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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Le saut de l'ange. </title>
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		<dc:date>2020-09-01T20:06:14Z</dc:date>
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		<dc:creator>Raymond Penblanc</dc:creator>



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&lt;p&gt;La bruy&#232;re parfois m&#232;ne au sang. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marie Cosnay &lt;br class='autobr' /&gt;
On part en d&#233;but de matin&#233;e, shorts et croquenots, sacs &#224; dos in&#233;galement remplis. Flasque comme un sein de vieille femme, le mien ne contient en tout et pour tout qu'une bouteille d'eau. Quand le sien est bourr&#233; jusqu'&#224; la gueule de tout ce qui constitue d&#233;sormais sa vie. Ainsi cette grosse serviette de bain ray&#233;e bleu et rouge, dont je me demande &#224; quoi elle pourrait servir, sinon &#224; l'&#233;tendre par terre quand on aura d&#233;cid&#233; de se reposer. Pour l'Olympus (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


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&lt;i&gt;La bruy&#232;re parfois m&#232;ne au sang.
&lt;p&gt;Marie Cosnay&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_416 spip_documents spip_documents_center'&gt;
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&lt;p&gt;On part en d&#233;but de matin&#233;e, shorts et croquenots, sacs &#224; dos in&#233;galement remplis. Flasque comme un sein de vieille femme, le mien ne contient en tout et pour tout qu'une bouteille d'eau. Quand le sien est bourr&#233; jusqu'&#224; la gueule de tout ce qui constitue d&#233;sormais sa vie. Ainsi cette grosse serviette de bain ray&#233;e bleu et rouge, dont je me demande &#224; quoi elle pourrait servir, sinon &#224; l'&#233;tendre par terre quand on aura d&#233;cid&#233; de se reposer. Pour l'Olympus Reflex, je sais. Sans avoir vu ses derniers clich&#233;s, je sais qu'il photographie des fen&#234;tres, des plus anciennes aux plus modernes, y compris celles en trompe-l'&#339;il. Quand je l'invite &#224; s'expliquer, il me r&#233;pond que les fen&#234;tres sont les yeux des fa&#231;ades. Si j'insiste, il ajoute que ces yeux nous regardent, qu'il s'agit d'un &#233;change. C'est la preuve qu'autour de lui le monde continue d'exister. Son pas est ferme, sa d&#233;marche souple et rapide. O&#249; va-t-il puiser cette &#233;nergie ? Dans la chaleur de l'&#233;t&#233; qui commence ? Dans ce paysage de vacances ? De temps en temps, il braque sur lui l'&#339;il du Reflex, sans actionner le d&#233;clencheur, telle une arme dont il menacerait le bord de route, le ciel et les nuages, le sommet des arbres, les oiseaux. Ainsi ce rapace, qui profite d'un large courant d'air pour se laisser glisser, et qu'il suit dans le viseur jusqu'au moment ultime de sa disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On commence par emprunter la route goudronn&#233;e o&#249; ne passe plus personne depuis que des travaux &#224; la sortie du village en interdisent l'acc&#232;s aux v&#233;hicules. On est tranquilles, on peut marcher au milieu. Lui ne s'en prive pas. Pour une fois que la situation l'autorise &#224; adresser un pied de nez au destin. C'est sa mani&#232;re d'oublier. En tout cas, moi j'oublie. C'est pourquoi je l'engage &#224; se jeter d&#233;lib&#233;r&#233;ment dans la descente. Parce que je sais qu'il aime &#231;a, foncer. Ce que je n'oublie pas, que je n'arrive pas &#224; me sortir de la t&#234;te, c'est ce qu'il m'a d&#233;clar&#233; hier quand on s'est retrouv&#233;s apr&#232;s trois ans d'absence. Il m'a demand&#233;, et ce furent ses premi&#232;res paroles, si j'&#233;tais au courant. Au courant de quoi ? Il a clign&#233; de l'&#339;il. Au courant qu'il avait &#171; &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; maladie &#187;. Non seulement il a souri, mais il y avait une pointe de fiert&#233; dans sa voix. J'ai r&#233;pondu que j'&#233;tais au courant, m'interdisant de r&#233;utiliser ce mot et son curieux article, ce mot qu'il avait fait sien, de m&#234;me que tous ceux qui partageaient son sort l'avaient fait leur. Comme s'il s'agissait d'un code secret, d'un mot de passe. Comme s'ils habitaient la m&#234;me cit&#233;, le m&#234;me immeuble, le m&#234;me &#233;tage, et que, d'une certaine mani&#232;re, sans pourtant se conna&#238;tre, sans s'&#234;tre jamais rencontr&#233;s, ils avaient partag&#233; le m&#234;me lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait beau et chaud, une chance. D'o&#249; la serviette de bain. Mais aujourd'hui c'est pour le soleil. Hier c'&#233;tait pour l'eau. Hier il s'est install&#233; au-dessus du barrage. Il a d&#233;ploy&#233; sa serviette, moins pour &#233;viter le contact de l'herbe, qui &#224; cet endroit est rest&#233;e drue, que pour se jouer la c&#233;r&#233;monie du drap de bain qu'on &#233;tale voluptueusement au bord de l'eau, sur lequel on se couche en se laissant bercer par le clapotis des vagues. Il &#233;tait seul, ayant choisi d'&#234;tre seul. Ne m'en avait m&#234;me pas parl&#233;. Cette fois non plus, on se comprend du premier coup d'&#339;il, on communique par les yeux. Les siens sont bleus, d'un bleu intense, tr&#232;s beaux. Est-il possible d'avoir autant de lumi&#232;re dans les yeux, et de cette qualit&#233;, comme si de rien n'&#233;tait ? J'en profite pour lui soutirer des bribes de son histoire, timidement. J'ai besoin d'en conna&#238;tre davantage. Il ne me confiera que ce qu'il a envie de dire, de toute fa&#231;on. Alors que non, il est ouvert, il est ouvert &#224; tout. Car de m&#234;me qu'il y a &#171; &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; maladie &#187;, il y a &#171; &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; gar&#231;on &#187;, c'est ainsi qu'il le d&#233;signe, et je me repr&#233;sente un gamin fluet, &#224; peine pub&#232;re, venu d'un de ces pays o&#249; les hommes naissent petits et le restent, restent des gar&#231;ons finalement. C'est quand il pr&#233;cise que le sien &#171; &lt;i&gt;savait&lt;/i&gt; &#187;, et, surtout, que lui aussi &#171; &lt;i&gt;savait&lt;/i&gt; &#187;, que je prends la mesure d'un aveu qui (forc&#233;ment) me d&#233;boussole. Alors &#171; &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; maladie &#187; ? Un don des dieux ? Un lien br&#251;lant entre deux hommes ? Je me retiens au bord des l&#232;vres, j'&#233;vite de m'offusquer. Me voil&#224; face &#224; quelque chose de trop grand pour moi, de trop grand pour lui aussi sans doute, mais au moins il est dedans et s'y enroule comme dans une couverture de survie, comme dans un linceul. Depuis trois ans, il vit avec &#171; &lt;i&gt;&#231;a&lt;/i&gt; &#187;, qui ne doit pas &#234;tre si terrible puisqu'il n'en est pas mort, pas encore, malgr&#233; de temps en temps un passage &#224; vide o&#249; l'esprit s'&#233;gare, o&#249; la panique s'installe. Une larme brille au coin de son &#339;il, tel un diamant. Comme il en porte un autre &#224; l'oreille, je me fais la r&#233;flexion que son sens de la coquetterie est demeur&#233; intact, qu'il travaille toujours dans la dentelle. C'est &#224; ce moment qu'il entreprend de me regarder. Non comme on regarde habituellement quelqu'un, en lui passant au travers. Ce regard emperl&#233; est pour moi, ce diamant m'est offert, que j'accueille comme il le m&#233;rite. Avant de comprendre qu'il s'agit d'autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est arriv&#233;s en bas de la descente. Longeant les grosses canalisations en provenance du barrage, d'o&#249; l'eau suinte par endroits, il nous vient le m&#234;me r&#233;flexe (enfantin) de ramasser par terre, qui un morceau de bois, qui une pierre pour en faire tinter le m&#233;tal dur, d'un noir de goudron. Ce concert improvis&#233; nous retient le temps d'un retour &#224; notre enfance commune (sans se conna&#238;tre, on a v&#233;cu la m&#234;me, les m&#234;mes &#233;lans, les m&#234;mes ferveurs, les m&#234;mes promesses sacr&#233;es. C'est ce que je peux lire dans ses yeux. Que ce diamant ne m'appartient qu'&#224; condition que je me charge &#233;galement du reste, autrement dit de ce qui l'a d&#233;pos&#233; l&#224;). Il ajoute qu'il n'a personne d'autre, et parce que la formule pourrait me d&#233;plaire, il pr&#233;cise, personne de confiance, personne d'assez fort, sans achever sa phrase. Cette fois j'accuse le coup, je tangue un peu. J'ai besoin de souffler, alors je d&#233;tourne la t&#234;te, je porte mon regard ailleurs. J'ai vite fait de rep&#233;rer le chemin qui doit nous conduire l&#224;-haut. R&#233;duit &#224; un fil, il s'enfonce sous d'&#233;paisses frondaisons de h&#234;tres et de ch&#226;taigniers avant de dispara&#238;tre. Ensuite il n'y a plus d'arbres, et la roche est nue, celle d'une falaise en &#224;-pic au-dessus du vide. Quand je dis nue, j'oublie les bruy&#232;res, d'un violet profond, qui, dans le tremblement de l'air, sembleraient avoir &#233;t&#233; peintes. Ce chemin, c'est lui qui l'a choisi. Pour les bruy&#232;res, pour la for&#234;t, &#224; commencer par ce h&#234;tre tricentenaire dont on distingue &#224; peine la cime tant ses branches se m&#234;lent &#224; celles des voisins, entravant leur croissance. Comment lui en vouloir ? Louis XIV et Vauban furent ses contemporains, dont il a d&#251; conserver la m&#233;moire, car son tronc est plus &#233;pais qu'un cuir d'&#233;l&#233;phant, craquel&#233;, bossel&#233;, moussu par endroits. Nous nous plaquons &#224; lui, bras tendus. D&#233;ployant nos ailes, nous effleurant du bout des doigts, nous ne couvrons que les deux tiers de la circonf&#233;rence totale du v&#233;n&#233;rable, et j'en ai un peu honte, je n'aimerais pas qu'on nous surprenne dans cette posture. Mesurer le tour de l'arbre, je peux admettre, mais se coller &#224; lui comme s'il s'agissait d'un g&#233;ant protecteur ? D&#233;couper un morceau d'&#233;corce, le laisser infuser dans une coupelle d'eau de pluie, et consommer cette mixture ? Sans me laisser le temps de r&#233;agir, il me tend son laguiole. Une main innocente (la mienne), une main f&#233;minine (la mienne) se doit d'actionner la lame. C'est un peu comme si Dieu intervenait &#224; travers moi. Je d&#233;coupe dans l'&#233;corce un morceau gu&#232;re plus large que mes deux doigts, et surtout deux fois plus court, qu'il m'invite &#224; l&#233;cher apr&#232;s lui. Cette fois je crois qu'il perd la t&#234;te, en tout cas je ne retrouve plus celui que j'ai connu, et c'est en vain que j'essaie de lire dans l'ar&#234;te de son nez, plus aiguis&#233;e que dans mon souvenir, dans le pli de sa bouche, plus marqu&#233;, dans son menton plus carr&#233;, ou plus pointu, en tout cas plus volontaire, ce qui le pousse &#224; scarifier ainsi ce tr&#232;s vieil arbre et &#224; invoquer Dieu. Evidemment je ne vois rien. Cherchez la mort chez ceux qu'elle a r&#233;ussi &#224; coloniser, vous ne trouverez rien. Si j'essaie de faire le tour de chacune de ses cuisses avec mes mains, je n'y arriverai pas davantage qu'avec nos bras le tour complet de ce tronc, et il se met &#224; rire. Ce compliment vient de lui en sugg&#233;rer un autre, concernant cet autre membre (si je vois ce qu'il veut dire), dont certains de ses amants (petite taille, petites mains, petite bouche) peinaient eux aussi &#224; faire le tour. La mort elle-m&#234;me n'en viendra pas &#224; bout. La blague est audacieuse, car si la mort est une pute, elle fera la pute, elle attendra son heure comme elle sait si bien le faire, avant de jeter la patte. Et ce sont les parties tendres qui subiront ses premiers outrages. Ce dont il se montre encore si fier sera boulott&#233; comme une pomme, elle n'en laissera que les p&#233;pins. C'est s&#251;rement pour &#231;a qu'il a pris ma main dans la sienne, et qu'il la broie. Pour me la garder vierge. Et pour m'obliger &#224; me taire. Que je cesse de parler de ce que je ne connais pas. Que j'arr&#234;te de vanter sa bonne sant&#233;, sa suppos&#233;e force de caract&#232;re, si je ne veux pas le voir s'&#233;crouler &#224; mes pieds, frapp&#233;, comme pourrait l'&#234;tre ce tr&#232;s vieil arbre, par la maladie qui secr&#232;tement le ronge, ou par la foudre. Il s'agit de reprendre des forces pour ce qui reste &#224; accomplir, il s'agit de se remplir de s&#232;ve tout en veillant &#224; ce que celle qu'il concentre en lui depuis plusieurs semaines ne jaillisse pr&#233;matur&#233;ment, sinon tout serait foutu, et je comprends qu'il fait allusion &#224; ce que le pendu r&#233;pand au pied de son gibet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#233;sire-t-il que je lui serre le cou, que je le garrote avant de le pr&#233;cipiter dans l'ab&#238;me, ainsi que Dieu le fit du plus beau de ses anges ? Cette main qui broyait la mienne accueille avec r&#233;ticence les bruy&#232;res que j'ai la faiblesse de lui offrir. Du coup, &#231;a lui fait passer l'envie de les prendre en photo. Le pr&#233;c&#233;dant dans ce qui n'est pas sans m'&#233;voquer les tapisseries &#171; Mille Fleurs &#187;, je le vois h&#233;siter, avant de s'engager dans la br&#232;che que je viens d'ouvrir. Il faut dire que le sentier principal se s&#233;pare tr&#232;s vite en deux, puis que chacun des sentiers secondaires se divise &#224; son tour, et ainsi de suite, pour mieux nous &#233;garer. La plupart de ces sentiers ne m&#233;ritent d'ailleurs pas ce nom, et on les rep&#232;re mal, r&#233;duits &#224; des lignes vaguement ondul&#233;es entre des plates-bandes qui font se succ&#233;der, selon une alternance qui nous &#233;chappe, le rose tr&#232;s rose, le presque rouge et le violet fonc&#233;. Ou alors c'est qu'il a commenc&#233; &#224; avoir peur. D'autres font &#231;a dans le secret d'une alc&#244;ve, ils ont recours &#224; un m&#233;decin secourable, &#224; un infirmier compatissant. Aucun n'irait confier son sort au premier venu. Sans que ce soit mon cas, je ne fais pas non plus partie des proches. Justement, je me situe &#224; la bonne distance. C'est-&#224;-dire que j'ai le bras assez long pour pouvoir me servir de ma main sans engager aussi ma t&#234;te. Et sans la risquer surtout. Seulement les bruy&#232;res sont pour moi, pas pour lui. C'est ce qu'il me signifie, tandis que je m'assieds &#224; mon tour. Pas de sentimentalisme idiot entre nous. Un &#224;-pic de plus de soixante m&#232;tres nous attend, dont on se dispensera d'&#233;tablir le relev&#233; de ce qui en occupe le fond : rochers coupants, ajoncs dor&#233;s, broussailles. Mais si on se l&#232;ve trop brusquement, tout se met &#224; tourner, &#224; vaciller - et comme ce serait facile alors, pourquoi ne pas se laisser tenter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fait un tas de ce que contient son sac &#224; dos. Outre le laguiole, l'Olympus et la serviette de bain, il poss&#232;de deux gourdes encore &#224; moiti&#233; pleines, une petite fiasque de rhum qu'il s'engage &#224; partager avec moi tout &#224; l'heure, un vieil agenda o&#249; il a consign&#233; des bribes de r&#233;cits, des po&#232;mes et des paroles de chansons, une pochette bleue plastifi&#233;e avec ses photos d'enfant, ainsi qu'une identit&#233; de sa m&#232;re (morte) et de sa s&#339;ur cadette, et enfin sa carte d'identit&#233; et son passeport, afin qu'on puisse l'identifier au cas o&#249; la chute l'aurait d&#233;figur&#233;, ce qu'il m'annonce avec un d&#233;tachement qui me p&#233;trifie. J'ai l'impression d'entendre de sa bouche ce que j'entendrai &#224; nouveau ce soir, ou demain, de celle des gendarmes, lorsqu'on aura retrouv&#233; le corps. La pr&#233;sence des papiers d'identit&#233;, bien en &#233;vidence dans la poche lat&#233;rale du sac, plaidera forc&#233;ment pour une chute accidentelle, ou pour un suicide. C'est du moins ce qu'il pense, dont j'essaie de me persuader moi-m&#234;me. &#201;videmment, on s'empressera de consulter les photos. Portes d&#233;gond&#233;es, fen&#234;tres obtur&#233;es, murs &#233;croul&#233;s, troncs calcin&#233;s, vieux bois flott&#233;s, vieilles souches &#224; profils d'animaux, sacs plastique pris dans des ronces, drapeaux de feuillages, nuages en lambeaux, rien de vraiment tragique, juste la signature. Sauf que personne ne verra les photos. L'Olympus Reflex est pour moi, j'en ferai ce que je voudrai. Et il s'est mis debout. Et je me dis que &#231;a va &#234;tre le moment, que &#231;a va &#234;tre &#224; moi de d&#233;cider. Une pression de la main dans le creux des genoux ? Une pouss&#233;e dans le dos ? Il partira en avant et se laissera emporter. Mais s'il r&#233;siste ? S'il se r&#233;tracte, et que, emp&#234;ch&#233; de r&#233;agir par le mouvement que j'aurai contribu&#233; &#224; impulser, il se d&#233;sarticule avec tout ce que cela suppose de contorsions et de grimaces ? Et s'il se met &#224; me crier dessus et &#224; m'accuser ? Qu'est-ce que je fais ? Je crie moi aussi que c'est lui, lui seul, qu'il en porte l'enti&#232;re responsabilit&#233; ? J'ignore si j'ai vraiment le temps de me dire tout &#231;a, car le voil&#224; qui vient de buter contre son sac &#224; dos et qui perd brusquement l'&#233;quilibre. Un accident ? Jusque-l&#224; j'ai encore envie de le croire. Mais apr&#232;s non, impossible. Non seulement il n'essaie pas de freiner sa chute, mais il fait tout pour l'acc&#233;l&#233;rer, amplifiant les rotations de son corps, avant de se pr&#233;cipiter dans le vide. Horrifi&#233;e, je le regarde dispara&#238;tre, sans esquisser le moindre geste. C'est tout juste si j'ai la force de regrouper ses affaires dans le sac &#224; dos, puis, le poussant devant moi avec mon pied, de le faire basculer &#224; son tour, avant de faire la m&#234;me chose avec l'Olympus Reflex, ne conservant que les bruy&#232;res. Je ne m'en d&#233;barrasserai qu'apr&#232;s, sur le chemin du retour.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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