233;, on a obtenu la commande de l'&#233;comus&#233;e et celle du mus&#233;e de la chasse. Tu es d'accord ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fis oui de la t&#234;te. Il alla se verser une tasse de caf&#233;. &#171; Donc, une affaire qui marche, un bon salaire, un nouveau local dans un mois&#8230;alors si tu as la trouille, tu t'en vas, tu t'installes &#224; ton compte. Mais ici, pas de place pour deux, et c'est moi qui ai la main, ok ? &lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ok. &#187; C'est tout ce que je trouvai &#224; r&#233;pondre. Et je me dirigeai aussi dignement que possible vers l'atelier. Francis m'arr&#234;ta : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Attends une seconde Henri : tu prends un des chiens et toi, Al, tu t'attaques &#224; l'autre et tu mets le troisi&#232;me au cong&#233;lateur. La ma&#238;tresse des bouledogues en veut un assis, l'autre debout. &#192; vous de voir. Quant &#224; toi, Cybil, tu n'as rien vu, rien entendu. Rien. Je sais ce qu'on risque : jusqu'&#224; deux ans de taule et trente mille euros d'amende. Article 521-1 du code p&#233;nal. Mais impossible de prouver quel animal a &#233;t&#233; empoisonn&#233; par qui. Tu comprends ?
&lt;br /&gt;&#8212; Mais moi, s'indigna t-elle, je n'ai jamais mis de mort aux rats ! Je n'ai tu&#233; aucun animal et&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Mais non, mais non, mais fais un petit effort de m&#233;moire, tu n'as pas eu des petits probl&#232;mes &#224; Meaux, pendant ton CAP taxidermie ? &lt;br /&gt;&#8212; Mais &#231;a n'avait rien &#224; voir ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Francis donna une tape sur les fesses de Cybil : &#171; Peut-&#234;tre, mais si les flics s'int&#233;ressaient &#224; nous, tu serais la premi&#232;re dans la ligne de mire. Allez, d&#233;p&#234;che-toi de terminer le l&#233;vrier des Vico, qu'ils puissent donner les mille euros. &#187; Clin d'&#339;il. &#171; On est faits pour s'entendre&#8230; on devrait se marier. Un jour, tu devrais me demander ma main. &#187; Elle haussa les &#233;paules avec un dr&#244;le de regard. Dans son coin, Chance ne la quittait pas des yeux.&lt;br class='autobr' /&gt; On s'installa dans l'atelier, Cybil et moi, sans un mot. Al finit par nous rejoindre, l'air aussi lugubre que le chien mort qu'il d&#233;posa sur la paillasse. Je le vis du coin de l'&#339;il examiner les photos du bouledogue. Comme disait Francis, c'est gr&#226;ce &#224; elles qu'on pouvait saisir &#171; l'&#226;me, la quintessence de l'animal &#187;. Gants en latex, scalpel, on commen&#231;a avec un bel ensemble &#224; retirer la peau. Cybil travaillait dans son coin, sourcils l&#233;g&#232;rement fronc&#233;s. Elle s'attaquait au montage des yeux du l&#233;vrier. &#171; Je peux mettre de la musique ?
&lt;br /&gt;&#8212; Pas question, trancha Al. &#201;pargne-nous ton vacarme. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se leva pour fouiller dans son sac, en extirpa un gribouillis de fils et de cordons. Puis se remit au travail en murmurant : &#171; C'est pas du vacarme, Ella Fitzgerald &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je grattais la peau, songeur. Francis entra dans un coin de ma t&#234;te, je me plantai devant lui et lui dis calmement qu'&#224; partir de maintenant, la combine &#233;tait termin&#233;e. Il osa ricaner. Alors je lui balan&#231;ai mon poing dans la figure. Je regardai le sang et&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je g&#233;mis. Je m'&#233;tais coup&#233; le pouce, le scalpel avait entam&#233; le gant. &#192; c&#244;t&#233;, j'entendais la voix de Francis au t&#233;l&#233;phone. Je passai devant lui pour chercher un pansement. Chance, couch&#233; au fond de la pi&#232;ce, dressa les oreilles mais ne broncha pas. Francis glissa son portable dans sa poche. &#171; Tu vois, j'ai raison d'&#233;cumer les rues. Encore cinq commandes. Il baissa les yeux sur mon doigt qui saignait. : &#171; Si tu survis, retourne travailler. &#187; J'y retournai. Pour plusieurs heures. Au bout desquelles Cybil, casque sur la t&#234;te, m'annon&#231;a qu'elle prenait une pause pour d&#233;jeuner. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tirai la peau d'un des chiens sur le s&#233;choir, allai chercher le sel d'alun, l'acide formique, et en d&#233;posai une autre dans le bain de tannage. Jetai mes gants, me lavai les mains. Quand : &#171; Je vais au &lt;i&gt;Mandarin Marin&lt;/i&gt;. Qui m'accompagne ? &#187; C'&#233;tait Francis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il insista : &#171; Allez Cybil, tu viens ? Par pr&#233;caution je prends mes lunettes noires au cas o&#249; on croiserait une de mes connaissances. Faudrait quand m&#234;me pas que l'on nous voie en t&#234;te-&#224;-t&#234;te&#8230; &#187; Il devait enfiler son blouson, j'entendais le cuir craquer. Le bruit dans le fond, c'&#233;tait le rire d'Al. Le tintement, la porte de la boutique. J'avais d&#233;j&#224; vu la jolie fille qui venait d'entrer. Une cliente. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ah ! dit Francis, j'avais oubli&#233; mon rendez-vous ! Bon. &#192; plus tard. &#187; Ils partirent. Et on resta plant&#233;s l&#224;. Al continua &#224; se marrer un moment et sortit &#224; son tour sans pr&#233;ciser o&#249; il allait. Chance s'&#233;tira et suivit Cybil qui s'installa sur le trottoir un sandwich &#224; la main. J'allai les rejoindre. Le trottoir &#233;tait encore humide. Je m'accroupis &#224; c&#244;t&#233; de Cybil. Mais au bout de deux minutes j'avais mal aux chevilles et finis par m'asseoir. J'eus l'impression qu'elle &#233;tait plus p&#226;le que d'habitude, mais c'&#233;tait difficile &#224; savoir avec son teint bl&#234;me. Chance nous observait d'une attention tendue. Je me risquai : &#171; Qu'est-ce qui s'est pass&#233; &#224; Meaux, Cybil ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle leva la main pour me faire signe d'attendre, m&#226;cha, avala et me r&#233;pondit doucement :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; J'ai vol&#233; de l'argent&#8230; Et toi, Henri, qu'est-ce qui t'est arriv&#233; pour que tu te laisses autant marcher sur les pieds par cet enfoir&#233; de Francis ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Du bout de la fourchette, je piquais distraitement dans ma salade tofu-quinoa-chou koy. Non koy, c'est les carpes, chou kale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne sais pas comment expliquer &#231;a. On s'&#233;tait associ&#233;s, Al, Francis et moi. Au d&#233;but tout se passait bien. Et puis lentement les choses s'&#233;taient d&#233;grad&#233;es. Francis rep&#233;rait des ma&#238;tres aimants, zigouillait leur animal et ils nous contactaient. De plus en plus. Gr&#226;ce &#224; la publicit&#233;. Nous avions m&#234;me cr&#233;&#233; un site internet. Il y avait tellement de travail que l'on avait fini par chercher &#224; engager quelqu'un : Cybil. La mort aux rats p&#226;lit les muqueuses mais ce n'&#233;tait pas grave, on utilisait des pigments. J'avalai une bouch&#233;e. Et me rendis compte de mon silence. Chance me donna un coup de patte et posa la t&#234;te sur ma cuisse. J'essuyai l'aur&#233;ole baveuse et lui tendis un morceau de tofu. C'&#233;tait joli, la truffe noire sur le petit cube blanc. Il se d&#233;tourna et retourna au jambon beurre de Cybil. Elle lui tendit le dernier morceau de son sandwich sans r&#233;pondre et partit en trottinant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me levai pour pr&#233;parer du caf&#233;. Occup&#233; &#224; m'autod&#233;truire avec mes souvenirs, je n'avais pas vu Al revenir. J'&#233;tais presque devant la porte de la boutique quand je l'entendis : &#171; C'est pas vrai ! D&#233;gage ! Allez ! &#187;. Chance sortit &#224; fond de train. Je fis un pas en avant et d&#233;couvrit Al qui ramassait des lambeaux de fourrures. Il m'en lan&#231;a un d'un air rageur. &#171; Bravo ! Pendant que vous &#233;tiez en train de discuter, il en a d&#233;chiquet&#233; cinq ! Cinq animaux ! Les plus beaux ! Ceux qui &#233;taient en vitrine ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sentis une pr&#233;sence dans mon dos. Francis. &#171; J'avais oubli&#233; mon portefeuille. J'ai bien fait de revenir le prendre, sinon j'aurais manqu&#233; le spectacle. &#187; Il fit demi-tour et fon&#231;a sur Cybil qui s'effor&#231;ait de calmer son chien. Il s'agenouilla face &#224; elle sur le macadam. &#171; Je veux plus voir ce cabot ici. Termin&#233;. &lt;br /&gt;&#8212; Mais je t'ai dit que dans le foyer o&#249; j'habite, les animaux sont interdits et&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Alors tu disparais avec lui !
&lt;br /&gt;&#8212; Non ! Il reste ou bien je&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Francis lui saisit le bras. &#171; Ou bien quoi ? Quoi ? &#187; Il la secouait &#224; la d&#233;sarticuler. Et je vis Chance bondir. Cris, grognements, hurlements. J'aper&#231;us Al qui sortait de la boutique en courant, Cybil qui tirait sur le collier du chien, et soudain la main ensanglant&#233;e sur le trottoir. Et tout devint noir, pour la bonne raison&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la bonne raison que j'avais tourn&#233; de l'&#339;il. Je restai quelques heures en observation &#224; l'h&#244;pital et huit jours en repos chez moi. Al avait ferm&#233; la boutique, lui aussi avait besoin de souffler. Francis &#233;tait hospitalis&#233;. Je me disais que &#231;a serait bien de lui rendre visite. Je ne l'avais toujours pas fait. Par contre, j'&#233;tais retourn&#233; travailler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Al &#233;tait arriv&#233; le premier, il avait ouvert la boutique. Il me tendit une tasse de caf&#233; et me tapota l'&#233;paule. &#171; &#199;a va ? Sale histoire, hein ? &#187; Il remplit une autre tasse et soupira. &#171; Les flics cherchent le chien. Il a arrach&#233; la main de Francis&#8230;il a m&#234;me d&#251; la bouffer. Tu te rends compte ? Tu sais, j'ai cherch&#233; un peu&#8230;elle ne tourne pas tr&#232;s rond, Cybil. Je vais te dire ce que j'ai trouv&#233;, &#233;coute &#8230; attends, le sucre est dans l'atelier. &#187; Il revint sans la bo&#238;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je vis &#224; sa t&#234;te que quelque chose n'allait pas. &#171; Qu'est-ce que tu as, Al ? &#187; Le silence s'&#233;ternisait, direction l'atelier. Je l'entendis parler au t&#233;l&#233;phone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque part dans le monde une sir&#232;ne retentit, une voiture s'arr&#234;ta, des porti&#232;res claqu&#232;rent, des bruits de voix. La main naturalis&#233;e pos&#233;e sur la table de travail me tendait un papier. Je le pris, machinalement, et lus : &#171; Je ne demande pas, je prends. &#187; Sign&#233; Cybil. A l'index, je remarquai la chevali&#232;re de Francis. En souvenir, je l'entendis : &#171; &lt;i&gt;Tu devrais me demander ma main.&lt;/i&gt; &#187; Et j'eus une impression de d&#233;j&#224;-vu. Du noir. Je tombai &#224; nouveau dans les pommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#173;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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