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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Tous les m&#234;mes</title>
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		<dc:date>2020-08-02T14:55:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>H&#233;lo&#239;se Eloi-Hammer</dc:creator>



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&lt;p&gt;Un jour, mon fils, un jour, le froid brisera l'&#233;chine du temps. Il ne restera rien que le grand froid dans lequel se perdra la folie des hommes. Des &#233;toiles blanches tomberont du ciel, tapisseront la nuit, le sol s'ouvrira, et au matin, tout sera couvert de sang. Ce jour-l&#224;, mon fils, je veux que tu sois fort, je veux que tu sois pr&#234;t, et que tu regardes la mort dans les yeux. Sache qu'elle est comme l'amour, elle ne poursuit que ceux qui la fuient. Alors tu te tiendras bien droit, au c&#339;ur du chaos (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_413 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/png/tous_les_memes.png?1596380069' width='500' height='500' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un jour, mon fils, un jour, le froid brisera l'&#233;chine du temps. Il ne restera rien que le grand froid dans lequel se perdra la folie des hommes. Des &#233;toiles blanches tomberont du ciel, tapisseront la nuit, le sol s'ouvrira, et au matin, tout sera couvert de sang. Ce jour-l&#224;, mon fils, je veux que tu sois fort, je veux que tu sois pr&#234;t, et que tu regardes la mort dans les yeux. Sache qu'elle est comme l'amour, elle ne poursuit que ceux qui la fuient. Alors tu te tiendras bien droit, au c&#339;ur du chaos qui menacera le monde, tu planteras tes yeux dans le feu et ton &#233;p&#233;e dans la chair, et tu gagneras le pouvoir, tu le tiendras dans tes mains, comme un oiseau tremblant. Et tu r&#233;aliseras notre destin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots je les ai lus dix fois, cent fois, mille fois. C'est avec cette lettre que j'ai appris &#224; lire. Elle est presque impossible &#224; d&#233;chiffrer aujourd'hui, mes doigts tremblants ont trop suivi ces lignes. Mon p&#232;re est mort trois mois avant ma naissance, et c'est tout ce qui me reste de lui. Il savait des choses que personne ne connaissait. Peut-&#234;tre &#233;tait-il trop occup&#233; &#224; scruter les &#233;toiles pour d&#233;chiffrer l'&#233;vidence qui se dessinait devant lui, sous la peau arrondie du ventre de ma m&#232;re. C'est une chance qu'il ne m'ait jamais vue. Avoir une fille, c'&#233;tait indigne de son rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e par ma m&#232;re qui ne s'est jamais remari&#233;e. Elle n'&#233;tait pas m&#233;contente, elle, que je sois une fille, et comptait sur moi pour l'aider aussi vite que possible. Mais moi, j'avais lu les mots. J'avais cru voir le visage de mon p&#232;re se dessiner derri&#232;re, j'avais entendu sa voix &#224; travers la feuille blanche. Je m'&#233;tais saoul&#233;e de cette lettre si belle, si forte. De ce message qui affirmait que quelque chose m'attendait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors j'ai appris &#224; me battre, vite, bien, fort. Je m'habillais en gar&#231;on et je terrassais tous les gamins qui croisaient mon passage. Je m'acharnais sur les faibles qui ne voulaient pas se battre. Les forts, les faibles, cela ne faisait pas tellement de diff&#233;rence : ils &#233;taient tous les m&#234;mes, avec leurs genoux noueux et leurs mains sales de boue. Moi, j'&#233;tais diff&#233;rente. Je courais, courais, courais &#224; travers les rues, toujours plus vite, toujours plus loin, et rien, ni les cris, ni les coups, ne pouvait me retenir. J'&#233;tais libre comme le temps qui passe, et il &#233;tait impossible de m'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai grandi, j'ai saign&#233;, mais je suis rest&#233;e aussi forte qu'un homme, et m&#234;me plus agile. J'ai vol&#233; de quoi m'armer &#224; des femmes sans escorte, je me suis couverte d'une armure de cuir, j'ai obtenu un poste de garde du corps en me d&#233;guisant, et j'ai attendu que le temps passe.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;***&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;J'avais presque cess&#233; d'y croire lorsque c'est arriv&#233;. Je vivais depuis quelques ann&#233;es dans une jolie maison que j'avais pu acheter gr&#226;ce &#224; mon salaire, et je ne m'entra&#238;nais plus que pour le plaisir. J'avais 25 ans. J'&#233;tais une femme presque achev&#233;e, et pourtant, dans mon esprit, peu de choses avaient chang&#233;. Je ne connaissais du monde que les armes et les larmes de ceux qui n'&#233;taient pas assez forts pour en porter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout s'est pass&#233; exactement comme mon p&#232;re l'avait pr&#233;vu : une nuit calme, des explosions, des tremblements, la peur qui rend fou, la neige, et tous les corps au matin, flasques comme des endormis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors j'ai pris mon armure, mon &#233;p&#233;e, et je suis sortie. Je me suis battue comme j'avais toujours su que je me battrais, avec courage et sans piti&#233;. Personne n'&#233;tait pr&#234;t comme moi, fort comme moi, puissant comme moi. C'&#233;tait presque trop facile. Ils &#233;taient tous les m&#234;mes, gestes h&#233;sitants, lames &#233;mouss&#233;es, suppliques avant le coup fatal. Rien ne s'est oppos&#233; &#224; moi, et j'ai lutt&#233; pour survivre comme on va faire le march&#233;. Je n'ai pas eu &#224; lever une arm&#233;e : je suis celle qui marche seule. Pour rien au monde je n'aurais laiss&#233; &#224; quiconque une seule miette de ma gloire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fait comme mon p&#232;re m'avait dit. Je me suis battue avec t&#233;m&#233;rit&#233;, comme une furie, avec le visage froid de ma mort sous les paupi&#232;res, toujours, et je n'ai pas eu peur. Je n'ai jamais eu peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis plus forte que le monde, et moi contre tous, contre ces catastrophes, ces hommes et ces femmes, et tout ce sang qui inondait la terre, j'ai gagn&#233;. Au bout de dix jours et de dix nuits, pleines, rouges, mornes, je me suis dress&#233;e au centre de mon petit monde en feu, et j'ai &#233;gorg&#233; le roi. Puis j'ai obtenu ce qui m'avait toujours &#233;t&#233; d&#251;. Le pouvoir. La lettre de mon p&#232;re contre mon c&#339;ur, pour la premi&#232;re fois, je n'ai plus eu l'impression qu'il me manquait quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis ce matin-l&#224;, je r&#232;gne sur mon monde comme un dragon veille son tr&#233;sor. Sans partage. Mes ordres ne sont pas discut&#233;s. Je maintiens la paix, et beaucoup m'en sont reconnaissants. Il faut dire que depuis mon acc&#232;s au tr&#244;ne, aucune catastrophe n'a plus bouscul&#233; la vie de mes sujets. Ils croient que j'y suis pour quelque-chose. Peut-&#234;tre n'ont-ils pas tort ? Ce qui est s&#251;r, c'est que j'ai enfin trouv&#233; ma place. Et, comme lorsque j'&#233;tais enfant, je relis la lettre, jour apr&#232;s jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis une reine respect&#233;e, crainte. Peut-&#234;tre pas aim&#233;e, mais on ne peut pas tout avoir, et je n'ai pas besoin de leur amour. Et il est vrai que beaucoup de choses ont chang&#233;, depuis le jour o&#249; j'ai pris le pouvoir. La nouveaut&#233; pla&#238;t rarement du premier coup. Mais mes sujets s'y feront, ou iront grossir le rang des corps qui s'empilent le long des foss&#233;s. Cela m'ennuie, ces morts, mais je m'y suis habitu&#233;e, et puis les cadavres ne sont plus des hommes, ce sont tous les m&#234;mes, visages blancs, yeux r&#233;vuls&#233;s, odeur putride. Ces cadavres sont nombreux, car aucune des lois qui r&#233;gissent mon royaume ne prot&#232;ge les faibles : ils appartiennent &#224; la mort qu'ils craignent. Quant aux forts, qu'ils se rallient ou qu'ils p&#233;rissent. Personne n'a le droit de questionner mon autorit&#233;, et je n'ai pas de temps &#224; perdre en discussions inutiles, ni en d&#233;bats interminables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je continuerai de r&#233;gner sans partage sur le petit brin de monde que j'ai gagn&#233; : il est &#224; moi. N'en d&#233;plaise aux fourbes et aux m&#233;contents. Ce matin, j'ai fait ex&#233;cuter une r&#233;volutionnaire dans la cour du ch&#226;teau. On l'avait entendue protester contre les r&#233;formes, et regretter que, malgr&#233; le fait qu'une femme ait acc&#233;d&#233; au tr&#244;ne, rien n'ait chang&#233;, et m&#234;me que les choses soient bien pires qu'avec le souverain pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis descendue pour assister &#224; son agonie. Juste avant de mourir, la mis&#233;rable a soutenu mon regard et m'a jet&#233;, dans un rire sarcastique : &#171; tous les m&#234;mes ! &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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