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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Ce que dit Alysse</title>
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		<dc:date>2020-03-30T14:06:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>V&#233;ronique Prost</dc:creator>



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&lt;p&gt;L'agonie de la Terre avait commenc&#233; : comme elle &#233;tait malade depuis longtemps, seuls les vieillards se souvenaient du temps o&#249; les r&#233;coltes &#233;taient abondantes et les saisons cl&#233;mentes. En quelques sombres d&#233;cennies, les prairies fertiles se transform&#232;rent en d&#233;serts, les terrains vagues et les friches s'&#233;tendirent, tandis que des for&#234;ts imp&#233;n&#233;trables se densifiaient ailleurs. Les hommes, d&#233;cim&#233;s par des catastrophes incessantes, se rassembl&#232;rent autour de ces for&#234;ts, et, tout en subissant les m&#233;tamorphoses (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1050.jpg?1585577047' width='150' height='141' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_399 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L256xH240/ce-que-dit-alysse-8f8a1.jpg?1639932813' width='256' height='240' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agonie de la Terre avait commenc&#233; : comme elle &#233;tait malade depuis longtemps, seuls les vieillards se souvenaient du temps o&#249; les r&#233;coltes &#233;taient abondantes et les saisons cl&#233;mentes. En quelques sombres d&#233;cennies, les prairies fertiles se transform&#232;rent en d&#233;serts, les terrains vagues et les friches s'&#233;tendirent, tandis que des for&#234;ts imp&#233;n&#233;trables se densifiaient ailleurs. Les hommes, d&#233;cim&#233;s par des catastrophes incessantes, se rassembl&#232;rent autour de ces for&#234;ts, et, tout en subissant les m&#233;tamorphoses de la plan&#232;te qu'ils avaient saccag&#233;e, continu&#232;rent d'en &#233;puiser les ressources. Le soleil dardait d'implacables rayons sur les sols dess&#233;ch&#233;s, les temp&#234;tes naissaient en un instant de vents impr&#233;visibles, l'eau des rivi&#232;res coulait toujours moins vive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les for&#234;ts se transformaient aussi : peu &#224; peu certains arbres avaient &#233;t&#233; rong&#233;s par des maladies inconnues. Nul ne reverrait plus les superbes ch&#234;nes bleus qui &#233;taient tous morts : un matin, les derni&#232;res feuilles turquoise ou indigo, bleu-roi ou bleu-lavande &#233;taient tomb&#233;es&#8230; et tous les efforts pour faire germer les fruits conserv&#233;s &#233;taient rest&#233;s vains. Les ormes n'&#233;taient qu'un souvenir, ils avaient succomb&#233; par for&#234;ts enti&#232;res &#224; une peste, si vite que les hommes en &#233;taient rest&#233;s sid&#233;r&#233;s, tandis qu'&#224; leur place des boqueteaux de bouleaux ou de sapins croissaient, partant &#224; l'assaut de quelques h&#234;tres qui combattaient encore pour leur survie. Les animaux se rar&#233;fiaient, certains oiseaux ne revenaient plus au printemps, de discrets insectes disparaissaient sans m&#234;me que l'on s'en aper&#231;oive et tous, sans exception, &#233;taient moins nombreux, plus vuln&#233;rables et dispers&#233;s. Des renards et des loups &#233;tiques erraient &#224; la recherche de proies toujours plus lointaines, elles aussi maigres et affam&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait des loups qu'il fallait le plus se m&#233;fier, car ils s'attaquaient &#224; tous ceux qui s'attardaient ou se perdaient. Malik savait qu'autrefois ils n'&#233;taient pas m&#233;chants, au temps de l'abondance, mais depuis que les super pr&#233;dateurs (dont il faisait partie) manquaient de proies, les comportements avaient chang&#233;. Au d&#233;but, il avait eu peur qu'il y ait des ours aussi dans ce secteur, mais il semblait que ceux-ci se soient &#233;teints. Malik savait peu de choses sur les populations de grands animaux, qui pour la plupart avaient d&#233;j&#224; disparu avant sa naissance, et il supposait que les ours n'avaient tout simplement pas &#233;t&#233; assez nombreux pour se reproduire et subsister : un jour le dernier ours &#233;tait mort&#8230; ou alors ils &#233;taient loin, et c'&#233;tait tant mieux car les enfants avaient assez &#224; craindre avec les loups. Il essayait de ne pas penser au temps d'avant, avant que ses parents le laissent, avec Alysse et Nour, &#224; l'or&#233;e de la for&#234;t. Mais il aimait quand m&#234;me &#233;voquer la fra&#238;cheur d'un soir o&#249; il avait plu, et sa surprise de voir de l'eau tomber du ciel. Il revoyait aussi la maison, les volets en bois &#224; la peinture pass&#233;e, un reste de rouge carmin, la grille en haut de l'escalier pour prot&#233;ger Nour d'une chute sur les marches quand elle &#233;tait encore toute petite, vacillant sur deux jambes arqu&#233;es et serrant fort ses poings sur tout ce qu'elle parvenait &#224; attraper. Quand il s'endormait, blotti avec les petites entre les racines d'un h&#234;tre encore debout, il observait la lumi&#232;re des &#233;toiles filtrant &#224; travers le houppier, et il convoquait ainsi l'image d'un toit originel et protecteur pour ne pas avoir peur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malik &#233;tait l'a&#238;n&#233;, mais quand leurs parents les avaient quitt&#233;s, Alysse avait pris les devants pour la S&#233;paration. Il avait tendu la main vers le sac que lui offrait sa m&#232;re sans le regarder : il supposait qu'elle l'avait rempli de quelques provisions, et d'objets utiles (selon elle), mais Alysse avait retenu son bras pour l'emp&#234;cher de le prendre et sa m&#232;re &#233;tait alors remont&#233;e dans la voiture. Son p&#232;re, lui, n'&#233;tait pas descendu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il avait remarqu&#233; &#224; quelques dizaines de m&#232;tres une autre voiture dans laquelle deux adultes se r&#233;installaient, pendant que la fillette qu'ils avaient d&#233;pos&#233;e leur faisait un signe... au revoir... ou attendez, difficile &#224; dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malik avait saisi la main droite d'Alysse et la main gauche de Nour et s'&#233;tait enfonc&#233; dans le taillis, remorquant ses petites s&#339;urs. Nour r&#233;sistait, comme aimant&#233;e par la voiture qui pourtant s'&#233;loignait.
&lt;br /&gt;&#8212; Avancez, on ne peut pas rester l&#224;, c'est dangereux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malik savait que les loups r&#244;daient souvent aux abords des bois, o&#249; les proies &#233;taient les plus faciles &#224; rep&#233;rer.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230; &lt;i&gt;o&#249; les enfants pourront &#234;tre d&#233;pos&#233;s, de nombreuses aires sont &#224; votre disposition.&lt;/i&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour pleurnichait. Malik restait concentr&#233; sur la certitude qu'il lui fallait rejoindre le groupe avant la nuit, sa m&#232;re lui avait fait jurer qu'ils ne s'arr&#234;teraient pas avant d'&#234;tre &#224; l'abri au sein de la Colonie, mais ne lui avait pas dit dans quelle direction aller. Le talus qu'ils avaient franchi au bord de la route &#233;tait couronn&#233; d'&#233;pais buissons de ronces, secs et h&#233;riss&#233;s d'&#233;pines, qui rampaient aussi sur la terre, sous le couvert de pins bas et tourment&#233;s, couverts d'une vilaine mousse et d&#233;barrass&#233;s par le vent de leurs branches mortes. Seule &#224; avoir surv&#233;cu aux s&#233;cheresses, aux incendies, aux pollutions, toute cette v&#233;g&#233;tation &#233;tait enchev&#234;tr&#233;e au sol et formait un chaos inesth&#233;tique. Elle semblait grignot&#233;e peu &#224; peu par la l&#232;pre s&#232;che qui avan&#231;ait et for&#231;ait la vie &#224; reculer, mais c'&#233;tait pourtant comme un rempart encore debout faisant face au d&#233;sert. Au loin les arbres semblaient heureusement plus hauts et plus espac&#233;s. Le gar&#231;on rep&#233;ra les baies comestibles. On &#233;tait au d&#233;but de l'automne et le sol &#233;tait aussi couvert de champignons : l&#233;piotes, coprins et tricholomes ; sous les &#233;corces ils pourraient r&#233;colter larves et insectes. Malik cherchait du regard des traces dans ce fouillis, un passage ou un sentier, et il s'engagea au bout de quelques minutes entre deux arbres, suivant une sente, presque invisible.&lt;br class='autobr' /&gt;
En halant les deux fillettes le long de la voie qu'il avait choisie, Malik essayait d'imaginer ce que serait la vie quand il aurait r&#233;ussi &#224; rejoindre le groupe. Il avait entendu ses parents discuter, la veille, l'oreille coll&#233;e contre la porte de leur chambre :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu crois qu'ils auront assez &#224; manger ?
&lt;br /&gt;&#8212; Mais oui, avait r&#233;pondu son p&#232;re. Ils se d&#233;brouilleront tr&#232;s bien, je te l'ai dit, il faut penser &#224; nous maintenant.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais...
&lt;br /&gt;&#8212; Nous sommes les derniers, Lil', tous les voisins sont d&#233;j&#224; partis, ils iront retrouver les autres enfants, nous ne pouvons plus attendre, sinon nous n'aurons plus de place. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, ils &#233;taient tous mont&#233;s dans la voiture, et tandis que son p&#232;re restait sans un mot, sa m&#232;re lui avait expliqu&#233; qu'ils allaient les conduire pr&#232;s de la Colonie qu'il leur faudrait rejoindre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mais vous ? avait demand&#233; Malik, o&#249; allez-vous ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa m&#232;re n'avait pas r&#233;pondu et son p&#232;re lui avait jet&#233; un tel regard que Malik avait eu l'impression de recevoir une gifle. Ils avaient ensuite roul&#233; en silence, jusqu'au bas-c&#244;t&#233; o&#249; stationner (son p&#232;re n'avait pas arr&#234;t&#233; le moteur) et sa m&#232;re avait soudain d&#233;vers&#233; sur lui un flot de paroles pour lui enjoindre de trouver vite le groupe, ne pas le quitter, rester avec les petites.&lt;br class='autobr' /&gt;
La S&#233;paration avait &#233;t&#233; si rapide : sortir sous le soleil, sentir la main d'Alysse lui saisir le poignet, voir sa m&#232;re tourner les talons et la voiture s'&#233;loigner n'avait pris qu'une minute, au bout de laquelle ils s'&#233;taient retourn&#233;s, face au talus. Et Malik &#233;tait entr&#233; dans la for&#234;t, avec Alysse, avec Nour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait d&#233;j&#224; une semaine que les trois enfants &#233;taient seuls, et ils n'avaient toujours pas trouv&#233; la Colonie. Ils avaient d'abord march&#233; longtemps en suivant la sente vaguement trac&#233;e, leur progression n'&#233;tait pas difficile car ils s'en remettaient au hasard de la croissance des arbres et des buissons, s'&#233;cartant d'un hallier ou s'engouffrant sous une vo&#251;te de branches sans h&#233;siter si le chemin s'&#233;largissait. Si Nour n'avait pas pass&#233; son temps &#224; g&#233;mir, tandis qu'Alysse restait obstin&#233;ment muette, Malik aurait presque pu ressentir une sorte d'euphorie, un app&#233;tit de vivre qui s'accommodait de l'amn&#233;sie, la nostalgie n'ayant pas sa place dans la multitude de sentiments qui le traversaient : l'envie de rejoindre un lieu peupl&#233;, l'esp&#233;rance et la curiosit&#233;. Ils n'avaient pas faim, connaissant parfaitement les champignons, les plantes, les insectes et les fruits qui composaient leur nourriture. Trouver de l'eau &#233;tait plus difficile, mais la chaleur de l'air &#233;tait de jour en jour moins intense, et le couvert, qui s'effilochait parfois comme un trop vieux tissu, les prot&#233;geait le plus souvent des rayons du soleil. Il leur faudrait pourtant rejoindre les autres avant l'arriv&#233;e de l'hiver et des temp&#234;tes de neige &#233;pouvantables qui s&#233;vissaient depuis quelques ann&#233;es, quand s'installait la mauvaise saison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et les loups n'&#233;taient sans doute pas loin. Malik avait entendu la plainte ou l'appel de l'un deux la veille, et toute son insouciance l'avait soudain quitt&#233; : il savait qu'&#224; d&#233;faut de trouver le groupe, lui et ses petites s&#339;urs devraient alors affronter l'animal. Et puis il y avait Alysse, ce que disait Alysse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle avait entendu le hurlement du loup, elle s'&#233;tait tourn&#233;e vers lui et avait prononc&#233; ses premiers mots depuis la S&#233;paration :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il n'y a pas de Colonie. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Malik avait fait mine de ne pas avoir entendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait march&#233; plus vite le long du chemin qu'ils suivaient et qui s'&#233;tait peu &#224; peu &#233;largi pour devenir une sorte de piste, et juste avant la nuit Malik avait adress&#233; un sourire de triomphe &#224; Alysse en voyant la ruine qu'ils avaient atteinte. Il restait de la maison deux pans de mur dress&#233;s, &#224; la cr&#234;te irr&#233;guli&#232;re sur laquelle l'ouverture des fen&#234;tres dessinait des cr&#233;neaux. Les pierres &#233;croul&#233;es des autres murs avaient rempli ce qui avait &#233;t&#233; une cave, sans toutefois combler tout l'espace, et un h&#234;tre au tronc d'argent avait pouss&#233; dans ce chaos, s'&#233;tait inclin&#233; pour offrir un pont aux passants au-dessus du vide.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un ch&#226;teau, avait pens&#233; Malik, car un second niveau de pierres b&#226;ties surplombait l'&#233;tage englouti. Il &#233;tait masqu&#233; par un &#233;pais rideau de ronces, accroch&#233;es &#224; une grille rouill&#233;e. Il &#233;tait aussi en bien meilleur &#233;tat : plus de portes ni de fen&#234;tres mais le toit n'avait pas disparu, la mousse, les feuilles mortes et les lichens avaient ciment&#233; les tuiles aux couleurs pass&#233;es qui reposaient sur des voliges affaiss&#233;es, noircies, prot&#233;g&#233;es par la couronne somptueuse du h&#234;tre inclin&#233;. L'arbre leur avait gard&#233; la maison, tout au long des ann&#233;es o&#249; il avait pouss&#233; et o&#249; ils grandissaient ailleurs, il avait envelopp&#233; de ses branches la maison abandonn&#233;e pour emp&#234;cher le temps et le malheur de la d&#233;truire enti&#232;rement. Il avait neig&#233; ses feuilles sur les tuiles et elles &#233;taient devenues un ciment souple dans lequel poussaient quelques herbes folles, renouvel&#233;es au gr&#233; des vents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils avaient dormi ce soir-l&#224; dans la maison, d'un sommeil profond, prot&#233;g&#233;s par les murs et le toit comme par un ventre doux qui ne laissait pas entrer les bruits de la nuit, comme par des bras puissants chassant les souffles et les craquements, les cris et les plaintes. Le lendemain ils avaient explor&#233; tout l'espace alentour. Malik avait d&#233;cid&#233; de s'installer ici pour l'hiver et recensait tous les avantages qu'il y aurait &#224; rester quand Alysse &#233;tait revenue &#224; la charge :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ils sont partis se mettre &#224; l'abri, eux.
&lt;br /&gt;&#8212; Qu'est-ce que tu en sais ? avait aboy&#233; Malik. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette fois c'est Alysse qui n'avait pas r&#233;agi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, un peu comme on r&#233;cite, un peu comme on se r&#233;p&#232;te un itin&#233;raire compliqu&#233; pour ne rien oublier, Alysse s'&#233;tait mise &#224; marmonner :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ils ont construit des abris, pour eux, parce qu'ils ne supportent pas l'id&#233;e de mourir, mais ils ne sont que quelques-uns &#224; pouvoir s'y r&#233;fugier (&lt;i&gt;R&#233;servez sans plus attendre car les Arch'en-Terre ont un nombre de places limit&#233;es&lt;/i&gt;) &#8230; Alors ils se taisent, ils se pr&#233;parent en secret et ils payent tr&#232;s cher leur place. Ils se mettent &#224; l'abri sous les grandes bulles qu'ils ont fabriqu&#233;es et qui ressemblent au monde d'avant. (&lt;i&gt;Faites vous aussi partie des &#233;lus, l'unique chance de retrouver les conditions de vie du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent, &#224; s'y m&#233;prendre. L'atmosph&#232;re est contr&#244;l&#233;e et temp&#233;r&#233;e sous les d&#244;mes, une alimentation saine r&#233;pond aux besoins et aux go&#251;ts de chacun, tout y est con&#231;u pour vieillir ainsi qu'il vous &#233;tait d&#251;&lt;/i&gt;) &#8230; Ils ont invent&#233; la Colonie pour que nous ne fassions pas de difficult&#233;s pendant la S&#233;paration. (&lt;i&gt;Seuls les couples sans enfants peuvent pr&#233;tendre &#224; une place dans l'Arch'en-Terre, aucune d&#233;rogation ne sera accord&#233;e. Une carte est disponible en annexe, situant les lieux o&#249; les enfants pourront &#234;tre d&#233;pos&#233;s, de nombreuses aires sont &#224; votre disposition.&lt;/i&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Regarde. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alysse avait sorti de sa poche quelques feuilles agraf&#233;es formant un livret et le lui avait tendu, &#224; nouveau silencieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du sommet de l'arbre le plus haut, Malik observait une fois de plus le d&#244;me au loin, dans la vall&#233;e, parfaitement identique au dessin qui illustrait le livret, froiss&#233; au fond de sa poche. Tout &#233;tait pr&#234;t, il avait essay&#233; d'&#233;valuer la distance qui les s&#233;parait de l'Arch'en-Terre, et il pensait que dans quelques jours, peut-&#234;tre une semaine, ils pourraient l'atteindre. Les journ&#233;es &#233;taient moins longues qu'avant, la nourriture se rar&#233;fiait malgr&#233; les petites r&#233;serves que les trois enfants avaient constitu&#233;es, et il faisait parfois si froid le soir que l'air semblait m&#233;tallique. Depuis quelques jours, deux autres loups r&#233;pondaient &#224; l'appel du premier, inchang&#233;, qui se rapprochait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malik descendit du grand pin, sourit &#224; ses petites s&#339;urs qui l'attendaient. Puis il saisit la main droite d'Alysse et la main gauche de Nour et, sans se retourner, les enfants s'enfonc&#232;rent &#224; nouveau dans la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas deux averses de neige identiques, l'hiver est capricieux depuis toujours et apporte avec lui d'incomparables intemp&#233;ries.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce matin, le ciel se vidait comme un sac de petites perles glac&#233;es, serr&#233;es et pouss&#233;es par le vent qui sifflait et les projetait violemment sur la cellule d'entr&#233;e du quartier nord de notre Arche. En ouvrant le hublot j'ai re&#231;u cette sorte de gifle froide qui m'a coup&#233; le souffle. La nuit tra&#238;nait, le noir du ciel agonisait mais c'&#233;tait forc&#233;ment long parce qu'encore l'hiver dans les ext&#233;rieurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hier c'&#233;taient des sacs de plumes, de gros flocons l&#233;gers, secs et doux, qui descendaient vers le sol nonchalamment. Pendant la nuit, ce duvet a couvert la ceinture de protection entre la for&#234;t et l'Arche d'une &#233;paisse couche immacul&#233;e, d'o&#249; surgissent de rares ombellif&#232;res s&#232;ches et chapeaut&#233;es de blanc, sentinelles fan&#233;es, englouties.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai vu les trois silhouettes qui approchaient de l'Arche sans y pr&#234;ter attention au premier coup d'&#339;il, j'ai pens&#233; &#224; l'&#233;quipe de surveillance des portes, puis quelque chose dans leur d&#233;marche m'a retenu. Ils &#233;taient &lt;i&gt;trop petits&lt;/i&gt; et semblaient pr&#234;ts &#224; &#234;tre balay&#233;s par les rafales glac&#233;es qui d&#233;valaient du ciel, ils avan&#231;aient si peu qu'il &#233;tait impossible de dire avec certitude qu'ils se rendaient quelque part. Un sursaut m'a secou&#233; : nom de Dieu, c'&#233;taient DES ENFANTS ! Nom de Dieu, ils ont trouv&#233; un passage, ils sont sortis de la for&#234;t ! Mon c&#339;ur s'est emball&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont tomb&#233;s au moment pr&#233;cis o&#249; je donnais l'alerte : j'imagine que si je ne les avais pas vu basculer &#224; ce moment-l&#224;, ils se seraient enfonc&#233;s dans la neige, ils auraient &#233;t&#233; absorb&#233;s par toute cette blancheur puis recouverts du fin gr&#233;sil qui capara&#231;onnait d&#233;j&#224; de sa cro&#251;te scintillante tout le paysage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les agents de l'Office de Gestion de la Restriction des Entr&#233;es sont arriv&#233;s tr&#232;s vite, ils ont fait ce qu'il fallait, mais c'est d&#233;j&#224; la troisi&#232;me fois que des enfants franchissent un passage cet hiver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et nous n'imaginions pas que &#231;a irait si vite, l'arriv&#233;e des damn&#233;s de ce monde dans notre monde. Nous allons devoir r&#233;&#233;tudier s&#233;rieusement la question, il semble que les loups ne sont plus assez nombreux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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