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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Lagons maudits de Livia L&#233;ri</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Yves Robichon</dc:creator>



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&lt;p&gt;Livia L&#233;ri n'est pas une inconnue pour Nouvelle Donne. Nous avions chroniqu&#233; son pr&#233;c&#233;dent recueil Haute tension, paru en 2025, et publi&#233; deux de ses nouvelles dont Moanaviri qui figure dans son dernier ouvrage, Lagons maudits, aux &#233;ditions Le Pas de l'Homme. Cet opuscule, de facture soign&#233;e, regroupe quatre nouvelles ayant pour d&#233;cor la Polyn&#233;sie. Peut-&#234;tre, ne faut-il pas s'arr&#234;ter trop vite sur la promesse d'un ailleurs, d'un exotisme que notre imaginaire associerait &#224; un id&#233;al paradisiaque. Entre (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/" rel="directory"&gt;Critiques de recueils de nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1502.jpg?1788111709' width='94' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Livia L&#233;ri n'est pas une inconnue pour Nouvelle Donne. Nous &lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/haute-tension-livia-leri' class='spip_in'&gt;avions chroniqu&#233; son pr&#233;c&#233;dent recueil &lt;i&gt;Haute tension&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, paru en 2025, et publi&#233; deux de ses nouvelles dont &lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/moanaviri' class='spip_in'&gt;Moanaviri&lt;/a&gt; qui figure dans son dernier ouvrage, &lt;i&gt;Lagons maudits&lt;/i&gt;, aux &#233;ditions Le Pas de l'Homme. Cet opuscule, de facture soign&#233;e, regroupe quatre nouvelles ayant pour d&#233;cor la Polyn&#233;sie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre, ne faut-il pas s'arr&#234;ter trop vite sur la promesse d'un ailleurs, d'un exotisme que notre imaginaire associerait &#224; un id&#233;al paradisiaque. Entre paysages de carte postale (atolls et cocotiers) et r&#233;alit&#233; plus prosa&#239;que (les embouteillages de Papeete), la Polyn&#233;sie est ici per&#231;ue au travers du regard de m&#233;tropolitains. Et c'est surtout cette confrontation entre deux cultures que l'auteure explore.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re nouvelle, &lt;i&gt;Cannibales&lt;/i&gt; ?, emprunte les codes du policier : un meurtre, un procureur, des indices, une suspicion de cannibalisme, mais l'&#233;lucidation attendra. L'auteure nous laisse sur notre faim, en prise avec la survivance de nos clich&#233;s les plus inavouables.&lt;br class='autobr' /&gt;
La deuxi&#232;me, &lt;i&gt;Au pr&#232;s&lt;/i&gt;, met en sc&#232;ne Sonia, nouvellement affect&#233;e &#224; Papeete qui, &#224; l'occasion d'un weekend, accepte une invitation &#224; naviguer sur un catamaran. Les charmes de l'oc&#233;an et les &#171; bras vigoureux de Vlad &#187; (le skippeur) lui feront l&#226;cher prise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la troisi&#232;me, &lt;i&gt;Moana'oru&lt;/i&gt;, Hubert Legibelin, oc&#233;anographe, tenant d'une approche rigoureuse de la science, doit composer avec un autre rapport au temps. Son impatience sera mise &#224; rude &#233;preuve par un p&#234;cheur consid&#233;rant que d'une &#238;le &#224; l'autre &#171; La route prend son temps et son chemin &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La derni&#232;re nouvelle, &lt;i&gt;Le bas-c&#244;t&#233;&lt;/i&gt;, relate la rencontre entre Marc, universitaire achevant une longue &#233;tude sur les rites d'enterrement du placenta et Titaina, jeune tahitienne. La r&#233;alit&#233; rattrapera le chercheur en le propulsant accoucheur de fortune, abolissant ainsi toute distance entre regard savant et sujet observ&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au fil de la lecture, une question &#233;merge : quel regard portons-nous sur l'autre ? Regard m&#233;tropolitain sur les Polyn&#233;siens, regard scientifique sur la r&#233;alit&#233; des &#234;tres. Question de point de vue, que chaque nouvelle met habilement en sc&#232;ne, sans trop d&#233;voiler, pour que notre r&#233;flexion, une fois le recueil referm&#233;, se poursuive. Car, l'&#233;criture de l'auteure, toujours contenue, fait la part belle au non-dit, elle &#233;voque plut&#244;t qu'elle affirme. Elles jouent avec nos attentes, nos repr&#233;sentations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les nouvelles se relisent, surtout celles de Livia L&#233;ri, pour prendre toute la mesure des questions qu'elles g&#233;n&#232;rent, comme le sugg&#232;re le point d'interrogation de la premi&#232;re nouvelle : &lt;i&gt;Cannibales&lt;/i&gt; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Lagons maudits&lt;/strong&gt; est publi&#233; dans la collection SIC des &#233;ditions Le Pas de l'Homme, maison sp&#233;cialis&#233;e dans la litt&#233;rature de voyage. Soulignons l'&#233;l&#233;gante mise en forme de ce petit livre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Interview de Fran&#231;oise Cohen pour Nouvelle Donne</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/interview-de-francoise-cohen-pour-nouvelle-donne</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/interview-de-francoise-cohen-pour-nouvelle-donne</guid>
		<dc:date>2026-08-30T17:27:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Calvez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Cet entretien est associ&#233; &#224; la chronique du recueil Il fait chaud &#224; Tanger au printemps, publi&#233; en 2026 chez L'Harmattan. &lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quand avez-vous commenc&#233; &#224; &#233;crire des nouvelles, et pourquoi des nouvelles ? &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en Argentine que j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire de la fiction. Est-il utile de mentionner que j'inventais des histoires depuis l'enfance, inspir&#233;es des contes de f&#233;es, et que je r&#234;vais de publier un livre un jour ? D&#232;s mon arriv&#233;e &#224; Buenos Aires, o&#249; j'ai v&#233;cu douze ans, j'ai int&#233;gr&#233;, un peu par hasard, un (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/" rel="directory"&gt;Plein feu sur&#8230;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/francoise-cohen-il-fait-chaud-a-tanger-au-printemps' class='spip_in'&gt;Cet entretien est associ&#233; &#224; la chronique du recueil &lt;i&gt;Il fait chaud &#224; Tanger au printemps&lt;/i&gt;, publi&#233; en 2026 chez L'Harmattan.&lt;/a&gt;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8212; Quand avez-vous commenc&#233; &#224; &#233;crire des nouvelles, et pourquoi des nouvelles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en Argentine que j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire de la fiction. Est-il utile de mentionner que j'inventais des histoires depuis l'enfance, inspir&#233;es des contes de f&#233;es, et que je r&#234;vais de publier un livre un jour ? D&#232;s mon arriv&#233;e &#224; Buenos Aires, o&#249; j'ai v&#233;cu douze ans, j'ai int&#233;gr&#233;, un peu par hasard, un atelier d'excellent niveau qui enseignait l'art du &#171; cuento &#187;, c'est-&#224;-dire de la nouvelle, genre tr&#232;s pris&#233; en Argentine. Notre professeur &#233;tait un auteur publi&#233;, appr&#233;ci&#233; et assez connu l&#224;-bas : Juan Jos&#233; Hern&#225;ndez. Po&#232;te, nouvelliste et romancier, il avait une tr&#232;s vaste culture europ&#233;enne, fran&#231;aise en particulier. C'est quelque chose que j'ai observ&#233; chez les intellectuels argentins, du moins de cette &#233;poque (les ann&#233;es 1980-90) : une connaissance approfondie de notre litt&#233;rature. &#201;videmment, cela m'a aid&#233;e &#224; participer &#224; l'atelier o&#249; il ne s'agissait pas d'&#233;crire sur place, mais de lire ce que nous avions &#233;crit chez nous. Une ou deux fois, un th&#232;me nous fut sugg&#233;r&#233; mais en g&#233;n&#233;ral, nous &#233;crivions chacun suivant son inspiration et ses go&#251;ts. Cela me co&#251;tait un peu plus d'efforts qu'aux autres, car je devais traduire mes textes en espagnol, mais je me suis prise au jeu et ai produit beaucoup de textes durant cette p&#233;riode, tous teint&#233;s de fantastique. Il faut pr&#233;ciser que j'&#233;tais d&#233;j&#224; pratiquement bilingue en arrivant &#224; Buenos Aires, d'abord pour des raisons familiales, ensuite gr&#226;ce &#224; mes &#233;tudes, qui avaient am&#233;lior&#233; mon niveau. Comme Juan Jos&#233; Hern&#225;ndez (nous l'appelions Juan Jos&#233;, avec une familiarit&#233; inconnue en France, s'agissant de personnalit&#233;s litt&#233;raires) corrigeait mes erreurs et &#233;tait capable de me lire en fran&#231;ais, l'atelier m'a &#233;galement servi de cours de traduction.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;lan &#233;tait donn&#233;, j'ai senti que ce format me convenait, me permettait de m'exprimer pleinement (moi qui avais pourtant toujours &#233;t&#233; une d&#233;voreuse de romans). J'ai appris &#224; aimer la taille r&#233;duite des textes qui oblige &#224; esquisser plut&#244;t qu'&#224; peindre, &#224; laisser la place &#224; l'&#233;vocation et au r&#234;ve et finalement, &#224; atteindre le d&#233;nouement sans tra&#238;ner en cours de route. Le groupe &#233;tait stimulant, notre professeur m'encourageait beaucoup. Ce qui nous &#233;tait enseign&#233; &#233;tait un art classique de la nouvelle, avec une narration se d&#233;ployant jusqu'&#224; une chute finale inattendue. Les r&#232;gles devaient d'ailleurs &#234;tre observ&#233;es avec une certaine rigueur pour &#234;tre s&#251;r d'avoir &#233;crit un &lt;i&gt;cuento&lt;/i&gt;, objectif de tous les participants. Les &lt;i&gt;cuentos&lt;/i&gt; qui &#233;taient nos mod&#232;les &#233;taient ceux de Borges et de Cort&#225;zar en particulier. Notre &#171; Maestro &#187; nous enseignait que le &lt;i&gt;cuento&lt;/i&gt;, comme le po&#232;me, ne devait avoir ni un mot de moins, ni un mot de trop&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis lors, les ann&#233;es ont pass&#233;, mon environnement a &#233;volu&#233;, mes lectures et mes influences aussi. Aujourd'hui, en France, le nouvelliste jouit d'une grande libert&#233; et se soucie peu de savoir si le texte qu'il a &#233;crit est une nouvelle &#224; part enti&#232;re ou bien ce que l'on englobe sous le terme g&#233;n&#233;ral de fiction courte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;Certes, mais lorsqu'il s'agit de publier ces textes courts, cette libert&#233; de cr&#233;ation se heurte &#224; un mur, du moins en France. Et de m&#234;me pour les formats hybrides (roman court, nouvelle longue, prose, etc.) boud&#233;s par les &#233;diteurs qui ne trouvent pas, ou ne veulent pas leur trouver une place dans leurs collections.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parle en effet de la libert&#233; de cr&#233;ation, toutefois, si l'on essaie de publier ces textes courts, ce qui est g&#233;n&#233;ralement le cas, commencent les contraintes et les difficult&#233;s. Une &#171; novella &#187;, qui est une nouvelle tr&#232;s longue ou un roman tr&#232;s court, par exemple, est impubliable, sauf si vous &#233;crivez en anglais et publiez aux Etats-Unis. Il en est de m&#234;me pour les fragments narratifs de prose po&#233;tique ou les micro-fictions. Une libert&#233;, donc, toute relative. Les textes litt&#233;raires peuvent s'affranchir du carcan des genres, mais leurs auteurs auront du mal &#224; faire &#233;diter leurs livres dans notre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;Malgr&#233; tout, dont ces incertitudes croissantes sur une publication, vous &#171; gardez le moral &#187; (et l'inspiration), et continuez &#224; &#233;crire de la fiction.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reste attach&#233;e &#224; l'art de raconter des histoires, mais toujours avec l'envie de transmettre avant tout l'intensit&#233; des sensations, des &#233;motions, une forme de beaut&#233; peut-&#234;tre aussi, de po&#233;sie, dans l'id&#233;al, mais vous allez trouver que mes ambitions sont un peu exag&#233;r&#233;es&#8230; Ce que j'appr&#233;cie dans la nouvelle, c'est ce concentr&#233; de vie, capable d'&#233;mouvoir en peu de pages. Il y a souvent des digressions dans mes fictions, ce qui n'est pas du tout classique, et probablement beaucoup de mots en trop, aurait trouv&#233; mon ma&#238;tre argentin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;Quand avez-vous commenc&#233; &#224; publier des nouvelles ? &#224; l'unit&#233; et en revues ? en recueils ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Buenos Aires, j'ai commenc&#233; par publier une nouvelle ou deux dans un journal, dans des anthologies, et enfin, j'ai pu constituer un recueil et le faire &#233;diter (en 1995). Parall&#232;lement, un conte pour enfants et un essai sur George Sand (mon sujet de pr&#233;dilection &#224; la Sorbonne) ont vu le jour en Argentine. De retour en France, il a fallu recommencer &#224; z&#233;ro un parcours &#233;ditorial. J'ai mis longtemps &#224; y parvenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme tous les auteurs de nouvelles, j'ai envoy&#233; d'abord quelques textes &#224; des revues. &#171; Br&#232;ves &#187; a r&#233;pondu favorablement, et surtout, la &#171; Revue Rue Saint- Ambroise &#187;. Au fil des ann&#233;es, nombre de mes textes se sont retrouv&#233;s dans les pages de cette revue sp&#233;cialis&#233;e dans la nouvelle, qui m'a mis le pied &#224; l'&#233;trier. J'ai collabor&#233; &#224; leur comit&#233; de lecture, et me suis investie dans le travail &#233;ditorial, qui m'a toujours plu, pendant de nombreuses ann&#233;es. Cela m'a permis de lire beaucoup de jeunes auteurs, de sentir le souffle de nouvelles &#233;critures. Ma plume est devenue plus intimiste, moins fantastique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tr&#232;s jeune j'&#233;tais influenc&#233;e par Julien Green, Edgar Poe, Oscar Wilde, Stevenson, Ray Bradburry, puis la subtilit&#233; d'un Stefan Zweig m'a charm&#233;e, d'un Italo Calvino, enfin, Virginia Woolf, DH Lawrence et Tchekhov. Beaucoup d'&#233;crivains anglo-saxons dans ma liste, je n'en avais pas conscience (je ne cite ici que les auteurs de nouvelles, car je lisais avec plus de passion encore Proust et Dosto&#239;ewsky).&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, mon objectif &#233;tait de publier un premier recueil de nouvelles dans mon pays, en fran&#231;ais, j'y suis parvenue, une bonne vingtaine d'ann&#233;e apr&#232;s celui de Buenos Aires, en 2016. Trois autres ont suivi, &#224; intervalles plus ou moins longs (2018, 2023, 2026).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;Comment voyez-vous, en tant qu'autrice, mais aussi que lectrice, le statut actuel de la nouvelle en France, et sa place dans l'&#233;dition ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impossible d'ignorer le peu de cas qu'il est fait de nos jours, dans ce pays, des nouvellistes. Leurs livres sont tr&#232;s peu pr&#233;sents en librairie, et donc tr&#232;s peu lus. Le roman est bien la voie royale pour qui aspire &#224; devenir c&#233;l&#232;bre ; la nouvelle n'&#233;tant que marginale. Ce n'est absolument pas le cas en Am&#233;rique latine, ni dans les pays anglo-saxons o&#249; le nouvelliste jouit d'autant de consid&#233;ration que le romancier, sans doute parce qu'il y a dans ces contr&#233;es une vraie tradition culturelle de la forme courte. &lt;br class='autobr' /&gt;
En Argentine, aujourd'hui, comme hier, d'excellents auteurs de nouvelles, des &#171; cuentistas &#187; font la une des magazines litt&#233;raires. Ils &#233;crivent g&#233;n&#233;ralement &#224; la fois des romans et des nouvelles, sans valoriser un genre plus qu'un autre. La nouvelle g&#233;n&#233;ration (apr&#232;s les Borges, Julio Cortazar, Silvina Ocampo, Roberto Arlt ou Mario Benedetti, l'Uruguayen) a pour noms : Mariana Enriquez ou Samanta Schweblin, entre autres. Et ceci n'est qu'un exemple de ce que produit continuellement un pays au dynamisme culturel et litt&#233;raire &#233;tonnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt; Comment construisez-vous un recueil (&#224; partir de vos textes pr&#233;existants ou non) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle a un format court qui, pour &#234;tre publi&#233;, a besoin de s'unir &#224; d'autres textes courts, c'est le principe du recueil. Sa conception a chang&#233; au fil du temps.&lt;br class='autobr' /&gt; Aujourd'hui, les recueils h&#233;t&#233;rog&#232;nes ne plaisent plus. Une simple juxtaposition d'histoires qui n'ont rien &#224; voir les unes avec les autres s&#233;duisent peu d'&#233;diteurs et de lecteurs. Mon recueil argentin &#233;tait du premier type. Les recueils fran&#231;ais, eux, sont plus dans l'air du temps, non pas afin de suivre une mode, mais par souci d'unit&#233; et de coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;Pouvez-vous nous pr&#233;senter bri&#232;vement vos recueils publi&#233;s, et ce qui les caract&#233;rise ou les diff&#233;rencie dans leur approche ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier recueil en fran&#231;ais, j'ai introduit un personnage r&#233;current, Ana, qui est le fil rouge du livre (&lt;i&gt;Ana-Chroniques de la nuit et du jour&lt;/i&gt;). Elle appara&#238;t de-ci, de-l&#224;, parfois protagoniste, ou narratrice, parfois personnage secondaire. Mais elle aurait difficilement pu vivre toutes ces vies en m&#234;me temps&#8230; Ana est multiple, elle est plus une voix qu'un &#234;tre de chair et d'os.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux recueils suivants ont &#233;t&#233; con&#231;us &#224; partir de th&#233;matiques que j'ai d&#233;finies &#224; l'avance parce qu'elles me tiennent &#224; c&#339;ur. Dans &lt;i&gt;l'Empreinte vol&#233;e&lt;/i&gt;, je m'int&#233;resse &#224; l'identit&#233;, associ&#233;e au souvenir. On trouve par exemple un homme devenu amn&#233;sique, qu'une jeune femme veut aider en menant un genre d'enqu&#234;te. Elle tente de l'identifier (&#171; Tout sur Roberto &#187;) ; dans &#171; Un enterrement corse &#187;, deux personnes du m&#234;me nom jouent &#224; un jeu dangereux, l'une manipule l'autre en l'utilisant comme rempla&#231;ante. &#171; Le messager de mauvaises nouvelles &#187;, pour sa part, met en sc&#232;ne un facteur qui, pour gagner un pari, a subtilis&#233; plusieurs lettres ; pris de remords, il en recherche les destinataires quelques ann&#233;es plus tard. Ceci est un simple &#233;chantillon car il y a toujours une dizaine de nouvelles par recueil. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les th&#232;mes choisis pourraient &#234;tre une contrainte, un frein &#224; l'imagination, mais ils se sont r&#233;v&#233;l&#233;s plut&#244;t inspirants, et m'ont souvent men&#233;e plus loin que pr&#233;vu, sur des chemins que je n'avais pas coutume d'emprunter.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Des deux h&#233;misph&#232;res&lt;/i&gt;, le troisi&#232;me recueil, est hant&#233; par l'absence. Celle de l'&#234;tre aim&#233;, dans &#171; Un samedi &#224; Paris &#187;, r&#233;pond &#224; l'absence du p&#232;re dans &#171; Peau neuve &#187;. &#171; Rayon violet &#187; pr&#233;sente une vieille dame &#224; l'esprit embrum&#233; qui s'abstrait progressivement du monde, etc. Une composante fantastique s'invite discr&#232;tement dans certaines, comme d'ailleurs dans les pr&#233;c&#233;dents livres. &#192; cela s'ajoute le fait que la plupart des histoires se d&#233;roulent &#224; Paris ou &#224; Buenos Aires (d'o&#249; le titre).&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; &lt;i&gt;Il fait chaud &#224; Tanger au printemps&lt;/i&gt;, le dernier recueil, il est d'une conception tout &#224; fait diff&#233;rente. Il se pr&#233;sente comme une s&#233;rie de nouvelles interconnect&#233;es, telles les pi&#232;ces d'un puzzle qui ont toutes pour origine une ancienne photo de famille prise pendant la Seconde guerre mondiale &#224; Tanger. C'est la m&#232;re de la narratrice qui occupe le centre du clich&#233; et le centre du propos. Les protagonistes des nouvelles sont les cinq personnages de la photo, auxquels s'ajoutent ceux qui n'y sont pas, pour toutes sortes de raisons. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; travers une chronologie &#233;clat&#233;e et des r&#233;cits en abyme, surgit &#233;galement l'&#233;vocation des anc&#234;tres de la narratrice. De plus, l'utilisation de citations d'&#233;crits m&#233;moriels familiaux aboutit &#224; une construction en forme de patchwork. Cependant, les textes gardent une certaine autonomie et pourraient se lire ind&#233;pendamment les uns des autres, m&#234;me si la lecture de l'ensemble enrichit la compr&#233;hension de l'histoire. D'autant plus que la recherche du secret de la photo cr&#233;e une certaine progression dramatique.&lt;br class='autobr' /&gt; On voit que la recherche d'homog&#233;n&#233;it&#233; dans la conception de ce dernier recueil va au-del&#224; du simple choix d'une th&#233;matique. Il me semble que c'est le sujet lui-m&#234;me, la famille, qui en a command&#233; la forme. Quelle sera la structure du suivant ? Je l'ignore encore, mais cette libert&#233; du nouvelliste, de construire son recueil comme il l'entend, est pr&#233;cieuse et le consolerait presque de son peu de visibilit&#233; dans le monde des lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;Pour ce quatri&#232;me opus, on est conduit &#224; penser qu'il s'agit de l'histoire d'une famille r&#233;elle, peut-&#234;tre (?) la v&#244;tre. Que pouvez-vous ou souhaitez-vous dire &#224; vos lecteurs &#224; ce sujet ? Mais peut-&#234;tre laissez-vous expr&#232;s le lecteur se faire sa propre id&#233;e sur ce plan (r&#233;el, romanc&#233; voire pure fiction ?) sur la foi de cette photo, r&#233;elle/authentique quant &#224; elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il de l'histoire d'une famille r&#233;elle, d'une famille imaginaire, de celle de l'auteure ou de quelqu'un d'autre ? La question que vous me posez, d'autres me la poseront aussi. Je vais essayer de donner quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;ponses, sans toutefois tout expliquer, tout r&#233;v&#233;ler, car je ne pense pas que ce soit le r&#244;le de l'auteur de donner toutes les clefs de son travail ; son texte, dans l'id&#233;al, devrait parler pour lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;videmment, il y a cette photo, une vraie photo ; provient-elle de quelque brocante o&#249; pullulent les albums de familles anonymes ? Premier indice : non, je ne l'ai pas acquise dans une brocante ou aux Puces. Deuxi&#232;me indice : cette photo appartient &#224; la famille de Francesca, la narratrice, &#224; ne pas confondre avec l'auteure. Troisi&#232;me indice : Y a-t-il des points communs entre Francesca et l'auteure ? Certainement. Mais pourquoi faudrait-il d&#233;voiler compl&#232;tement ce point ? Comme vous le sugg&#233;rez, je pr&#233;f&#232;re laisser le lecteur &#171; se faire son id&#233;e sur ce plan &#187;. Je pr&#233;cise que les citations de M&#233;moires familiaux ont le m&#234;me statut que la photo : ils appartiennent &#224; la famille de Francesca. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'important, selon moi, est de savoir que toutes les mises en sc&#232;nes des personnages sont de la pure fiction, que l'auteure n'a pas pu non plus entrer dans leur esprit et en extraire leurs pens&#233;es, qu'il les a donc imagin&#233;es, que l'espace et le temps ont &#233;t&#233; trait&#233;s comme dans toute narration, en respectant toutefois les dates historiques de la grande et de la petite histoire de cette famille. Entre la reconstitution et l'invention, il ne reste plus au lecteur qu'&#224; choisir sa version.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;Cette photo, support et fil conducteur du recueil pour conter l'histoire d'une famille, semble trahir un certain attrait pour la repr&#233;sentation visuelle, l'image, ce que montre aussi la couverture du recueil, que vous signez aussi. Il s'agit donc d'une autre de vos passions ? Comment liez-vous ou faites-vous cohabiter ces deux passions, l'&#233;crit et le visuel, dans votre parcours et vos activit&#233;s artistiques ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, parmi les repr&#233;sentations visuelles, il y en a une qui me fascine par son pouvoir &#233;vocateur, c'est la photo. Dans mon recueil, l'Empreinte vol&#233;e, deux nouvelles &#233;taient fond&#233;es sur un ancien clich&#233; : la premi&#232;re, &#171; l'inconnue de la Pagode &#187;, ainsi que la derni&#232;re qui donne son titre au recueil. Dans les deux cas, un personnage au second plan de l'image intrigue et g&#233;n&#232;re la narration. &lt;i&gt;Des deux h&#233;misph&#232;res&lt;/i&gt; contient &#233;galement un texte, &#171; Bella et moi &#187; qui repose sur une vieille photo. Pour mon dernier opus, c'est la beaut&#233; du portrait de groupe en s&#233;pia (reproduit en noir et blanc dans le livre), tout le myst&#232;re et la magie qu'il d&#233;gage qui m'ont donn&#233; envie d'&#233;crire ces nouvelles. Je n'ai pas &#233;puis&#233; toutes les richesses du th&#232;me de la photo et compte l'explorer &#224; nouveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, vous l'avez remarqu&#233;, la couverture d'&lt;i&gt;Il fait beau &#224; Tanger au printemps&lt;/i&gt; (comme celle de &lt;i&gt;Des deux h&#233;misph&#232;res&lt;/i&gt;) reproduit un d&#233;tail de tableaux de ma composition. En cela, les &#233;ditions L'Harmattan m'ont donn&#233; toute libert&#233; et je les en remercie. C'est une joie pour moi de pouvoir associer deux passions en un seul livre. Dans la vie, la cohabitation est plus difficile. C'est &#224; Buenos Aires que j'ai commenc&#233; &#224; peindre, en m&#234;me temps qu'&#224; &#233;crire. Parall&#232;lement &#224; l'atelier litt&#233;raire, j'ai particip&#233; &#224; un atelier de peinture sous la houlette d'un artiste reconnu et c&#233;l&#232;bre dans son pays, Remo Bianchedi. C'&#233;tait en outre un excellent p&#233;dagogue, qui savait motiver et faire progresser ses &#233;l&#232;ves. L'Argentine, qui se relevait &#224; peine de la dictature militaire, regorgeait d'ateliers artistiques, cr&#233;atifs, en tout genre. De m&#234;me que la production litt&#233;raire, les expositions d'arts plastiques, les repr&#233;sentations th&#233;&#226;trales &#233;taient en pleine effervescence. J'ai b&#233;n&#233;fici&#233; de ce dynamisme retrouv&#233;, de ce climat si propice &#224; la cr&#233;ativit&#233;. J'en ai m&#234;me profit&#233; pour d&#233;velopper l&#224;-bas mon go&#251;t pour le chant (lyrique et populaire).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, la peinture est rest&#233;e un hobby. Je n'ai jamais eu l'ambition de construire une carri&#232;re dans ce domaine. Plus tard, le temps m'a manqu&#233; pour mener de front plusieurs pratiques artistiques, et c'est l'&#233;criture qui a perdur&#233;, parce que jug&#233;e essentielle pour moi, de sorte que la peinture est pass&#233;e au second plan, avant de se convertir en une activit&#233; d&#233;laiss&#233;e avec laquelle il me plairait de renouer un jour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est &#233;tonnant est que je trouve toujours dans mes anciens petits tableaux une r&#233;sonnance avec les th&#232;mes que je d&#233;veloppe en litt&#233;rature, et c'est pourquoi ils peuvent facilement devenir des illustrations de couvertures de mes recueils actuels. Ce sont deux moyens d'expression diff&#233;rents mais compl&#233;mentaires. La peinture, toujours figurative, m'offrait peut-&#234;tre plus de libert&#233;, je pouvais laisser libre cours aux mouvements intuitifs, &#224; l'inconscient, d&#233;couvrir peu &#224; peu le tableau en train de se faire. L'&#233;crit me semble plus structur&#233;. Je ne peux &#233;crire qu'avec un plan bien pr&#233;cis, m&#234;me si, par la suite et fort heureusement, je m'&#233;vade du cadre pr&#233;&#233;tabli.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce qui ne passera jamais au second plan est mon amour pour la peinture, celle des grands peintres, si bien que visiter une exposition est toujours un rendez-vous important avec une &#339;uvre et un artiste, en m&#234;me temps que la promesse d'un moment de joie et d'intensit&#233;. Il faut dire que la fr&#233;quentation des mus&#233;es a commenc&#233; t&#244;t dans l'enfance, gr&#226;ce &#224; mon p&#232;re qui &#233;tait grand amateur d'art. De plus, il nous faisait &#233;couter les disques de musique classique qu'il acqu&#233;rait en grand nombre, ce qui a forg&#233; mon go&#251;t pour la musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;Un dernier mot que vous souhaiteriez adresser &#224; vos lecteurs, ou pour combler un oubli dans ces questions ? En vous remerciant pour votre patience et pour la richesse de vos r&#233;ponses.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais rajouter quelques mots sur la nouvelle, qui, beaucoup plus qu'un simple format, est un genre &#224; part enti&#232;re. Ce n'est pas &#224; &lt;i&gt;Nouvelle Donne&lt;/i&gt;, que je remercie au passage de m'avoir donn&#233; l'occasion de m'exprimer, acteur important de la d&#233;fense et illustration de la nouvelle, que je vais l'apprendre&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme j'appartiens &#224; la confr&#233;rie oubli&#233;e des nouvellistes fran&#231;ais, on m'a souvent demand&#233; pourquoi je n'&#233;crivais &#171; que &#187; des nouvelles. Et c'est gr&#226;ce &#224; la fr&#233;quentation des arts plastiques et des artistes que j'ai pu mieux me positionner par rapport &#224; la nouvelle. En effet, les peintres choisissent de cr&#233;er des &#339;uvres sur des supports plus ou moins grands. Certaines toiles sont tr&#232;s petites, comme celles de Vermeer, d'autres sont tr&#232;s grandes comme l'ensemble des &lt;i&gt;Nymph&#233;as&lt;/i&gt; de Monet. Les formats utilis&#233;s par ces artistes sont adapt&#233;s &#224; leur sujet, mais aussi &#224; la pratique qui leur correspond, &#224; leur go&#251;t profond. Il ne viendrait &#224; l'id&#233;e de personne de reprocher &#224; Vermeer d'avoir peint de petits bijoux sur des toiles de taille r&#233;duite. Eh bien, je crois que la comparaison &#233;claire l'art du nouvelliste. La nouvelle n'est pas un pis-aller mais un choix d&#233;lib&#233;r&#233;. On pourrait certainement trouver des similitudes dans le domaine musical o&#249; cohabitent auteurs de sonates et compositeurs de symphonies.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fran&#231;oise Cohen : Il fait chaud &#224; Tanger au printemps </title>
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		<dc:date>2026-08-30T17:21:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Calvez</dc:creator>



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&lt;p&gt;Album de souvenirs imbriqu&#233;s d'une famille de Tanger, plus que recueil de nouvelles ind&#233;pendantes, ce bref opus, le quatri&#232;me de Fran&#231;oise Cohen, s'appuie sur un clich&#233; de studio affich&#233; dans la chambre de la m&#232;re de la narratrice, photo que l'on peut voir en couverture int&#233;rieure. Par quelques dates cl&#233;s allant des ann&#233;es 40 jusqu'&#224; 2023, date de la narration, l'ouvrage entier est travers&#233; par un questionnement sur l'origine de ce clich&#233; s&#233;pia non dat&#233;, singulier aussi par les sentiments ambigus d&#233;celables (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/" rel="directory"&gt;Critiques de recueils de nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1499.jpg?1788110462' width='95' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Album de souvenirs imbriqu&#233;s d'une famille de Tanger, plus que recueil de nouvelles ind&#233;pendantes, ce bref opus, le quatri&#232;me de Fran&#231;oise Cohen, s'appuie sur un clich&#233; de studio affich&#233; dans la chambre de la m&#232;re de la narratrice, photo que l'on peut voir en couverture int&#233;rieure. Par quelques dates cl&#233;s allant des ann&#233;es 40 jusqu'&#224; 2023, date de la narration, l'ouvrage entier est travers&#233; par un questionnement sur l'origine de ce clich&#233; s&#233;pia non dat&#233;, singulier aussi par les sentiments ambigus d&#233;celables sur les visages de cette famille rassembl&#233;e. &#201;clair&#233;e par des s&#233;quences-souvenirs des cinq membres du portrait de groupe, la qu&#234;te de la narratrice aupr&#232;s de sa m&#232;re aboutira dans les toutes derni&#232;res pages. L'alternance non chronologique des s&#233;quences n'est pas un souci pour le lecteur, telle la consultation d'un album-photo familial, quand bien m&#234;me on n'en a ici qu'une seule, recelant un secret sensible faute d'&#234;tre v&#233;ritablement dramatique. Fran&#231;oise Cohen &#233;voque par &#233;pisodes plusieurs g&#233;n&#233;rations d'une histoire familiale marqu&#233;e par les deux conflits majeurs du si&#232;cle dernier : la perte &#224; 21 ans d'un grand-oncle, Armand, aux Dardanelles, un grand-p&#232;re survivant et bard&#233; de m&#233;dailles, puis l'engagement pour la France Libre &#224; 17 ans en 1943 d'un oncle, Pierre qui en revient quant &#224; lui, mais sera chang&#233; &#224; jamais par des horreurs v&#233;cues qu'il n'a jamais cont&#233;es, pr&#233;f&#233;rant s'&#233;loigner, plut&#244;t que d'imposer &#224; sa famille sa d&#233;pression (ou son syndrome post-traumatique, dirait-on de nos jours).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le portrait en demi-teintes au fil d'un si&#232;cle, &#224; petites touches, des cinq personnages (ou de leurs ascendants et descendants) est magnifique. L'autrice prendra bri&#232;vement un chemin moins balis&#233; lorsqu'elle aborde, vers la fin, la branche maternelle : nouveaux noms, nouvelles histoires, nouveaux drames (le massacre des Juifs &#224; Thessalonique lors du second conflit mondial), mais l'on revient vite &#224; la photo centrale lorsque Josefa, sa m&#232;re dont la m&#233;moire flanche, daignera enfin r&#233;v&#233;ler &#224; la narratrice (et au lecteur) quand et surtout, dans quelles circonstances fut pris ce clich&#233;, expliquant enfin l'atmosph&#232;re qui s'en d&#233;gage. &#171; &lt;i&gt;Avant que ma m&#232;re ne m'&#233;claire, je ressentais d&#233;j&#224; l'angoisse diffuse qui &#233;manait du clich&#233; historique. Avec leurs silhouettes se d&#233;tachant sur ce fond de nu&#233;es, les cinq personnages semblaient embarqu&#233;s sur la nef du temps, qui les balloterait au gr&#233; des vents, de la folie du monde, de la guerre&lt;/i&gt; &#187; (p.93). Sont particuli&#232;rement touchantes les sc&#232;nes d'enfance, telle la petite Josefa &#224; Tanger, r&#234;vant d'&#234;tre danseuse ou, bien plus tard, la narratrice &#233;voquant pour ses propres filles son oncle Pierre, ce h&#233;ros mutique de la France Libre qui, dans l'esprit et le langage des deux enfants fascin&#233;s, se mue en &#171; super h&#233;ros &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le titre de l'ouvrage, arrach&#233; au r&#233;cit, est sans doute un peu long et peu percutant mais cette chronique douce-am&#232;re est tendre, parfois poignante, comme le sont celles de familles qui ont travers&#233; la Grande Histoire du vingti&#232;me si&#232;cle, ses al&#233;as et ses drames, ce qui c'est le cas ici. Apr&#232;s le recueil &lt;i&gt;Des deux h&#233;misph&#232;res&lt;/i&gt;, &lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/des-deux-hemispheres-de-francoise-cohen-l-harmattan' class='spip_in'&gt;d&#233;j&#224; chroniqu&#233; sur notre site&lt;/a&gt;, on retrouve avec plaisir dans ce nouvel opus la plume sensible de Fran&#231;oise Cohen au travers d'un r&#233;cit &#224; tiroirs et secrets enfouis, cach&#233;s sous une image, laissant en suspens l'ambigu&#239;t&#233; entre souvenirs authentiques et fiction ; la v&#233;rit&#233; est sans doute entre les deux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Putain de nuages de Corine Sylvia Congiu</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/putain-de-nuages-de-corine-sylvia-congiu</link>
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		<dc:date>2026-07-23T10:55:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Yves Robichon</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Putain de nuages, le titre donne le ton. 30 nouvelles, 30 intrigues percutantes. Rien de mi&#232;vre, rien de convenu. De l'irr&#233;v&#233;rence. De la fougue. De l'humour. Une plume tant&#244;t dr&#244;le, tant&#244;t profonde ; tant&#244;t acerbe, tant&#244;t &#233;l&#233;gante ; tant&#244;t crue, tant&#244;t touchante. Mais sinc&#232;re, toujours. L'&#233;criture de Corine Sylvia Congiu va droit au but, elle prend le lecteur &#224; t&#233;moin : Putain de nuages ! Au fil des nouvelles les personnages, le plus souvent f&#233;minins, affrontent la vie entre &#233;clat de rire et gravit&#233;. Une (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/" rel="directory"&gt;Critiques de recueils de nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1497.jpg?1784804092' width='98' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Putain de nuages&lt;/strong&gt;, le titre donne le ton. 30 nouvelles, 30 intrigues percutantes. Rien de mi&#232;vre, rien de convenu. De l'irr&#233;v&#233;rence. De la fougue. De l'humour. Une plume tant&#244;t dr&#244;le, tant&#244;t profonde ; tant&#244;t acerbe, tant&#244;t &#233;l&#233;gante ; tant&#244;t crue, tant&#244;t touchante. Mais sinc&#232;re, toujours. L'&#233;criture de &lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/article/corine-sylvia-congiu' class='spip_in'&gt;Corine Sylvia Congiu&lt;/a&gt; va droit au but, elle prend le lecteur &#224; t&#233;moin : Putain de nuages ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Au fil des nouvelles les personnages, le plus souvent f&#233;minins, affrontent la vie entre &#233;clat de rire et gravit&#233;. Une enfant &#171; en a marre qu'on lui dise d'attendre &#187; (&lt;i&gt;Je voudrais que tout commence&lt;/i&gt;). Une &#233;tudiante d&#233;couvre la toute r&#233;cente facult&#233; d'arts plastiques (&lt;i&gt;1971&lt;/i&gt;). Une jeune m&#232;re pressent un danger mena&#231;ant son fils (&lt;i&gt;Putain de nuages&lt;/i&gt;). Une grand-m&#232;re fantasque initie sa petite-fille &#224; l'&#233;cologie (&lt;i&gt;Universe&lt;/i&gt;). Femmes de chair et de sang, impatientes de croquer la vie, elles se combinent en images kal&#233;idoscopiques, dans un jeu de r&#233;sonances o&#249; se devinent les exp&#233;riences d'une vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/article/corine-sylvia-congiu' class='spip_in'&gt;Corine Sylvia Congiu&lt;/a&gt; est artiste : peintre, plasticienne, photographe, auteure-compositrice-interpr&#232;te, r&#233;alisatrice et&#8230; &lt;strong&gt;nouvelliste&lt;/strong&gt;. Pas surprenant qu'elle sache mieux que personne camper un personnage en quelques coups de crayon : &#171; Elle est ronde. Ses gestes sont ronds, la boucle qui lui vient sur sa ronde bouche est ronde. Elle ram&#232;ne sa boucle derri&#232;re son oreille, en rond. &#187; (&lt;i&gt;Mamzelle-ta-discipline&lt;/i&gt;). Ou ma&#238;triser la rythmique &#224; la perfection : &#171; Cavaler : se faire la levure, la malle, la valise, filer &#224; l'anglaise, d&#233;m&#233;nager. Partir. Prendre ses cliques et ses claques. Claquer la porte. &#187; (&lt;i&gt;Putain de nuages&lt;/i&gt;). Car les nouvelles de &lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/article/corine-sylvia-congiu' class='spip_in'&gt;Corine Sylvia Congiu&lt;/a&gt; sont faites pour &#234;tre lues, jou&#233;es, voire chant&#233;es. Partitions de nos &#233;motions, elles composent avec nos angoisses, nos peurs et nos joies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le recueil s'ouvre sur la nouvelle &#233;ponyme. Texte initial par lequel l'auteure nous introduit dans son univers. La narratrice, en vacances sur une plage de Martinique, s'interroge sur son r&#244;le de m&#232;re, sur l'assignation qu'elle subit : est-elle une bonne m&#232;re ? Le doute se dissipe lorsque son intuition l'alerte sur un danger imminent mena&#231;ant son fils de 4 ans. La maternit&#233;, ou plut&#244;t l'amour inconditionnel qui relie une m&#232;re et son fils, est l'un des fils conducteurs du recueil (&lt;i&gt;Mon Petit Prince &#224; moi, Pr&#233;sentations, Borderline, Prends-moi&lt;/i&gt;). La mort, autre grand th&#232;me, ici &#233;vit&#233;e de justesse, r&#233;appara&#238;t en arri&#232;re-plan de nombreuses nouvelles (&lt;i&gt;L'oiseau et le papillon, Cave&lt;/i&gt;), justifiant l'urgence &#224; vivre. &#171; Combl&#233;e, je l'avais &#233;t&#233;, assouvie, percluse de passions pass&#233;es, j'avais tout essay&#233;, pour que mon lit de mort, l'heure venue, ne soit assombri d'aucun regret. Ni de remords. &#187; &lt;i&gt;Entre deux points, il y a toujours l'infini&lt;/i&gt;. Mais que le lecteur se rassure, l'auteure nous &#233;pargne tout pathos en maniant humour et po&#233;sie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;Embellie&lt;/i&gt;, une enfant attend d&#233;sesp&#233;r&#233;ment son amie, Nadia. Rien n'est plus absolu que les amiti&#233;s enfantines. Les affres de l'attente sont d&#233;crites avec une justesse touchante : peur d'avoir d&#233;&#231;u, peur de l'abandon, peur de ne plus exister. &#171; Quatorze heures trente et Nadia ne venait pas. Peut-&#234;tre qu'elle m'avait oubli&#233;e, peut-&#234;tre que pour elle, &#231;a n'avait pas d'importance, mon premier cin&#233;ma avec une amie. Non, ce n'est pas possible, elle ne pouvait pas avoir oubli&#233;. &#187; Et soudain, cette sc&#232;ne enfantine prend des accents de trag&#233;die. Il faut les consid&#233;rer avec s&#233;rieux ces premiers &#233;mois, ils nous habitent longtemps. Comme l'h&#233;ro&#239;ne de &lt;i&gt;Corps du d&#233;lit&lt;/i&gt;, qui, pour toujours mieux r&#233;pondre aux attentes de son nouvel amant, ne prend pas conscience de l'emprise qu'il exerce sur elle. Ou bien celle de &lt;i&gt;Vortex&lt;/i&gt; qui, elle aussi, attend : &#171; Il n'y a plus rien pour &#234;tre debout face &#224; lui. Il n'y a que ce vide tournoyant qui vide le vide, et il n'y a pas de fin, le vide se vide toujours, un vide en forme de peur, la peur qui n'est m&#234;me pas peur, qui n'est rien, un rien qui se vide encore. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, il y a ces petits coups de griffes jouissifs (&lt;i&gt;Le petit pain au chocolat, Pr&#233;sentations, Chienne de vie&lt;/i&gt;), ou ces fables, plus myst&#233;rieuses (&lt;i&gt;Fatima, Kiss&lt;/i&gt;) et si d&#233;licates, d&#233;licieux moments de l&#233;g&#232;ret&#233; entre deux &#233;motions fortes.&lt;br class='autobr' /&gt;
En nous communiquant son &#233;nergie, l'&#233;criture incarn&#233;e de &lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/article/corine-sylvia-congiu' class='spip_in'&gt;Corine Sylvia Congiu&lt;/a&gt; nous invite &#224; braver la vie. On referme le recueil en se disant que, d&#233;cid&#233;ment, sur cette terre, il n'y a plus une minute &#224; perdre !&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Putain de nuages&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; est publi&#233; dans la collection &lt;i&gt;La Bleu-Turquin&lt;/i&gt; aux &lt;i&gt;&#233;ditions Douro&lt;/i&gt;, avec en couverture, une &#339;uvre de l'auteure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une m&#233;ditation sur la passion, le temps, la m&#233;moire : Le Jeune homme de Annie Ernaux</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/une-meditation-sur-la-passion-le-temps-la-memoire-le-jeune-homme-de-annie</link>
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		<dc:date>2026-06-01T20:00:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Perrut</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans un r&#233;cit tr&#232;s court, &#224; caract&#232;re autobiographique, Annie Ernaux revient en 2022, avec Le Jeune homme, sous des voiles assez transparents, sur sa liaison avec un homme, son cadet d'une trentaine d'ann&#233;es, tandis qu'elle a d&#233;pass&#233; la cinquantaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte prolonge deux autres r&#233;cits, concernant la m&#234;me liaison, Fragments autour de Ph. V., un bref texte sur le point de d&#233;part de la relation, qu'on pourrait qualifier d'autobiograph&#232;me, et L'Occupation, qui explore le th&#232;me de la jalousie, apr&#232;s la (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/" rel="directory"&gt;Critiques de recueils de nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1492.png?1780343997' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans un r&#233;cit tr&#232;s court, &#224; caract&#232;re autobiographique, Annie Ernaux revient en 2022, avec &lt;i&gt;Le Jeune homme&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Annie Ernaux, Le Jeune homme, Gallimard, 2022.' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sous des voiles assez transparents, sur sa liaison avec un homme, son cadet d'une trentaine d'ann&#233;es, tandis qu'elle a d&#233;pass&#233; la cinquantaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte prolonge deux autres r&#233;cits, concernant la m&#234;me liaison, &lt;i&gt;Fragments autour de Ph. V.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Annie Ernaux, Fragments autour de Ph. V., L'Infini, N&#176; 56, 1996.' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un bref texte sur le point de d&#233;part de la relation, qu'on pourrait qualifier d'autobiograph&#232;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='Par r&#233;f&#233;rence &#224; Roland Barthes d&#233;signant ainsi le r&#233;cit d'un &#233;l&#233;ment (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et &lt;i&gt;L'Occupation&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='appendix' title='Annie Ernaux, L'Occupation, Gallimard, 2002.' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui explore le th&#232;me de la jalousie, apr&#232;s la rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le protagoniste masculin du &lt;i&gt;Jeune homme&lt;/i&gt; est identifiable. C'est Philippe Vilain, qui s'est lui-m&#234;me longuement exprim&#233; sur cette liaison un peu plus tard, en 2025, dans &lt;i&gt;Mauvais &#233;l&#232;ve&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='appendix' title='Philippe Vilain, Mauvais &#233;l&#232;ve, Robert Laffont, 2025.' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce dernier livre m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te un instant. On y trouve sans nul doute l'empreinte d'Annie Ernaux, &#224; commencer par l'adh&#233;sion &#224; une m&#234;me profession de foi, au m&#234;me &#171; pacte autobiographique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='appendix' title='Par r&#233;f&#233;rence au livre fondateur de Philippe Lejeune, Le Pacte (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : l'engagement vis-&#224;-vis du lecteur &#224; ne dire que le vrai, sans recours &#224; la fiction - on ne discutera pas ici des contradictions internes, voire des apories d'une telle position. Cependant, dans cette voie, Philippe Vilain innove en d&#233;ployant un registre personnel marqu&#233; par une exploration rigoureuse des situations d'inf&#233;riorisation sociale. Il met ainsi en sc&#232;ne la lutte entreprise contre tous les obstacles personnels ou sociaux &#8211; difficult&#233;s de lecture, fautes de fran&#231;ais, alcoolisme du p&#232;re, d&#233;rives vers la d&#233;linquance &#8211; qui se sont dress&#233;s entre lui et sa vocation d'&#233;crivain. Ce combat, avec sa part de dramatisation, devient l'ar&#234;te vive du r&#233;cit, et c'est cela m&#234;me qui emporte le lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dessine ainsi sous nos yeux une configuration peu banale o&#249; deux amants se font face, une fois leur relation termin&#233;e pour croiser, sinon le fer, du moins la plume devant un large lectorat. Chacun d'eux ayant un statut d'&#233;crivain plus ou moins install&#233;, on peut estimer que la partie se joue entre &#233;gaux. On boxe dans la m&#234;me cat&#233;gorie. Nombre de d&#233;tails tr&#232;s intimes, tr&#232;s crus sont donn&#233;s &#224; voir et l'on peut se demander jusqu'o&#249; peut aller cette mise &#224; nu. J'ai suppos&#233; jusqu'ici que la relation &#233;tait &#233;gale, mais peut-elle jamais l'&#234;tre totalement ? Tout ceci rappelle les critiques adress&#233;es &#224; Serge Doubrovsky, promoteur de l'autofiction, qui r&#232;gle sur la place publique ses comptes avec une de ses relations f&#233;minines, tout &#224; fait identifiable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='appendix' title='Serge Doubrovsky, Le Livre bris&#233;, Grasset, 1989 ; Un Amour de soi, Hachette, (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, cette femme ne disposait ni des moyens, ni du statut d'&#233;crivain pour lui r&#233;pondre. Ceci a conduit certains commentateurs &#224; taxer l'autofiction de mauvais genre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='appendix' title='Jacques Lecarme, &#171; L'Autofiction, un mauvais genre &#187;, Actes du colloque de (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons au &lt;i&gt;Jeune homme&lt;/i&gt;. Par son sujet, une passion physique, par son registre d'&#233;nonciation, l'autobiographie &#224; la premi&#232;re personne, ce r&#233;cit ne peut-il se rapprocher de &lt;i&gt;Passion simple&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='appendix' title='Annie Ernaux, Passion simple, Gallimard, 1992.' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, publi&#233; une trentaine d'ann&#233;es auparavant ? Ce dernier r&#233;cit est alors qualifi&#233;, par la narratrice, de &#171; proc&#232;s-verbal &#187;, c'est-&#224;-dire de transcription des faits, rigoureuse et pr&#233;cise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Jeune homme&lt;/i&gt; n'&#233;voque pas les d&#233;buts des rencontres ni la correspondance qui a pr&#233;c&#233;d&#233; celles-ci, mais commence directement dans la relation intime. Et plus particuli&#232;rement, en ouverture du r&#233;cit, par l'&#233;vocation d'un rapport &#233;troit entre le sexe et l'&#233;criture : le sexe pour &#171; d&#233;clencher &#187; l'&#233;criture d'un livre difficile. La liaison avec le jeune homme devient, myst&#233;rieusement, un temps de gestation, de maturation de ce p&#233;nible r&#233;cit consacr&#233; &#224; un avortement clandestin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='appendix' title='Il s'agit de L'Ev&#233;nement, publi&#233; en 2000, &#224; la fin de cette relation.' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte du &lt;i&gt;Jeune homme&lt;/i&gt; se compose d'une suite de notations autobiographiques qui donnent lieu &#224; une m&#233;ditation en surplomb, portant tant&#244;t sur les effets de cette liaison sur la narratrice, tant&#244;t sur ce qu'elle r&#233;v&#232;le du regard des autres face &#224; la transgression de la norme. &lt;br class='autobr' /&gt;
La diff&#233;rence d'&#226;ge entre les deux protagonistes entra&#238;ne la narratrice dans une troublante travers&#233;e du temps et des g&#233;n&#233;rations. Le jeune homme est ainsi per&#231;u comme &#171; le pass&#233; incorpor&#233; &#187;. L'autrice r&#233;sume cette &#233;tranget&#233; dans une formule : &#171; Ce que je ressentais dans cette relation &#233;tait de nature indicible, o&#249; s'entrem&#234;laient le sexe, le temps et la m&#233;moire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='appendix' title='Annie Ernaux, Le Jeune homme, Op. cit., p. 29.' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En revenant avec son compagnon dans la petite cit&#233; universitaire de sa p&#233;riode &#233;tudiante, Annie Ernaux nous confie : &#171; il m'avant sembl&#233;, pendant de longues minutes, me mouvoir dans le temps sans nom du r&#234;ve &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est aussi &#224; une confrontation avec la norme sociale que conduit cette diff&#233;rence de g&#233;n&#233;ration. La transgression est lue dans le regard r&#233;probateur des autres : &#171; Devant le couple que nous formions visiblement, les regards se faisaient impudents, fr&#244;laient la sid&#233;ration, comme devant un assemblage contre nature &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='appendix' title='Ibid, p. 30.' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les notations crues ne manquent pas et l'on retrouve aussi cette constante dans l'&#233;criture de l'autrice : le refus de &#171; faire joli &#187;, inspir&#233; notamment de Cesare Pavese&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='appendix' title='On peut se reporter au petit recueil H&#244;tel Casanova, d'Annie Ernaux, o&#249; (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans cette d&#233;termination &#224; &#233;noncer les faits tels qu'ils sont, on peut se demander s'il n'y a pas, &#233;galement, un go&#251;t de la provocation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture des ann&#233;es 1990 &#233;tait largement consacr&#233;e &#224; un enregistrement fid&#232;le des faits, d'o&#249; la subjectivit&#233; semblait bannie, si l'on prend &lt;i&gt;Passion simple&lt;/i&gt; comme r&#233;f&#233;rence. Trente ans plus tard, &lt;i&gt;Le Jeune homme&lt;/i&gt; est l'occasion pour la narratrice de porter un regard distanci&#233;, et plus contemplatif sur une relation singuli&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annie Ernaux, Le Jeune homme, Gallimard, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Annie Ernaux, Fragments autour de Ph. V.&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Infini&lt;/i&gt;, N&#176; 56, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par r&#233;f&#233;rence &#224; Roland Barthes d&#233;signant ainsi le r&#233;cit d'un &#233;l&#233;ment autobiographique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Annie Ernaux, L'Occupation, Gallimard&lt;/i&gt;, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Vilain, &lt;i&gt;Mauvais &#233;l&#232;ve&lt;/i&gt;, Robert Laffont, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par r&#233;f&#233;rence au livre fondateur de Philippe Lejeune, &lt;i&gt;Le Pacte autobiographique&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1975 (nouvelle &#233;dition 1996).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Doubrovsky, &lt;i&gt;Le Livre bris&#233;&lt;/i&gt;, Grasset, 1989 ; &lt;i&gt;Un Amour de soi&lt;/i&gt;, Hachette, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Lecarme, &#171; L'Autofiction, un mauvais genre &#187;, Actes du colloque de Nanterre, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annie Ernaux, &lt;i&gt;Passion simple&lt;/i&gt;, Gallimard, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='appendix'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit de &lt;i&gt;L'Ev&#233;nement&lt;/i&gt;, publi&#233; en 2000, &#224; la fin de cette relation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='appendix'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annie Ernaux, Le Jeune homme, Op. cit., p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='appendix'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, p. 30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb13'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='appendix'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut se reporter au petit recueil H&#244;tel Casanova, d'Annie Ernaux, o&#249; figure un court texte sur Cesare Pavese, qui d&#233;veloppe ce th&#232;me. Nous avons mis en ligne une chronique sur ce recueil : &lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/hotel-casanova-d-annie-ernaux' class='spip_in'&gt;&#171; H&#244;tel Casanova &#187; d'Annie Ernaux &lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vie de Gilles, Marie-H&#233;l&#232;ne Lafon, Denis Laget</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/vie-de-gilles-marie-helene-lafon-denis-laget</link>
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		<dc:date>2025-10-24T10:34:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Yves Robichon</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Alors que se d&#233;veloppent les techniques d'impression de livres &#224; la demande, il est rassurant de voir une maison d'&#233;dition revendiquer son savoir-faire en se r&#233;f&#233;rant au chemin de fer. Pour rappel, le chemin de fer est cette &#233;tape de la conception du livre o&#249; la succession des pages, mise &#224; plat, permet de v&#233;rifier le bon encha&#238;nement du texte et des images. Car, ne l'oublions pas, si l'auteur commet le texte, l'&#233;diteur l'incarne dans un livre. En suscitant une dialectique entre texte et image, les (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/" rel="directory"&gt;Critiques de recueils de nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1461.jpg?1761302071' width='115' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors que se d&#233;veloppent les techniques d'impression de livres &#224; la demande, il est rassurant de voir une maison d'&#233;dition revendiquer son savoir-faire en se r&#233;f&#233;rant au &lt;i&gt;chemin de fer&lt;/i&gt;. Pour rappel, le chemin de fer est cette &#233;tape de la conception du livre o&#249; la succession des pages, mise &#224; plat, permet de v&#233;rifier le bon encha&#238;nement du texte et des images. Car, ne l'oublions pas, si l'auteur commet le texte, l'&#233;diteur l'incarne dans un livre.&lt;br class='autobr' /&gt;
En suscitant une dialectique entre texte et image, les &lt;strong&gt;&#233;ditions du Chemin de fer&lt;/strong&gt; cr&#233;ent des objets &#233;ditoriaux singuliers. Dans &lt;i&gt;Vie de Gilles&lt;/i&gt;, le peintre Denis Laget propose sa vision du texte de Marie-H&#233;l&#232;ne Lafon. Ses paysages, peints dans une mati&#232;re terreuse, organique, d&#233;voilent des horizons tourment&#233;s o&#249; le temps semble se figer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le personnage de Gilles, n&#233; du dernier roman de l'auteure : &lt;i&gt;Les Sources&lt;/i&gt;, est le fils de Nicole et le fr&#232;re de Claire et d'Isabelle. Dans &lt;i&gt;Vie de Gilles&lt;/i&gt;, sa vie tient entre deux nouvelles. Dans la premi&#232;re, &lt;i&gt;La confession&lt;/i&gt; (dont une version initiale a &#233;t&#233; publi&#233;e en 2023), il est enfant, suit les cours de cat&#233;chisme dispens&#233;s par une vieille fille, La Nini. Il imagine la mort de son p&#232;re honni, son enterrement. Il se soumet au rite de la confession sans trop savoir comment lister les p&#233;ch&#233;s qu'il aurait commis. Dans la seconde, &lt;i&gt;Cinquante ans&lt;/i&gt;, on le retrouve quarante ans plus tard alors que sa s&#339;ur Claire, de retour au pays pour les vacances, vient lui souhaiter son anniversaire. La &lt;i&gt;Vie de Gilles&lt;/i&gt; r&#233;sonne dans cette ellipse temporelle, dans ce silence. Car Gilles fait partie des enfants qui, &#224; l'&#233;cole, n'apprennent pas bien. D&#232;s lors, son destin est scell&#233;, il sera li&#233; &#224; la terre, condamn&#233; &#224; un labeur sans fin, &#224; la tyrannie des &#233;l&#233;ments, au c&#233;libat. Il appartient &#224; cette caste de paysans, h&#233;ritiers d'un monde qui se meurt, des taiseux que Marie-H&#233;l&#232;ne Lafon sauve de l'oubli en brossant leur portrait d'une plume r&#233;aliste, pudique, et infiniment respectueuse. Fid&#232;le &#224; son Cantal natal, &#224; la vall&#233;e de la Santoire, l'auteure nous ram&#232;ne chez elle, aupr&#232;s des siens, dans son pays qu'elle d&#233;crit avec les yeux de celle qui, enfant, allait aux champs pour garder les vaches. &lt;i&gt;Ses pieds reconnaissent les cailloux du chemin nu qui part de l'&#233;table et file droit, net, sans ambages, vers la plaine alanguie au bord de la Santoire&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le livre est con&#231;u comme un triptyque o&#249; la peinture de Denis Laget vient en &#233;cho aux deux nouvelles de Marie-H&#233;l&#232;ne Lafon. Les ocres de sa palette, les effets d'emp&#226;tement ou de jus, les ciels temp&#233;tueux, tout &#233;voque la condition de Gilles, son silence, sa solitude et, surtout, la terre qui le poss&#232;de et l'entrave. Le texte prend alors une dimension poignante, au-del&#224; du dit, le ressenti se fait image et nous touche d'autant plus profond&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Vie de Gilles&lt;/i&gt;, dont le titre rend hommage aux &lt;i&gt;Vies Minuscules&lt;/i&gt; de Pierre Michon, s'inscrit dans la lign&#233;e des portraits que l'auteure nous a d&#233;j&#224; livr&#233;s depuis &lt;i&gt;Liturgie&lt;/i&gt;, son premier recueil de nouvelles, ou bien &lt;i&gt;Joseph&lt;/i&gt;, son bref roman. Ce petit livre, &#224; la facture soign&#233;e, peut-&#234;tre une transition entre &lt;i&gt;Les sources&lt;/i&gt; et un prochain roman, est surtout une &#339;uvre intense, tout en retenue. Comme des parenth&#232;ses, ces deux nouvelles enserrent le silence d'une vie, la &lt;i&gt;Vie de Gilles&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Haute tension, Livia L&#233;ri</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/haute-tension-livia-leri</link>
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		<dc:date>2025-08-31T17:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Yves Robichon</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans un appartement du tr&#232;s chic 7e arrondissement, une famille recompos&#233;e f&#234;te les onze ans d'Hortense, la fille de madame. Pour l'occasion, Charles, l'oncle maternel, est venu d&#233;jeuner. Pourtant, le tableau id&#233;al peu &#224; peu s'effrite. Hortense est ing&#233;rable, les &#233;changes se tendent entre Charles et Armand, le &#171; fr&#232;re &#187; par alliance d'Hortense. Hubert, le mari, devient mena&#231;ant envers son beau-fr&#232;re, modeste enseignant. S&#251;r de son impunit&#233; de grand bourgeois, il ne se laisse pas impressionner par ses (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1458.jpg?1756662533' width='99' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans un appartement du tr&#232;s chic 7e arrondissement, une famille recompos&#233;e f&#234;te les onze ans d'Hortense, la fille de madame. Pour l'occasion, Charles, l'oncle maternel, est venu d&#233;jeuner. Pourtant, le tableau id&#233;al peu &#224; peu s'effrite. Hortense est ing&#233;rable, les &#233;changes se tendent entre Charles et Armand, le &#171; fr&#232;re &#187; par alliance d'Hortense. Hubert, le mari, devient mena&#231;ant envers son beau-fr&#232;re, modeste enseignant. S&#251;r de son impunit&#233; de grand bourgeois, il ne se laisse pas impressionner par ses insinuations. Dans une atmosph&#232;re &#224; la Chabrol, tout se joue dans le d&#233;tail : pr&#233;paration d'une blanquette, regards &#233;chang&#233;s, faux-semblants, non-dits. Le lecteur devine l'indicible. Par un subtil crescendo, la tension monte jusqu'&#224; atteindre son paroxysme. &lt;i&gt;Joyeux anniversaire&lt;/i&gt; est une nouvelle in&#233;dite du recueil &lt;i&gt;Haute tension&lt;/i&gt; que signe Livia L&#233;ri, auteure bien connue des revues o&#249; elle publie r&#233;guli&#232;rement. Preuve en est, les neuf autres nouvelles du recueil ont fait l'objet d'une parution ant&#233;rieure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais disons-le d'embl&#233;e, lire une nouvelle isol&#233;e ou lire un recueil ne rel&#232;ve pas de la m&#234;me exp&#233;rience. Le recueil, parce qu'il joue d'&#233;chos, de r&#233;sonances, r&#233;v&#232;le plus encore l'univers de son auteure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les personnages se succ&#232;dent et se r&#233;pondent, ici, pour la plupart des femmes. Proies d'un &lt;i&gt;Suiveur&lt;/i&gt;, dans la premi&#232;re nouvelle, &#233;pouse tromp&#233;e dans &lt;i&gt;Faux d&#233;part&lt;/i&gt; ou malmen&#233;e par leur belle-famille dans &lt;i&gt;Padmila&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;On sera bien heureux&lt;/i&gt;. Victimes certes, mais fi&#232;res et combatives, elles ne se r&#233;solvent pas &#224; la condition que leur r&#233;servent les hommes. Le suiveur &#8211; qui fut pris, lui qui croyait prendre &#8211; l'apprendra &#224; ses d&#233;pens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les th&#232;mes resurgissent. L'anniversaire de la jeune fille, dans &lt;i&gt;Joyeux anniversaire&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Sur le causse&lt;/i&gt;, ravive la blessure d'agressions sexuelles commises par ceux-l&#224; m&#234;me qui c&#233;l&#232;brent le passage de l'enfance &#224; l'&#226;ge adulte. Bourgeoisie parisienne ou ruralit&#233; c&#233;venole, la r&#233;alit&#233; reste la m&#234;me, l'enfance est trahie sous le regard complice des proches. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les proc&#233;d&#233;s se d&#233;clinent, comme l'adresse &#224; l'absente dans trois nouvelles &#233;pistolaires. &lt;i&gt;Padmila&lt;/i&gt;, o&#249; le rappel de trois photographies esquisse le destin tragique d'une toute jeune Indienne. &lt;i&gt;Proscription&lt;/i&gt; o&#249; un p&#232;re s&#233;par&#233; de sa fille par une loi absurde exprime son d&#233;sespoir. &lt;i&gt;On sera bien heureux&lt;/i&gt; o&#249; un &#233;poux abandonn&#233; tente de reconqu&#233;rir celle qu'il n'a pas su prot&#233;ger. Pays, &#233;poques, milieux sociaux, &#224; chaque missive, le lecteur est projet&#233; dans un monde &#224; part enti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;criture, surtout, reste la m&#234;me. Chez Livia L&#233;ri, elle se montre d'une redoutable efficacit&#233;, jusqu'&#224; se faire oublier au service de la dynamique du texte. Efficace, mais surprenante, jouant de registres tr&#232;s divers, de la gouaille du mari abandonn&#233; aux sophistications des milieux de l'art contemporain. D&#233;tonnant surtout, ce coup de fusil dans la steppe qui cl&#244;t le recueil ! &lt;i&gt;Le vent de l'ours&lt;/i&gt;, nouvelle &#233;nigmatique, sobre, aux images troublantes, nous saisit de po&#233;sie. Magistral.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si vous avez d&#233;j&#224; lu des nouvelles de Livia L&#233;ri, vous aurez grand plaisir &#224; les retrouver dans son recueil publi&#233; aux &#233;ditions &lt;i&gt;Il est midi&lt;/i&gt;. Si vous d&#233;couvrez Livia L&#233;ri, alors plongez-vous sans attendre dans son univers sous &lt;i&gt;Haute tension&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Int&#233;rieur nuit de Nicolas Demorand : un br&#251;lot n&#233;cessaire et courageux</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/interieur-nuit-de-nicolas-demorand-un-brulot-necessaire-et-courageux</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/interieur-nuit-de-nicolas-demorand-un-brulot-necessaire-et-courageux</guid>
		<dc:date>2025-08-01T08:34:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Perrut</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je suis un malade mental : cette anaphore lancinante rythme tout le premier chapitre d'Int&#233;rieur nuit et happe le lecteur dans le r&#233;cit qu'on lit d'une traite. Venant d'une personnalit&#233; publique sur laquelle les auditeurs n'ont pas manqu&#233; de projeter l'image de la r&#233;ussite, cette audacieuse confession exerce un effet saisissant. Ce tableau &#224; contre-emploi ne peut manquer de susciter la curiosit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La bipolarit&#233;, dont souffre l'auteur, est en effet, si l'on peut dire, la maladie de monsieur ou madame (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/" rel="directory"&gt;Critiques de recueils de nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1455.jpg?1754037408' width='110' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je suis un malade mental&lt;/i&gt; : cette anaphore lancinante rythme tout le premier chapitre d'&lt;i&gt;Int&#233;rieur nuit&lt;/i&gt; et happe le lecteur dans le r&#233;cit qu'on lit d'une traite. Venant d'une personnalit&#233; publique sur laquelle les auditeurs n'ont pas manqu&#233; de projeter l'image de la r&#233;ussite, cette audacieuse confession exerce un effet saisissant. Ce tableau &#224; contre-emploi ne peut manquer de susciter la curiosit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bipolarit&#233;, dont souffre l'auteur, est en effet, si l'on peut dire, la maladie de monsieur ou madame tout-le-monde. Mais le silence r&#232;gne sur celle-ci. Elle toucherait environ un million de personnes en France. Voil&#224; ce que Demorand met &#224; jour, en s'appuyant sur sa notori&#233;t&#233;. Il veut parler au nom de ceux qui en souffrent, sans pouvoir exprimer leur mal. Ceci conduit l'auteur, chemin faisant, &#224; mettre le doigt sur les r&#233;formes urgentes &#224; mener. Un enjeu consid&#233;rable, puisqu'une bonne part de la population est concern&#233;e par les troubles mentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre haletant et qui tient en haleine, d'ores et d&#233;j&#224; un succ&#232;s de librairie, apr&#232;s son lancement tr&#232;s professionnel, a &#233;t&#233; largement relay&#233; par la presse. Celle-ci a parfois fait &#233;tat bien davantage des potins qui ont entour&#233; cette promotion que du livre proprement dit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Le Monde Magazine, Solenn de Royer : &#171; Nicolas Demorand, la vie apr&#232;s la (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage, &#224; peine une centaine de pages, se compose de petits chapitres, chacun consacr&#233; &#224; un th&#232;me reli&#233; &#224; la maladie : l'irruption de la maladie mentale chez l'auteur : la bipolarit&#233; (nom euph&#233;mistique donn&#233; aujourd'hui &#224; l'affection maniaco-d&#233;pressive) ; les phases d&#233;pressives ; les phases maniaques ; les p&#233;r&#233;grinations d'un g&#233;n&#233;raliste &#224; l'autre, sans le moindre r&#233;sultats ; les tentatives de psychanalyse (parmi lesquelles la rencontre choquante avec Fran&#231;ois Roustang) ; enfin le bon diagnostic et partant, le bon traitement &#224; Sainte-Anne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le style, la narration, tout cela est direct, efficace, sans p&#233;riphrases, avec des expressions fortes : &#171; le tissu de la banalit&#233; se d&#233;chire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cours du r&#233;cit, nous croisons plusieurs figures qui ont, ou ont eu maille &#224; partir avec la maladie mentale : G&#233;rard Garouste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='appendix' title='G&#233;rard Garouste, L'Intranquille, Le Livre de poche, 2011.' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Philippe Labro&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Philippe Labro, Tomber sept fois, se relever huit, Gallimard, (...)' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Emmanuel Carr&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='appendix' title='Emmanuel Carr&#232;re, Yoga, P.O.L., 2020.' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faut aussi &#233;voquer ici, car c'est un &#233;crit pionnier, le r&#233;cit percutant, &lt;i&gt;Face aux t&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt;, que William Styron livra en 1990 sur sa terrible d&#233;pression&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='appendix' title='William Styron, Darkness visible &#8211; A Memoir of Madness, Jonathan Cape, 1991 (...)' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux th&#232;mes, il me semble, auraient pu &#234;tre davantage approfondis dans &lt;i&gt;Int&#233;rieur nuit&lt;/i&gt;. D'une part, il s'agit de la gen&#232;se de la maladie chez l'auteur. Celle-ci est donn&#233;e comme un fait, dont on ne discerne &#224; aucun moment l'origine. Bien s&#251;r, l'auteur est libre de r&#233;v&#233;ler ou de masquer certaines r&#233;alit&#233;s, ne serait-ce que dans la mesure ou elles mettent en cause des tiers, notamment dans le cercle familial (on pense &#233;videmment aux ascendants). Cependant, bien des questions subsistent : y a-t-il des ant&#233;c&#233;dents familiaux ? le d&#233;clenchement des troubles a-t-il &#233;t&#233; li&#233; &#224; un &#233;v&#233;nement personnel ? &#224; des traumas d'enfance ? &lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, les donn&#233;es sur la th&#233;rapie m&#233;dicamenteuse auraient pu &#234;tre plus explicites, et plus p&#233;dagogiques aussi, au lieu d'une liste de noms. Quelles grandes familles de m&#233;dicaments sont utilis&#233;es ? Quels sont les effets recherch&#233;s ? En quoi certains traitements se sont-ils trouv&#233;s inadapt&#233;s ? Seul l'usage de la K&#233;tamine est un peu plus d&#233;velopp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'objet du livre est bien plus d'alerter que de tenter une somme sur ce vaste sujet. Bien plus r&#233;pandue qu'on ne le croit souvent, la maladie mentale suscite g&#233;n&#233;ralement la frayeur, sur laquelle se referme le couvercle du silence. Le &#171; coming out &#187; tr&#232;s d&#233;cid&#233; de Nicolas Demorand brise un tabou et fait &#339;uvre utile en d&#233;signant des pistes de r&#233;forme, au premier rang desquelles la formation des m&#233;decins g&#233;n&#233;ralistes, en vue d'une orientation rapide des patients en souffrance, vers leurs confr&#232;res psychiatres, afin de leur &#233;viter la cruelle travers&#233;e d'une dangereuse &#171; errance m&#233;dicale &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Monde Magazine, Solenn de Royer : &#171; Nicolas Demorand, la vie apr&#232;s la d&#233;flagration de son t&#233;moignage &#8216;Int&#233;rieur nuit', sur sa sant&#233; mentale &#187;, 16 mai 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;rard Garouste, &lt;i&gt;L'Intranquille&lt;/i&gt;, Le Livre de poche, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Labro, &lt;i&gt;Tomber sept fois, se relever huit&lt;/i&gt;, Gallimard, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuel Carr&#232;re, &lt;i&gt;Yoga&lt;/i&gt;, P.O.L., 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;William Styron, &lt;i&gt;Darkness visible&lt;/i&gt; &#8211; &lt;i&gt;A Memoir of Madness&lt;/i&gt;, Jonathan Cape, 1991 ; Trad. Fr. : &lt;i&gt;Face aux t&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt;, Gallimard, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Accident de personne, Brice Gautier</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/accident-de-personne-brice-gautier</link>
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		<dc:date>2025-08-01T06:49:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Yves Robichon</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s M&#234;me pas mal et La maison commune, ses deux pr&#233;c&#233;dents titres publi&#233;s par Quadrature, Brice Gautier signe son troisi&#232;me recueil Accident de personne chez Zonaires &#233;ditions. Si l'&#233;diteur change, l'auteur poursuit son projet avec d&#233;termination : d&#233;noncer, sans aucune complaisance, les travers de notre soci&#233;t&#233;, les conformismes sociaux et les non-dits qui gangr&#232;nent les huis clos familiaux. D&#232;s la premi&#232;re nouvelle, Accident de personne, euph&#233;misme qui n'annonce rien de bon, nous sommes pr&#233;venus : le (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1454.jpg?1753261273' width='104' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s &lt;i&gt;M&#234;me pas mal&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La maison commune&lt;/i&gt;, ses deux pr&#233;c&#233;dents titres publi&#233;s par &lt;strong&gt;Quadrature&lt;/strong&gt;, Brice Gautier signe son troisi&#232;me recueil &lt;i&gt;Accident de personne&lt;/i&gt; chez &lt;strong&gt;Zonaires &#233;ditions&lt;/strong&gt;. Si l'&#233;diteur change, l'auteur poursuit son projet avec d&#233;termination : d&#233;noncer, sans aucune complaisance, les travers de notre soci&#233;t&#233;, les conformismes sociaux et les non-dits qui gangr&#232;nent les huis clos familiaux. D&#232;s la premi&#232;re nouvelle, &lt;i&gt;Accident de personne&lt;/i&gt;, euph&#233;misme qui n'annonce rien de bon, nous sommes pr&#233;venus : le regard de Brice Gautier est implacable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord, soulignons le parti-pris de la focalisation interne qui implique le lecteur au c&#339;ur m&#234;me de l'intrigue, il vit l'injustice de l'int&#233;rieur. Dans sept nouvelles, le narrateur est une narratrice. Dans deux autres, son genre est questionn&#233;. Le statut de la femme, l'acc&#232;s &#224; l'avortement, l'homophobie, le poids des convenances ou du patriarcat constituent les principaux th&#232;mes qui traversent le recueil. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et pourtant, il serait r&#233;ducteur de limiter notre lecture &#224; cette seule dimension sociale, car le nouvelliste ma&#238;trise toutes les subtilit&#233;s de son art. Chaque nouvelle nous embarque dans les rouages bien huil&#233;s d'une m&#233;canique imparable qui nous saisit, nous &#233;meut, nous trouble ou nous r&#233;volte. Humour jubilatoire dans &lt;i&gt;Une b&#234;te sauvage dans mon garage : Dans sa furie, la laie d&#233;truisait implacablement tout ce qui se trouvait sur son passage, nos souvenirs, les cadeaux de nos amis et m&#234;me le lustre que Pierre avait choisi pour tr&#244;ner au-dessus de la table en noyer lac&#233;r&#233;e par les griffes de la b&#234;te. Et cela ne me faisait rien&lt;/i&gt;. Dimension fantastique dans &lt;i&gt;Retour de flamme&lt;/i&gt;. Chute bouleversante dans &lt;i&gt;Un certain &#233;quilibre&lt;/i&gt;. Incipit d&#233;routant dans &lt;i&gt;Un bouquet de coquelicots&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Aujourd'hui, j'ai perdu ma femme. C'est loin d'&#234;tre la premi&#232;re fois et je fatigue un peu&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, un recueil ardent, tendu, qu'il vaut mieux lire par &#233;tape, pour reprendre pied entre chacune des histoires qui le composent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne d&#233;florerai pas ces dix nouvelles, j'&#233;voquerai simplement le personnage de Paul, dans &lt;i&gt;Une question d'&#233;ducation&lt;/i&gt;. Ce jeune homme sensible, envisageant son entr&#233;e aux beaux-arts, sera &#171; suspect&#233; &#187; d'homosexualit&#233; par sa famille traditionaliste. Contrairement &#224; Sterenn, la malheureuse victime d'un &lt;i&gt;Accident de personne&lt;/i&gt;, Paul fera le choix de la vie. Ainsi va le destin des personnages de Brice Gautier, leur libert&#233; n'est jamais acquise, en rompant avec le milieu qui les bride, ils la conqui&#232;rent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le recueil se cl&#244;t par &lt;i&gt;Un bouquet de coquelicots&lt;/i&gt;, texte diff&#233;rent, touchant de po&#233;sie, o&#249; la d&#233;pendance li&#233;e &#224; la perte de la m&#233;moire &#8211; sujet d&#233;j&#224; abord&#233; par l'auteur dans &lt;i&gt;Quand minuit sonne&lt;/i&gt; &#8211; est &#233;voqu&#233;e avec une rare d&#233;licatesse. Cette nouvelle a fait l'objet d'une lecture dans le cadre d'un partenariat entre la revue &lt;a href=&#034;https://www.ruesaintambroise.com/&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Rue Saint-Ambroise&lt;/a&gt; et l'association &lt;a href=&#034;https://www.rueduconservatoire.fr/&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Rue du Conservatoire&lt;/a&gt;. &#192; d&#233;couvrir en suivant &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=wq1JbQSvtcc&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;ce lien&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore, Brice Gautier d&#233;montre la force de frappe de la nouvelle. Quelques pages, une intrigue bien men&#233;e, des personnages attachants valent mieux que bien des discours. En refermant le recueil, on ne voit plus le monde tout &#224; fait comme avant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Les Meilleures nouvelles de Colette</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/les-meilleures-nouvelles-de-colette</link>
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		<dc:date>2025-07-23T08:51:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Perrut</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La chaufferette, c'&#233;tait un petit appareil qu'au 19e si&#232;cle, les enfants emportaient avec eux &#224; l'&#233;cole pour se chauffer les pieds pendant les durs mois d'hiver. Cet objet en m&#233;tal se pr&#234;tait aux usages les plus inattendus, tant&#244;t arme redoutable dans les bagarres entre les petits, tant&#244;t fourneau pour y faire cuire des ch&#226;taignes, dont les senteurs rem&#233;mor&#233;es r&#233;veillent la nostalgie de la narratrice. L'instrument en effet est d&#233;j&#224; tomb&#233; en d&#233;su&#233;tude du vivant de l'autrice. Mais, au d&#233;tour de cette (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/" rel="directory"&gt;Critiques de recueils de nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1453.jpg?1753260788' width='113' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La chaufferette, c'&#233;tait un petit appareil qu'au 19e si&#232;cle, les enfants emportaient avec eux &#224; l'&#233;cole pour se chauffer les pieds pendant les durs mois d'hiver. Cet objet en m&#233;tal se pr&#234;tait aux usages les plus inattendus, tant&#244;t arme redoutable dans les bagarres entre les petits, tant&#244;t fourneau pour y faire cuire des ch&#226;taignes, dont les senteurs rem&#233;mor&#233;es r&#233;veillent la nostalgie de la narratrice. L'instrument en effet est d&#233;j&#224; tomb&#233; en d&#233;su&#233;tude du vivant de l'autrice. Mais, au d&#233;tour de cette &#233;vocation si prenante, Colette nous prend &#224; contre-pied. &lt;i&gt;La Chaufferette&lt;/i&gt;, titre de cette nouvelle qui cl&#244;t le recueil, n'est qu'un pr&#233;texte pour nous confier&#8230; son absence de vocation pour l'&#233;criture : &lt;i&gt;Pourtant ma vie s'est &#233;coul&#233;e &#224; &#233;crire&#8230; N&#233;e d'une famille sans fortune, je n'avais appris aucun m&#233;tier. Je savais grimper, siffler, courir, mais personne n'est venu me proposer une carri&#232;re d'&#233;cureuil, d'oiseau ou de biche. Le jour o&#249; la n&#233;cessit&#233; me mit une plume en main et qu'en &#233;change des pages que j'avais &#233;crites on me donna un peu d'argent, je compris qu'il me faudrait chaque jour, lentement, docilement &#233;crire, patiemment concilier le son et le nombre, me lever t&#244;t de pr&#233;f&#233;rence, me coucher tard par devoir... C'est une langue bien difficile que le fran&#231;ais. A peine &#233;crit-on depuis quarante-cinq ans qu'on commence &#224; s'en apercevoir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En baie de Somme&lt;/i&gt; se pr&#233;sente comme le journal, de facture tr&#232;s contemporaine, parfois t&#233;l&#233;graphique, d'une longue sortie &#224; la plage. Plusieurs entr&#233;es cadencent cette journ&#233;e, marqu&#233;e par la fr&#233;n&#233;sie du d&#233;part, la volupt&#233; des bains de soleil, ainsi que le regard sarcastique de la narratrice sur les petits parigots, &#171; ces petits morveux pass&#233;s au jus de chique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le rire&lt;/i&gt;, une autre de mes nouvelles pr&#233;f&#233;r&#233;es, d&#233;marre ainsi : &lt;i&gt;Elle riait volontiers, d'un rire jeune et aigu qui mouillait ses yeux de larmes, et qu'elle se reprochait apr&#232;s comme un manquement &#224; la dignit&#233; d'une m&#232;re charg&#233;e de quatre enfants et de soucis d'argent. Elle ma&#238;trisait les cascades de son rire, se gourmandait s&#233;v&#232;rement : &#171; Allons ! Voyons&#8230; &#187;, puis c&#233;dait &#224; une rechute de rire qui faisait trembler son pince-nez&lt;/i&gt;. Il s'agit bien s&#251;r de Sidonie, la m&#232;re admir&#233;e qui, dans ce court texte, se morig&#232;ne une fois de plus d'&#234;tre prise de fou rire devant les acrobaties d'un petit chat, tandis qu'elle porte le grand deuil de son mari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa collection &lt;i&gt;Les Meilleures nouvelles&lt;/i&gt;, qui compte maintenant une petite dizaine de titres, dont plusieurs pr&#233;sent&#233;s sur notre site&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='appendix' title='D. Perrut, &#171; Les meilleures nouvelles de Sherwood Anderson par les ERSA &#187;, (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les &lt;a href=&#034;https://www.ruesaintambroise.com/&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&#201;ditions Rue Saint Ambroise&lt;/a&gt; font donc para&#238;tre un volume de nouvelles de Colette. Celui-ci couvre trois d&#233;cennies dans un ordre chronologique, r&#233;unissant des moments pr&#232;s de l'oc&#233;an (&lt;i&gt;Partie de p&#234;che&lt;/i&gt;), des souvenirs de Music-Hall (&lt;i&gt;L'Accompagnatrice&lt;/i&gt;), l'irruption de la grande guerre (&lt;i&gt;La Nouvelle&lt;/i&gt;), des sc&#232;nes courtelinesques (&lt;i&gt;Un Timbre &#224; 0 fr. 60, svp !&lt;/i&gt;) et une histoire d'inceste dans la campagne (&lt;i&gt;Le Sieur Binard&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;labor&#233; par Julie Wolkenstein, ce volume comprend 34 nouvelles, parfois tr&#232;s courtes, issues de 17 recueils. Selon les standards de la collection, des notices en fin de volume nous renseignent sur le contexte pr&#233;cis dans lequel chacun des recueils a &#233;t&#233; &#233;labor&#233;. Avec cet outil de r&#233;f&#233;rence, le lecteur poss&#232;de toutes les cartes pour approfondir l'&#339;uvre d'une autrice, qui nous surprend ici par la vari&#233;t&#233; de ses modes d'&#233;nonciation, passant avec aisance du &lt;i&gt;je&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;L'Accompagnatrice&lt;/i&gt;) au &lt;i&gt;tu&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Dimanche&lt;/i&gt;), et relatant des dialogues entre deux animaux, Toby-chien et Kiki-la-doucette (&lt;i&gt;Une Visite&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;face de Julia Kristeva explore les formes de la sexualit&#233; chez Colette, tandis que celle de Mona Ozouf retrace son long &#171; commerce &#187; avec elle, entre d&#233;couvertes, oublis et red&#233;couvertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage referm&#233;, on se demandera, avec Julie Wolkenstein, si les courts morceaux rassembl&#233;s ici rel&#232;vent de la nouvelle ou constituent des &#171; fragments &#187;, des &#171; biograph&#232;mes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; J'aime certains traits biographiques qui, dans la vie d'un &#233;crivain (...)' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, soit miettes resurgies du pass&#233;, soit sc&#232;nes du pr&#233;sent. Qu'importe apr&#232;s tout, ils jettent une lumi&#232;re nouvelle sur une &#233;crivaine que son grand talent et son combat pour l'autonomie nous rendent irr&#233;sistiblement attachante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb3-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D. Perrut, &#171; Les meilleures nouvelles de Sherwood Anderson par les ERSA &#187;, 2022 ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/les-meilleures-nouvelles-de-h-p-lovecraft-de-nouvelles-traductions-et-un-inedit' class='spip_in'&gt;J.-M. Calvez, &#171; Les Meilleures nouvelles de H. P. Lovecraft par les ERSA &#187;, 2020 &lt;/a&gt; ; &lt;br class='autobr' /&gt;
N. Barri&#233;, &#171; Les Meilleures nouvelles de Katherine Mansfield par les ERSA &#187;, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; J'aime certains traits biographiques qui, dans la vie d'un &#233;crivain m'enchantent &#224; l'&#233;gal de certaines photographies : j'ai appel&#233; ces traits des &#171; biograph&#232;mes &#187;. Roland Barthes, &lt;i&gt;La Chambre claire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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