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		<title> Pente C&#244;te</title>
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		<dc:date>2020-10-15T19:14:20Z</dc:date>
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		<dc:creator>Lucie Roblot</dc:creator>



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&lt;p&gt;Lundi f&#233;ri&#233;. Les jours f&#233;ri&#233;s ont une odeur de jour f&#233;ri&#233; quoi qu'on fasse, quoi qu'on en dise. Depuis le lever, une sensation poisseuse de d&#233;s&#339;uvrement ne me quitte pas. D&#233;s&#339;uvr&#233;, &#231;a veut dire sans &#339;uvre ? &#199;a veut dire que l'on n'a plus d'&#339;uvre &#224; mener ? Ordinateur sur les genoux, lecture des nouvelles, toujours tragiques, toujours terribles, d&#233;jeuner sur une variation asiatique. Baiser sous le genou. M&#233;lancolie du couple malgr&#233; les meilleures exigences, malgr&#233; l'amour. Nous sommes encore Nous, nous ne sommes (...)&lt;/p&gt;


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&lt;p&gt;Lundi f&#233;ri&#233;. Les jours f&#233;ri&#233;s ont une odeur de jour f&#233;ri&#233; quoi qu'on fasse, quoi qu'on en dise. Depuis le lever, une sensation poisseuse de d&#233;s&#339;uvrement ne me quitte pas. D&#233;s&#339;uvr&#233;, &#231;a veut dire sans &#339;uvre ? &#199;a veut dire que l'on n'a plus d'&#339;uvre &#224; mener ? Ordinateur sur les genoux, lecture des nouvelles, toujours tragiques, toujours terribles, d&#233;jeuner sur une variation asiatique. Baiser sous le genou. M&#233;lancolie du couple malgr&#233; les meilleures exigences, malgr&#233; l'amour. Nous sommes encore Nous, nous ne sommes que Nous ! Vertige du temps &#224; venir. Derri&#232;re une porte, on se dit ah c'est toi ! Qui veux-tu que ce soit, comme si on se prenait &#224; r&#234;ver d'une surprise. Journ&#233;e lente, poisseuse, volets ferm&#233;s. L'&#233;t&#233; qui arrive, les projets qui excitent puis qui se r&#233;alisent. Lire, manger, s'allonger. Des d&#233;sirs qui commencent et qui s'&#233;teignent aussit&#244;t, comme des flammes qui meurent tout de suite aval&#233;es par la cire. Cinq heures, lecture, six heures, toujours lecture, puis l'errance encore dans les deux pi&#232;ces de l'appartement. Il est parti apr&#232;s le d&#233;jeuner, et je suis seule, toute seule. Je m'allonge et me rallonge sur les diff&#233;rents objets qui le permettent. Finir le livre du moment, au moins aujourd'hui j'aurai fini quelque chose. Un mal de ventre diffus qui s'installe puis se pr&#233;cise. &#192; huit heures du soir, &#231;a suffit, il faut se d&#233;cider. La d&#233;cision est prise, je descends de chez moi, je monte sur le v&#233;lo et j'&#233;prouve imm&#233;diatement le rythme d&#233;licieux de la bicyclette. L'air est doux et chaud, la lumi&#232;re dor&#233;e, et c'est &#233;crit dans le ciel : ce soir le jour n'en finira pas. Je suis seule, et j'aime cela sans l'aimer tout &#224; fait. Rue de Babylone, Catherine Labour&#233; est ferm&#233;. C'est bizarre, je n'y pense m&#234;me pas en passant devant, du moins pas tout de suite. Il me faut repartir par la rue Vaneau pour replonger dans cet apr&#232;s-midi br&#251;lant de juillet au jardin, apr&#232;s une nuit d'ivresse, d'amour aussi dans mon souvenir mais il faut se souvenir que le souvenir arrange le pass&#233; &#224; sa guise, enfin il y avait eu ce pique-nique sous les pommiers, il avait exist&#233;, les cerisiers un peu plus loin, les brouettes renvers&#233;es sur le c&#244;t&#233;, et nous deux, comme les brouettes, allong&#233;s sur un ch&#226;le... Des petits sandwichs, des petites salades, des petites bouteilles, des petits mots, et cette g&#234;ne d&#233;j&#224; l&#224;, mais cet amour si grand qui n'allait que grandir et mourir puis survivre par intermittence, je veux dire survivre au moins dans un sens, ses deux yeux bleu-vert d'animaux &#233;tranges, ces mots jamais prononc&#233;s et ces confidences sur le pass&#233; : se raconter, toujours se raconter pour que l'autre sache, lui donner un peu de soi, l'&#233;mouvoir, en lui parlant de soi pour l'attacher &#224; soi, l'obliger &#224; &#233;couter, &#224; r&#233;pondre, &#224; garder en lui les mots qu'il ne voulait peut-&#234;tre pas entendre. L'air sur mon visage est tendre, il me caresse et me parle &#224; l'oreille, heureusement que je suis sortie, sortie pour voir le monde, voir la vie, la vie des autres, la vie qui reprend. Je tourne sur la gauche dans la cit&#233; Vaneau qui me renvoie &#224; ces apr&#232;s-midis chez les grands-parents de cette amie d'enfance que je n'ai jamais revue, un appartement sombre qui ressemblait &#224; celui du film de Haneke et des deux vieux qui meurent et qui s'aiment, et partout des voitures qui rentrent du long week-end de Pentec&#244;te, qui d&#233;chargent les coffres pleins de courses, de v&#233;los, de petits enfants fatigu&#233;s qui n'ont plus &#233;cole depuis plusieurs mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu de la rue qui trace une l&#233;g&#232;re pente, je tombe sur deux amoureux beaux et riches, elle qui tient son v&#233;lo, lui debout &#224; ses c&#244;t&#233;s. Peut-&#234;tre se retrouvent-ils tout juste ? Elle est blonde et bronz&#233;e, le teint dor&#233;, le cheveu d'or, le visage pur sans artifice, et il chuchote pr&#232;s de ses l&#232;vres. Ils s'aiment et &#231;a se voit. Je balaie cette pens&#233;e d'un revers, je p&#233;dale. Le jour n'en finit pas de tomber, et je m'en retourne vers d'autres rues, je monte une petite c&#244;te, je pousse un peu plus loin encore : j'ai envie de perdre du temps. Tiens la rue des Quatre-vents, ce nom que mon p&#232;re adore prononcer ; il disait Quand j'habitais rue des Quatre-Vents, et cette pens&#233;e me r&#233;jouit, lui qui ne doit m&#234;me plus ce souvenir de l'existence de cette rue, ni de celle de beaucoup de choses. Je descends de v&#233;lo et je le pose contre un petit plot le temps d'acheter des citrons &#224; l'&#233;picerie. Devant le magasin, un visage me tombe sur le c&#339;ur. C'est lui, c'est son ami intime, son meilleur ami ; il me sourit, s'approche pour m'embrasser sur les deux joues, c'est ce qu'on fait avec les gens qu'on conna&#238;t, et je recule vivement, il me dit pardon, c'est vrai, l'&#233;pid&#233;mie. Ce n'est pas du tout l'&#233;pid&#233;mie le probl&#232;me, c'est ce que me rappelle ce visage qui me fait sauter en arri&#232;re. Je balbutie quelques mots, je suis embarrass&#233;e il le voit et je vois qu'il le voit. Il n'y peut rien. Nous nous trouvons devant la caisse, je cherche la monnaie et me tourne vers lui sans le regarder dans les yeux, je lui demande comment il va, lui me demande comment je vais, je r&#233;ponds quelque chose que j'ai oubli&#233;, je suis plus g&#234;n&#233;e que lui sans aucun doute, avec mes trois citrons et lui ses trois bi&#232;res... Pour qui sont-elles d'ailleurs, que fait-il l&#224; ? Je veux le savoir et je ne le veux pas. C'est idiot, je le sais bien qu'il habite en face. Nous nous quittons maladroitement, &#224; bient&#244;t, dit-il, il faudra que l'on se voie avec untel, bien s&#251;r, bonne soir&#233;e, bonnes bi&#232;res, et je jette mes citrons dans mon panier, j'enjambe le v&#233;lo et repars. Je suis troubl&#233;e. Mon cerveau se met &#224; penser &#224; toute allure, et je p&#233;dale lentement, semble-t-il pour ralentir mon esprit. Ces trois bi&#232;res, pour qui &#233;taient-elles ? Remontait-il chez lui ravitailler deux comp&#232;res inconnus, &#233;tait-il l&#224; Lui, le gar&#231;on du pique-nique ? La balade en v&#233;lo qui tourne en rond, qui revient toujours &#224; un point fixe, on boucle la boucle. Il &#233;tait l&#224;, peut-&#234;tre, &#224; quelques m&#232;tres de moi, dans l'appartement du copain qui achetait les bi&#232;res, il fumait, riait, il &#233;tait en haut et j'&#233;tais en bas, et encore une fois la vie faisait que nous ne croiserions pas, que &#231;a serait manqu&#233;, et heureusement. Je pense qu'il ne faut pas y penser, qu'il est avec quelqu'un maintenant, que moi aussi, gr&#226;ce &#224; lui d'ailleurs, gr&#226;ce &#224; la souffrance dont il est le moteur, il m'a fait dire, &#233;crire, quitter, aller vers un autre qui m'aime et me prot&#232;ge. C'est depuis cela que j'&#233;cris. Pas officieusement bien s&#251;r, &#231;a a toujours &#233;t&#233; le cas, mais c'est devenu peu &#224; peu une &#233;criture qui commence &#224; s'assumer, &#224; vouloir exister au-dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je roule doucement dans les petites ruelles, je passe vers son ancienne maison, hasard des rues ou enqu&#234;te d&#233;sesp&#233;r&#233;e, on retourne toujours sur les lieux du crime, c'est normal para&#238;t-il, et j'observe ce palais d&#233;chu o&#249; il avait donn&#233; cette f&#234;te de fleurs et lui assis sur ce banc dans le jardin cach&#233; derri&#232;re la maison, sur ce banc en bois pos&#233; l&#224;, son visage en face de moi, avec son rire, ses silences, quelques dizaines de minutes &#231;a avait dur&#233;, une demi-heure peut-&#234;tre, cette f&#234;te qui avait eu lieu bien avant qu'il ne se passe quoi que ce soit, oui bien avant, juste cette l&#233;g&#232;ret&#233;, cette insouciance avant que tout ne change... Je repense &#224; la rue des Quatre-Vents, je repense &#224; toutes les derni&#232;res fois avec lui, o&#249; il &#233;tait rue des Quatre vents justement, avant de me retrouver, avant de m'&#233;crire, emp&#234;ch&#233;, occup&#233; aux Quatre-Vents... On avait choisi le mauvais vent, il fallait croire. Il &#233;tait parti au Z&#233;phyr et moi aux Aliz&#233;es, enfin c'est idiot on ne saurait jamais... Mais fallait le faire quand m&#234;me, de tout d&#233;cider dans la rue des Quatre-Vents ! Et si... Que se serait-il pass&#233; si j'avais r&#233;pondu d'autres mots, si j'avais insist&#233; ? Si je m'&#233;tais battue ? On ne comprend jamais ce qu'il faudrait comprendre au moment o&#249; il faudrait le comprendre. Serait-il pr&#232;s de moi maintenant ? Dans un appartement, dans une maison, dans un pr&#233; verdoyant o&#249; il m'attendrait ? Serait-il dans ma vie ? Et si, ce soir-l&#224;, j'avais... Et serais-je la m&#234;me &#224; ses c&#244;t&#233;s ? Aurais-je eu la place d'&#234;tre moi, d'&#234;tre celle que j'&#233;tais devenue ? Aurais-je eu l'&#233;nergie de travailler, de continuer &#224; &#233;crire, de gagner la s&#233;r&#233;nit&#233; du sommeil, au regard de l'amour dangereux que je lui aurais port&#233; ? L'amour qui d&#233;vore tout, qui ne laisse plus de place. Cet amour qui a tellement faim qu'il avale les mots avec tout le reste. Pas l'&#233;nergie, je disais, plus l'&#233;nergie pour ce genre d'amour, d&#233;sol&#233;e j'ai donn&#233;, fermez boutique, pliez bagage, plus rien &#224; voir de mon c&#244;t&#233;. J'aurais cri&#233; sur quiconque m'aurait accus&#233;e de r&#233;signation. N'emp&#234;che que les trois bi&#232;res c'&#233;tait s&#251;rement pour lui, j'en suis convaincue maintenant et &#231;a commence &#224; ressembler &#224; une obsession, je me connais, donc je fais la maligne avec mes grandes phrases mais je ne sais pas bien si elles valent grand-chose. Je roulotte dans ces petites rues derri&#232;re Saint-Julien-le-Pauvre, il y a du monde qui d&#233;ambule, ils ont des glaces et des bi&#232;res &#224; la main. Les caf&#233;s vont r&#233;ouvrir demain alors les bistrotiers pr&#233;parent leurs terrasses de fortune qui vont transformer Paris en une ville r&#234;v&#233;e pour tous ceux qui s'aiment et qui se sont aim&#233;s comme disait Pr&#233;vert, mais en m&#234;me temps je ne sais pas pourquoi je dis &#231;a, il a dit tellement de choses Pr&#233;vert que c'est difficile de choisir. Il y a toutes ces fa&#231;ades sublimes, moyen&#226;geuses, dix-huiti&#232;me, dix-neuvi&#232;me, ces fen&#234;tres immenses des &#233;tages nobles et les petits oeils-de-b&#339;uf des chambres de bonnes tout l&#224;-haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je traverse les quais, le pont qui monte vers l'&#238;le Saint Louis, c'est une c&#244;te, une petite c&#244;te mais tout de m&#234;me, je le sens dans les cuisses, puis une pente, une petite pente o&#249; je me laisse porter par l'inclinaison, c'est d&#233;licieux, je ne fais plus rien et la bicyclette avance sans broncher, elle glisse. La Seine est d'huile et mon &#233;motion commence &#224; retomber. Quai d'Orl&#233;ans, je tombe sur ce restaurant japonais o&#249; j'ai d&#238;n&#233; avec des hommes, de vieux amants qui m'aimaient trop, &#231;a &#233;crasait, autant moi qu'eux, et aujourd'hui je crois savoir ce que veut dire trop aimer, et je ne veux plus trop aimer. Les doigts dans la prise. Ou c'est ce que je me raconte sinon je ne reviendrais pas sans cesse &#224; ces pauvres bi&#232;res... Je longe les vieux h&#244;tels particuliers sur le quai, il y a une jeune femme jambes nues au t&#233;l&#233;phone sur une terrasse, elle a des cheveux &#233;pais et &#233;b&#232;ne - deux fois E - et derri&#232;re elle, j'imagine le parquet et le lustre, peut-&#234;tre appartient-elle &#224; une de ces vieilles familles d&#233;sargent&#233;es qui ont failli tout vendre avec le foncier qui s'est envol&#233;, surtout &#224; cet endroit dit-on, inabordable dit-on, mais ils se sont accroch&#233;s, et elle est encore l&#224;, la jeune femme. Je repense &#224; Aragon et &#224; son Aur&#233;lien - deux fois A - qui aimait B&#233;r&#233;nice sur l'&#238;le Saint-Louis, et cette impossibilit&#233; de l'amour et du retour &#224; la vie apr&#232;s la guerre. Je reprends la rue Saint-Louis-en-l'&#238;le, j'ai chaud, le vent sur mes bras nus, je pense &#224; ma tenue et ce &#224; quoi j'avais l'air devant le meilleur ami et ses trois bi&#232;res dans l'&#233;picerie. &#201;videmment aujourd'hui je n'ai pas fait attention en sortant, j'ai enfil&#233; ce qu'il y avait sur le tabouret, est-ce qu'il dira que j'&#233;tais jolie quand m&#234;me ? Est ce qu'il dira quelque chose d'ailleurs ? C'est ridicule, ces consid&#233;rations sur l'apparence. Il faudra &#233;crire tout cela je me dis, il faudra soulager le trop-plein de pens&#233;es idiotes en rentrant, je pense d&#233;j&#224; au vin et &#224; l'ordinateur, et aux fen&#234;tres grandes ouvertes de mon appartement pendant que j'&#233;crirai toutes ces b&#234;tises qui ne sont que la vie. Je prends par l'arri&#232;re de l'&#238;le de la Cit&#233;, la rue d'Arcole et le chantier de Notre-Dame qui ne peut que rappeler le brasier terrible, je voudrais arriver jusqu'au quai de l'Horloge, passer voir la place Dauphine, et tout est silencieux dans le soir qui ne tombera pas. Mon v&#233;lo hoquette sur les pav&#233;s, un bruit de cha&#238;ne et de d&#233;railleur, les citrons qui gigotent dans le panier, et tout brinqueballe. Je prends &#224; droite toute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la place, il y a un monde fou, un vrai rassemblement. Tout le monde boit des bi&#232;res, des spritz, du vin blanc dans des gobelets ou dans des verres &#224; pied tr&#232;s chics descendus des appartements, &#231;a doit faire plusieurs soirs que c'est comme &#231;a, on prend les bouteilles et les boules et on va place Dauphine. Personne ne m'a pass&#233; le mot, en m&#234;me temps, je ne vois personne, presque plus personne, je fais semblant d'avoir encore une vie sociale bien remplie, mais rien n'est rempli, et pas mon c&#339;ur ce soir, certainement pas mon c&#339;ur. Il y a des groupes d'amis, ils ont mon &#226;ge, ils n'ont pas trente ans en tout cas, il y a des filles des gar&#231;ons qui sont beaux, bronz&#233;s, &#233;l&#233;gants, il y a une fille sublime qui porte une robe bleue &#224; motifs qui lui arrive au genou, aux pieds des sandales plates qui ont tout l'air de trop&#233;ziennes, elle lance une boule qui s'approche dangereusement du cochonnet et tout le monde s'exclame, Ah ! Oh ! Elle a d&#251; faire un beau coup, et ils ont l'air heureux tous l&#224;, avec les verres, leur ivresse. Je les envie, ils sont nombreux et aim&#233;s, entour&#233;s, et il y a dans leur &#233;clat une forme d'ind&#233;cence. J'aimerais faire partie de cette liesse, j'aimerais &#234;tre l&#224; moi aussi avec un groupe d'amis et faire partie de leurs jeux, de leur s&#233;duction, m'&#234;tre faite belle pour &#231;a, et je suis seule sur mon v&#233;lo, habill&#233;e n'importe comment, sortie pour &#234;tre sortie au moins une fois dans la journ&#233;e, sinon je ne sortirais plus, et je vais rentrer seule pour d&#238;ner et je pense &#224; la bouteille de vin dans le frigo qui n'est pas finie. Je me demande comment ils font tous ces gens pour avoir tant d'amis, d'amants, de joie &#224; revendre, de sorties et de m&#233;tiers qui rapportent de l'argent. Je pense que j'aurais quand m&#234;me pu m'arr&#234;ter boire un verre toute seule, que je suis ce genre de fille &#224; boire un verre toute seule, et que &#231;a me pla&#238;t d'&#234;tre ce genre de fille donc il faut continuer &#224; l'entretenir, et puis je me dis qu'il y a trop de monde, trop de groupes, trop de t&#233;moins joyeux pour boire un verre toute seule dans un coin. Je les envie, et je p&#233;dale en crevant d'envie de leur vie, de leur gaiet&#233;, de leur envie de f&#234;ter Paris qui s'appr&#234;te &#224; se d&#233;confiner. Peut-&#234;tre ma vie est-elle d&#233;j&#224; confin&#233;e ... Il me faut maintenant et les fuir et les aimer, et rentrer &#224; ma solitude pour jeter &#231;a sur la page blanche. Ce souvenir de toutes ces amours, de toutes ces b&#234;tises. Je monte la derni&#232;re c&#244;te &#224; partir de la Seine, et toujours cet affreux mal de ventre. &#192; la maison, le vin mac&#233;r&#233; qui date de deux jours me br&#251;le l'estomac. Les oiseaux chantent dehors, dans le soir de la cour, et le ciel est bleu clair avec un peu de rose, comme la robe de la Belle au Bois Dormant. Un lundi de Pentec&#244;te. Toujours des pentes et des c&#244;tes, et &#231;a sera pareil demain. Il y a des rires d'enfants chez les voisins d'en face, &#231;a r&#233;sonne, ils sont si proches de moi et c'est &#231;a qui est bien. Le petit gar&#231;on rit avec sa grande s&#339;ur ou sa m&#232;re, qu'importe, c'est une voix de femme. Ces petites voix sont d'une infinie douceur et c'est la seule v&#233;rit&#233; qui me parvient, la seule chose dont je serai certaine en m'endormant tout &#224; l'heure, quand la nuit sera noire, enfin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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