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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>MARGE DE MAN&#338;UVRE</title>
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		<dc:date>2020-04-15T14:02:33Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean Bensimon</dc:creator>



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&lt;p&gt;Marine vient de m'envoyer un texto : &#171; J'ai &#224; te parler. &#187; Suivent le lieu du rendez-vous, un caf&#233;, et le moment. Une s&#233;cheresse inhabituelle qui me surprend et me blesse. Sur- prendre est un mot faible, elle me stup&#233;fie. Ma confusion dure un moment, je suis oppress&#233;. Puis je renverse la t&#234;te en arri&#232;re, ferme les yeux et respire profond&#233;ment &#9472; inspire-expire&#8230; Je me souviens de notre derni&#232;re rencontre, jeudi dernier. Orageuse. Marine, tr&#232;s d&#233;termin&#233;e, avait dit non &#224; tout : &#224; nos vacances en Gr&#232;ce, &#224; (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1055.jpg?1586959271' width='142' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_401 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L481xH509/marge_de_manoeuvre-26557.jpg?1639932989' width='481' height='509' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Marine vient de m'envoyer un texto : &#171; J'ai &#224; te parler. &#187; Suivent le lieu du rendez-vous, un caf&#233;, et le moment. Une s&#233;cheresse inhabituelle qui me surprend et me blesse. Sur- prendre est un mot faible, elle me stup&#233;fie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ma confusion dure un moment, je suis oppress&#233;. Puis je renverse la t&#234;te en arri&#232;re, ferme les yeux et respire profond&#233;ment &#9472; inspire-expire&#8230; Je me souviens de notre derni&#232;re rencontre, jeudi dernier. Orageuse. Marine, tr&#232;s d&#233;termin&#233;e, avait dit non &#224; tout : &#224; nos vacances en Gr&#232;ce, &#224; notre projet de vivre ensemble dans mon studio, etc. Je dis &lt;i&gt;notre projet&lt;/i&gt;, en fait dans un cas comme dans l'autre il s'agissait de mes propositions qui visiblement ne l'int&#233;ressaient pas, elle allait y r&#233;fl&#233;chir... C'&#233;tait une autre, tout &#224; fait une autre. Seul un changement profond pouvait inspirer son attitude. Et qu'est-ce qui lui a pris de me donner un tel rendez-vous ? Pourquoi n'a-t-elle pas t&#233;l&#233;phon&#233; tout simplement ? Le texto est d'autant moins compr&#233;hensible que d'habitude c'est chez moi que nous nous rencontrons, pas dans un caf&#233;, parfois dans le restaurant o&#249; nous d&#238;nons. Je ne vois qu'une explication : elle veut rompre et pour &#231;a elle pr&#233;f&#232;re un lieu neutre. Bien s&#251;r, la chose est alors plus simple, plus facile. On &#233;vite la sc&#232;ne &#9472; que de toute fa&#231;on je n'aurais pas faite, ce n'est pas mon genre, pas du tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, tout converge vers cette explication. La chose est claire. Plus d'une fois Marine n'&#233;tait pas disponible, &#233;voquant diverses obligations familiales, peut-&#234;tre a-t-elle conserv&#233; des liens avec un homme qu'elle aime encore. On voit souvent ce genre de situations. Et puis elle est orgueilleuse de sa beaut&#233;, &#233;vidente, alors que moi je suis pas mal sans plus. Nous sommes juste de la m&#234;me taille mais les femmes pr&#233;f&#232;rent g&#233;n&#233;ralement les hommes plus grands. Lors de notre premi&#232;re rencontre le coup de foudre avait &#233;t&#233; de mon c&#244;t&#233;, pas du sien. Un autre d&#233;tail me revient, dont je ne comprends la signification qu'aujourd'hui. Depuis quelque temps elle ne portait plus de talons hauts, para&#238;tre plus grande que moi devait lui &#234;tre insupportable. D'ailleurs &#224; plusieurs reprises des hommes lui ont fait des avances en ma pr&#233;sence, et je n'ai pas r&#233;agi assez fermement &#224; leur culot ; j'imagine ce que c'&#233;tait en mon absence. Les rapports de force sont en sa faveur. C'est le chat qui joue avec la souris qu'il vient d'estourbir. Elle a pu aussi rencontrer quelqu'un et je d&#233;couvre aujourd'hui l'euph&#233;misme de l'expression, qui me para&#238;t terrible. &#192; propos j'en ai sans doute trop fait jeudi soir dernier : il est connu qu'il faut &#233;viter de se mettre en situation de demandeur, alors on d&#233;s&#233;quilibre la relation. Et c&#233;der au caprice d'un pouvoir revient &#224; le renforcer : ensuite il ira plus loin. Un manque de strat&#233;gie &#233;vident, c'est donner des verges pour se faire fouetter. Il est naturel qu'aujourd'hui je paie l'addition. Sal&#233;e l'addition. En d&#233;finitive j'affronte une situation des plus sombres &#9472; si je me suis souvent moqu&#233; de mon patronyme, Lenoir, cette fois il est justifi&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Bon, il ne suffit pas d'&#233;piloguer, de d&#233;plorer. Maintenant il faut d&#233;finir une tactique&lt;br class='autobr' /&gt;
pour cette rencontre afin de sauver notre amour. S'il n'y a qu'une chance, il faut la saisir. D'abord rester dans le registre : elle se montre distante, l'&#234;tre aussi. Comme si de rien n'&#233;tait. Ensuite ne pas faire profil bas, ne pas capituler. Surtout ne pas craquer. Laisser la d&#233;bandade de la volont&#233; et de l'intelligence aux gens d&#233;pourvus de cervelle, fragiles &#9472; d&#233;pressifs, et compagnie. De toute fa&#231;on, si dans un premier temps la faiblesse g&#233;n&#232;re l'apitoiement, elle provoque ensuite et durablement le m&#233;pris donc l'&#233;loignement. Quand on se laisse traiter comme une merde, on est une merde. Rester digne : on respecte davantage les vaincus qui se sont battus. S'il faut perdre, que ce soit dignement. Ne pas faire non plus profil haut, si je puis dire. Ne pas lui adresser de reproches, par exemple au sujet de ce texto absurde, de son comportement but&#233; jeudi dernier, de ses retards r&#233;currents, de son attitude pour le moins ambigu&#235; il y a un mois environ avec Machin-Chose &#9472; je n'arrive jamais &#224; me souvenir de son nom &#9472; qui avait l'art de s'envelopper de myst&#232;re et de se faire mousser sans avoir l'air d'y toucher, et son regard disait que je n'&#233;tais pour lui qu'un gringalet insignifiant. Ne pas lui demander de m'aimer, cela ne se commande &#233;videmment pas. Une telle attitude serait m&#234;me contre-productive. Rien de plus lourd, de plus stupide que le forcing. Entre les deux il ne reste qu'une bande o&#249; je devrai me cantonner. La voie de la raison, de l'efficacit&#233;. Certes ce ne sera pas facile, mais n&#233;cessaire. Ma marge de man&#339;uvre est &#233;troite. Tr&#232;s &#233;troite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'imm&#233;diat j'envoie &#224; Marine un texto aussi sec que le sien : &#171; D'accord. &#187; Et vogue la gal&#232;re ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela ne m'emp&#234;che pas de tout repasser dans ma t&#234;te pendant une bonne partie de la&lt;br class='autobr' /&gt;
nuit suivante. Un sommeil bref entrecoup&#233; de cauchemars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	J'arrive tr&#232;s en avance au Caf&#233; des Arts, dans le Marais, une rue tranquille &#224; l'&#233;cart des grandes art&#232;res. Je le connaissais de vue. L'enseigne est plus discr&#232;te que celle de la pharmacie voisine, qui clignote et indique la date samedi 18 mai 2018. Pourquoi Marine a-t-elle choisi cet &#233;tablissement o&#249; nous ne sommes jamais all&#233;s ? Quand j'entre, le serveur du bar r&#233;pond avec chaleur &#224; mon bonjour. Je jette un regard circulaire. Le caf&#233; me para&#238;t diff&#233;rent, d&#233;paysant. Une applique &#224; la clart&#233; p&#226;le surmonte le comptoir en teck. Sur les murs un rev&#234;tement en bois, des glaces qui agrandissent l'espace, des motifs orang&#233;s : tambourins, yeux rieurs, des ondulations bleues sugg&#233;rant l'oc&#233;an et un grand &#233;cran de t&#233;l&#233;vision heureusement &#233;teint. L'agencement des lieux comporte aussi plusieurs renfoncements &#224; la lumi&#232;re tamis&#233;e. Je m'absorbe dans la contemplation d'un tambourin &#9472; voil&#224; qu'il bat doucement. Avant un entretien comportant quelque enjeu j'aime bien explorer d'abord le territoire o&#249; il se d&#233;roulera, reconna&#238;tre le terrain comme un g&#233;n&#233;ral avant une bataille &#9472; la comparaison me fait sourire : g&#233;n&#233;ral ? Il serait plus exact de parler d'un sous-officier ayant peu d'exp&#233;rience dans l'art de la guerre ! Et en l'occurrence, la ligne bleue des Vosges c'est Marine&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230; Il y a d&#233;j&#224; quelques clients, des jeunes surtout. Arrive un serveur au visage mafflu avec, lui aussi, un grand sourire que je lui rends &#9472; il peut &#234;tre un alli&#233;, on ne sait jamais. Un courant d'air venu je ne sais d'o&#249; fait fas&#233;yer comme une voile un pan de son gilet. &#171; J'attends quelqu'un. &#187; Je jette un regard circulaire et m&#233;morise la topographie des lieux, notamment l'escalier descendant vers les toilettes, j'h&#233;site. Me mets finalement dans un renfoncement &#224; l'oppos&#233; du comptoir mais de mani&#232;re telle qu'on puisse m'apercevoir en entrant dans le caf&#233; et que je puisse moi-m&#234;me voir dans la glace arriver Marine. Pour le moment je ne vois qu'un homme &#224; la mine de papier m&#226;ch&#233;. Je m'exhorte &#224; la s&#233;r&#233;nit&#233;, sois calme, sois calme&#8230; Bient&#244;t je baigne dans une eau tranquille, la houle monte et descend doucement, je ferme les yeux et r&#233;capitule la tactique que j'ai arr&#234;t&#233;e. Mais la mer est-elle si calme que &#231;a, n'annoncerait-t-elle pas un voyage p&#233;rilleux ? Caf&#233; des Arts ou l'art difficile de rompre dans la dignit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230;Voil&#224; Marine ! Elle arrive &#224; l'heure, ce qui ne lui ressemble pas. Son visage exprime la fatigue, et surtout elle n'est presque pas maquill&#233;e, ce qui ne lui ressemble pas non plus. R&#233;flexion faite c'est logique, on ne s'en donne pas la peine pour quelqu'un qu'on&lt;br class='autobr' /&gt;
n'aime pas. Elle a le regard froid et terne. Elle m'embrasse pourtant sur les l&#232;vres, certes&lt;br class='autobr' /&gt;
mollement. La force de l'habitude ? Je dirai plut&#244;t la derni&#232;re cigarette du condamn&#233;. &lt;br /&gt;&#8212; Bonjour Jo&#235;l. &lt;br /&gt;&#8212; Bonjour Marine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le serveur est d&#233;j&#224; l&#224; pour prendre la commande, il ne dissimule gu&#232;re son admira- &lt;br class='autobr' /&gt;
tion pour Marine. Pas plus que les deux jeunes de la table d'&#224; c&#244;t&#233;. Je ressens la fiert&#233; du m&#226;le bien accompagn&#233; &#9472; h&#233;las il n'en pas pour longtemps ; et de toute fa&#231;on quelle fiert&#233; ? C'est enti&#232;rement factice&#8230; Apr&#232;s m'&#234;tre assur&#233; qu'ici on pr&#233;pare ce cocktail je choisis un Bloody Mary. Elle esquisse un mince sourire, sans doute pour contenir sa col&#232;re, son orgueil ou son m&#233;pris. Moi je ne souris pas. Les consommations arrivent plus vite que pr&#233;vu. Sans attendre je bois une rasade d'alcool pour me donner du courage tandis qu'elle sirote un jus d'orange.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'agrippe discr&#232;tement &#224; mon si&#232;ge et sans tarder je me lance, d'un ton indiff&#233;rent, plut&#244;t satisfait :
&lt;br /&gt;&#8212; En fait je d&#233;couvre le Caf&#233; des Arts et je le trouve pas mal du tout. Un agence- ment et une d&#233;coration modernes, c'est chaleureux avec des teintes orang&#233;es sans rien de criard. J'aime aussi ces sortes de boxes ouverts, &#224; l'int&#233;rieur on est tranquilles tout en &#233;tant reli&#233; &#224; l'&#233;tablissement. Et le service a l'air sympa.&lt;br class='autobr' /&gt; Son regard est fuyant. Elle a une mimique h&#233;sitant entre grimace et sourire puis avec un petit rire forc&#233; :
&lt;br /&gt;&#8212; Je n'y suis venue qu'une fois, mais oui c'est sympa&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ajoute apr&#232;s un instant :
&lt;br /&gt;&#8212; &#8230; De plus le caf&#233; organise des soir&#233;es musicales &#224; th&#232;mes avec quelques musi- ciens, le mois dernier je crois que c'&#233;tait les Antilles, juste avant la Gr&#232;ce. Alors c'est bond&#233;, on refuse m&#234;me du monde. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai un petit sourire ironique quand elle dit la Gr&#232;ce parce que jeudi dernier elle avait justement refus&#233; farouchement d'y passer les vacances avec moi. A-t-elle prononc&#233; ce mot de mani&#232;re d&#233;lib&#233;r&#233;e ou par inadvertance ? Quoi qu'il en soit elle feint de ne pas remarquer ma r&#233;action muette. Sans doute est-elle d&#233;j&#224; venue ici avec son copain pr&#233;c&#233;dent&#8230; ou l'actuel, bien entendu je me garde de le lui dire, &#231;a ne m'int&#233;resse pas. Je sens en moi sourdre la col&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais alors je repense &#224; la tactique que j'ai arr&#234;t&#233;e, ni profil bas ni profil haut, le petit sourire ne s'imposait pas. Je vois le cycliste dans son couloir du v&#233;lodrome. La t&#234;te dans le guidon, il ne fait qu'un avec la machine. &#192; la fois volontaire et prudent, il reste dans sa marge, ne d&#233;bordant ni &#224; gauche ni &#224; droite, ne mordant pas sur les lignes rouges. La voie pour ne pas se perdre. Attention aux limites ! ATTENTION AUX LIMITES !... Les Antilles c'est plus prudent non ? &lt;br /&gt;&#8212; J'aurais aim&#233; participer &#224; une soir&#233;e antillaise. J'ai assist&#233;, il y a longtemps et bien s&#251;r ailleurs, &#224; un concert, j'adore les percussions de l&#224;-bas, elles sont uniques, notamment la&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; chacha &#187;. Un jour j'en essay&#233; une. Et toi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle secoue la t&#234;te. Commence une phrase &#171; Jo&#235;l, je voudrais&#8230; &#187; mais s'interrompt aussit&#244;t. Moi, emport&#233; par mon &#233;lan je poursuis : &lt;br /&gt;&#8212; C'est curieux ce bruit de grenaille. J'adore la biguine et le zouk, plus moderne, leur rythme endiabl&#233; m'enchante, il me transporte aux &#238;les. C'est la joie de vivre, la d&#233;con- traction absolue&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230; Elle m'&#233;coute avec un l&#233;ger sourire manifestant de l'int&#233;r&#234;t ou de la politesse. Plut&#244;t de la politesse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pourquoi son visage se colore-t-il au fur et &#224; mesure ? Elle a la l&#232;vre sup&#233;rieure qui rebique un peu, signe de m&#233;contentement. Je ne crois pas qu'elle per&#231;oive que ma voix s'&#233;raille un peu tandis que mes mots h&#233;sitent. La conversation, si l'on peut appeler &#231;a une conversation, est dans l'impasse. Je regarde l'ondulation bleue du mur d'en face. La mer, calme jusqu'ici, se creuse de remous. &#199;a tangue, &#231;a roule. C'est la temp&#234;te. Une rumeur de vagues envahit l'espace. C'est la temp&#234;te. Le rafiot affronte une mer d&#233;cha&#238;n&#233;e. Le naufrage n'est pas loin, je me vois jet&#233; par le fond jusqu'&#224; ces ab&#238;mes o&#249; l'on perd la vie. Je m'exhorte : Sois calme, sois calme. Il faudrait remettre du carburant dans la conversation mais je n'en ai pas. Et bient&#244;t je suis las de jouer ce r&#244;le de composition, celui d'un homme de communication que je ne suis pas, en r&#233;alit&#233; je me montre d'ordinaire r&#233;serv&#233;, voire timide. Finissons-en, le num&#233;ro mont&#233; de toutes pi&#232;ces va se casser la figure. Dans ma t&#234;te c'est le m&#233;li-m&#233;lo, la chaleur me monte au visage, une sueur froide me coule dans le dos, entre les omoplates et sous les aisselles, je vais bafouiller. Je vois les deux lignes rouges se d&#233;placer, se rapprocher de moi. Jusqu'o&#249; &#231;a ira ? Elles m'enferment dans une prison, me collent au corps, me serrent de plus en plus. Il faudrait respirer profond&#233;ment &#9472; inspire, expire. Mais impossible, je me sens partir en vrille. Il est temps de sonner la retraite ; les troupes vont se replier, en bon ordre j'esp&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans &#233;couter mon c&#339;ur qui bat la chamade ni le vacarme des vagues qui partent du mur d'en face, je lance de la mani&#232;re la plus d&#233;tach&#233;e dont je sois capable :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Au fait, Marine, tu avais quelque chose &#224; me dire ?&lt;br class='autobr' /&gt; Ses yeux s'embuent.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Oui. Jo&#235;l, je voudrais que tu m'excuses pour jeudi soir dernier. Qu'est-ce qui m'a&lt;br class='autobr' /&gt;
pris, je ne sais pas, peut-&#234;tre tout b&#234;tement je n'&#233;tais pas en forme, j'ai &#233;t&#233; odieuse avec toi du d&#233;but jusqu'&#224; la fin. Et pas seulement odieuse, nulle. Depuis j'en ai perdu le sommeil. Jo&#235;l je t'aime et je voudrais, si tu es toujours d'accord, aller en vacances avec toi en Gr&#232;ce. Que nous vivions ensemble, et d'abord te pr&#233;senter &#224; ma m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un coup l'ondulation du mur devient paisible. La temp&#234;te s'est apais&#233;e. J'ai un grand sourire radieux, le premier depuis trois jours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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