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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Le marchand d'histoires</title>
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		<dc:date>2019-06-17T19:47:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Anne Lucas</dc:creator>



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&lt;p&gt;On n'avait jamais bien saisi pourquoi il s'appelait ainsi. Le vieillard avait d&#251; vouloir en faire un m&#233;tier, au d&#233;but, vendre ses histoires et ramasser quelques sous, les d&#233;penser en caf&#233;s noirs et puis voil&#224;. Mais &#231;a n'avait pas march&#233;. Enfin si, tout avait fonctionn&#233;, c'est plut&#244;t le commerce qui avait pris des vacances. Longue dur&#233;e. Une histoire, &#231;a ne se monnaye pas. Le vieux, jeune, le savait d&#233;j&#224;, &#231;a ne l'avait pas emp&#234;ch&#233; de faire une erreur de jeunesse. Allez savoir pourquoi, il &#233;tait quand m&#234;me (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_345 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L240xH240/le_marchand_d_histoires-b44a1.jpg?1639926602' width='240' height='240' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-345 spip_doc_descriptif' style='width:240px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2019
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;	On n'avait jamais bien saisi pourquoi il s'appelait ainsi. Le vieillard avait d&#251; vouloir en faire un m&#233;tier, au d&#233;but, vendre ses histoires et ramasser quelques sous, les d&#233;penser en caf&#233;s noirs et puis voil&#224;. Mais &#231;a n'avait pas march&#233;. Enfin si, tout avait fonctionn&#233;, c'est plut&#244;t le commerce qui avait pris des vacances. Longue dur&#233;e. Une histoire, &#231;a ne se monnaye pas. Le vieux, jeune, le savait d&#233;j&#224;, &#231;a ne l'avait pas emp&#234;ch&#233; de faire une erreur de jeunesse. Allez savoir pourquoi, il &#233;tait quand m&#234;me rest&#233; &#171; le marchand d'histoires &#187;, et du matin au soir &#8211; ou du soir au matin quand &#231;a lui prenait et qu'il voulait &#233;gayer les oiseaux de nuit, les veilleurs et les boulangers &#8211; il d&#233;ambulait sur les pav&#233;s avec sa petite carriole de bois d&#233;cor&#233;e d'un parapluie &#224; pois ou d'un parasol &#224; franges. Les histoires n'ont pas de saison. Le cliquetis des roues sur la route annon&#231;ait le conteur. Tout le village connaissait le bonhomme, et depuis tant d'ann&#233;es qu'il arpentait les rues il &#233;tait aussi attendu que le facteur. &#171; C'est le marchand, c'est le marchand &#187;, murmuraient avec fr&#233;n&#233;sie les enfants en manque de r&#234;ves ou en panne de lecture. &#171; Le vieux arrive, on l'arr&#234;te pour le caf&#233; ? &#187;, chuchotaient les adultes lorsque le tintement des roulettes venait briser la torpeur des sombres hivers. &#171; Eh marchand, vas-tu me surprendre aujourd'hui ? &#187; lan&#231;ait le p&#234;cheur, qui finissait toujours &#233;bahi, malgr&#233; toutes ses histoires de marin &#224; lui. Pas une journ&#233;e sans que quelque &#226;me ne se sente une envie d'imaginer. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; les sortait-il, toutes ces histoires ? Pas de son bonnet de laine, ni de son chapeau de feutre ; il s'y prenait plus simplement. Il les sortait de la t&#234;te des gens. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8212; Alors madame Merault, comment va l'humeur aujourd'hui ? &lt;br /&gt;&#8212; Couci-cou&#231;a, la grisaille &#231;a me chiffonne, &#231;a me ternit.
&lt;br /&gt;&#8212; Ce qu'il vous faut c'est une belle dose d'&#233;pices, sentez-moi &#231;a. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et de sa carriole il sortait une branche de romarin, une noix de muscade ou une pinc&#233;e de piment. Il lui faisait humer les saveurs, go&#251;ter les odeurs, et attendait. &#171; Huum, ce romarin frais&#8230; Quand ma grand-m&#232;re pr&#233;parait le civet de lapin, elle taillait des branches enti&#232;res pour la marinade, &#231;a r&#233;veillait la maisonn&#233;e, cette senteur de poivre... &#187;. Avec madame Merault c'&#233;tait facile. Une phrase se d&#233;roulait sur toute une heure. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le monde n'avait pas son grand &#226;ge ni sa m&#233;moire extravagante, mais le marchand d'histoires &#233;tait rus&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8212; Bonsoir ma Julie, que fais-tu toute seule sur ton banc ? La nuit arrive, il est temps de rentrer. &lt;br /&gt;&#8212; J'ai pas envie, je m'ennuie. Toute l'apr&#232;s-midi, je me suis ennuy&#233;e.
&lt;br /&gt;&#8212; Pourtant tu as beaucoup dessin&#233;, &#224; ce que je vois&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il montrait les enluminures dans les graviers, les sillons trac&#233;s au hasard et les arabesques de poussi&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8212; C'est un sacr&#233; monstre, celui-l&#224;. &lt;br /&gt;&#8212; C'est pas un monstre, c'est Nestor. Le requin.
&lt;br /&gt;&#8212; Ah, c'est qui lui ? Je ne connais pas. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
En g&#233;n&#233;ral c'&#233;tait pli&#233;, Julie d&#233;taillait ses explications aussi loufoques que solennelles, et brodait un conte en moins de deux ou trois. Le petit Marcel, aussi, &#233;tait f&#233;ru. Il ne se faisait pas prier. &#192; lui suffisait l'objet du jour, ou un mot de nulle part, et il s'embarquait pour un long voyage au pays des nuages. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le marchand d'histoires n'avait pas que des habitu&#233;s. Parfois un visiteur impromptu croisait son chemin, un r&#233;fractaire finissait par se prendre au jeu. Comme cette adolescente aux yeux d'&#233;b&#232;ne, un soir, qui l'avait regard&#233; avec un soup&#231;on de d&#233;dain lorsqu'il avait fait halte pour lui sugg&#233;rer une histoire. &#171; Non merci, pas int&#233;ress&#233;e. &#187; Mais il avait lu dans ses yeux une envie de d&#233;part, un battement d'ailes l&#233;ger vers un ailleurs encore flou. Alors il avait plant&#233; ses yeux de jade dans l'&#233;b&#232;ne et lui avait tendu une plume, la plume rouge sang d'un oiseau samoan. La jeune fille n'avait pu s'emp&#234;cher de s'extasier &#171; Waouh, c'est quoi &#231;a ? &#187;. Le marchand d'histoires avait murmur&#233; deux petits mots, sur le pays et l'oiseau&#8230; puis lui avait mis la question &#224; l'envers : &#171; Tu connais, toi, Samoa ? C'est comment, tu crois ? &#187; Et comme il mettait &#224; l'aise, mine de rien, avec sa carrure de r&#234;veur, la jeune fille avait commenc&#233; &#224; imaginer, &#224; lui raconter, puis avait continu&#233; jusqu'&#224; ce que son sourire perdu affleure au coin de son &#339;il, dans la petite oasis qu'elle y avait peinte. Il y avait eu aussi l'architecte et le mouchoir de dentelle, l'&#233;tudiante en philo et l'origami, le serveur et la bougie&#8230; tant d'histoires &#233;closes en des vases clos qui s'ouvraient le temps d'un r&#233;cit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours, l'histoire parvenait &#224; ses fins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pas ce jour-l&#224;. Ni le suivant d'ailleurs. Le marchand d'histoires avait rencontr&#233; une petite fille inou&#239;e. Une brunette aux iris verts, apparue un beau matin sur le pas d'une porte, et qui ouvrait grand ses deux amandes &#224; chaque passage de la carriole&#8230; sans dire un mot. Trop content de croiser une fillette inconnue, le marchand d'histoires s'&#233;tait arr&#234;t&#233;, approch&#233;, avait mani&#233; quelques silences et sorti un ou deux objets de ses poches. Rien. Aucune r&#233;ponse. Bah, avait-il pens&#233;, une affaire un peu ardue, j'en ai connu peu mais j'en ai connu. Demain sera un meilleur jour. Mais demain ne fut pas meilleur. Les deux prunelles &#233;carquill&#233;es observ&#232;rent sans ciller la toupie bleue, le papier de verre et la branche d'osier. Toujours rien. La petite resta muette. Autres jours, autres tentatives, autres refus. Il y avait dans son regard, cependant, une intensit&#233; troublante, qui poussait le marchand d'histoires &#224; se creuser la cervelle. Colifichets de toutes sortes, grains de sable, ficelle dor&#233;e&#8230; il essaya mille et une parades. Sans succ&#232;s. Un matin glac&#233; pourtant, il faisait crisser la carriole sur le givre lorsqu'il aper&#231;ut la petite brune, emmitoufl&#233;e dans une couette dodue, le nez pench&#233; sur un livre jauni. Elle ne l'entendit que quand il fut &#224; sa hauteur, et d'un geste furtif rangea le livre sous sa couette. Puis ouvrit ses grands yeux verts aussi grand que d'ordinaire. &#171; Tu aimes donc lire, toi &#187;, lan&#231;a le marchand d'un ton plein d'entrain. Il marqua une pause : &#171; Tu aimes lire mais ne dis mot. Je crois savoir ce qu'il te faut. &#187; De son veston il sortit&#8230; un beau crayon blanc. Un crayon aiguis&#233;, &#233;tincelant, un vrai crayon d'&#233;crivain. Il le lui tendit, souriant. Non, rien, la petite contempla l'objet mais ne bougea pas, aussi impassible qu'&#224; son habitude. Elle vint cependant croiser le regard du marchand d'histoires, et ses deux &#233;meraudes s'y fich&#232;rent un moment. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nul ne sait ce qu'il y lut, ce qu'il y sentit, ce qui se r&#233;v&#233;la. Soudain, le marchand d'histoires comprit. Il leva les yeux au ciel et tourna les talons. La carriole vint de nouveau briser le givre, le vieil homme rentra chez lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nul ne sait ce qu'il y fit, ce qu'il attendit, ce qu'il esp&#233;ra. &#192; la premi&#232;re &#233;toile il reprit la carriole, passa son paletot de laine et entra dans la nuit de gel. Lentement, en suivant la trace de la lune, il chemina jusqu'&#224; la maison de la petite. Dans le noir, un morceau d'&#233;dredon brilla. La petite &#233;tait l&#224;. Elle d&#233;couvrit sa frimousse, et le marchand d'histoires vit l'&#233;clat de braise dans le feu de ses yeux. Elle se leva, il s'inclina. Pas besoin de mots, tout &#233;tait dit, le marchand d'histoires avait compris. Il lui tendit la carriole et posa un baiser sur son front. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un baiser tout court, qui voulait dire &#171; &#192; ton tour. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il redevint ce qu'il avait toujours &#233;t&#233;. Un bonhomme sans histoires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle avait pris le flambeau, il allait prendre son repos.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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