<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Nouvelle Donne</title>
	<link>https://www.nouvelle-donne.net/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.nouvelle-donne.net/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Nouvelle Donne</title>
		<url>https://www.nouvelle-donne.net/IMG/siteon0.png?1606645713</url>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/</link>
		<height>101</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Dernier &#233;t&#233;</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/dernier-ete</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/dernier-ete</guid>
		<dc:date>2019-07-29T15:19:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>B&#233;atrice Rieussec</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;C'est notre dernier &#233;t&#233;. J'y pense jour apr&#232;s jour, presque &#224; chaque instant. Comment retenir l'&#233;coulement du temps, m'impr&#233;gner de tout ce que tu m'as donn&#233; ? Tu ignores cet abandon qui se pr&#233;pare, &#224; mon c&#339;ur d&#233;fendant. J'y suis contraint. C'est pour moi une douleur qui diffuse lentement, irradie, me r&#233;veille la nuit. Je me suis install&#233; dans ta biblioth&#232;que, dans le fauteuil aux accoudoirs r&#226;p&#233;s, cal&#233; dans ce coussin avachi qui accueillait les siestes de mon p&#232;re, et je t'&#233;cris l&#224;, sur son vieil (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton954.jpg?1564413398' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_353 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/dernier_e_te_.jpg?1564413463' width='500' height='500' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notre dernier &#233;t&#233;. J'y pense jour apr&#232;s jour, presque &#224; chaque instant. Comment retenir l'&#233;coulement du temps, m'impr&#233;gner de tout ce que tu m'as donn&#233; ? Tu ignores cet abandon qui se pr&#233;pare, &#224; mon c&#339;ur d&#233;fendant. J'y suis contraint. C'est pour moi une douleur qui diffuse lentement, irradie, me r&#233;veille la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis install&#233; dans ta biblioth&#232;que, dans le fauteuil aux accoudoirs r&#226;p&#233;s, cal&#233; dans ce coussin avachi qui accueillait les siestes de mon p&#232;re, et je t'&#233;cris l&#224;, sur son vieil ordonnancier, au papier jauni. Je caresse d'un doigt son nom imprim&#233; dans le coin droit, en lettres anglaises : &lt;i&gt;Docteur Ivan Genevoix- ancien interne des h&#244;pitaux de Paris&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est notre dernier &#233;t&#233;. Je refais un &#224; un tous ces gestes dont j'ai &#233;t&#233; t&#233;moin, je veux les graver dans mes mains. Ce matin, j'ai coup&#233; du bois avec la vieille scie circulaire, heureux &#224; chacun de ses g&#233;missements stridents. J'ai ramass&#233; la sciure, rang&#233; le b&#251;cher. J'ai ratiss&#233; l'esplanade devant le perron, je suis descendu au potager, j'y ai savour&#233; quelques framboises et admir&#233; les pois de senteur, j'ai continu&#233; jusqu'au verger, j'ai ramass&#233; &#224; terre les petites pommes rabougries au go&#251;t acidul&#233;, en &#233;vitant les gu&#234;pes, j'ai cueilli quelques dahlias, les ai assembl&#233;s dans le vase d'opaline sous le portrait de mamie qui m'a regard&#233; tendrement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; pas lents, je suis descendu jusqu'&#224; l'or&#233;e du bois, j'ai pris sa canne, dont je n'ai pas besoin, m'en suis servi pour remuer les feuilles sous le ch&#234;ne &#224; l'endroit o&#249; grand-p&#232;re trouvait des girolles. J'ai cru sentir leur parfum. Je me suis assis sur le banc et j'ai retrouv&#233; sous mes mains la douceur de la pierre moussue.&lt;br class='autobr' /&gt; Je l'ai caress&#233;e. J'ai ferm&#233; les yeux. Sous mes paupi&#232;res est revenue mon enfance en libert&#233; : la cabane dans le grand sapin, la descente en charrette &#224; la ferme, le lait bourru dans les berthes qu'il fallait caler entre nos genoux pour ne pas les renverser, la cueillette des m&#251;res le long des haies, les visites au clapier interdit o&#249; nous gavions les lapins d'herbe toxique, les courses avec les cousins jusqu'&#224; l'&#233;glise d&#232;s le premier coup de cloche pour avoir le privil&#232;ge de sonner l'ang&#233;lus du soir, les apr&#232;s-midi dans l'odeur des vieux habits militaires au grenier, les &#171; pestacles &#187; r&#233;p&#233;t&#233;s tout l'&#233;t&#233; pour cette unique et magnifique repr&#233;sentation en pr&#233;sence de tous les oncles et tantes r&#233;unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je viens de toi, tu es mon socle, je me croyais solide, voil&#224; que je vacille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, je n'ai pas toujours &#233;t&#233; reconnaissant, ni fid&#232;le. Attir&#233; par le vaste monde, je me suis &#233;loign&#233; &#224; l'adolescence, je dois m&#234;me te confier que pendant des ann&#233;es, je t'ai v&#233;cu comme un poids, un lieu assign&#233;, que je n'avais pas choisi, o&#249; je venais contraint pour des rituels familiaux consentis, par devoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, subtilement, tu m'as de nouveau attir&#233; dans ton aura. Je te suis revenu, plus souvent et avec de plus en plus de plaisir. Justine a facilit&#233; nos retrouvailles, elle t'a adopt&#233;e, a sublim&#233; tes d&#233;fauts avec bonne humeur et nous avons voulu ensemble que nos enfants connaissent tes merveilles. Mon p&#232;re, progressivement et en douceur, m'a c&#233;d&#233; sa place. Nous avons arpent&#233; ensemble les hectares de ton parc, il me consultait, l'air de rien sur les d&#233;cisions &#224; prendre : fallait-il vendre telle parcelle de bois pour faire restaurer le petit temple grec de la pi&#232;ce d'eau ? Etais-je d'accord pour faire replanter des massifs d'hortensias ? Car nous aurions pu changer de d&#233;cor, comme nous y incitait le paysagiste professionnel qui avait remplac&#233; notre vieux L&#233;on parti en retraite. Et le h&#234;tre rouge ne devait-il pas &#234;tre &#233;lagu&#233; ? J'ai partag&#233; sa peine lorsqu'il fallut nous r&#233;soudre &#224; abattre le grand sapin qui avait pris la foudre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il m'incitait &#224; prendre soin de toi, m'initiait &#224; tes failles, dont je n'avais pas toujours conscience : ce satan&#233; chauffage aussi co&#251;teux qu'inefficace, la v&#233;tust&#233; de ta toiture dont les &#233;l&#233;gantes petites tuiles bourguignonnes &#233;taient devenues poreuses avec le temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu &#224; peu, je me sentais responsable, tu me donnais du souci, je m'attachais &#224; toi. Comment me d&#233;faire de cet attachement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En acceptant ta charge, j'avais pris l'engagement tacite de te conserver et de te transmettre, comme mon p&#232;re l'avait fait pour moi et son p&#232;re avant lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les promesses implicites, celles que l'on se fait &#224; soi-m&#234;me, sans les &#233;noncer &#224; voix haute, sont les plus difficiles &#224; trahir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vois comme je tremble sous le regard s&#233;v&#232;re de l'anc&#234;tre dans son cadre ! Je scrute son visage aust&#232;re, je l'imagine &#224; cette m&#234;me place, dans cette biblioth&#232;que qui sent la poussi&#232;re, regarder par la fen&#234;tre ce paysage qui n'a gu&#232;re chang&#233; depuis un si&#232;cle. Qu'ai-je fait pour &#234;tre celui qui va d&#233;faire l'&#339;uvre de quatre g&#233;n&#233;rations ? N'est-il pas temps encore de sauver le navire ? Mes nuits sont hant&#233;es par ce souci et je tente honn&#234;tement, sinc&#232;rement d'y r&#233;pondre. Je tourne et retourne toutes les solutions possibles pour arriver chaque fois &#224; la m&#234;me conclusion. : Je n'ai pas r&#233;ussi &#224; faire la synth&#232;se entre hier et aujourd'hui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je croyais me moquer de cet hier confin&#233; par les traditions, et au moment de te quitter, je mesure &#224; quel point je suis aussi p&#233;tri de cette p&#226;te-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu vas me manquer : ton odeur si singuli&#232;re de feu de bois et d'encaustique, les coups de boutoir dans tes tuyaux, les pieds d'&#233;l&#233;phant de ton &#233;norme baignoire, le lino craquel&#233; du palier de ton &#233;tage et toutes ces chambres biscornues aux papiers peints jaunis dont Justine avait tir&#233; le meilleur parti avec ses trouvailles de chineuse avertie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous nous sommes s&#233;par&#233;s avec Justine, je n'ai pas vu venir tous les d&#233;g&#226;ts collat&#233;raux. Nous avons pris cette d&#233;cision apr&#232;s plusieurs &#233;pisodes de tr&#232;s fortes tensions, je t'avoue que nous en avons d'abord &#233;t&#233; soulag&#233;s. Nous &#233;tions d'accord au moins sur une chose : nous n'allions pas nous contraindre &#224; rester ensemble alors que l'amour avait d&#233;sert&#233;, que nos d&#233;sirs n'&#233;taient plus en phase. Nous ne ferions pas semblant, pour la galerie, nous refuserions d'infliger &#224; nos enfants le climat de silencieuse ranc&#339;ur qui avait eu cours entre mes parents et que ma sensibilit&#233; avait bien mal support&#233;. Nous serions une famille moderne, apr&#232;s l'in&#233;vitable crise de la r&#233;organisation, nous saurions rester un &#171; couple parental &#187; intelligent, apte &#224; conduire nos trois ch&#233;ris &#224; l'autonomie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il nous a peut-&#234;tre fallu partager cet espoir-l&#224;, d'un avenir meilleur et plus &#233;panoui pour chacun, qui nous rendrait &#224; nouveau g&#233;n&#233;reux, pour faire le pas du divorce pas encore banalis&#233; pour nos familles enracin&#233;es dans une tradition catholique et bourgeoise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec le recul d'aujourd'hui, je ne peux pas me mentir : nos belles d&#233;clarations d'intention se sont &#233;croul&#233;es en joutes mesquines pour l'argent, et en pu&#233;riles rivalit&#233;s dont nos enfants ont fait les frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, je me suis &#233;tourdi quelque temps dans ma libert&#233; sentimentale et sexuelle retrouv&#233;e, j'ai v&#233;cu l'adolescence dont j'avais &#233;t&#233; priv&#233;, me grisant de succ&#232;s faciles et rejetant le cadre. Je n'ai pas voulu voir o&#249; me conduisait ce nouvel app&#233;tit, j'ai l&#226;ch&#233; les freins et me suis retrouv&#233; la t&#234;te la premi&#232;re dans le ruisseau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; dessein que j'utilise cette image un peu d&#233;su&#232;te qu'employait grand-p&#232;re pour parler des filles de mauvaise vie, pour que tu comprennes la honte qui a &#233;t&#233; la mienne lorsque j'ai r&#233;alis&#233; que j'avais d&#233;truit en quelques mois pour des pulsions d'adolescent attard&#233; tout un &#233;quilibre professionnel et familial et qu'il me fallait d&#233;sormais regarder en face des obligations &#224; la traduction imm&#233;diate, en esp&#232;ces sonnantes et tr&#233;buchantes : la prestation compensatoire pour Justine, les frais des enfants, exponentiels dans cette p&#233;riode o&#249; ils allaient entamer les uns apr&#232;s les autres des &#233;tudes sup&#233;rieures, mais surtout les cons&#233;quences d&#233;sastreuses de ma d&#233;sinvolture. Mes associ&#233;s m'avaient foutu dehors et je devais r&#233;parer le pr&#233;judice financier caus&#233; &#224; deux gros clients dont je n'avais pas certifi&#233; les comptes &#224; temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu connais mon penchant optimiste, ma confiance dans le fait que &#171; tout va s'arranger &#187;, ce que Justine appelait mon d&#233;ni de r&#233;alit&#233;, ce que je pense &#234;tre une excellente aptitude &#224; vivre le pr&#233;sent pour en prendre et garder le meilleur.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais cru que la vente de notre maison de Boulogne suffirait &#224; &#233;ponger mes dettes. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait sans compter sur les repr&#233;sailles de mes anciens associ&#233;s, qui t'ont hypoth&#233;qu&#233;e pour garantir les risques li&#233;s &#224; mes fautes professionnelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque j'ai re&#231;u le recommand&#233; m'annon&#231;ant la nouvelle, j'ai cru m'&#233;vanouir, j'ai compris soudain le caract&#232;re quasi sacr&#233; qui t'&#233;tait attach&#233;. J'ai vu mon p&#232;re me regardant, sans col&#232;re, mais les yeux pleins de larmes, j'ai eu des envies meurtri&#232;res contre Thomas, mon associ&#233; et ami devenu tra&#238;tre, que j'avais re&#231;u tant de fois ici, auquel j'avais d&#233;voil&#233; en confiance cette partie de ma vie, le seul &#224; savoir ce que tu repr&#233;sentes pour moi et qui venait de m'atteindre comme jamais. J'ai os&#233; penser que je souffrais plus de risquer te perdre que d'avoir perdu Justine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quelques mois o&#249; je me suis d&#233;battu en me plaignant &#224; droite ou &#224; gauche de ce qu'on avait os&#233; me faire, ne sentant aucune compassion chez mes proches, et m&#234;me plut&#244;t du triomphe chez ma s&#339;ur Alice qui n'avait jamais accept&#233; la d&#233;cision paternelle de te confier &#224; moi, j'ai cherch&#233; des solutions pour te sauver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis imagin&#233; m'installer ici &#224; l'ann&#233;e, alliant mon m&#233;tier d'expert- comptable avec une activit&#233; de maison d'h&#244;tes et de r&#233;ception. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je te voyais pimpante et ragaillardie, dans la splendeur de ton parc fleuri, accueillir des mariages, des cousinades, des s&#233;minaires professionnels, j'avais encore un r&#233;seau de contacts &#224; Paris que je pourrais utiliser, je me suis vu te louer pour des films, organiser des parties de chasse &#224; l'automne, et en intersaison, au printemps surtout, recevoir des vacanciers &#233;trangers d&#233;sireux de se reposer quelques jours dans une maison bourgeoise &#224; la fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si mon m&#233;tier me p&#232;se d&#233;sormais, les chiffres me parlent encore et je me suis vite rendu compte qu'avant de pouvoir &#171; t'exploiter &#187;, il e&#251;t &#233;t&#233; n&#233;cessaire que je te fasse une vraie beaut&#233;, sans l&#233;siner sur les moyens. Et puis, seul, je ne pouvais pas mener un tel projet, il me manquait non seulement l'argent mais le savoir-faire, le raffinement et la d&#233;brouillardise d'une Justine qui avait durant de nombreuses ann&#233;es mis de la gait&#233; et de la couleur dans ton aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai cherch&#233; comment te &#171; valoriser &#187; sans trop t'amputer. Peut-&#234;tre vendre une partie du terrain ou des parcelles de bois exploitables, mais l'expert foncier consult&#233; m'a dissuad&#233; de te d&#233;membrer, me faisant comprendre &#224; juste titre que ta valeur venait de ton ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Coinc&#233;, d'horribles pens&#233;es me traversaient : je t'ai vu flamber dans la nuit, un court-circuit bienvenu aurait fait partir en fum&#233;e toutes ces strates de souvenirs empil&#233;es, j'aurais per&#231;u l'indemnit&#233; d'assurance, abandonn&#233; les terres agricoles &#224; mes cr&#233;anciers, me serais enfui l&#226;chement loin de tous et de toutes responsabilit&#233;s. Dans un moment d'&#233;garement, j'ai m&#234;me pens&#233; p&#233;rir avec toi, nous r&#233;duire en cendres, mais laisser cet h&#233;ritage-l&#224; &#224; mes enfants m'a paru monstrueux et indigne de ce que j'ai re&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis j'ai fait une ultime d&#233;marche qui m'a &#233;norm&#233;ment co&#251;t&#233; : je suis all&#233; trouver Alice et ce p&#233;teux que j'ai toujours d&#233;test&#233; : mon beau-fr&#232;re. Je ne leur ai rien cach&#233; de ma disgr&#226;ce, j'ai propos&#233; qu'ils te rach&#232;tent. J'imaginais un arrangement me permettant de te faire &#233;chapper &#224; la vente &#224; des inconnus. Nous aurions pu convenir d'un prix pr&#233;f&#233;rentiel, et j'aurais gard&#233; un droit de regard sur ton destin. J'ai invoqu&#233; le souvenir de notre p&#232;re, mon souhait de ne pas t'abandonner compl&#232;tement, toi le berceau de notre famille. Leur refus ne m'a pas surpris. Figure-toi qu'il m'a m&#234;me soulag&#233;. Alice a toujours jou&#233; les brim&#233;es alors qu'au fond, elle te revendiquait simplement pour la forme, en r&#233;action &#224; la d&#233;cision paternelle certes influenc&#233;e par des pratiques d'un autre &#226;ge. Alice se serait bien vue jouer les propri&#233;taires mais sans aucune des servitudes et responsabilit&#233;s attach&#233;es &#224; cette condition. Cette id&#233;e d'un arrangement familial n'&#233;tait pas une bonne id&#233;e, elle m'a s&#251;rement &#233;t&#233; souffl&#233;e depuis l'au-del&#224; par tous ceux qui ont fait des sacrifices pour toi, et a eu le m&#233;rite de me faire r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qu'il restait vraiment de cette famille au nom de laquelle je n'arrivais pas &#224; concevoir pour toi un avenir sans nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en &#233;tais l&#224; de mes r&#233;flexions lorsque Thomas le tra&#238;tre m'a fait une proposition. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il avait un acheteur potentiel parmi ses clients : une institution s'occupant d'enfants autistes venait de recevoir un legs tr&#232;s important pour ouvrir un &#233;tablissement sp&#233;cialis&#233;, avec un cahier des charges pr&#233;cis. Il leur fallait un lieu &#224; la campagne, avec du terrain pour pouvoir y accueillir des animaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai accept&#233; de recevoir le pr&#233;sident de cette institution. Cette rencontre a &#233;t&#233; d&#233;terminante car je crois qu'il a eu un coup de foudre pour toi. Je ne sais ce que tu lui as &#233;voqu&#233; mais j'ai senti tout le respect que tu lui as inspir&#233;. J'ai senti qu'il &#233;tait sensible &#224; ton &#226;me et qu'il conserverait ton essence autant que cela lui serait possible. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a eu le talent de me permettre d'imaginer ce que serait ton avenir au service de ces enfants diff&#233;rents. Il m'a parl&#233; de sa mission avec une magnifique force de conviction. Mais comment avais-je pu vivre jusqu'&#224; aujourd'hui en &#233;tant tellement loin des autres et du monde vivant, vibrant ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce projet allait nous donner, &#224; toi et &#224; moi, une chance d'&#233;voluer, de faire bouger, de transformer ces valeurs dites de la famille pour les transposer dans quelque chose de bien plus large et universel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette lettre a pris l'allure d'une confession. J'avais besoin de refaire avec toi mon chemin, te dire mon ambivalence, besoin que tu me comprennes au moment de passer le relais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vois-tu, j'&#233;cris tout cela pour que tu m'aides &#224; te quitter. Ce n'est pas du d&#233;samour, c'est le mouvement de la vie qui s'impose, qui me d&#233;chire et me d&#233;livre peut-&#234;tre, oui, me d&#233;livre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.nouvelle-donne.net/spip.php?action=acceder_document&amp;arg=354&amp;cle=33117cbf00a2c79783b9de08c2b5c787fe89c820&amp;file=pdf%2Fdernier-ete_a954-2.pdf" length="153957" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://www.nouvelle-donne.net/spip.php?action=acceder_document&amp;arg=488&amp;cle=78c490b9627645d9f4ef744469ab92c08d1056ed&amp;file=pdf%2Fdernier-a-c-ta-c_a954.pdf" length="27011" type="application/pdf" />
		

	</item>



</channel>

</rss>
