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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title> L'HISTOIRE D'UN GARS</title>
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		<dc:date>2019-10-30T09:29:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Roux</dc:creator>



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&lt;p&gt;C'est l'histoire d'un gars. Il a un appartement et une vie somme toute ordinaire : son m&#233;tier est peu int&#233;ressant ; sa vie amoureuse est triste sans &#234;tre d&#233;sastreuse ; il s'entend bien avec sa famille et a quelques bons amis, quelques potes, quelques connaissances. Il a fait des &#233;tudes, mais pas trop. Il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; triste mais jamais plus que &#231;a, a connu la col&#232;re mais jamais la rage, etc. Il s'av&#232;re qu'un jour il sort de chez lui, le soir, plut&#244;t tard, disons vingt-deux heures trente. Il sort de son (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_367 spip_documents spip_documents_center'&gt;
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&lt;p&gt;C'est l'histoire d'un gars. Il a un appartement et une vie somme toute ordinaire : son m&#233;tier est peu int&#233;ressant ; sa vie amoureuse est triste sans &#234;tre d&#233;sastreuse ; il s'entend bien avec sa famille et a quelques bons amis, quelques potes, quelques connaissances. Il a fait des &#233;tudes, mais pas trop. Il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; triste mais jamais plus que &#231;a, a connu la col&#232;re mais jamais la rage, etc. Il s'av&#232;re qu'un jour il sort de chez lui, le soir, plut&#244;t tard, disons vingt-deux heures trente. Il sort de son appartement et arrive dans un couloir o&#249; s'alignent les portes. Il prend les escaliers, pensant &#233;conomiser l'&#233;lectricit&#233; de l'ascenseur, mais le souhaitant en fait plus par habitude que par v&#233;ritable conviction &#233;cologique. Les marches sont sales, les murs sont de briques ab&#238;m&#233;es et l'ensemble est &#233;clair&#233; par des grosses lampes halog&#232;nes rondes vitreuses. Les escaliers descendent, descendent, descendent&#8230; Il y a visiblement beaucoup d'&#233;tages, ou alors le gars est descendu trop bas. Il essaie une porte et il y a encore un couloir, des portes, etc. Il se dirige alors vers l'ascenseur et y entre. &#192; l'int&#233;rieur se trouve un homme plut&#244;t grand et plut&#244;t sec &#8211; &#224; droite &#8211; et des boutons innombrables &#8211; &#224; gauche. Le gars h&#233;site devant les boutons ; entre-temps les portes se sont referm&#233;es et il devine qu'elles ne s'ouvriront pas seules, pas avant d'avoir atteint le bon &#233;tage. Le gars n'arrive pas &#224; choisir.
&lt;br /&gt;&#8212; Il faut choisir, dit le grand avec hargne.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais il y a tant de boutons, tant de boutons ! Lequel est le bon, lequel m&#232;ne l&#224; o&#249; il faut aller ?
&lt;br /&gt;&#8212; Choisis, je te dis, crevard ! Choisis ou je te frappe.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars se met &#224; craindre pour sa s&#233;curit&#233; physique et appuie sur une touche au hasard en fermant les yeux tr&#232;s fort. Il ne se passe rien.
&lt;br /&gt;&#8212; Je vais te frapper. Je te jure, tu vas rien comprendre.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pauvre gars se met &#224; suer, &#224; avoir vraiment peur. Il n'a pas envie qu'on le cogne et il n'aime pas le grand mec sec. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale et comme la plupart des gens, le gars n'aime pas qu'un inconnu le frappe m&#233;chamment dans une cage d'ascenseur suivant un motif hasardeux.
&lt;br /&gt;&#8212; Je compte jusqu'&#224; dix, je te jure que je compte jusqu'&#224; dix.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars appuie sur tous les boutons, les uns apr&#232;s les autres, fr&#233;n&#233;tiquement.
&lt;br /&gt;&#8212; Je suis d&#233;j&#224; &#224; huit dans ma t&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt; L'ascenseur se met soudain en branle, il s'achemine poussivement vers le haut.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est ton jour de chance, dit le grand mec sec.&lt;br class='autobr' /&gt; D&#233;contenanc&#233;, le gars ne dit rien et fixe la porte malheureusement d&#233;cor&#233;e d'un miroir qui le force &#224; croiser le regard violent de l'autre. Puis le passage s'ouvre et les deux protagonistes sortent d'un pas vif avant de choisir chacun une direction diff&#233;rente. Le gars se retrouve rapidement seul au milieu d'une sorte de rue, mais sans le ciel, sans la route, sans les trottoirs ni les portes, en fait plut&#244;t une grande galerie dans le b&#226;timent, port&#233;e par des colonnes et dont les murs sont sertis de fen&#234;tres grillag&#233;es. Le gars n'est pas rassur&#233; et regrette presque la pr&#233;sence du grand mec. Il est seul, cependant, &#224; l'exception des vieilles et des vieux qui regardent aux fen&#234;tres. Ces regards sont particuli&#232;rement pesants et le gars cherche un moyen de fuir l'endroit. Il court, &#224; pr&#233;sent, &#224; en perdre haleine, mais la travers&#233;e n'en finit jamais et il a le temps d'oublier &#224; quoi ressemble le ciel et comment est le soleil. Il atteint n&#233;anmoins un mur dans lequel une arche permet d'acc&#233;der &#224; la piscine. Cette derni&#232;re est grande, carr&#233;e, profonde. On n'en voit pas le fond tant elle est profonde. Des gens y nagent ou y trempent les pieds. Un ma&#238;tre-nageur observe le gars depuis son escabeau de surveillance, de fa&#231;on de plus en plus cuisante.
&lt;br /&gt;&#8212; Il faut se baigner, dit le ma&#238;tre-nageur avec acrimonie.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars ne comprend pas et le signifie de son mieux par sa mine d&#233;confite.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est une piscine ici, insiste l'autre, si on y vient, c'est pour s'y baigner.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars regarde l'eau qui ne lui inspire pas du tout confiance. Il a d'ailleurs l'impression que certains baigneurs ont &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s vers le fond et ne sont pas remont&#233;s.
&lt;br /&gt;&#8212; Je vais te dire, mon gars, temp&#234;te le ma&#238;tre-nageur, si tu ne te baignes pas, je te fous &#224; l'eau de force et je te coule, je te noie. Je ne le r&#233;p&#233;terai pas.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars prend ses jambes &#224; son cou et quitte la piscine en esp&#233;rant ne pas &#234;tre suivi. Malheureusement, il provient de ce chemin de traverse et sait qu'il n'a rien &#224; en attendre. Comme pour faire mentir son pessimisme, une vieille qui a sci&#233; les barreaux de sa fen&#234;tre lui lance une &#233;chelle de corde. Le gars monte sans demander son reste et d&#233;bouche dans une petite chambre tr&#232;s triste aux papiers peints pass&#233;s. La dame lui dit :
&lt;br /&gt;&#8212; Je suis vieille.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars hoche la t&#234;te, perplexe : c'est bien vrai, elle l'est, et toute rid&#233;e de surcro&#238;t. C'est en fait une vraie ruine aux yeux si enfonc&#233;s dans leurs orbites et leurs plis de sourcils qu'on ne les voit qu'&#224; grand peine. On n'en distingue plus vraiment la couleur.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu ne sais pas quelle souffrance c'est que d'&#234;tre si vieille. Tu verras quand tu seras vieux.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars se sent soudain un peu plus vieux et voit bien que c'est horrible, mais c'est en fait probablement le temps qui passe pendant qu'il regarde la vieille, et il finit par se dire que ce n'est pas si terrible et qu'il a encore le temps avant d'en mourir, s'il ne meurt pas avant d'autre chose.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu t'en fous que je sois vieille. Tu es insensible ; alors que je souffre tant.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars cherche du regard une sortie et avise une porte. Il l'ouvre et entre dans une autre chambre, presque identique : commode, lit en ch&#234;ne massif, tapis au sol, etc. Dans celle-l&#224; attend un vieux qui geint comme l'autre.
&lt;br /&gt;&#8212; Je suis vieux. C'est horrible. Je ne l'ai pas vu venir.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars se dit que lui le verra venir, si on lui en laisse la chance. Il se dit aussi que c'&#233;tait mieux de ne pas le voir venir, puisque ce sera horrible quoi qu'il arrive lorsque ce sera l&#224;, et que pire encore il ne saura jamais vraiment que &#231;a y est, c'est l&#224;, maintenant, il est vieux. On ne sait pas, au fond, quand on passe de jeune &#224; vieux.
&lt;br /&gt;&#8212; Pourquoi es-tu l&#224;, d'abord ? C'est ma chambre.
&lt;br /&gt;&#8212; Oui ! Oui ! C'est sa chambre ! s'&#233;crie la vieille depuis la sienne.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars ouvre un placard, se met dedans, ferme le placard. Ensuite il en sort, mais par un autre chemin afin de ne plus &#234;tre dans la chambre du vieux. Il est content que cela fonctionne, mais se demande si c'&#233;tait bien raisonnable. Les vieux n'&#233;taient pas vraiment en &#233;tat de le cogner, eux&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars se trouve maintenant dans un grand magasin vide ou presque, sur plusieurs &#233;tages, avec des passerelles, des balcons, etc. Quelques vendeurs haranguent mollement des clients las, se lassent eux-m&#234;mes &#224; force de refus. Tout ce monde n'aspire en fait qu'&#224; une mort rapide. L'armurier a d'ailleurs un franc succ&#232;s : on lui ach&#232;te des armes et on se suicide avec. Le gars s'approche et lui ach&#232;te un pistolet afin d'&#234;tre par&#233; &#224; toute &#233;ventualit&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est un bon pistolet, commente le vendeur. On ne se rate pas, avec &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars envisage de tirer sur le vendeur mais ne parvient pas &#224; s'y r&#233;soudre. Autour de lui les gens prennent des armes, lancent un billet derri&#232;re le comptoir et se tirent dans la t&#234;te ou le visage. Cela fait beaucoup de bruit et beaucoup de sang. Les gros calibres font de vraies boucheries, les rat&#233;s d'atroces agonies plus pleurnichardes que vocif&#233;rantes.
&lt;br /&gt;&#8212; Tuez-moi, demande une femme au gars. Je n'y arrive pas.&lt;br class='autobr' /&gt; Elle a en effet &#233;chou&#233; quatre fois d&#233;j&#224;. Elle y a laiss&#233; son nez, son oreille, trois doigts et un bout d'&#233;paule. Son visage d&#233;j&#224; bien amoch&#233; est tordu encore par la souffrance et la d&#233;ception. Le gars la regarde avec compassion. N'&#233;tant cependant pas un tueur, il n'acc&#232;de pas &#224; sa requ&#234;te. Elle insiste alors, sur un ton suppliant. Peu &#224; peu, elle parvient &#224; le convaincre.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars d&#233;cide alors de se d&#233;barrasser de son arme afin de ne faire de mal &#224; personne. Il la jette au sol. Le coup ne part pas parce que la s&#233;curit&#233; est enclench&#233;e et qu'il n'y a pas de balle dans le chargeur.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est si d&#233;cevant, dit la femme. Vous &#234;tes m&#233;diocre.&lt;br class='autobr' /&gt; Les gens ont arr&#234;t&#233; de se tirer dans la t&#234;te et, assis sur les cadavres de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, regardent le gars avec acrimonie. Ils sont tous arm&#233;s et le pauvre gars se met &#224; craindre pour sa vie.
&lt;br /&gt;&#8212; Je vais te trouer la peau, dit un sale type &#224; la barbe drue.
&lt;br /&gt;&#8212; Moi d'abord, r&#233;pond une fillette, je lui troue avant.&lt;br class='autobr' /&gt; Elle sort une aiguille et perce successivement plusieurs fois le bras du gars qui tente de se prot&#233;ger. Les piq&#251;res sont insupportables et laissent des petits points rouges dont le sang s'&#233;coule quelques instants avant de coaguler. Une douleur lancinante perdure ensuite sous la peau, dans les chairs cribl&#233;es. Le gars finit par s'enfuir en bousculant tout sur son passage. &#192; plusieurs reprises, il glisse dans le sang frais, tombe, s'en badigeonne, puis reprend sa d&#233;route.&lt;br class='autobr' /&gt; Quelques minutes plus tard il d&#233;boule dehors et respire de grandes goul&#233;es d'air frais et pur. Pourtant, quelque chose ne va pas. Malgr&#233; les arbres, l'espace, les rumeurs lointaines de f&#234;te, le gars sent que le dehors est aussi hostile que le dedans. Il finit par lever les yeux et comprend : les &#233;toiles s'agglutinent au-dessus de sa t&#234;te et lui t&#233;moignent une haine profonde, gratuite. Elles ont les yeux inject&#233;s de sang et l'&#233;cume aux l&#232;vres comme des chiens enrag&#233;s, elles semblent pr&#234;tes &#224; lui fondre dessus, toutes dents dehors, et &#224; venir lui arracher des lambeaux de chair. Le gars court alors se mettre &#224; l'abri dans le grand b&#226;timent qu'il voit &#224; l'autre bout de la rue ; il s'agit de la mairie ; en fait plut&#244;t de la pr&#233;fecture ; &#224; y regarder de pr&#232;s, ce serait m&#234;me le palais pr&#233;sidentiel. Le gars y entre et des personnes en costumes trois pi&#232;ces moquent cruellement sa tenue n&#233;glig&#233;e. Il regrette alors d'avoir laiss&#233; derri&#232;re son flingue, sa derni&#232;re &#233;chappatoire. Le gars se sent m&#233;pris&#233;, tra&#238;n&#233; dans la boue. On le tra&#238;ne d'ailleurs physiquement dans la boue : une &#233;tendue de terre est constamment arros&#233;e et retourn&#233;e par des charrues dans le grand hall afin d'avoir &#224; disposition une boue bien meuble, bien collante o&#249; tra&#238;ner les gens qui le m&#233;ritent. Le gars a ses pieds attach&#233;s par une corde &#224; pr&#233;sent, et une dizaine de personnes tirent et le tra&#238;nent. Il avale par saccade de la bouillasse d&#233;gueulasse et s'&#233;touffe avec, puis il tousse, r&#226;le et respire un peu pendant que ses bourreaux font une pause ; puis cela recommence.
&lt;br /&gt;&#8212; Assez ! dit le premier ministre. Il est devenu si sale que c'est vous qui vous avilissez &#224; tenter de le salir plus.&lt;br class='autobr' /&gt; On lib&#232;re le gars et on le laisse &#233;tendu par terre. Quelques minutes plus tard, il trouve la force de se relever et fait face au ministre.
&lt;br /&gt;&#8212; Que venez-vous faire ici ? Pourquoi d&#233;ranger des gens si importants avec vos probl&#232;mes qui n'en sont pas ? Hein ?&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars n'a rien &#224; r&#233;pondre, alors il se tait.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous en r&#233;pondrez devant le pr&#233;sident de la r&#233;publique. Suivez-moi.&lt;br class='autobr' /&gt; Et tandis que le gars fait tous les efforts possibles pour le suivre, le ministre fait tout ce qu'il peut pour le semer : le petit homme court, se cache derri&#232;re les colonnes, le pousse pour le faire tomber et s'enfuit, etc. Tenace, &#224; bout de souffle et de nerfs, le gars parvient &#224; garder sa trace et le suit jusqu'au bureau du pr&#233;sident. Le ministre a disparu, pour de bon, cette fois. La porte est grande et para&#238;t ferm&#233;e &#224; clef. Elle l'est. Personne n'ouvre malgr&#233; des coups sonores sur les battants. La serrure vermoulue ne veut pas c&#233;der aux coups de pieds et d'&#233;paule. Le gars ne parvient qu'&#224; se faire tr&#232;s mal en essayant. D&#233;sesp&#233;r&#233;, il s'assoit par terre et contemple cet obstacle absurde et infranchissable. Aucune aide ne semble &#234;tre en route, et il est sur le point de renoncer, ou plut&#244;t de chercher &#224; construire un renoncement qui ait le moindre sens, lorsque l'id&#233;e lui vient de faire les choses simplement. Il se l&#232;ve alors simplement et ouvre la porte, simplement.&lt;br class='autobr' /&gt; Le bureau est dor&#233; et plein de bibelots. On pourrait s'y sentir bien, mais en fait non : on s'y sent m&#234;me mal. Le pr&#233;sident est assis, studieux, accabl&#233;, impressionnant tout de m&#234;me. Il n'est pourtant pas bien grand et pas bien charismatique, mais il impressionne ; probablement parce que c'est le pr&#233;sident.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous voil&#224;, vous, dit-il au gars. Alors ?&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars s'avance. Il est couvert de sang, de sueur et de boue et n'a plus la force d'avoir peur. Il repense au pistolet et ne parvient pas &#224; d&#233;terminer s'il r&#234;ve de tirer sur lui-m&#234;me ou sur le pr&#233;sident.
&lt;br /&gt;&#8212; Je vois, dit le pr&#233;sident, vous &#234;tes juste un gars.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars hoche tristement la t&#234;te.
&lt;br /&gt;&#8212; Et vous aspiriez seulement &#224; sortir prendre un peu l'air, afin de ne pas rester enferm&#233; chez vous.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars hausse les &#233;paules. Il sent une anxi&#233;t&#233; douloureuse lui remonter du bassin &#224; la t&#234;te &#224; travers toute la colonne vert&#233;brale. Incapable de penser, il se borne &#224; ressentir.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est d&#233;j&#224; beaucoup, reproche le pr&#233;sident. C'est d&#233;j&#224; trop.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gars cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment du regard un endroit o&#249; se reposer, mais il n'y a rien d'accueillant dans la pi&#232;ce. Tout est horrible.
&lt;br /&gt;&#8212; Il faut prendre des mesures. Des mesures radicales. Je n'ai pas le choix.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pr&#233;sident et le gars &#233;changent un dernier regard. Le pr&#233;sident est profond&#233;ment inexpressif et le gars n'a plus de mots ni de concepts aptes &#224; d&#233;crire ses &#233;motions. Enfin, le pr&#233;sident se l&#232;ve solennellement, contourne son bureau de travail avec une infinie pr&#233;caution et sort sans un mot. Le gars observe longuement le si&#232;ge vide. Il a envie de se rouler par terre et de pleurer, et aussi de mourir, mais il ne peut s'offrir ce luxe. Plus maintenant.&lt;br class='autobr' /&gt; Alors, le gars, il contourne pr&#233;cautionneusement le bureau et s'assoit dans le fauteuil en velours. Il pose les mains devant lui, se fige, muscle par muscle, tendon par tendon, os par os, et s'abandonne &#224; l'inanition ; il projette au loin un regard vide de statue, pour l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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