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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Apr&#232;s les f&#234;tes</title>
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		<dc:date>2019-12-01T09:55:16Z</dc:date>
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		<dc:creator>Marthe Machorowski</dc:creator>



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&lt;p&gt;Sur le parking du centre commercial elle peine &#224; trouver une place. C'est partout pareil, finalement. Tout le monde se pr&#233;cipite au m&#234;me endroit au m&#234;me moment. En quittant la r&#233;gion parisienne pour la province, elle pensait au moins retrouver le plaisir des petits commerces. Rat&#233;. Bon, il en reste quand m&#234;me quelques-uns, et puis les supermarch&#233;s, y a pas plus pratique, &#231;a, faut le reconna&#238;tre. Le temps de d&#233;gager un caddie, de traverser le parking et de franchir l'entr&#233;e du premier magasin, elle (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1000.jpg?1574973809' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_377 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/apres_les_fetes.jpg?1574973819' width='500' height='500' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le parking du centre commercial elle peine &#224; trouver une place. C'est partout pareil, finalement. Tout le monde se pr&#233;cipite au m&#234;me endroit au m&#234;me moment. En quittant la r&#233;gion parisienne pour la province, elle pensait au moins retrouver le plaisir des petits commerces. Rat&#233;. Bon, il en reste quand m&#234;me quelques-uns, et puis les supermarch&#233;s, y a pas plus pratique, &#231;a, faut le reconna&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps de d&#233;gager un caddie, de traverser le parking et de franchir l'entr&#233;e du premier magasin, elle cueille quelques sourires sur son passage. Mieux que rien. On a fini par la rep&#233;rer comme la femme de. C'est encourageant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bon, la liste maintenant. Il en faut, des choses, pour pr&#233;parer les f&#234;tes, surtout qu'elle aura tout son monde : le fils, la fille, la bru, le gendre, et les petits-enfants ! Les petits-enfants, surtout ! Pas de panique. Elle a su recevoir, et bien recevoir, et r&#233;galer des amis en les casant dans la minuscule salle &#224; manger de son deux-pi&#232;ces de banlieue et en cuisinant dans un placard am&#233;nag&#233;. Dans sa magnifique cuisine, elle va se surpasser. Ah, il l'a g&#226;t&#233;e, son homme ! Rien ne manque : plans de travail multiples, machine &#224; caf&#233;, machine &#224; pain, four classique, four &#224; micro-ondes, r&#244;tissoire, r&#233;frig&#233;rateur am&#233;ricain, plaques &#224; induction, hotte aspirante, lave-vaisselle, et des placards partout. Sans compter le cong&#233;lateur, le r&#233;frig&#233;rateur et encore d'autres placards &#224; la buanderie-office. En fait, c'est presque trop : la plupart du temps, ils ne sont que deux, et th&#233;oriquement au r&#233;gime. Avec les m&#233;docs qu'elle prend, l'alcool est interdit, alors pour ne pas boire seul sa bi&#232;re ou son ap&#233;ro, le mari va au bistrot. Heureusement, d'ailleurs : comme lui est d'une famille paysanne, il a tout de suite sympathis&#233; avec les gars du coin, trouv&#233; des sujets de conversation, la chasse, la p&#234;che, le jardinage, le bricolage. Les trucs de mecs, quoi. R&#233;sultat : on leur a fait les travaux pour pas cher, la chaudi&#232;re fonctionne au petit poil, et pas une infiltration d'eau sous le toit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bon, en attendant, fini le r&#233;gime et les m&#233;docs. Pr&#233;parer des repas et des go&#251;ters de f&#234;te, elle va s'en donner &#224; c&#339;ur joie, ses ch&#233;ris se r&#233;galeront &#224; s'en faire p&#233;ter la sous-ventri&#232;re, comme disait son p&#233;p&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tourdissante, l'atmosph&#232;re d'un supermarch&#233; dans l'attente des f&#234;tes de fin d'ann&#233;e. Guirlandes, lumi&#232;res, musique&#8230; Bien s&#251;r, &#231;a sonne terriblement faux, toute cette joie pour vendre et acheter, mais quand m&#234;me No&#235;l&#8230; c'est quelque chose de magique. Depuis toute petite, elle adore cette f&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le caddie d&#233;j&#224; plein &#224; craquer de bouteilles et de victuailles, elle consulte la liste. Ah oui, elle a failli oublier les accessoires pour la chemin&#233;e. &#201;videmment, c'est l'affaire de Robert, pas la sienne. C'est g&#233;nial, une chemin&#233;e, on resterait devant des heures. Sauf qu'elle n'a jamais r&#233;ussi &#224; faire prendre un feu qui ne s'&#233;teigne ou n'enfume pas. Heureusement que son mari, lui, il a le don pour. Il a le don pour tout, son Robert. Faut reconna&#238;tre que c'est bien gr&#226;ce &#224; lui, et &#224; lui seul, que la demi-ruine qu'ils ont achet&#233;e pour leur retraite est devenue si jolie et si confortable. Ah &#231;a, l'aider, elle demandait pas mieux. Et lui, il lui a bien montr&#233; comment faire, il s'est montr&#233; patient, mais c'&#233;tait &#224; s'arracher les cheveux : d&#232;s qu'elle se mettait au travail, les clous se tordaient, les planches se fissuraient, la peinture s'agglutinait en grumeaux, l'enduit des carrelages bavait et pour finir, ses cheveux, elle se les est arrach&#233;s pour de bon : pris dans le mandrin d'une perceuse. L'horrible tonsure qu'elle s'est faite ! Vivement que &#231;a repousse et qu'elle puisse rester t&#234;te nue. Elle est oblig&#233;e de porter un foulard ou un bonnet, &#231;a lui donne l'air tellement cruche qu'elle a envie de se tirer la langue chaque fois qu'elle passe devant une glace. Une vraie gosse. &#192; son &#226;ge ! &lt;br class='autobr' /&gt;
En passant &#224; la caisse, caddie plein &#224; craquer, elle jubile. C'est quand m&#234;me g&#233;nial, les &#233;conomies qu'on fait quand on s'installe en province. Dans la r&#233;gion parisienne, elle en aurait eu moiti&#233; moins pour le m&#234;me prix. Robert avait raison d'insister pour qu'ils partent, et elle tort de freiner des quatre fers. Ils auraient fait comment, &#224; la retraite, avec une paie divis&#233;e par deux ? Et pourquoi rester dans un appartement minable en cit&#233; HLM alors qu'on peut avoir toute une maison, et m&#234;me du terrain pour le m&#234;me prix, non, pour moins cher ? Et des murs &#224; eux, une terre &#224; eux ? Qu'est-ce qu'ils y faisaient de plus, &#224; la ville ? Aller au restaurant ? Avec les prix parisiens, c'&#233;tait tous les trente-six du mois qu'ils pouvaient s'en payer un correct. Ici, &#231;a ne manque pas, les bons restaurants, et ils sont bien moins chers. Le cin&#233;ma, d'accord, il n'y a pas grand-chose &#224; se mettre sous la dent, mais ils ont une t&#233;l&#233; magnifique, le satellite, et tous les films qu'on veut en VOD. Elle s'habituera, Robert le lui r&#233;p&#232;te tout le temps. D&#233;j&#224;, avec les m&#233;docs, &#231;a va beaucoup mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas besoin de reprendre la voiture pour la jardinerie. Elle est juste &#224; c&#244;t&#233;. Pourvu qu'elle n'ait pas oubli&#233; la liste ! Elle n'y comprend rien, au jardinage. Du diable si elle pensait qu'un jardin, on avait besoin de s'en occuper m&#234;me en hiver ! Et question main verte, elle serait bien capable de faire crever des plantes grasses. Rat des villes elle &#233;tait, rat des villes elle reste. Tous des citadins, dans sa famille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pareil pour le magasin Chasse P&#234;che Randonn&#233;e. L&#224; &#231;a va vite, pas besoin de liste, elle sait quoi demander, Robert lui a appris le principe et comment tirer. Pas comment viser, malheureusement. La premi&#232;re et derni&#232;re fois qu'on l'a invit&#233;e &#224; une partie de chasse, elle a manqu&#233; flinguer l'&#233;pagneul du voisin. Maintenant elle en rigole, mais sur le moment, elle ne savait plus o&#249; se mettre&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Retour au parking. Nouveaux sourires polis, qu'elle rend &#224; tout hasard. Dire qu'&#224; la mairie, &#224; son poste de r&#233;ceptionniste, elle connaissait tout le monde, les employ&#233;s, les usagers, m&#234;me Madame le Maire et ses adjoints ! Elle renseignait, orientait, rassurait, calmait les uns ou les autres. Quand Madame le Maire a dit &#224; sa f&#234;te de retraite qu'elle avait &#233;t&#233; le bon g&#233;nie de la mairie, &#231;a l'a fait pleurer de joie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici, c'est elle qui aurait besoin qu'on la guide. Plus paum&#233;e tu meurs. M&#234;me le petit bois, pas loin de chez eux, elle n'a pas &#233;t&#233; fichue de s'y promener seule. Elle a tourn&#233; en rond des heures et pour finir attrap&#233; une tique ! Et de la partie de chasse, tout ce qu'elle a rapport&#233;, c'est une cr&#232;ve monumentale. Rien &#224; faire, la nature et elle, &#231;a fait deux. Bien s&#251;r, elle l'appr&#233;cie, comme &#231;a. C'est beau une for&#234;t en automne, un verger au printemps, mais bon, on ne peut pas se planter devant un paysage et passer sa journ&#233;e &#224; le contempler ! En tout cas, elle, elle ne sait pas, elle ne peut pas. &#199;a s'apprend tout jeune, ou c'est un don, comme la musique, s'imbiber comme une &#233;ponge de la beaut&#233; du monde. Elle n'a pas appris, et elle n'est pas dou&#233;e. Elle, ce sont les gens qui l'int&#233;ressent, qui l'ont toujours int&#233;ress&#233;e. La famille, les amis, elle avait tout &#224; port&#233;e de main, dans son ancienne vie. &#192; port&#233;e de m&#233;tro ou de bus, plut&#244;t. La voiture, elle ne la prenait jamais. Ici, il en faut deux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de rentrer, elle passe prendre des laines &#224; la mercerie. La merci&#232;re dirige le club des Ouvrages de Dames et l'encourage tant qu'elle peut, mais si, mais si, vous y arriverez. Elle ne sait pas trop o&#249; elle arrivera. Pour le moment, ce qu'elle a tricot&#233; serait all&#233; &#224; des monstres de foire et encore. Pas demain la veille qu'elle offrira &#224; ses enfants et petits-enfants des bonnets, &#233;charpes et pulls de sa confection. Heureusement pour eux que du c&#244;t&#233; des conjoints, les belles-m&#232;res assurent. Elle a essay&#233; aussi le canevas, mais elle sent qu'elle va vite en avoir marre de piquer ses doigts plus souvent que les trous&#8230; Bon, &#231;a lui fait au moins conna&#238;tre quelques femmes du coin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a bien failli rater l'entr&#233;e de chez eux, un comble ! La nuit est tomb&#233;e. Aucune lumi&#232;re aux fen&#234;tres. Robert doit &#234;tre encore au bistrot. Elle peine un peu &#224; sortir du coffre et &#224; ranger tous ses achats. Depuis qu'elle est &#224; la retraite, ses lumbagos au lieu de diminuer se sont aggrav&#233;s. Bah ! Le seul moyen de ne pas vieillir, c'est de mourir jeune. Tant qu'elle peut conduire&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
D'habitude, apr&#232;s les courses, elle s'offre un moment de d&#233;tente devant la t&#233;l&#233;vision. Pas question aujourd'hui ! Il faut absolument commencer &#224; tout pr&#233;parer pour l'arriv&#233;e des enfants. Elle peut toujours commencer un grand m&#233;nage. Le m&#233;nage ne l'a jamais passionn&#233;e. Le seul avantage de leur deux-pi&#232;ces, c'&#233;tait que la corv&#233;e &#233;tait vite exp&#233;di&#233;e. Ici, c'est une autre paire de manches. On n'a jamais fini, entre la cuisine, le salon, la salle &#224; manger, plus les cinq chambres &#224; l'&#233;tage, plus les WC, les salles de bain, la buanderie, le grenier salle de jeux&#8230; Et pourtant, l&#224;, elle se sent en forme pour tout briquer, laver, frotter, am&#233;nager. Les enfants arrivent. Elle va leur pr&#233;parer des lits aux draps bien frais, bien repass&#233;s, avec des bonnes couvertures, il faudra v&#233;rifier les lampes de chevet, et traquer les toiles d'araign&#233;e, et penser au linge de toilette. Elle a m&#234;me achet&#233; un matelas &#224; langer pour le petit dernier, le b&#233;b&#233;. Robert devra installer une barri&#232;re en haut de l'escalier&#8230; Quelle peur elle a eue qu'ils ne viennent pas, ou qu'ils ne viennent pas tous ! Aujourd'hui, No&#235;l, &#231;a a perdu de son prestige. Et si les deux familles pr&#233;f&#233;raient aller au ski ? Finalement, elle doit se r&#233;jouir qu'il y ait la crise : &#231;a rend difficile de partir &#224; la neige deux fois dans l'ann&#233;e. Mais en f&#233;vrier, il ne faudra compter sur personne. Et pour P&#226;ques ? Ils n'auront pas le fils, en tout cas. Normal : sa bru exige que parfois on aille chez ses parents &#224; elle. Elle est bien gentille d&#233;j&#224; de venir pour No&#235;l. Et leur fille ? Peut-&#234;tre. Si son comit&#233; d'entreprise ne lui propose pas mieux, genre s&#233;jour en h&#244;tel club aux Seychelles, &#224; prix cass&#233;s. En ao&#251;t, des grands-parents &#224; la campagne ne pourront pas concurrencer les bains de mer. &#192; moins que, pour ne pas payer des colonies de vacances, on leur laisse les enfants en juillet. Oui, vive la crise !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tel que la motivation : cinq jours plus tard, leur demeure s'est transform&#233;e en palais des Mille et Une nuits, et embaume comme la Maison de pain d'&#233;pices. La joie ricoche de couronnes de No&#235;l en parfums sucr&#233;s et &#233;pic&#233;s, de guirlandes lumineuses en bougies parfum&#233;es. Lanc&#233; &#224; l'assaut du plafond, un immense sapin, un vrai, &#233;tale ses d&#233;corations comme un g&#233;n&#233;ral de l'Arm&#233;e Rouge. Dans le four, une dinde monstrueuse finit de r&#244;tir. Les enfants, les petits-enfants arrivent bient&#244;t. Tout heureuse, elle va, vient, tourne, d&#233;place sans n&#233;cessit&#233;, v&#233;rifie que tous les lits sont faits, remonte au grenier compter les cadeaux qu'on y a stock&#233;s en attendant de les d&#233;poser en grand myst&#232;re au pied du sapin. Non, personne n'a &#233;t&#233; oubli&#233;. Attendre ceux qu'on aime et leur pr&#233;parer une f&#234;te, c'est presque &#8211; presque &#8211; meilleur que la f&#234;te elle-m&#234;me. Sur la grande table recouverte d'une nappe brod&#233;e, les assiettes et les couverts de f&#234;te brillent sous les lampes. La rose de No&#235;l s'appelle bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;**&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ils sont tous partis. Et ne reviendront pas avant l'&#233;t&#233;, elle avait devin&#233; juste pour les Seychelles. Enfin, l'&#238;le Maurice, mais c'est tout comme. En f&#233;vrier, personne. &#192; P&#226;ques, personne. M&#234;me pour juillet, ce n'est pas s&#251;r, il y a d'autres projets dans l'air&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce matin, son mari l'a aid&#233;e &#224; &#244;ter et ranger guirlandes, bougies, couronnes de No&#235;l, d&#233;corations, vaisselle et argenterie, &#224; mettre dans la machine &#224; laver toute la literie, tout le linge de maison utilis&#233;s. Plusieurs lessives et des heures de repassage en perspective. Plus un grand m&#233;nage. Dans la cour, le cadavre du sapin attend d'&#234;tre d&#233;bit&#233;, transform&#233; en bois &#224; br&#251;ler. Ils ont cas&#233; dans le cong&#233;lateur le surplus des trop abondantes victuailles. La manie qu'elle a de cuisiner pour un r&#233;giment ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Dehors, pas de neige. Gr&#233;sil et grisaille de partout. La brume masque les collines, les champs. Le monde s'arr&#234;te aux derniers arbres du jardin. Rien n'&#233;voque plus l'&#233;clat de No&#235;l. Robert est parti au village, jouer aux cartes ou aux d&#233;s avec ses copains, dans son bistrot pr&#233;f&#233;r&#233;. Seule dans cette grande maison elle va, vient, tourne, d&#233;place sans n&#233;cessit&#233;. Dans la chemin&#233;e, le feu s'&#233;teint. Malgr&#233; les radiateurs, elle a froid, &#231;a ne la quitte pas. Elle rentre dans le salon, allume la t&#233;l&#233;vision, la regarde sans rien voir, l'&#233;teint. Elle va chercher son tricot, essaie quelques mailles, en rate trois sur quatre. Et merde ! Bien s&#251;r, qu'elle l'encourage, l'autre hypocrite de merci&#232;re, elle tient &#224; vendre sa marchandise. Elle n'est pas dou&#233;e, c'est tout, elle ne le sera jamais. Elle n'est dou&#233;e pour rien, d'ailleurs. De rage, elle jette dans la chemin&#233;e les aiguilles et la laine. &#199;a ne fait m&#234;me pas repartir le feu. Et merde. Sortir, prendre sa voiture ? Pour aller o&#249; ? Pour rencontrer qui ? Elle ne va pas s'imposer au bistrot, c'est l'espace de libert&#233; des hommes. Et des copines, ce n'est pas demain qu'elle s'en fera. Encore moins aujourd'hui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le t&#233;l&#233;phone ! Elle bondit. Des nouvelles des enfants ? Non, Robert pr&#233;vient qu'il va rester d&#238;ner avec les copains, juste un petit casse-cro&#251;te, il ne rentrera pas tard. Elle se force &#224; r&#233;pondre tranquillement. Oui, bien s&#251;r, elle comprend, pas de probl&#232;me, elle a largement de quoi se faire un en-cas avec les restes. Elle raccroche juste un peu trop vite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a fini une bonne bouteille rest&#233;e entam&#233;e. Pris sans conviction le bouquin envoy&#233; par France Loisirs. Tent&#233; pour la &#233;ni&#232;me fois de d&#233;passer la page 5. Fait trois fois le tour du jardin sans mettre des sabots de jardinage ni m&#234;me une parka. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tremp&#233;e, elle rentre dans le salon. Ses pantoufles laissent des traces boueuses. Son regard tombe sur la carabine exhib&#233;e fi&#232;rement au-dessus de la chemin&#233;e. Tr&#232;s bien. Elle sait o&#249; sont les cartouches.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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