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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Statut de la nouvelle Partie #5 &#8211; Bernardo Toro de RSA pr&#233;sente la SUITE</title>
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		<dc:date>2023-03-11T11:35:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bernardo Toro</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Bernardo Toro, des &#233;ditions Rue Saint Ambroise, nous fait le plaisir de nous partager son plaidoyer pour un nouveau genre litt&#233;raire qui se situe &#224; la fronti&#232;re du roman et du recueil de nouvelles, la &#171; suite &#187;. Ce genre est inaugur&#233; chez RSA par la collection de m&#234;me nom. &lt;br class='autobr' /&gt;
LA SUITE Plaidoyer pour un nouveau genre litt&#233;raire &lt;br class='autobr' /&gt;
On se d&#233;sole du sort r&#233;serv&#233; &#224; la nouvelle sans suffisamment s'interroger sur les causes. Celle qu'on &#233;voque le plus souvent, l'h&#233;g&#233;monie du roman, provient d'une confusion entre (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/" rel="directory"&gt;Plein feu sur&#8230;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Bernardo Toro, &lt;a href=&#034;http://ruesaintambroise.weebly.com/&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;des &#233;ditions Rue Saint Ambroise&lt;/a&gt;, nous fait le plaisir de nous partager son plaidoyer pour un nouveau genre litt&#233;raire qui se situe &#224; la fronti&#232;re du roman et du recueil de nouvelles, la &#171; suite &#187;. Ce genre est inaugur&#233; chez RSA par la collection de m&#234;me nom.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;LA SUITE
Plaidoyer pour un nouveau genre litt&#233;raire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On se d&#233;sole du sort r&#233;serv&#233; &#224; la nouvelle sans suffisamment s'interroger sur les causes. Celle qu'on &#233;voque le plus souvent, l'h&#233;g&#233;monie du roman, provient d'une confusion entre genre et format qu'il serait temps de dissiper. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le genre (la nouvelle) est une cat&#233;gorie litt&#233;raire, alors que le format (le recueil de nouvelles) est un objet &#233;ditorial. L'h&#233;g&#233;monie incontestable du roman ne signe pas la d&#233;faite d'un genre (la nouvelle), mais la faillite d'un format (le recueil). Pour redonner &#224; la nouvelle la place qui &#233;tait autrefois la sienne, il nous faut donc identifier les d&#233;fauts du format et tenter de les corriger.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Quelques remarques pr&#233;liminaires &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si la publication d'ouvrages ne contenant qu'une seule nouvelle &#233;tait rentable, il est possible que les recueils n'existeraient pas ou tr&#232;s peu. Ceux-ci r&#233;pondent donc &#224; une contrainte &#233;conomique et non &#224; une n&#233;cessit&#233; litt&#233;raire. Au XIXe si&#232;cle, les journaux ont assur&#233; une diffusion unitaire de la nouvelle avec &#233;clat. L'&#226;ge d'or de la nouvelle date fort logiquement de cette &#233;poque. Les recueils se sont d&#233;velopp&#233;s &#224; l'ombre des journaux et principalement pour pallier le caract&#232;re &#233;ph&#233;m&#232;re de ceux-ci. Les nouvelles parues un jour &#233;tant introuvables d&#232;s le lendemain, le relais des recueils s'est av&#233;r&#233; n&#233;cessaire. Au tournant du si&#232;cle, quand les journaux ont cess&#233; de publier des nouvelles, les recueils ont perdu leur principale raison d'&#234;tre. En France, le d&#233;clin de la nouvelle date de cette &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Les inconv&#233;nients du recueil &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis plus d'un si&#232;cle, nous ne cessons d'attribuer &#224; la nouvelle les d&#233;fauts du recueil et cette confusion nous emp&#234;che de r&#233;fl&#233;chir aux inconv&#233;nients du format. Mais quels sont donc ces inconv&#233;nients ? &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s que nous nous familiarisons avec l'intrigue et les personnages d'une nouvelle, celle-ci s'ach&#232;ve et le recueil nous projette dans une nouvelle histoire avec d'autres personnages et une intrigue diff&#233;rente. L'effort que ces accommodements incessants nous imposent finit par nous lasser. Les enqu&#234;tes montrent que peu de recueils sont lus jusqu'au bout. Soit que l'effort s'av&#232;re p&#233;nible &#224; force d'&#234;tre renouvel&#233;, soit qu'au bout de quelques nouvelles le lecteur estime avoir lu suffisamment &#8211; qu'il ait aim&#233; ou pas les textes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par opposition, l'effort que le roman nous r&#233;clame est fourni une fois pour toutes et n'a plus besoin d'&#234;tre renouvel&#233;. Une fois entr&#233;s dans l'histoire, nous nous d&#233;pla&#231;ons dans un univers de plus en plus familier.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;L'avenir de la nouvelle &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;flexions au sujet du format nous poussent &#224; r&#234;ver d'un nouveau genre capable de concilier la vari&#233;t&#233; du recueil et l'unit&#233; du roman, la concision de la nouvelle et la richesse du roman. C'est l'ambition de notre nouvelle collection, offrir une alternative au recueil en faisant appel &#224; un nouveau genre qui &#233;chappe &#224; la vari&#233;t&#233; lassante du recueil sans tomber dans l'uniformit&#233; monotone du roman. Un genre qui serait &#224; la nouvelle ce que la s&#233;rie est au film, un ensemble d&#233;coup&#233; en unit&#233;s ind&#233;pendantes qui r&#233;alise la synth&#232;se entre deux exigences en apparence contradictoires, la coh&#233;sion de l'ensemble et la vari&#233;t&#233; des parties.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;LA SUITE
D&#233;finition &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous appellerons &#171; suite &#187; ce nouveau genre litt&#233;raire. Un genre compos&#233; de r&#233;cits ind&#233;pendants (pouvant &#234;tre lus s&#233;par&#233;ment), mais reli&#233;s entre eux par un ou par plusieurs fils conducteurs : le th&#232;me, le lieu, le personnage, l'action. &lt;br class='autobr' /&gt;
Examinons &#224; titre d'exemple cette magnifique suite qu'est &lt;i&gt;Winesburg-en-Ohio&lt;/i&gt; de Sherwood Anderson. Comme le titre l'indique, les diff&#233;rentes histoires qui la composent se passent toutes dans le m&#234;me village du Middle West. Le lieu est donc le lien explicite. On y trouve aussi des personnages r&#233;currents et des faits identiques racont&#233;s &#224; partir de points de vue diff&#233;rents. &#192; ces liens superficiels s'ajoute un autre plus profond, le th&#232;me de la solitude moderne &#9472; qui ne rel&#232;ve pas de l'isolement social.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Historique &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Winesburg-en-Ohio&lt;/i&gt; date de 1919. Il semble donc difficile de consid&#233;rer la suite comme un genre nouveau. Pourtant l'incapacit&#233; des critiques &#224; l'identifier comme tel les a pouss&#233; &#224; classer ce livre tant&#244;t dans la cat&#233;gorie roman, tant&#244;t dans la cat&#233;gorie recueil de nouvelles, sans percevoir ce qu'il a de sp&#233;cifique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'ont-ils en commun des ouvrages aussi divers que &lt;i&gt;Chroniques martiennes&lt;/i&gt; de Ray Bradbury, &lt;i&gt;Le Gambit du cavalier&lt;/i&gt; de William Faulkner, &lt;i&gt;Manhattan Transfert&lt;/i&gt; de John Dos Passos, &lt;i&gt;Marelle&lt;/i&gt; de Julio Cortazar, &lt;i&gt;Le livre du rire et de l'oubli de Milan Kundera&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les d&#233;tectives sauvages&lt;/i&gt; de Roberto Bola&#241;o, &lt;i&gt;L'acacia&lt;/i&gt; de Claude Simon, &lt;i&gt;Trailerpark&lt;/i&gt; de Russell Banks, &lt;i&gt;Plasmas&lt;/i&gt; de C&#233;line Minard, &lt;i&gt;Obabakoak&lt;/i&gt; de Bernardo Atxaga, &lt;i&gt;Sefarad&lt;/i&gt; d'Antonio Munoz Molina, &lt;i&gt;Cano&#235;s&lt;/i&gt; de Maylis de Kerangal, ou, plus pr&#232;s de nous, &lt;i&gt;Vent de boulet&lt;/i&gt; de Sylvie Dubin ? Rien en apparence, &#224; en croire les critiques qui n'ont jamais song&#233; &#224; les associer. Ces ouvrages partagent pourtant un m&#234;me principe de composition qui ne rel&#232;ve ni du roman ni du recueil de nouvelles. Leur lecture devrait vous permettre de vous faire une id&#233;e concr&#232;te de l'infinie souplesse et des multiples possibilit&#233;s qu'offre la suite.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;La progression &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour que la suite se constitue comme un genre &#224; part enti&#232;re une condition s'av&#232;re n&#233;cessaire : la pr&#233;sence d'une progression. Un m&#234;me th&#232;me, un lieu unique ou le retour d'un m&#234;me personnage ne suffissent pas &#224; constituer une suite. Il faut encore que les r&#233;cits y soient dispos&#233;s suivant une certaine progression qui donne une orientation, une organisation et une direction &#224; l'ensemble. &#192; la diff&#233;rence du recueil, dans la suite l'ordre des textes n'est ni arbitraire ni interchangeable, mais motiv&#233; et structurant. C'est lui qui conduit l'ensemble d'un point A &#224; un point Z en passant par une s&#233;rie de points interm&#233;diaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
La forme de cette progression d&#233;pend de la vis&#233;e de la suite. Si son objectif est l'exploration d'un monde qu'il soit r&#233;el (&lt;i&gt;Manhattan Transfer, Trailerpark&lt;/i&gt;) ou imaginaire (&lt;i&gt;Chroniques martiennes, Obabakoak&lt;/i&gt;) sa progression sera forc&#233;ment plus spatiale que temporelle, et pour ainsi dire kal&#233;idoscopique. Si la vis&#233;e de la suite est la connaissance d'un personnage (&lt;i&gt;Marelle, Les d&#233;tectives sauvages&lt;/i&gt;) la dimension chronologique sera au contraire dominante. Si c'est le th&#232;me qui structure la suite (&lt;i&gt;Le livre du rire et de l'oubli, Plasmas, Sefarad&lt;/i&gt;) celle-ci se d&#233;veloppera suivant une logique arborescente qui rappelle la composition musicale. D'o&#249; le terme que nous avons choisi pour designer ce genre. Suite est, en effet, un vieux mot fran&#231;ais qui s'est impos&#233; dans toutes les langues dans son acception musicale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;La progression ne d&#233;rive pas de l'action &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un autre principe doit &#233;galement &#234;tre pris en consid&#233;ration : la progression ne peut pas d&#233;river de l'action, &#224; moins que les faits soient pr&#233;sent&#233;s de mani&#232;re non chronologique ou elliptique. La raison en est simple, une suite qui suivrait pas &#224; pas les diff&#233;rentes &#233;tapes d'une histoire entrerait dans la cat&#233;gorie roman. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette condition nous semble toutefois moins importante que celle qui permet &#224; la suite de se diff&#233;rencier du recueil (la progression). Du point de vue de la r&#233;ception, une suite qui se situe aux fronti&#232;res du roman pr&#233;sente moins d'inconv&#233;nients qu'une &#171; suite &#187; qui, d&#233;pourvue de progression, retomberait dans l'&#233;parpillement du recueil.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;L'intrigue &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les chapitres d'un roman ne laissent pas n&#233;cessairement des blancs. Le seul blanc dont le roman a besoin pour constituer son intrigue se situe dans l'avenir (Que va-t-il arriver ? Comment l'histoire va-t-elle se terminer ?) Dans une suite, au contraire, l'agencement d'histoires ind&#233;pendantes laisse n&#233;cessairement des blancs. L'intrigue provient davantage des interstices entre les histoires que du suspense qu'elles laissent planer devant elles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des histoires ind&#233;pendantes tissent un riche et subtil r&#233;seau de relations dont le d&#233;voilement progressif constitue l'intrigue sous-jacente de la suite. L'intrigue ne porte donc plus sur des faits qui seront r&#233;v&#233;l&#233;s ult&#233;rieurement, mais sur les liens souvent implicites entre des faits d&#233;j&#224; connus. Lire une suite revient &#224; rassembler les pi&#232;ces d'un puzzle afin d'admirer une image qui n'existe pas forc&#233;ment dans le livre, mais se forme dans l'esprit du lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;La suite et la s&#233;rie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si nous avions &#224; d&#233;finir la suite suivant les cat&#233;gories propres &#224; la narrative t&#233;l&#233;visuelle, on dira que la suite est un mixte entre la s&#233;rie &#224; &#233;pisodes boucl&#233;s et le feuilleton. Une forme interm&#233;diaire que les critiques appellent s&#233;rie-feuilletonnante ou s&#233;rie mixte. Dans ce type de s&#233;rie, les r&#233;cits boucl&#233;s &#224; la fin de chaque &#233;pisode s'inscrivent dans une perspective globale qu'ils contribuent &#224; compl&#233;ter, &#224; d&#233;velopper et &#224; nuancer. Citons &#224; titre d'exemple la c&#233;l&#232;bre s&#233;rie &lt;i&gt;The Crown&lt;/i&gt;. Chaque &#233;pisode est ind&#233;pendant, mais l'ensemble vous donne une vision de plus en plus compl&#232;te et nuanc&#233;e de la famille royale. Les s&#233;ries t&#233;l&#233;visuelles adoptent de plus en plus cette forme interm&#233;diaire qui permet de conjuguer (tout comme la suite que nous pr&#233;conisons) l'unit&#233; du feuilleton et la vari&#233;t&#233; de la s&#233;rie. Citons, en autres, &lt;i&gt;Urgences, New York Police Blues, Ally McBeal, Buffy contre les vampires, Tales from the Loop&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;La modernit&#233; de la suite&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Existe-il une raison profonde &#224; l'av&#232;nement de la suite ou s'agit-il d'un simple raccommodage formel visant &#224; r&#233;concilier le public avec la forme courte ? Comme la plupart des renouvellements formels, la suite semble r&#233;pondre &#224; une n&#233;cessit&#233; plus profonde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un monde o&#249; des d&#233;terminations ext&#233;rieures (sociales, &#233;conomiques, politiques) sont fortes et notre capacit&#233; d'agir r&#233;duite, savoir ce qui va arriver (il arrive toujours la m&#234;me chose et &#224; peu pr&#232;s de la m&#234;me mani&#232;re) est d'un int&#233;r&#234;t limit&#233;. Nos vies manquent de nouveaut&#233;, de relief et de suspense et pourtant elles rec&#232;lent quelque chose de fascinant parce que myst&#233;rieux. D'o&#249; vient leur myst&#232;re ? Pourquoi la trame de notre vie nous &#233;chappe ? Pourquoi celle-ci nous para&#238;t aussi opaque et imp&#233;n&#233;trable ? Probablement en raison des blancs, des ruptures et des multiples qui la composent. Imaginer qu'une action englobante peut donner unit&#233; et sens &#224; cet ensemble discontinu est une fable &#224; laquelle nous avons du mal &#224; croire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne vivons plus dans un monde o&#249; l'homme se r&#233;v&#232;le &#224; lui-m&#234;me par l'action. Cette vision &#233;pique que beaucoup de romans se complaisent &#224; nous offrir est une compensation imaginaire. Elle rel&#232;gue la litt&#233;rature au rang de divertissement. Par opposition, un dispositif qui, comme la suite, met en sc&#232;ne le discontinu et le multiple semble interroger l'existence telle qu'elle se pr&#233;sente r&#233;ellement &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;En guise de conclusion &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons pour conclure qu'aucun des principes avanc&#233;s plus haut ne saurait avoir valeur de prescription ou de r&#232;gle. Comme toujours dans l'art, la pratique doit d&#233;border la th&#233;orie. Il y a autant de suites possibles que d'auteurs &#224; l'&#339;uvre, autant de mani&#232;res de conjuguer unit&#233; et multiplicit&#233; que de subjectivit&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si la mise en place d'ateliers d'&#233;criture peut s'av&#233;rer utile, c'est moins pour encadrer ou canaliser les pratiques que pour les stimuler et les enrichir gr&#226;ce aux lectures, aux avis et aux conseils des autres. Nous avons, en effet, beaucoup apprendre les uns des autres. Ces lignes ne sont qu'un premier &#233;lan que chacun doit poursuivre &#224; sa mani&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Statut de la nouvelle Partie #4 - Interview de Florence Petry, responsable des &#233;ditions La Chambre d'&#233;chos</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/statut-de-la-nouvelle-partie-4-interview-de-florence-petry-responsable-des</link>
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		<dc:date>2022-09-04T17:15:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Nouvelle Donne : &lt;br class='autobr' /&gt;
Bonjour Florence, comment vous &#234;tes-vous &#233;veill&#233;e &#224; la nouvelle ? et comment la Chambre d'&#233;chos s'y est-elle engag&#233;e ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Florence Petry : &lt;br class='autobr' /&gt;
Nos histoires de lecteur sont celles de nos &#233;motions fortes. Pour moi et pour ce qui est de la nouvelle, ce furent, chronologiquement et assez classiquement, Tch&#233;kov, Edith Wharton, Carson Mac Cullers, Le Cl&#233;zio, Carver, Grace Paley. Mais il y a eu un moment fondateur. Dans les lointaines ann&#233;es 80 m'est advenue l'exp&#233;rience, gr&#226;ce &#224; Fran&#231;oise (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/" rel="directory"&gt;Plein feu sur&#8230;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nouvelle Donne : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonjour Florence, comment vous &#234;tes-vous &#233;veill&#233;e &#224; la nouvelle ? et comment la Chambre d'&#233;chos s'y est-elle engag&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Florence Petry :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos histoires de lecteur sont celles de nos &#233;motions fortes. Pour moi et pour ce qui est de la nouvelle, ce furent, chronologiquement et assez classiquement, Tch&#233;kov, Edith Wharton, Carson Mac Cullers, Le Cl&#233;zio, Carver, Grace Paley. Mais il y a eu un moment fondateur. Dans les lointaines ann&#233;es 80 m'est advenue l'exp&#233;rience, gr&#226;ce &#224; Fran&#231;oise Pasquier des Editions Tierce, de me voir confier la (re)traduction du premier recueil en France d'Alice Munro. A cause d'elle j'ai bien failli devenir traductrice. Et j'ai acc&#233;d&#233; autrement &#224; la nouvelle, j'ai &#233;t&#233; vraiment initi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a 20 ans nous ouvrions, Jean-Louis Ughetto, Jean-Michel Humeau et moi, &#224; titre exp&#233;rimental au d&#233;but et &#224; c&#244;t&#233; de nos activit&#233;s professionnelles respectives, La Chambre d'&#233;chos (avec un s). Un homme du son, un homme de l'image, une femme et deux hommes de l'&#233;crit. Je sugg&#232;re au passage que la nouvelle, peut-&#234;tre plus que le roman, a quelque chose &#224; voir avec le son et l'image, l'appel aux sens. Il y a quelque temps j'ai rencontr&#233;, au hasard d'une &#233;mission de radio, une d&#233;finition de la lecture qui me convenait, Philippe Val qui disait (apr&#232;s la sortie de son livre &lt;i&gt;Tu finiras clochard comme ton Zola&lt;/i&gt;...) : &#171; &lt;i&gt;Un bon livre, c'est un livre qui vous modifie&lt;/i&gt; &#187;. C'est vrai aussi d'une bonne nouvelle, m&#234;me si cela se passe discr&#232;tement. La nouvelle, elle aussi, autant que le roman, a un &lt;i&gt;pouvoir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi 72 titres publi&#233;s &#224; ce jour, 23 recueils de nouvelles. Pr&#232;s du tiers. Ce sont incontestablement Jean-Pierre Rochat et son ancrage terrien, Adam Biro et son style inimitable, que je lis, moi, avec l'accent, Jean-Louis Ughetto et son incroyable sens de l'ellipse, qui nous ont port&#233;s. La gageure &#233;tant de survivre. Nous avons &#233;t&#233; vraiment aid&#233;s par les revues : &lt;i&gt;Br&#232;ves, Nouvelle Donne, D&#233;charge, Verso&lt;/i&gt;... Au d&#233;but, nous pouvions encore nous appuyer sur nos premiers diffuseurs, Bernard Franc&#232;s, puis Marjolaine H&#233;mery, qui nous offraient le m&#234;me travail de pr&#233;sentation en librairie pour les nouvelles que pour les autres titres. Apr&#232;s eux nous n'avons jamais retrouv&#233; &#231;a. Inutile de dire qu'il y a souvent eu du d&#233;ficit dans l'air. Jean-Louis comblait en louant son mat&#233;riel professionnel sur des tournages ; Jean-Michel et moi en faisant des chantiers du b&#226;timent les week-ends et pendant les vacances &#224; c&#244;t&#233; de nos professions respectives de la semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;roulant la lecture du recueil d'un nouvel auteur on rentre dans sa vie ou son rapport &#224; la vie autant qu'en plusieurs romans d'une &#339;uvre. Dans l'afflux de manuscrits qui nous parviennent, si on laisse les recueils qui vous tombent des mains et pour n'&#233;voquer que ceux qui vous happent, on connait l'all&#233;gresse, la plong&#233;e en eaux profondes, le pas de randonn&#233;e, le sentiment d'oppression. On est au bord de vies proches, famili&#232;res, ou entrevues, ou de moments v&#233;cus soi-m&#234;me. La nouvelle : lieu de l'intime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A vrai dire, il y aurait un recueil (de nouvelles) &#224; faire avec les histoires de l'&#233;dition de chacun de nos recueils publi&#233;s. Rochat, il avait envoy&#233; son premier recueil aux &#233;ditions Recherches, &#224; l'&#233;poque anim&#233;es par un collectif, le Cerfi, dont je faisais partie, juste au moment o&#249; elles cessaient de publier pour de nombreuses ann&#233;es. 20 ans plus tard, nous avons cherch&#233; son t&#233;l&#233;phone en Suisse, l'avons appel&#233;, il a r&#233;pondu, imperturbable, que le recueil et quelques nouvelles compl&#233;mentaires &#233;taient au grenier, un peu rong&#233;s, o&#249; ils attendaient. Jean-Louis et Jean-Michel sont partis &#224; Vauffelin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Erika Magdalenski &#233;crivait comme on r&#234;ve, elle a disparu de notre champ de vision peu apr&#232;s la publication des &lt;i&gt;21 histoires d'amour d&#233;licates&lt;/i&gt;. Joelle Basso (&lt;i&gt;Chiens de fa&#239;ence&lt;/i&gt;) &#233;tait la sobri&#233;t&#233; m&#234;me, avec elle on fr&#244;le le secret &#224; chaque instant. Rochat r&#233;apparaissait physiquement &#224; chaque recueil, blanchi, lest&#233; d'une tranche de vie nouvelle. L&#224; il est pass&#233; sous une charrette qui lui a broy&#233; quelques os. L&#224; il a eu de nouveaux animaux, qui lui en rappellent d'autres. L&#224; il &#233;voque ses 20 ans pas sages. Jean-Louis passe d'&#233;vocation de tournages en vir&#233;es risqu&#233;es sur 3 continents, sobre en mots, pas dans la vie &#233;voqu&#233;e. Adam &#233;crit comme il respire. Sarah Bouyain (&lt;i&gt;M&#233;tisse fa&#231;on&lt;/i&gt;) plonge dans ses racines et venge sa grand-m&#232;re. Karim Lahoucine tente de r&#233;sister &#224; l'exil dans un Paris inamical, il repartira au Maroc, nous laissant le t&#233;moignage d'une jeunesse marocaine &#233;cras&#233;e de mis&#232;re (&lt;i&gt;Un r&#234;ve plus grand que son &#226;ge&lt;/i&gt;). Jean-Louis nous donne cinq recueils sous-titr&#233;s successivement &lt;i&gt;Escales, Suites, Rechutes, S&#233;quelles, Anicroches&lt;/i&gt;. Understatements&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Euph&#233;mismes' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Puis il nous quitte sans retour. En 2020 Nouvelle Donne met &#224; l'&#233;preuve son statut de collectif pour produire un premier recueil-manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur, avec la nouvelle, est mis &#224; l'&#233;preuve. A chaque texte, dans un recueil, il est au pied du mur, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me touche dans les nouvelles, impr&#233;gn&#233;es d'exp&#233;riences personnelles, c'est qu'elles sont fr&#233;missantes de vie. La nouvelle, certes construite et rythm&#233;e, n'entreprend pas la d&#233;marche d'une construction litt&#233;raire charpent&#233;e comme l'exige le roman, ni progressive. Ce n'est pas le propos de l'auteur : il est press&#233;. Ce qu'il donne, ce qu'il donne &#224; lire, c'est du v&#233;cu intense, secret, partageable seulement par l'&#233;crit. Une part personnelle de v&#233;rit&#233; d'un moment, d'une passe, et l'urgence de la communiquer.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la nouvelle, donc, un lectorat particuli&#232;rement disponible, un peu acrobate, un peu aventurier. Mais je ne crois pas que le monde de la nouvelle soit impossible &#224; faire appr&#233;cier en France. Ce qui est probl&#233;matique, c'est de faire conna&#238;tre de nouveaux auteurs, romans, r&#233;cits, nouvelles si l'on est, de plus, petit &#233;diteur ind&#233;pendant sans attach&#233; de presse, ni roulements de tambour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a toutefois des conditions plus favorables. Un recueil doit avoir une porte d'acc&#232;s. Le nom de l'auteur en est une, s'il a ses lecteurs. Mais il faut que les nouvelles se regroupent aupr&#232;s d'un th&#232;me, un lieu, une atmosph&#232;re, une &#233;poque. Sinon c'est une maison sans porte ! Il est plus facile de lancer en librairie &lt;i&gt;M&#233;tisse fa&#231;on&lt;/i&gt; (S.B) ou &lt;i&gt;Voyageurs &#233;blouis&lt;/i&gt; (Milena Hirsch), ou &lt;i&gt;La ville aux maisons qui penchent, suites nantaises&lt;/i&gt; (M.-H. Prouteau) que &lt;i&gt;Ind&#233;cis soit-il&lt;/i&gt;, d'Ughetto ou &lt;i&gt;Chiens de fa&#239;ence&lt;/i&gt;. Notons que le lecteur d'un salon, port&#233; par l'&#233;tendue de l'offre de titres, est souvent plus curieux, en ce qui concerne la nouvelle, que celui de la librairie. Et que les tr&#232;s nombreux auteurs de nouvelles sont... de grands lecteurs de nouvelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une conclusion ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que j'aime dans la nouvelle, - je parle l&#224; plut&#244;t de la nouvelle courte, de quelques pages ou un peu plus - c'est que chacune est un pari. Lancer l'atmosph&#232;re, le lieu, l'action, le - les personnages, toucher le lecteur au c&#339;ur, l'embarquer. Ne pas ou &#224; peine conclure, et l'histoire continue &#224; vibrer....&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui ouvrira une librairie de la nouvelle ? Des sections de nouvelles dans les librairies existantes ? Une &#233;mission qui lui sera consacr&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Corine Sylvia Congiu en d&#233;cembre 2021&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : Philippe Val, &lt;i&gt;Tu finiras clochard comme ton Zola&lt;/i&gt;, &#233;ditions de l'Observatoire, 1019.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Euph&#233;mismes&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Statut de la nouvelle (Partie #3)</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/statut-de-la-nouvelle-partie-3</link>
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		<dc:date>2022-07-31T15:12:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Calvez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L&#233;o Lamarche &lt;br class='autobr' /&gt;
Je crains fort de d&#233;cevoir certains, car &#224; la question &#034;Pourquoi &#233;crire des nouvelles ?&#034;, je r&#233;ponds tout bonnement que je n'en sais rien. C'&#233;tait il y a longtemps d&#233;j&#224;, j'ai &#233;t&#233; happ&#233;e par le d&#233;mon du noir et j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire... la question de la forme ne s'est m&#234;me pas pos&#233;e, c'est venu naturellement. Une tranche de vie sans vrai pass&#233; et sans futur &#233;vident, une histoire qui tienne en haleine, en quelques milliers de signes seulement, une &#233;conomie de moyens pour sugg&#233;rer le maximum en peu de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/" rel="directory"&gt;Plein feu sur&#8230;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;L&#233;o Lamarche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crains fort de d&#233;cevoir certains, car &#224; la question &#034;Pourquoi &#233;crire des nouvelles ?&#034;, je r&#233;ponds tout bonnement que je n'en sais rien. C'&#233;tait il y a longtemps d&#233;j&#224;, j'ai &#233;t&#233; happ&#233;e par le d&#233;mon du noir et j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire... la question de la forme ne s'est m&#234;me pas pos&#233;e, c'est venu naturellement. Une tranche de vie sans vrai pass&#233; et sans futur &#233;vident, une histoire qui tienne en haleine, en quelques milliers de signes seulement, une &#233;conomie de moyens pour sugg&#233;rer le maximum en peu de mots... Une &#233;vidence, la nouvelle. Pour moi, en tout cas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre ai-je le &#034;souffle court&#034; ? Je lis pourtant beaucoup de romans, pour des raisons professionnelles mais, la plupart du temps, les longs sc&#233;narii filandreux m'ennuient. J'ai soif de conna&#238;tre le d&#233;nouement. Car c'est l&#224; que j'attends l'auteur. &#192; lui, &#224; elle de m'&#233;tonner, au sens premier du terme, qui d&#233;signait par le pass&#233; les gens frapp&#233;s par la foudre. Par contre, pour les nouvelles, je sais d&#232;s le d&#233;but que la fin est proche, alors je prends le temps de savourer chaque mot, de me laisser bercer par le style, d'attendre l'&#233;tincelle. Pour sch&#233;matiser, le roman, je le d&#233;vore, la nouvelle, je la d&#233;guste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme j'aime les histoires qui vont droit au but, j'aime ce genre exigeant qui bannit les digressions importunes, qui &#233;voque avec une &#233;conomie de moyens tout un monde en quelques lignes. C'est &#231;a, la nouvelle, et plus encore, le lecteur n'a pas le temps de se laisser aller aux pens&#233;es parasites, emport&#233; par le rythme vers une chute irr&#233;m&#233;diable. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est peut-&#234;tre aussi cette id&#233;e de chute qui m'a attir&#233;e vers la nouvelle - bien noire. Cette id&#233;e de &#034;fatum&#034;, fatalit&#233; tragique qui s'abat t&#244;t ou tard sur chacun d'entre nous. La vie est une nouvelle, pas un roman, elle est si br&#232;ve... tout passe trop vite. En 20 000 ou m&#234;me 30 000 signes, notre sort est r&#233;gl&#233;. Il suffit de choisir, pour le d&#233;crire, le moment o&#249; tout va basculer, l'instant o&#249; le marionnettiste revient de sa pause, reprend le contr&#244;le, agite les fils et fait danser ses pantins de bois et de chiffons. Le rideau se l&#232;ve. La nouvelle commence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Thomas Friedland&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle Donne est avant tout pour moi une mani&#232;re de conserver un lien avec la litt&#233;rature, et l'art en g&#233;n&#233;ral. Ayant opt&#233; pour des &#233;tudes d'ing&#233;nieur, qui font peu de cas de ce genre de mati&#232;res, j'ai d&#251; trouver un point d'accroche ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela dit, &#231;a aurait pu concerner autre chose que la nouvelle. J'&#233;cris des po&#232;mes depuis quelques ann&#233;es, mais hormis leur bri&#232;vet&#233;, ils n'ont pas beaucoup de points communs avec la nouvelle. Je n'en lis d'ailleurs que rarement (outre celles de ND &#233;videmment), m&#234;me si quelques-unes ont retenu mon attention (&#224; commencer par celles de Sade... &#224; condition d'aimer le genre). Comme beaucoup je pense, je lis plus de romans qu'autre chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; l'&#233;criture, il va sans dire qu'il est plus &#034;rapide&#034; d'&#233;crire une nouvelle qu'un roman. C'est un genre efficace pour v&#233;hiculer un univers, avec un c&#244;t&#233; lapidaire qu'on retrouve peu ailleurs. C'est b&#234;te &#224; dire, mais le temps (ou en tout cas le mien en ce moment) est une contrainte avec laquelle il faut composer, et la nouvelle (tant pour la lecture que l'&#233;criture d'ailleurs) offre une solution bienvenue. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Dominique Perrut&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi &#233;crire des nouvelles ? &#187; Difficile de r&#233;agir &#224; votre question sans &#233;voquer mon parcours. J'ai en effet d'abord opt&#233; pour d'autres formes d'&#233;criture, le journal personnel, puis le roman, avant d'en venir aux textes brefs. En un mot, les nouvelles ont marqu&#233; pour moi une &#233;tape, correspondant au d&#233;sir imp&#233;rieux de sortir de l'enfermement, du &#171; tunnel du roman &#187;. Mais elles ont r&#233;pondu aussi &#224; une envie de r&#233;agir sans d&#233;lai &#224; des &#233;v&#233;nements quotidiens. Cela soul&#232;ve aussi la question de la nouvelle comme modalit&#233; particuli&#232;re d'&#233;criture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques mots, donc, sur les &#233;tapes qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; les nouvelles. D'abord le journal personnel. Celui-ci a d&#233;but&#233; un soir pr&#233;cis, bien apr&#232;s mon adolescence. Dans une chambre sous les toits, devant la fen&#234;tre, face &#224; la nuit, dans un moment de grande pr&#233;carit&#233;, un p&#233;nible constat s'est impos&#233;, celui de mon incapacit&#233; &#224; mener au jour le jour une entreprise d'&#233;criture. Tu veux &#234;tre &#233;crivain, et tu n'&#233;cris pas ! Combien de temps vas-tu te leurrer ? Cette auto-accusation sarcastique me cinglait. C'est l&#224;-dessus qu'a d&#233;marr&#233; le journal, chaotique et cahoteux. Quelques ann&#233;es apr&#232;s, j'ai voulu rassembler des &#233;l&#233;ments du journal pour en faire des morceaux d'autobiographie. Tr&#232;s vite, ce faisant, j'ai &#233;t&#233; confront&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; de la fiction pour sortir des limites, pour ne pas dire des impasses de l'autobiographie. Deux romans, proches dans leur forme au journal qui leur avait donn&#233; naissance, sont n&#233;s de cette phase. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, l'entreprise du roman-tunnel m'a absorb&#233; pendant de longues ann&#233;es, d'abord avec &lt;i&gt;Patria o Muerte&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Publi&#233; aux &#233;ditions Deno&#235;l, en 2010.' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puis avec une autre narration, portant sur un conflit familial surgissant dans le contexte des tensions de 1968. Ces deux romans ont exig&#233; un gros travail d'acc&#232;s aux archives, de documentation et bien s&#251;r d'&#233;laboration, pas moins de huit ann&#233;es pour le premier. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc pour sortir de la tour d'ivoire, o&#249; le roman m'avait assign&#233; &#224; r&#233;sidence, que j'ai d&#233;cid&#233;, en 2017, de m'engager dans la voie de l'&#233;crit bref. Assez vite, la dynamique propre de ce processus a ouvert tout un &#233;ventail de possibilit&#233;s, presque insoup&#231;onn&#233;es de moi jusqu'alors. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, des sc&#232;nes de la vie sociale (un piratage informatique, les d&#233;rives sexuelles d'une jeune femme), en sont venues &#224; c&#244;toyer des &#171; instantan&#233;s &#187;, l'&#233;cho d'une discussion capt&#233;e dans la rue, une rencontre avec un SDF&#8230; Une formule frapp&#233;e entendue sur les ondes, parfois sid&#233;rante, a pu d&#233;clencher de petites notations sur &#034;les maladies de la pens&#233;e&#034;. Des chroniques sur des livres qui m'ont marqu&#233;, ou sur un th&#232;me tel que le deuil, ont aussi fait leur apparition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Voir mon site Web :' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De temps &#224; autre j'ai aussi &#233;t&#233; saisi par un mouvement d'humeur me conduisant &#224; publier un petit billet, pour r&#233;agir aux derni&#232;res statistiques de la Covid, &#224; la r&#233;action boutiqui&#232;re d'un syndicat patronal, ou encore au propos ambigu d'un ministre &#224; propos de l'inceste. &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me tr&#232;s travaill&#233;, le texte court est en g&#233;n&#233;ral &#233;labor&#233; dans un temps limit&#233;, et r&#233;agit souvent &#224; une situation v&#233;cue, imm&#233;diate. On peut en faire lire une premi&#232;re mouture &#224; des complices, et sa communication, m&#234;me &#224; toute petite &#233;chelle, sur les r&#233;seaux sociaux, par exemple, permet des retours rapides. &#192; l'oppos&#233; du roman qui, &#224; beaucoup d'&#233;gards, isole l'auteur, l'&#233;crit court devient un vecteur de mise en relation, de socialisation. En un mot, il s'agit d'une &#233;criture plus l&#233;g&#232;re, et plus ouverte sur des &#233;changes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, ce type d'&#233;crit, aussi bref soit-il, m&#234;me une demi-page, m&#234;me un seul paragraphe, pose &lt;i&gt;toujours&lt;/i&gt; un d&#233;fi stimulant : il exige &lt;i&gt;un choix de narration&lt;/i&gt;. Quelle mise en sc&#232;ne vais-je adopter ? Quelle voix choisir entre le &#171; je &#187;, le &#171; tu &#187;, ou encore le &#171; il &#187; ? Quelle attaque privil&#233;gier ? Faut-il opter pour un r&#233;cit lin&#233;aire, chronologique, ou bien pour une mise en sc&#232;ne d&#233;marrant par un flash-back ? Ou encore deux r&#233;cits port&#233;s par deux voix entrecrois&#233;es ? Cela devient vite plaisant, ludique (un mot inimaginable pour moi auparavant) car les enjeux cessent d'&#234;tre d&#233;cisifs, dramatiques. C'est un exercice d'essai-erreur, on gomme, on change de point de vue&#8230; Je n'y ressens pas, &#224; la seconde, en envisageant une modification dans la conduite de la narration (opter pour un changement du &#171; je &#187; en &#171; tu &#187;, par exemple), cette chape de plomb qui tombe sur mes &#233;paules, &#224; chaque remise en cause &#224; l'int&#233;rieur d'un roman, dans l'anticipation du suppl&#233;ment de besogne &#224; fournir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tenant compte du contexte &#233;ditorial, qui me para&#238;t calamiteux pour un &#233;crivain non install&#233;, je m'oriente d&#233;sormais, dans le prolongement des textes courts, vers une voie moyenne : celle des romans courts, ou des longues nouvelles. Il s'agit-l&#224; de garder la posture trouv&#233;e dans la pratique des &#233;crits brefs, pour la transposer &#224; des textes un peu plus longs. On reste l&#224; dans des temporalit&#233;s d'&#233;laboration qui sont, sinon les m&#234;mes, du moins pas trop diff&#233;rentes de celles des nouvelles : le travail s'y compte en mois et non plus en ann&#233;es !&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce sens, j'ai termin&#233; r&#233;cemment un petit roman d'une grosse centaine de pages. Celui-ci porte sur quelques ennuis urologiques bien connus des hommes m&#251;rs, qui ont entra&#238;n&#233; une courte hospitalisation, apr&#232;s quelques passages aux urgences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; La Conspiration contre la prostate &#187;, roman, 130 pages, 2021.' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est maintenant envoy&#233; &#224; quelques &#233;diteurs. La d&#233;marche est faite sans trop d'illusions, au vu de la conjoncture. Mais, en tout cas, ce texte, &#233;crit en quelques mois, s'inscrit dans une veine diff&#233;rente, assez gaie et d&#233;tendue.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres pistes, encore, se font jour, comme celle de &lt;i&gt;recueils de nouvelles&lt;/i&gt;, pouvant conduire &#224; des innovations. Je pense surtout &#224; des jeux de mise en &#233;cho entre les nouvelles, dans un tel recueil, ou &#233;galement &#224; l'&#233;laboration d'un genre interm&#233;diaire entre la nouvelle et le roman, o&#249; des nouvelles seraient reli&#233;es entre elles, comme dans les &#171; &lt;i&gt;romans-nouvelles&lt;/i&gt; &#187; de R&#233;tif de la Bretonne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='appendix' title='R&#233;tif de la Bretonne, &#171; Les nuits de Paris &#187;, Gallimard, Folio (...)' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou de Sherwood Anderson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='appendix' title='Sherwood Anderson, &#171; Winesburg, Ohio &#187;, Oford University Press, World's (...)' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On y retrouve, dans un m&#234;me contexte, une m&#234;me atmosph&#232;re, certains personnages, d'une histoire &#224; l'autre, au gr&#233; d'une intrigue, pouvant rester assez l&#226;che. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon incursion dans les &#233;crits courts voulait aussi rompre avec un trait caract&#233;ristique de la n&#233;vrose occidentale, l'obsession de la grande &#339;uvre, id&#233;e mortif&#232;re s'il en est. Ceci a enclench&#233; un processus porteur d'interactions sociales et d'&#233;largissement &#224; toute une palette de nouveaux registres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Reste pour finir, la question toute personnelle, des raisons intimes de ces &#233;crits courts. L'une d'elles est sans doute pour moi la qu&#234;te d'une r&#233;ponse aux agressions de la vie de tous les jours, face auxquelles la r&#233;partie orale est pour moi souvent malais&#233;e. Il peut s'agir d'un mot blessant, d'une sc&#232;ne capt&#233;e au vol&#8230; Face aux situations qui peuvent me laisser sans voix, l'&#233;crit court est un moyen de r&#233;agir. &#171; L'&#233;criture est une revanche sur la parole &#187;, disait l'&#233;crivain-baroudeur anglais Robin Cook. Oui, revanche, sans doute, sur une parole &#233;trangl&#233;e, confisqu&#233;e, quelque part, loin dans mon histoire&#8230; mais ces raisons complexes, je ne vais pas les confier ici, ni les d&#233;m&#234;ler&#8230; peut-&#234;tre feront-elles&#8230; un jour ou l'autre, la mati&#232;re d'une nouvelle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Sophie Germain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment en suis-je venue &#224; &#233;crire des nouvelles ? &#192; en lire ? Tout d'abord, comment en suis-je venue &#224; &#233;crire et &#224; lire ? C'est peut-&#234;tre par l&#224; qu'il faut commencer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour inventer. Pour cr&#233;er des atmosph&#232;res. Enfant plut&#244;t calme et solitaire, la simple vue d'un coupe-papier en forme de sabre miniature au manche incrust&#233; de pierreries m'emportait vers des contr&#233;es lointaines faites de dunes et de tissus soyeux. Quand on me demandait ce que je pouvais bien faire, l&#224;, blottie dans le creux d'un fauteuil, &#224; regarder vaguement devant moi, la l&#233;gende familiale dit que je r&#233;pondais : &#171; Je songe &#187; et cela avant m&#234;me de savoir tracer des lettres sur une feuille.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un songe &#224; l'autre, en grandissant, j'ai voulu les &#233;crire. &#192; l'usage de mes camarades de classe. Des histoires de jeunes filles rebelles &#224; l'autorit&#233;, fuyant les bals et les promesses de mariage, d&#233;guis&#233;es en hommes, tenant t&#234;te &#224; toute forme d'oppression avec insolence et courage. Des romans, donc. Et j'en ai lu. Beaucoup. Plaqu&#233;e contre le mur de ma chambre, estomaqu&#233;e par Balzac, Choderlos de Laclos, Dumas, Scarron, Flaubert, Dosto&#239;evski, Fitzgerald... Mais aussi, et je le revendique bien fort, par la saga Ang&#233;lique, Les gens de Mogador et autres oiseaux qui se cachent pour mourir. Et m&#234;me par plusieurs exemplaires de la collection Harlequin sauv&#233;s du pilon au rayon librairie du Monoprix dont je tenais la caisse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, l'imagination rocambolesque m'a d&#233;sert&#233;e. Plus de parcours initiatique, plus d'intrigues, plus de rebondissements. Je me suis mise alors &#224; &#233;crire &#171; court &#187;. &#192; &#233;crire, tout court. Des br&#232;ves. Des instants. Des mots qui sonnent entre eux. De la sensation. Qu'est-ce que c'est ? Aucune id&#233;e. Ni journal, ni po&#232;mes, ni r&#233;cits. Des bouts. Des morceaux. Des messages. Tout sauf des explications.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus tard, tentant de faire croire &#224; mon entourage que je poursuivais des &#233;tudes de Lettres, je d&#233;couvre Borges. Le livre de sable. &#192; la m&#234;me &#233;poque, je tombe amoureuse. J'exp&#233;rimente. &#201;crire pour s&#233;duire et, si possible, toujours sans s'expliquer. Le format court, nouvelle ou novella, appara&#238;t id&#233;al. Plus besoin de s'emberlificoter avec la coh&#233;rence des dates ou des &#233;v&#233;nements dans une histoire romanesque, bienvenue &#224; l'ellipse et &#224; la libert&#233; d'interpr&#233;tation du destinataire. Il ou elle pourra toujours croire que c'est &#224; lui ou &#224; elle que je m'adresse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, en dehors de quelques p&#233;pites &#8211; Quim Monz&#243;, Lovecraft &#8211; j'en lis assez peu et je reste une lectrice de romans tout en ayant abandonn&#233; l'id&#233;e d'en &#233;crire un.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si je dois donner des raisons, il faut les chercher dans le manque d'indulgence. Le format de la nouvelle est si court qu'il ne souffre ni paille ni poutre susceptible d'en d&#233;figurer le style, le rythme, l'efficacit&#233; et, finalement, peu d'auteurs ont trouv&#233; gr&#226;ce &#224; mes yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dit ainsi, il pourrait appara&#238;tre pr&#233;tentieux d'en &#233;crire moi-m&#234;me. La r&#233;alit&#233; est pourtant d&#233;nu&#233;e d'ambition. Le choix d'&#233;crire des nouvelles est probablement un leurre. &#201;crire court, pr&#233;f&#233;rer l'implicite, comme pour masquer mon incapacit&#233; &#224; retrouver l'imagination f&#233;conde de mon enfance et de mon adolescence.&lt;br class='autobr' /&gt;
On m'a dit un jour &#224; propos de quelques-uns de mes textes &#171; On dirait que tu t'excuses d'&#234;tre l&#224;, que tu as peur de nous ennuyer. &#187; et c'est assez juste. Je n'ai pas la pr&#233;tention d'avoir des choses essentielles &#224; dire ni suffisamment de confiance en moi pour penser que je vais pouvoir divertir ou int&#233;resser sur plusieurs centaines de pages. Alors je joue ma carte encore une fois : la sensation, le myst&#232;re, et j'&#233;cris court pour que l'on s'interroge longtemps sur ce qui n'a pas &#233;t&#233; dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Anne-Elisabeth Desicy Friedland&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tenu mon journal avec assiduit&#233; &#224; partir de mes douze ans et gribouill&#233; quelques po&#232;mes avant de me lancer directement dans la r&#233;daction d'une fiction longue, &#224; savoir un roman termin&#233; &#224; l'&#226;ge de vingt ans et un autre &#233;crit dans la foul&#233;e. A l'&#233;poque, ne pas r&#233;ussir &#224; les publier m'avait beaucoup d&#233;&#231;ue. Avec le recul, je comprends que les &#233;diteurs contact&#233;s m'aient conseill&#233; de retravailler les textes &#8211; c'est ce que j'aurais fait moi aussi !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne suis venue &#224; l'&#233;criture de nouvelles qu'apr&#232;s celle de plusieurs autres d&#233;buts de romans ambitieux, &#224; une p&#233;riode o&#249; ma vie (tr&#232;s) active me laissait peu de temps pour le face &#224; face avec la feuille blanche. J'y ai d&#233;couvert un int&#233;r&#234;t majeur : obtenir la satisfaction de terminer un texte en quelques jours ou quelques semaines au lieu d'une ou plusieurs ann&#233;es ! Autre int&#233;r&#234;t : attaquer la fiction directement au c&#339;ur de l'action, pendant un moment bref et intense qui peut laisser &#233;bloui. En r&#233;sum&#233;, mon ressenti est le suivant : l'&#233;criture ou la lecture d'une nouvelle procurent de la jouissance, alors que celles d'un roman apportent du bonheur (du moins on l'esp&#232;re). &lt;br class='autobr' /&gt;
Si j'aime &#233;crire des nouvelles, je pr&#233;f&#232;re lire des romans, comme apparemment la majorit&#233; des Fran&#231;ais (pour le malheur de nos &#233;diteurs de nouvelles). J'imagine que cela a &#224; voir avec notre rapport au plaisir : lire une nouvelle, c'est plonger bri&#232;vement dans un nouveau monde &#224; chaque fois ; c'est exaltant mais fatigant ! Dans le cas du roman, l'investissement dans l'imaginaire de l'auteur est plus &#171; rentable &#187; et moins frustrant quand la fin arrive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce contradictoire de travailler pour Nouvelle Donne dans ces conditions ? Je ne pense pas, car il y a quelque chose de particuli&#232;rement excitant &#224; lire les nouvelles re&#231;ues et s&#233;lectionn&#233;es par le comit&#233; de lecture : d&#233;couvrir des auteurs peu ou pas du tout connus, avec une diversit&#233; et une richesse d'univers formidables. C'est &#224; chaque fois le plaisir d'une exp&#233;dition de chasse au tr&#233;sor !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Brigitte Niquet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis arriv&#233;e dans la nouvelle un peu par hasard et, m'y trouvant bien, j'y suis rest&#233;e. Ayant &#233;t&#233; rapidement &#034;happ&#233;e&#034; par Nouvelle Donne, j'y ai consacr&#233; tout le temps libre dont je disposais &#224; cette &#233;poque, c'est-&#224;-dire pas grand-chose. Le panorama a chang&#233; depuis lors, mais la forme courte continue &#224; avoir mes faveurs. J'aime son cadre bref qui oblige &#224; se concentrer sur l'essentiel et je fais mien le credo de M&#233;rim&#233;e : &#034;Je hais les d&#233;tails inutiles&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En tant que lectrice aussi, j'aime les nouvelles, mais j'en lis tant par obligation (pour le Comit&#233; de lecture ou pour &#233;crire des chroniques) que je n'en lis plus du tout d'autres. C'est pourquoi mes &#034;vraies&#034; lectures sont pour la plupart des romans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Corine Sylvia Congiu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai commenc&#233; tr&#232;s tard &#224; lire, car j'occupais tout mon temps &#224; dessiner&#8230; &#171; Mais c'est une maladie ! &#187; disait ma m&#232;re. C'est curieusement une g&#233;niale prof d'Histoire en Seconde, qui nous a forc&#233;s &#224; lire et faire des fiches sur des romans du 19&#176; pour nous familiariser avec ce si&#232;cle au programme : C'est ainsi que j'ai d&#233;couvert Stendhal, Flaubert, Zola, Maupassant, Balzac, Dosto&#239;evski, Gorki, Gogol, Oscar Wilde&#8230; Merci Madame Fogel, merci. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite est venue la Fac d'Arts Plastiques, o&#249; je n'ai lu que des bouquins d'Esth&#233;tique et d'Histoire de l'Art jusqu'&#224; l'agr&#233;gation, avec au passage quelques incontournables des &#233;tudes d'art contemporain, comme (en vrac) Joyce, Faulkner, Andr&#233; Breton, Michaux, Mishima, Duras, Robbe-Grillet&#8230; En gros, je n'ai lu que par devoir scolaire, ce qui n'est pas incompatible avec l'intense plaisir, surtout quand c'est entre un Kant, un Lyotard et un Heidegger.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire avant de lire vraiment, en fait. D'abord des po&#233;sies, vers 16 ans, par pur cri silencieux et secret&#8230; Et des lettres, aussi, chaque fois que la parole montrait son insuffisance, chaque fois qu'un mutisme &#233;motif me laissait insatisfaite dans la communication avec autrui. Lettres d'amour, lettres de protestations ou de col&#232;re&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon premier roman, La libellule, un cri aussi, est n&#233; sur une plage o&#249; je m'ennuyais : Il a commenc&#233; par une nouvelle &#171; La femme arabe &#187;, qui ne s'est jamais arr&#234;t&#233;e, jusqu'&#224; 400 pages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois que je n'ai jamais lu de nouvelles (Maupassant, Gogol peut-&#234;tre ?) avant de lire celles de mon fr&#232;re Christian. A sa mort, j'ai voulu reprendre son flambeau en rejoignant Nouvelle Donne, pour &#234;tre plus pr&#232;s de son ciel. C'est seulement l&#224; que je me suis mise &#224; lire des nouvelles : cela correspondait au moment o&#249; j'ai publi&#233;, 30 ans apr&#232;s l'avoir &#233;crit, &lt;i&gt;La libellule&lt;/i&gt;, apr&#232;s un long chemin de croix parsem&#233; de d&#233;couragements, tellement prise ailleurs, dans l'autre parcours du combattant qu'est la peinture. &lt;i&gt;La libellule&lt;/i&gt; est une suite de nouvelles d'une page &#224; trois pages. J'en avais d'ailleurs pr&#233;lev&#233; une pour un concours sur le cin&#233;ma (Embellie), le seul auquel j'aie particip&#233; dans ma jeunesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle est donc le premier genre qui m'est advenu intuitivement, spontan&#233;ment, et au sein du roman m&#234;me : Une sc&#232;ne, quelques personnages, une ambiance, une chute, une &#171; morale &#187; &#224; cette histoire. Les cinq romans &#233;crits &#224; la suite ont aussi la m&#234;me structure. Mon premier &#233;diteur, Michel Bernard, m'avait dit que j'&#233;crivais comme un peintre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne pense pas qu'on puisse r&#233;pondre &#224; la question Pourquoi on peint, Pourquoi on &#233;crit, sinon par la pure N&#233;cessit&#233; int&#233;rieure, celle-l&#224; m&#234;me que Kandinsky d&#233;veloppe dans ses &#201;crits sur l'Art, ou Rilke, en substance, dans &lt;i&gt;les Lettres &#224; un jeune po&#232;te&lt;/i&gt; : J'&#233;cris, je peins, je compose des chansons, des musiques, des films, comme je crie ou je pleure, ou je rie, ou je chante&#8230; ou bien peut-&#234;tre pour ne pas pleurer, pour ne pas crier, pour ne pas mourir &#224; petit feu. Parce qu'il m'est absolument n&#233;cessaire d'essayer de transformer alchimiquement l'humus en l'or de la cr&#233;ation, le p&#233;rissable en &#233;ternit&#233; : graver dans le marbre, mourir un peu moins, cette vanit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai mis en exergue de &lt;i&gt;La libellule&lt;/i&gt;, mon premier roman, la phrase de Roland Barthes :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'&#233;criture commence l&#224; o&#249; la parole devient impossible (on peut entendre ce mot : comme on le dit d'un enfant). &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#171; Ecrivains, intellectuels, professeurs &#187;, in Tel Quel, n&#176; 47, automne 71, p. 3.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fut aussi le th&#232;me de ma Th&#232;se de Doctorat qui s'est intitul&#233;e &#171; Les lettres &#224; Zozo ou la parole impossible &#187; : Cette phrase de Roland Barthes a &#233;t&#233; pour moi une &#233;piphanie, la prise de conscience que &lt;i&gt;la Parole impossible, impossible comme on le dit d'un enfant&lt;/i&gt;, &#233;tait au principe, &#224; l'or&#233;e, de toutes mes cr&#233;ations diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Nathalie Barri&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi j'&#233;cris des nouvelles ? Parce que j'ai toujours aim&#233; lire des nouvelles, de la fiction plus longue et de la po&#233;sie, et que la forme courte me convient pour &#233;crire. Katherine Mansfield m'a &#233;merveill&#233;e &#224; l'adolescence et je me suis plus tourn&#233;e vers les domaines anglo-saxon et europ&#233;en (Kate Chopin, Mansfield, Roald Dahl&#8230; Lewis Carroll, Selma Lagerl&#246;f, les contes de Grimm, d'Andersen) et d'Europe de l'Est (Kafka, &lt;i&gt;La m&#233;tamorphose, Le traducteur cleptomane&lt;/i&gt; de Kosztolanyi) que vers Maupassant, trop enseign&#233; &#224; l'&#233;cole, en fait je n'ai jamais &#233;t&#233; tr&#232;s branch&#233;e par les grands classiques fran&#231;ais en prose ; en po&#233;sie et en th&#233;&#226;tre, si ! Rimbaud et Rostand en t&#234;te de liste. Mais Barjavel et &lt;i&gt;Le grand Meaulnes&lt;/i&gt; aussi m'ont captiv&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'aime lire des biographies bien &#233;crites, celles de Maurois (&lt;i&gt;Ariel ou la vie de Shelley&lt;/i&gt;, magique !) et de Stefan Zweig (&lt;i&gt;Mary Stuart&lt;/i&gt;), m&#234;l&#233;es &#224; la grande histoire. Plus r&#233;cemment, les m&#233;moires de Patti Smith et de Marianne Faithfull m'ont fait r&#234;ver. La chanson et la musique me nourrissent, j'ai appris &#224; &#233;crire des textes de chanson. La chanson me ram&#232;ne &#224; mon fr&#232;re, &#224; la jeunesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ajoute que j'ai mieux explor&#233;, ou plut&#244;t picor&#233; dans l'&#233;norme domaine anglo-saxon, en passant les concours de l'&#201;ducation Nationale (CAPES et agr&#233;gation d'anglais) : Faulkner (&lt;i&gt;The Sound and the Fury&lt;/i&gt;), Hemingway, Defoe (le g&#233;nial &lt;i&gt;Moll Flanders&lt;/i&gt;), Shakespeare qui m'&#233;merveille, Raymond Carver le roi am&#233;ricain de la nouvelle, Mary Shelley et Frankenstein, Fitzgerald et &lt;i&gt;Gatsby le magnifique&lt;/i&gt;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et par ailleurs, Tchekhov et Ibsen (le th&#233;&#226;tre), Dosto&#239;evski, et Tolsto&#239; pour ses nouvelles et pour &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt; (plus que pour &lt;i&gt;Guerre et paix&lt;/i&gt;). Le r&#233;alisme magique hispano-am&#233;ricain m'a aussi fascin&#233;e, avec Vargas Llosa (&lt;i&gt;La tante Julia et le scribouillard&lt;/i&gt;) et Isabel Allende. La libert&#233;, l'&#233;criture qui s'&#233;chappe vers un ailleurs, comme ce que promet Kafka, malgr&#233; l'enfermement qui n'est l&#224; que pour mieux sugg&#233;rer la fuite vers cet ailleurs. La transformation du r&#233;el, voire l'&#233;tranget&#233; inh&#233;rente au r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pourtant, j'ai un peu de mal avec la SF mais sans doute que je n'ai pas lu ce qu'il fallait. J'ai besoin d'y croire, sur un certain plan au moins. Je ne crois pas litt&#233;ralement ce que dit &lt;i&gt;La m&#233;tamorphose&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ou Le proc&#232;s de Kafka, mais il y a derri&#232;re un message existentiel, une critique du r&#233;el, selon l'expression de Yasmina Reza, une &#233;chapp&#233;e philosophique qui me ravit : tant de libert&#233; d'&#233;criture condens&#233;e dans la description minutieuse d'un r&#233;el format&#233; qui perd tout son sens, s'il en a jamais eu. Une telle distorsion, une telle d&#233;rision chez Kafka m'&#233;merveille. Choderlos de Laclos et l'entrelacs serr&#233;, parfaitement ma&#238;tris&#233; des maillons de ses &lt;i&gt;Liaisons dangereuses&lt;/i&gt; m'&#233;poustouflent. Un chef d'&#339;uvre absolu, &#224; mon sens. Un roman qui se lit d'une seule haleine, comme j'en trouve rarement. Il illustre parfaitement la force que je souhaite trouver en litt&#233;rature, en tant que lectrice d&#233;j&#224;, au d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais je n'ai pas r&#233;ussi &#224; lire &lt;i&gt;100 ans de solitude&lt;/i&gt; de Garcia Marquez. Et j'aimerais mieux conna&#238;tre Fernando Pessoa et Jorge Luis Borges : ils sont au programme ! Dans mes recherches universitaires traductologiques, j'ai d&#233;couvert &lt;i&gt;Ulysse&lt;/i&gt; de Joyce, sa fantaisie au long cours, son humour, mais je ne peux pas dire qu'il m'ait captiv&#233;e comme un Laclos ou un Fante. J'y ai pourtant consacr&#233; quelques ann&#233;es de Master. Je cherchais la cl&#233; de cette &#339;uvre d&#233;routante, sans l'avoir jamais trouv&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'aime pas tellement l'acad&#233;misme, qui me semble assez fran&#231;ais. Je pr&#233;f&#232;re Alexandre Dumas, par exemple, &#224; Balzac ou &#224; Mauriac. Ceci dit, je sens que j'ai besoin de lire davantage et que ma culture en la mati&#232;re reste tr&#232;s imparfaite. Heureusement, on n'a jamais fini d'en d&#233;couvrir ! Je suis une r&#234;veuse, et la lecture est un lieu o&#249; le r&#234;ve est roi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le roman contemporain, il me semble, a tendance &#224; diluer, la nouvelle &#224; condenser. Mais j'ai beaucoup aim&#233; le dernier roman de Chlo&#233; Delaume, &lt;i&gt;Le c&#339;ur synth&#233;tique&lt;/i&gt;. Elle ne dilue pas, tient bien le fil du roman. Et elle est dr&#244;le ! J'aime les histoires o&#249; se m&#234;lent les &#233;motions diverses, le tragique et l'humour. Frank Mc Court, avec &lt;i&gt;Les cendres d'Angela&lt;/i&gt;, me semble un mod&#232;le du genre. La r&#233;silience est une caract&#233;ristique que j'appr&#233;cie chez un personnage. Derni&#232;rement, &lt;i&gt;Courage, rions&lt;/i&gt;, de Sophie de Villenoisy, m'a beaucoup fait rire avec un personnage de loser, un dessinateur en perte de vitesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'aime pas me perdre dans la dilution &#224; moins que le roman soit tr&#232;s bien structur&#233; et sache o&#249; il me m&#232;ne. J'adore &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt;, par exemple. Je me laisse assez peu embarquer au long cours, je suis plut&#244;t pour la barque sur les rivi&#232;res, voire les &#233;tangs et les lacs, le cabotage, les embard&#233;es qui ne sont pas &#224; l'abri des temp&#234;tes (Le bateau ivre !). Donc les novellas, les romans courts, avec des exceptions bien s&#251;r, et les nouvelles : David Philip Mullins avec &lt;i&gt;Greetings from Below&lt;/i&gt; m'a ouvert des horizons. Les histoires de grand large ont bien s&#251;r leur charme&#8230; (Jack London). &lt;i&gt;Demande &#224; la poussi&#232;re&lt;/i&gt; est un court roman sublime. Je pense que John Fante a trouv&#233; la cl&#233;, qu'il est un ma&#238;tre m&#233;connu chez nous, un peu &#224; l'image de Sherwood Anderson (d'une autre &#233;poque) dont j'ai eu le bonheur r&#233;cent de traduire six nouvelles pour Rue Saint Ambroise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi je lis des nouvelles ? Pour &#234;tre surprise, pour me laisser bousculer par des choses jamais lues avant. C'est aussi pour cela que j'en &#233;cris, pour essayer d'&#233;crire des choses que je n'ai pas encore lues, m&#234;me si ce n'est pas tr&#232;s original dit ainsi, et me d&#233;couvrir moi-m&#234;me. Car en &#233;crivant on se d&#233;couvre, on fr&#244;le ses limites, on sort des choses qu'on n'aurait jamais cru sortir et c'est une aventure excitante. J'aimerais avoir plus de temps pour lire. La lecture nourrit l'&#233;criture, c'est certain. Le r&#234;ve aussi. La premi&#232;re nouvelle compl&#232;te que j'ai &#233;crite, en 2001, &lt;i&gt;Semelles de vent&lt;/i&gt;, avait pour sujet mon po&#232;te fran&#231;ais pr&#233;f&#233;r&#233;, Rimbaud. J'ai pass&#233; deux semaines avec le po&#232;te, pendant une phase de recherches intense, puis avec l'&#233;criture, impr&#233;gn&#233;e de mon sujet. Jamais je n'oublierai l'intensit&#233; de cette exp&#233;rience. J'ai &#233;crit d'autres nouvelles depuis, mais pas avec une telle f&#233;brilit&#233;, dans une telle transe. Un &#233;tat avec lequel j'aimerais renouer au fil de la plume, quand on sent qu'il y a de la magie dans l'acte de cr&#233;er. &lt;i&gt;Semelles de vent&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; 20 ans plus tard chez Antidata, en d&#233;cembre 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le traducteur kleptomane&lt;/i&gt; du hongrois Kostolanyi m'a ouvert d'autres pistes vers la fantaisie, et vers ce r&#233;gal de choix que peut devenir un recueil de nouvelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le souffle du romancier, il faut &#234;tre endurant pour l'avoir. La nouvelle est pour moi un bon moyen d'exercer ma plume sans m'&#233;puiser compl&#232;tement &#224; la t&#226;che. Un hybride entre le roman et la nouvelle serait mon id&#233;al, mais il faut de la technique et une structure solide. Organiser ses nouvelles en chapitres&#8230; Avoir une vision d'ensemble&#8230; Lier les nouvelles entre elles (&lt;i&gt;interlinked short stories&lt;/i&gt;). Mon mod&#232;le en la mati&#232;re est le nouvelliste David Philip Mullins, que j'ai eu la chance de rencontrer et de traduire &#224; l'unit&#233;, dans des revues litt&#233;raires comme Rue Saint Ambroise et L'Intranquille. Je regrette que son magnifique recueil, &lt;i&gt;Greetings from Below&lt;/i&gt;, ne soit pas publi&#233; in extenso en France. On peut d'ailleurs le lire aussi comme un roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Jean-Michel Calvez&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fan de science-fiction depuis l'adolescence, j'ai commenc&#233; vers 25 ans &#224; &#233;crire des textes d'imaginaire tr&#232;s courts, bien avant l'&#232;re de l'ordinateur &#224; la maison et donc &#171; &#224; la main &#187;, m'imposant le principe, &#224; l'image d'une affichette ou d'un flyer, de ne pas d&#233;passer une page. Une contrainte dont je me suis vite d&#233;barrass&#233; ensuite pour des textes de longueur plus cons&#233;quente. Puis ce fut, dans les ann&#233;es 90, l'exp&#233;rience formatrice de l'&#233;criture de trois &#171; premiers romans &#187;, dont deux sont publi&#233;s &#224; ce jour (tous les trois furent pour moi des &#171; premiers romans &#187; car chacun est dans un genre tr&#232;s diff&#233;rent). Malgr&#233; cela, je n'ai jamais vraiment cess&#233; d'&#233;crire des nouvelles de plus en plus longues, jusqu'&#224; la novella de 100.000 signes ou un peu plus, principalement dans le genre imaginaire (SF ou fantastique), mais pas seulement, testant aussi le noir, le polar et le mainstream. J'en ai &#224; ce jour pr&#232;s de 250, dont une centaine ont &#233;t&#233; publi&#233;es en anthologies th&#233;matiques, revues, en ligne (incluant Nouvelle Donne) et deux recueils. En dehors de Nouvelle Donne (o&#249; je suis membre du comit&#233; de lecture), je m'occupe aussi de la s&#233;lection et la traduction de nouvelles anglo-saxonnes pour le magazine Galaxies (science-fiction), ce qui m'a permis de faire d&#233;couvrir en France des nouvelles in&#233;dites d'auteurs majeurs de la SF contemporaine tels que Mike Resnick (d&#233;c&#233;d&#233; en 2020), d'auteurs inconnus jamais traduits, et d'un futur (ou d&#233;j&#224;) auteur majeur de SF, le sino-am&#233;ricain Ken Liu (sept nouvelles in&#233;dites de Ken Liu ont &#233;t&#233; traduites et publi&#233;es &#224; ce jour dans Galaxies, et &#231;a n'est pas termin&#233;).&lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle est un fabuleux terrain d'exp&#233;rimentations sur la forme et la longueur ; quoi qu'on dise, l'amplitude possible est tr&#232;s vaste, entre quelques dizaines ou centaines de signes et 100.000 signes voire plus. Le roman est bien plus calibr&#233; et norm&#233; sur tous les plans (dont la longueur mini/maxi), y compris sur la forme, car une &#233;criture ou une forme trop exp&#233;rimentale peut fatiguer le lecteur (et l'&#233;diteur ?) et leur faire l&#226;cher prise, alors qu'une nouvelle permet de tester toutes sortes d'entorses aux r&#232;gles et usages litt&#233;raires classiques, en prenant des risques minimes, car ce qui peut &#234;tre publi&#233; en format court (au sein d'un recueil, d'une anthologie, etc.) ne pourrait pas forc&#233;ment l'&#234;tre sur le format long pour les raisons ci-dessus, m&#234;me s'il existe aussi quelques romans &#171; exp&#233;rimentaux &#187; sur le fond ou la forme : &lt;i&gt;La Disparition&lt;/i&gt;, de Georges P&#233;rec, &lt;i&gt;Manuscrit trouv&#233; &#224; Saragosse&lt;/i&gt;, de Jean Potocki, le labyrinthique &lt;i&gt;La maison des feuilles&lt;/i&gt;, de Mark Z. Danielewski, Zone, de Mathias Enard, &lt;i&gt;La danse du fumiste&lt;/i&gt;, de Paul Emond, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Publi&#233; aux &#233;ditions Deno&#235;l, en 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir mon site Web : &lt;a href=&#034;http://www.dominique-perrut.org/fr/&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://www.dominique-perrut.org/fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La Conspiration contre la prostate &#187;, roman, 130 pages, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;tif de la Bretonne, &#171; Les nuits de Paris &#187;, Gallimard, Folio classique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sherwood Anderson, &#171; Winesburg, Ohio &#187;, Oford University Press, World's Classics ; Traduction fran&#231;aise dans la collection L'Imaginaire de Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Statut de la nouvelle (Partie #2)</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/statut-de-la-nouvelle-partie-2</link>
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		<dc:date>2022-07-31T14:58:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Calvez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les journaux, revues et magazines &#171; papier &#187; ont &#233;t&#233; un support historique &#224; la diffusion de la nouvelle, support id&#233;alement adapt&#233; au texte court gr&#226;ce aux mensuels, revues et quotidiens. On sait que cela a commenc&#233; bien avant le XX&#232;me si&#232;cle, avec le roman en feuilleton &#224; suivre, genre proche de la nouvelle par son format court (mais pas identique pour autant par son contenu) qui a lanc&#233; en France nombre de grands auteurs, dont Alexandre Dumas. Ce qui fut plus vrai encore aux USA o&#249;, &#224; cette &#233;poque (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/" rel="directory"&gt;Plein feu sur&#8230;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les journaux, revues et magazines &#171; papier &#187; ont &#233;t&#233; un support historique &#224; la diffusion de la nouvelle, support id&#233;alement adapt&#233; au texte court gr&#226;ce aux mensuels, revues et quotidiens. On sait que cela a commenc&#233; bien avant le XX&#232;me si&#232;cle, avec le roman en feuilleton &#224; suivre, genre proche de la nouvelle par son format court (mais pas identique pour autant par son contenu) qui a lanc&#233; en France nombre de grands auteurs, dont Alexandre Dumas. Ce qui fut plus vrai encore aux USA o&#249;, &#224; cette &#233;poque b&#233;nie, jusqu'&#224; la Seconde Guerre Mondiale environ, un &#233;crivain dou&#233; ou chanceux pouvait &#171; vivre &#187; (tout au moins, survivre) de sa plume, et se lancer ainsi dans la &#171; cour des grands &#187;, rien qu'en publiant r&#233;guli&#232;rement ses nouvelles dans les revues ou les grands quotidiens.&lt;br class='autobr' /&gt;
En France, les revues (hebdomadaires, mensuels...) publiant une ou plusieurs nouvelles ont aussi eu leurs heures de gloire jusqu'aux ann&#233;es 1960 &#224; 1970 environ, sans que cela fasse vivre leurs auteurs car on &#233;tait bien en-dessous de ce seuil de rentabilit&#233; et de r&#233;mun&#233;ration. Ce fut particuli&#232;rement le cas dans les &#171; mauvais genres &#187; que sont la nouvelle polici&#232;re, de science-fiction ou de fantastique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour l'imaginaire et les revues sp&#233;cialis&#233;es, la revue de science-fiction Fiction, n&#233;e en 1953, fut l'une des plus connues. Elle a cess&#233; de para&#238;tre en 1990, avant d'&#234;tre reprise par l'&#233;diteur Les Moutons &#233;lectriques, de 2005 &#224; 2015 (sous une forme diff&#233;rente, et semestrielle), puis de vivre sa troisi&#232;me mutation en 2021 avec une autre formule, baptis&#233;e &#171; Fiction, l'imaginaire radical &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fiction_(magazine)&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ficti...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me, &lt;i&gt;Galaxies&lt;/i&gt;, longtemps trimestrielle (et r&#233;cemment devenue bimestrielle) a travers&#233; plusieurs &#233;poques et connu des mutations et changements de direction &#233;ditoriale. Apr&#232;s une br&#232;ve interruption en 2007, sa derni&#232;re &#233;mergence, en 2008, est devenue &lt;i&gt;Galaxies Nouvelle-s&#233;rie&lt;/i&gt;. Renum&#233;rot&#233;e depuis cette date, elle en est, en mai 2022, &#224; son num&#233;ro 77 et existe en version papier (principalement sur abonnement), ou num&#233;rique dans une &#233;dition augment&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Galaxie_(magazine)&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Galax...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Galaxies&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Galaxies&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://galaxiessf.com/&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://galaxiessf.com/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Compar&#233;e aux magazines &#171; historiques &#187; ci-dessus, &lt;i&gt;Bifrost&lt;/i&gt; est bien plus r&#233;cent (1996), mais se maintient dans le paysage &#233;ditorial SF actuel, aupr&#232;s de &lt;i&gt;Galaxies&lt;/i&gt;, dont elle est le concurrent principal. D'autres n'ont pas surv&#233;cu : la revue &lt;i&gt;Lunatique&lt;/i&gt; a fusionn&#233; depuis quelques ann&#233;es avec &lt;i&gt;Galaxies&lt;/i&gt;, lui offrant les services de son &#233;quipe r&#233;dactionnelle, et permettant son passage au rythme bimestriel, au lieu de trimestriel. On citera aussi &lt;i&gt;Gandahar&lt;/i&gt;. Depuis 1974, le Qu&#233;bec a aussi sa revue de r&#233;f&#233;rence en science-fiction, &lt;i&gt;Solaris&lt;/i&gt; (qui s'appela &lt;i&gt;Requiem&lt;/i&gt; jusqu'en 1979).&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Bifrost_(revue)&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Bifro...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Solaris_(magazine)&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Solar...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces revues, aux noms souvent magiques et &#233;vocateurs, ont &#233;clair&#233; le paysage SF francophone depuis des lustres, et les plus anciennes conservent une certaine aura dans le c&#339;ur des fans qui en recherchent encore les anciens num&#233;ros chez les bouquinistes ou sur les sites de vente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Loin de se limiter &#224; de simples recueils ou compilations de nouvelles d&#233;j&#224; publi&#233;es, toutes ces revues offrent un &#233;ditorial, des chroniques de livres et de films (parfois de musiques li&#233;es au genre), des &#233;tudes, rubriques et dossiers divers (sur un th&#232;me, un auteur ou une nation), des traductions. Sauf cas particulier, les nouvelles publi&#233;es y sont toutes in&#233;dites et/ou traduites.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; de ces revues bien install&#233;es dans le paysage de la SF francophone, il existe un certain nombre de fanzines ou webzines, faciles &#224; identifier via les appels &#224; textes publi&#233;s sur Internet, sur des sites sp&#233;cialis&#233;s recensant appels &#224; texte et autres concours de nouvelles. Car ceux-ci sont toujours en vogue, en science-fiction, m&#234;me si les grands &#233;diteurs ont quasiment cess&#233; de publier recueils et anthologies ; depuis les ann&#233;es 2000 environ, les chiffres de ventes pour la nouvelle d'imaginaire n'engageaient pas &#224; l'optimisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, les lecteurs d'imaginaire sont bien plus enclins &#224; lire des textes courts que dans le registre mainstream &#8211; peut-&#234;tre gr&#226;ce aux piq&#251;res de rappel de nombreux prix annuels (Grand Prix de l'Imaginaire, etc.), attirant l'attention sur la qualit&#233; des nouvelles de genre ? Ou serait-ce, plut&#244;t, du fait d'un profil plus &#171; ouvert &#187; du lectorat de SF &#224; lire et acheter des &#339;uvres de format diversifi&#233;, long ou court. Sans doute y sont-ils conduits par un effet d'entra&#238;nement, s&#233;duits par l'int&#233;r&#234;t marqu&#233; du lectorat anglo-saxon pour la forme courte, lui aussi se voyant rappeler l'existence de textes &#171; de qualit&#233; &#187; gr&#226;ce aux nombreux prix et r&#233;compenses qui les mettent sur le devant de la sc&#232;ne litt&#233;raire, avec des prix reconnus et appr&#233;ci&#233;s jusqu'en France par les lecteurs. Ce sont souvent ces textes prim&#233;s (prix Hugo, Nebula, etc.) que l'on retrouve traduits pour le lecteur francophone qui, parfois, finit par &#171; s'imaginer &#187; qu'un bon auteur d'imaginaire est forc&#233;ment anglo-saxon, car les &#233;diteurs francophones piochent all&#232;grement dans cette manne (m&#234;me s'ils doivent payer pour la traduire), et la privil&#233;gient trop souvent sur la production des auteurs nationaux. Cela dit, la situation n'est pas &#224; ce point binaire et d&#233;s&#233;quilibr&#233;e ; la fiction francophone a ses auteurs et ses d&#233;fenseurs, et on rappelle l'existence de fanzines et webzines tr&#232;s actifs et militants (tel &lt;i&gt;Pr&#233;sence d'Esprits&lt;/i&gt;), pr&#233;sents sur les salons litt&#233;raires sp&#233;cialis&#233;s : les Utopiales &#224; Nantes, les Imaginales &#224; Epinal, les Futuriales &#224; Aulnay-sous-Bois, le Festival de l'Imaginaire &#224; S&#232;vres (jusqu'&#224; 2019), etc. Des manifestations aptes &#224; maintenir &#233;veill&#233; l'int&#233;r&#234;t des fans pour leur genre et leurs auteurs favoris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le fantastique ou l'horreur &#171; &#224; la Stephen King &#187;, citons la revue &lt;i&gt;T&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt;, &#224; l'existence assez br&#232;ve (1998 &#224; 2001), dont le nom et le concept ont r&#233;&#233;merg&#233; ensuite sous forme de &lt;i&gt;one shot&lt;/i&gt; ou d'anthologies annuelles. De m&#234;me, le genre fantasy a eu aussi ses revues sp&#233;cialis&#233;es : &lt;i&gt;Asphodale, Gandahar, Faeries&lt;/i&gt; (24 num&#233;ros dans les ann&#233;es 2000), etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Nestiveqnen&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Nesti...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, pour des raisons qu'il serait difficile d'analyser en d&#233;tails, seule la science-fiction semble parvenir &#224; &#171; tirer son &#233;pingle du jeu &#187; sur le long terme ; peut-&#234;tre parce que son lectorat lui reste plus fid&#232;le au long des ann&#233;es ? Alors que la fantasy, par exemple, aurait a priori plus de succ&#232;s aupr&#232;s des ados et des jeunes adultes (disons, les moins de 30 ans) et ne parviendrait pas &#224; fid&#233;liser son lectorat sur le long terme ? Le Lecteur de SF aujourd'hui adulte a &#233;t&#233; nourri d&#232;s son jeune &#226;ge, et d&#232;s les ann&#233;es 60/70, de nombreux recueils et anthologies auxquels la parution, &#233;ch&#233;anc&#233;e dans le temps, conf&#233;rait presque un statut de revue. Les plus connus sont donc la monumentale &#171; Grande Anthologie de la Science-fiction &#187; (42 volumes publi&#233;s au Livre de Poche), facile &#224; trouver ou &#224; emprunter un peu partout, y compris sur le vaste march&#233; de l'occasion, les nouvelles de Stephen King et autres auteurs anglo-saxons (pour le fantastique et l'horreur) et m&#234;me, moins courante, un peu oubli&#233;e de nos jours, la s&#233;rie &#171; Territoires de l'inqui&#233;tude &#187;, r&#233;unie par Andr&#233; Dor&#233;mieux et publi&#233;e chez Deno&#235;l : un premier opus en 1972, suivi de huit autres entre 1991 et 1996. Bien que francophone, ce vaste projet laissait comme souvent la part belle aux auteurs anglo-saxons. Cela dit, &#224; l'exception du premier volume, il a accord&#233; malgr&#233; tout une place raisonnable &#224; des auteurs fran&#231;ais de cette p&#233;riode. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Territoires_de_l%27inqui%C3%A9tude&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Terri...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il va sans dire que dans l'univers anglo-saxon (USA, Grande-Bretagne, Irlande, etc.), les revues et magazines sont plus nombreux et plus populaires qu'en francophonie, ne serait-ce que du fait de l'effet d'&#233;chelle, &#224; savoir le lectorat potentiel de tout support &#233;crit en langue anglaise. Certains sont prestigieux, et &#224; l'origine de prix annuels r&#233;compensant les meilleurs textes de SF en langue anglaise : prix Hugo, Nebula, Locus, &lt;i&gt;Arthur C. Clarke Award, Theodore Sturgeon Memorial Award&lt;/i&gt;, etc. Le dernier cit&#233; r&#233;compense exclusivement des nouvelles, les autres prix ayant un palmar&#232;s r&#233;compensant plusieurs cat&#233;gories dont, bien s&#251;r, le roman.&lt;br class='autobr' /&gt;
La litt&#233;rature jeunesse (ou pour jeunes adultes) a aussi beaucoup investi dans l'imaginaire et la forme courte, l'exception absolue &#224; cela &#233;tant sans doute le ph&#233;nom&#232;ne mondial de la s&#233;rie Harry Potter, au succ&#232;s inattendu et impr&#233;visible. A l'oppos&#233; du cycle de J.K. Rowling &#8211; qui n'a cependant pas fait peur aux jeunes lecteurs &#8211;, la forme courte est id&#233;ale pour entrer dans un univers SF. Les auteurs et collections jeunesse sont donc nombreux en France, et vivent mieux que leurs &#233;quivalents pour le public adulte, avec des auteurs et anthologistes (tels Christian Grenier ou Danielle Martinigol), et des collections (Chair de Poule, Folio Junior, Pocket Junior, Mango Jeunesse...), qui ont assur&#233;ment beaucoup fait pour &#171; accrocher &#187; et fid&#233;liser sur le long terme une nouvelle g&#233;n&#233;ration friande de forme courte et de r&#233;cits d'imaginaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://biblio-jeunesse.over-blog.com/2019/06/fantastique-et-science-fiction-maisons-d-edition-en-litterature-de-jeunesse.html&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;http://biblio-jeunesse.over-blog.co...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Handicap (ou &#224; l'oppos&#233;, atout pour acc&#233;der &#224; l'univers adulte ? Le d&#233;bat reste ouvert sur ce plan), les lecteurs des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes, jusqu'aux ann&#233;es 80 environ, n'avaient pas de collections d'imaginaire destin&#233;es au jeune lecteur. Elles n'avaient donc &#224; leur disposition que des livres &#233;crits a priori pour le lectorat adulte : quelques &#171; grands classiques &#187; jug&#233;s &#171; intemporels &#187; par les professeurs de fran&#231;ais et l'Education nationale dans son ensemble : Jules Verne, M&#233;rim&#233;e, Barjavel, Maupassant et son &#171; Horla &#187;&#8230; Quoi d'autre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; l'oppos&#233; de la richesse de l'offre actuelle en imaginaire, le lecteur fran&#231;ais de litt&#233;rature mainstream a souvent &#233;t&#233; laiss&#233; sur le c&#244;t&#233; dans un parcours scolaire trop orient&#233; sur le roman ou alors, nourri des seuls &#171; grands classiques &#187;, francophones ou non : Maupassant, M&#233;rim&#233;e, Edgar Allan Poe, etc. Bien que de qualit&#233; incontestable, tous ces textes &#171; classiques &#187;, trop souvent venus d'un autre si&#232;cle, ne font pas forc&#233;ment vibrer le lecteur adolescent plus enclin &#224; lire des auteurs de sa g&#233;n&#233;ration (ou du moins, encore vivants), s'exprimant dans un langage &#171; contemporain &#187; auquel il va pouvoir s'identifier, et traitant de probl&#233;matiques qui sauront l'int&#233;resser de pr&#232;s, un peu plus contemporaines que celles, parfois &#171; dat&#233;es &#187;, d'auteurs du XIX&#232;me ou m&#234;me du XX&#232;me si&#232;cle, fussent-ils prestigieux et adoub&#233;s par l'Education Nationale comme le sont, immanquablement et de fa&#231;on quasi exclusive, Jules Verne et Ren&#233; Barjavel. Peut-&#234;tre la courageuse initiative de publication (avec retraductions) de recueils de nouvelles propos&#233;es par l'&#233;diteur Rue St Ambroise (dont un recueil/compilation H.P. Lovecraft) saura-t-elle renouveler l'attrait pour d'autres auteurs d'imaginaire (ou pas) un peu n&#233;glig&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la nouvelle polici&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne la nouvelle polici&#232;re, rappelons-nous que, c&#244;t&#233; anglophone, les plus grands auteurs de romans policiers, Conan Doyle, Edgar Poe, Agatha Christie, John Dickson Carr, Ellery Queen, et tant d'autres, ont d&#233;but&#233; leur carri&#232;re litt&#233;raire par la publication de nouvelles, avant de se lancer dans l'&#233;criture de romans. Comme on l'a d&#233;j&#224; dit, au d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle, les supports de publication de nouvelles &#233;taient nombreux, non seulement dans l'&#233;dition ind&#233;pendante, mais aussi dans les quotidiens, avec les feuilletons &#224; suivre.&lt;br class='autobr' /&gt;
On note que la revue Ellery Queen Mystery Magazine, n&#233;e en 1941, qui lan&#231;a la publication de nouvelles polici&#232;res, existe toujours Outre-Atlantique alors que sa version fran&#231;aise, Myst&#232;re Magazine, lanc&#233;e en 1954, a d&#251; s'arr&#234;ter dans les ann&#233;es 70. De nos jours, il n'existe donc plus de revue (papier) fran&#231;aise sp&#233;cifiquement d&#233;di&#233;e au genre policier, m&#234;me si des nouvelles et recueils de nouvelles noires/polici&#232;res sortent encore chez certains &#233;diteurs francophones, sans qu'aucune collection ou revue d&#233;di&#233;e leur serve de &#171; support logistique &#187; permanent.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ellery_Queen%27s_Mystery_Magazine&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Eller...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Myst%C3%A8re_magazine&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Myst%...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le statut de la nouvelle litt&#233;raire en France (Partie #1)</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/le-statut-de-la-nouvelle-litteraire-en-france</link>
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		<dc:date>2022-07-03T10:34:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Calvez</dc:creator>



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&lt;p&gt;La nouvelle serait-elle un genre mal-aim&#233; en France, voire un genre maudit ? La r&#233;ponse d&#233;pendra sans doute de celui &#224; qui l'on pose la question : auteur (mais auteur de quel type d'&#233;crit ?), lecteur, &#233;diteur, mais aussi libraire. Et pourquoi pas le &#171; non-lecteur &#187; ? Celui qui ne lit que l'actualit&#233;, la BD, les mangas ou, m&#234;me pas cela, qui ne jure et ne lit que par le filtre de l'&#233;cran et donc, du &#171; tr&#232;s vite lu &#187; et &#171; tr&#232;s vite dig&#233;r&#233; &#187; ? Celui-l&#224; aussi en a forc&#233;ment entendu parler, comme de la po&#233;sie. (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/" rel="directory"&gt;Plein feu sur&#8230;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La nouvelle serait-elle un genre mal-aim&#233; en France, voire un genre maudit ? La r&#233;ponse d&#233;pendra sans doute de celui &#224; qui l'on pose la question : auteur (mais auteur de quel type d'&#233;crit ?), lecteur, &#233;diteur, mais aussi libraire. Et pourquoi pas le &#171; non-lecteur &#187; ? Celui qui ne lit que l'actualit&#233;, la BD, les mangas ou, m&#234;me pas cela, qui ne jure et ne lit que par le filtre de l'&#233;cran et donc, du &#171; tr&#232;s vite lu &#187; et &#171; tr&#232;s vite dig&#233;r&#233; &#187; ? Celui-l&#224; aussi en a forc&#233;ment entendu parler, comme de la po&#233;sie. M&#234;me s'il n'en lit jamais, ni nouvelle ni po&#233;sie, il en a lui aussi une certaine image, sans doute floue et tr&#232;s incompl&#232;te, faute de s'y &#234;tre vraiment aventur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;1. Le roman : roi dans les c&#339;urs&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; En France, il semble que le seul auteur qui ait un vrai statut ou aura sur le plan social est l'&#233;crivain, le romancier, l'auteur de romans. On mettra &#224; part l'essayiste et l'historien si on limite la r&#233;flexion &#224; la seule fiction. Mais le romancier, comme l'acteur ou le footballeur vedette, est un &#171; personnage &#187; du paysage social via l'image qu'en a le &#171; grand public &#187; ; on l'imagine riche, encens&#233; et adul&#233;, vivant de sa plume dans une sorte de ch&#226;teau ou &#171; tour d'ivoire &#187; depuis laquelle il nous pond un roman l'an, se levant &#224; l'aube pour s'asseoir devant son clavier. Le grand public a en t&#234;te quelques figures-types de romanciers : seniors masculins ou f&#233;minins sympathiques et souriants, dignes, bien &#233;lev&#233;s, entre deux &#226;ges voire &#226;g&#233;s (on pense &#224; Jean d'Ormesson, Delphine de Vigan, Marc Levy, Maylis de Kerangal&#8230;) ; &#224; l'oppos&#233;, on trouve aussi quelques semi-misanthropes un peu bourrus : Michel Houellebecq, Jean-Paul Dubois, Pierre Pelot, Virginie Despentes, etc. Autre option, ces &#171; jeunes pousses &#187; surdou&#233;es qui &#171; cassent la baraque &#187; gr&#226;ce aux r&#233;seaux sociaux (par identification &#224; un public jeune) mais aussi gr&#226;ce &#224; une &#171; belle gueule &#187; qui plait ; bref, des personnages m&#233;diatisables et m&#233;diatis&#233;s : Edouard Louis, Alice Z&#233;niter, Fatima Daas, Leila Slimani, C&#233;cile Coulon, Olivier Adam&#8230; Ah oui, il y a aussi les &#171; simplistes &#187; au parcours fulgurant (Aur&#233;lie Valognes, Michel Bussi, Guillaume Musso et Marc L&#233;vy, encore&#8230;) aux intrigues taill&#233;es sur mesures pour une masse de lecteurs plus occasionnels ou moins pointus, fans de lectures &#171; de plage &#187; ou autre, plus d&#233;tendus du bulbe, ces lecteurs de romans &lt;i&gt;feel good&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;easy reading&lt;/i&gt; pas trop &#171; prise de t&#234;te &#187;, comme il existe aussi des musiques class&#233;es &lt;i&gt;easy listening&lt;/i&gt;. Dans tous les cas, les romanciers sont le r&#233;sultat d'une &lt;i&gt;success story&lt;/i&gt; &#224; la fran&#231;aise, des winners, membres &#233;minents actuels ou en devenir d'une certaine &#233;lite litt&#233;raire et sociale envi&#233;e&#8230; Serait-ce parce qu'ils/elles passent &#224; la t&#233;l&#233;, parce qu'on les voit et qu'on les entend partout, avant m&#234;me de penser &#224; les lire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Des auteurs ont eux-m&#234;mes cultiv&#233; cette image &#233;litiste en mettant en sc&#232;ne dans leurs fictions des auteurs (eux-m&#234;mes ?) qui ont r&#233;ussi, qui vendent par centaines de mille. Au point que tout auteur, m&#234;me amateur et publi&#233; chez un &#233;diteur obscur, se verra immanquablement poser un jour cette question dans les salons, chez des amis de rencontre, etc., question issue d'un grand malentendu entretenu avec le public et en particulier avec les non-lecteurs : &#171; Et vous vivez de votre plume ? &#187; Que r&#233;pondre &#224; cela ? Et que peut en dire l'auteur de nouvelles, bien plus d&#233;class&#233; encore ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;2. La nouvelle : mise sur le carreau ? Version r&#233;duite et mal aim&#233;e du texte long, ou genre en soi, autonome et avec ses propres r&#232;gles ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle, face &#224; cela, est le parent pauvre de la fiction. Les auteurs de nouvelles n'existent pas en tant que tels dans le paysage litt&#233;raire, ils doivent d'abord faire leurs preuves par un ou plusieurs romans ayant eu un succ&#232;s notable, avant d'&#234;tre enfin &#171; autoris&#233;s &#187; &#224; publier leur recueil (mais un seul, de pr&#233;f&#233;rence !), souvent chez le m&#234;me &#233;diteur. La publication d'un recueil de nouvelles chez les &#233;diteurs qui &#171; comptent &#187; (ceux que tout le monde conna&#238;t au moins de nom, via le Goncourt et autres prix hyperm&#233;diatis&#233;s) est donc une sorte de faveur (ou de r&#233;compense ?) accord&#233;e &#224; l'auteur favori d&#233;j&#224; adoub&#233; par le public, reconnu, prim&#233;, m&#233;diatis&#233;, bref, ayant d&#233;j&#224; acquis un certain statut qui le rend bankable, ce qui limitera les risques financiers pour l'&#233;diteur qui se lance avec lui dans &#171; l'aventure &#187; d'un recueil (et encore, simplement parce que l'auteur l'a souhait&#233;&#8230; peut-&#234;tre parce que lui aussi avait d&#233;but&#233; en litt&#233;rature par le texte court, mais n'avait jamais pu en publier).&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi ce traitement de d&#233;faveur ? Parce que la nouvelle est un genre casse-gueule ? Parce qu'elle se vend peu ou pas ? Oui, mais pourquoi ? Pourquoi le lecteur de fictions a-t-il besoin d'une solide caution pour acheter, ou ne serait-ce qu'ouvrir et s'int&#233;resser &#224; un recueil de nouvelles ? Ce m&#234;me lecteur qui, tout en d&#233;sirant rester lecteur, dit avoir de moins en moins de temps &#224; consacrer &#224; la lecture &#171; parce que les enfants, le boulot, le m&#233;tro, les &#233;crans, bref, la vie &#187;, lui &#171; pompent &#187; tout son temps libre et son &#233;nergie. Ce lecteur contrari&#233;, donc, ne se g&#234;nera pas pour acheter (lire, aussi ? &#231;a reste &#224; v&#233;rifier) le dernier Goncourt ou Femina d&#232;s sa sortie. Il d&#233;valisera les libraires ou la toile pour l'avoir au plus vite mais, a contrario, il ne posera jamais la main sur un recueil de nouvelles, plus ais&#233; pourtant &#224; aborder par &#233;pisodes et par tranches, notamment dans le m&#233;tro ou le train dont on vient de parler, l'un de ces lieux de &#171; perte de temps &#187;, dans l'absolu, mais aussi et &#224; la fois de &#171; disponibilit&#233; forc&#233;e &#187; pour ouvrir enfin un livre, f&#251;t-ce faute de mieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, pourquoi &#231;a ne prend pas ? Que se passe-t-il dans la t&#234;te du lecteur fran&#231;ais ? Quels a priori le bloquent sur la forme courte ? Est-ce pour lui une litt&#233;rature au rabais, d'auteurs qui n'auraient pas assez de souffle ou de mots pour oser la forme longue ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il y a &#171; l'autre &#187; lecteur, celui qui touche aussi le clavier et lit parce qu'il &#233;crit (ou est-ce l'inverse ?), qui se rend bien compte qu'avant de se lancer dans la Grande aventure-marathon du roman, mieux vaudrait tester ses talents &#224; &#233;chelle r&#233;duite, et qui s'est souvent fait la main et exerc&#233; la plume sur l'&#233;crit court. Parce que c'est plus facile, pense-t-il (hum, &#231;a reste &#224; prouver&#8230;) et que &#231;a prend bien moins de temps (l&#224;, c'est plut&#244;t vrai). Celui-l&#224; lit-il plus de textes courts que le lecteur de base ? S'y int&#233;resse-t-il un peu plus ? &#199;a n'est pas si certain, parce que lui aussi a lu et vu partout, dans tous les m&#233;dias, les romanciers port&#233;es aux nues. Quid des nouvellistes ? Jamais, ou si peu. Et lui aussi se retrouve pris au pi&#232;ge du m&#234;me mirage entretenu. La nouvelle, &#231;a ne serait qu'une mise en jambes pour le futur romancier, un terrain d'exercices, une rampe de lancement pour se faire la main ou la plume, un exercice, un rodage, un brouillon pas forc&#233;ment publiable. Or, s'il pense ainsi, ne serait-ce pas aussi, justement, parce qu'on n'en publie pas, ou trop peu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
A contrario, si la plupart des &#233;crivains en herbe &#171; chauffent leur plume en devenir &#187; sur du texte court, alors la production de nouvelles doit &#234;tre pl&#233;thorique et, dans un si vaste th&#233;saurus enfoui dans les tiroirs et les disques durs devraient, forc&#233;ment, se trouver des tr&#233;sors, des perles m&#233;ritant d'&#234;tre expos&#233;s/publi&#233;s. C'est logique, du moins &#231;a devrait l'&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Demandez &#224; n'importe qui dans la rue de citer le nom d'un auteur (disons un Fran&#231;ais) ; il en citera bien quelques-uns, m&#234;me s'il ne les a jamais lus. Demandez au m&#234;me de citer le nom d'un &#233;crivain nouvelliste ? Peut-&#234;tre Philippe Delerm, depuis &lt;i&gt;La premi&#232;re gorg&#233;e de bi&#232;re&lt;/i&gt; qui l'a lanc&#233; ? M&#234;me pas certain. Ou alors, ce seront de &#171; grands anciens &#187; (souvenirs de lyc&#233;e ?) : Maupassant, Poe pour les Anglo-saxons&#8230; Mais qui pensera &#224; citer Claude Pujade-Renaud, Annie Saumont, Christiane Baroche, Marie-H&#233;l&#232;ne Lafon et quelques autres, qui ne d&#233;m&#233;ritent pas face aux romanciers et romanci&#232;res, loin de l&#224;, mais restent bien trop discr&#232;tes dans les palmar&#232;s et listes des lecteurs fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on &#233;largit la liste aux auteurs &#233;trangers (souvent anglophones), on peut citer Alice Munro, prix Nobel de litt&#233;rature 2013 : r&#233;compense impensable chez nous, pour une nouvelliste exclusive. Et on y trouvera assez vite Stephen King et d'autres auteurs d'imaginaire, un genre o&#249; la nouvelle est plus admise (et plus lue), bien qu'il y ait aussi beaucoup &#224; redire, face aux t&#233;nors que sont, l&#224; encore, les romanciers. On note qu'il s'agit souvent, pour leurs ouvrages disponibles en France, d'auteurs anglo-saxons. Chez eux en effet, le probl&#232;me n'est pas tout &#224; fait le m&#234;me ; il y a l&#224;-bas une vraie tradition du texte court, et celle-ci reste vivace chez leurs lecteurs. Il existe dans la science-fiction anglophone des prix litt&#233;raires annuels ayant un poids significatif (les plus prestigieux sont le Hugo et le Nebula, et il y en a d'autres). Des prix distinguant, selon la longueur du texte, quatre cat&#233;gories &#171; officielles &#187; bien identifi&#233;es, inconnues ou tr&#232;s peu usit&#233;es en terres francophones : nouvelle, novelette, novella, roman. En imaginaire, la France n'est certes pas absente ; des prix litt&#233;raires y existent aussi (en SF, fantasy, fantastique&#8230;) tel le GPI annuel (Grand Prix de l'Imaginaire), le plus pl&#233;biscit&#233; de tous, qui inclut une cat&#233;gorie Nouvelle. Mais l'aura de ces belles distinctions recherch&#233;es par les auteurs reste h&#233;las limit&#233;e &#224; la seule communaut&#233; des fans de science-fiction, ne touchant gu&#232;re d'autre public.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il d'autres indices d'une relative d&#233;saffection pour la nouvelle et pour son r&#233;ceptacle, le recueil (ou anthologie, si plusieurs auteurs y cohabitent), quel que soit le genre litt&#233;raire ? Il existe quantit&#233; de gros voire tr&#232;s gros romans, des cycles, trilogies et autres s&#233;ries. En comparaison, le recueil de nouvelles est souvent bien maigre ; il se limite souvent &#224; une sorte de fascicule &#224; la pagination peu ambitieuse (moins de 250 pages, typiquement) et &#224; un format discret : pas de &#171; pav&#233; dans la mare &#187; pour la nouvelle, comme s'il &#233;tait d&#233;j&#224; suffisamment risqu&#233; de publier un recueil sans risquer, en suppl&#233;ment, d'effrayer le lecteur par un format ou un volume jug&#233; dissuasif a priori. La nouvelle n'a donc pas la place ni m&#234;me le &#171; volume &#187; qu'elle m&#233;rite dans la production litt&#233;raire francophone. Y aurait-il un lien secret entre le fait qu'une nouvelle soit br&#232;ve par nature, et le fait que le recueil qui les contient se doive de l'&#234;tre aussi, bref et r&#233;duit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les rares exceptions &#224; ce constat (traduites en fran&#231;ais, mais non francophones &#224; l'origine) sont &#224; nouveau dans le domaine de l'imaginaire avec quelques monuments notables, en termes de volume et d'ambition. Tel le cycle &lt;i&gt;Nouvelles au fil du temps&lt;/i&gt;, de Robert Silverberg, s&#233;lection comment&#233;e par l'auteur de 124 nouvelles, soit quatre volumes d'environ 700 pages chacun (anthologie pr&#233;par&#233;e par Jacques Chambon, publi&#233;e chez Deno&#235;l dans les ann&#233;es 2000). Ou, plus monumentale encore, la &#171; Grande Anthologie de la Science-fiction &#187;, collection th&#233;matique sous le titre g&#233;n&#233;rique r&#233;current &lt;i&gt;Histoires de&#8230; &lt;/i&gt; ; une somme en trois s&#233;ries successives, et 42 volumes au total, publi&#233;e au Livre de Poche &#224; partir de 1966, et jusqu'&#224; 2005 pour la troisi&#232;me et derni&#232;re s&#233;rie de six volumes, consacr&#233;e &#224; la production fran&#231;aise (les deux premi&#232;res, soit 36 volumes, incluant exclusivement des nouvelles d'auteurs anglo-saxons). Deux exemples de r&#233;f&#233;rence, et qui attendent encore des successeurs dans d'autres domaines de la litt&#233;rature. Si un auteur aussi reconnu que Robert Silverberg a &#233;crit plus de 600 nouvelles, c'est sans doute parce qu'il est parvenu &#224; les publier et parce qu'elles ont trouv&#233; leur public, l'un induisant l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ce qui concerne la litt&#233;rature g&#233;n&#233;rale, on ne peut manquer de citer &lt;i&gt;R&#233;cits de la Kolyma&lt;/i&gt;, de Varlam Chalamov, monumental recueil de 146 textes, ou plut&#244;t r&#233;cits interconnect&#233;s, ouvrant &#224; la rubrique qui suit sur l'interconnexion. Il s'agit de la juxtaposition de six recueils d'abord publi&#233;s s&#233;par&#233;ment, r&#233;unis en 2003 chez Verdier en un volume unique de 1516 pages sur papier Bible. La dualit&#233; entre r&#233;cit (authentique) et nouvelle (fiction) fait de ce recueil un hybride entre t&#233;moignage (r&#233;cit &#224; dimension historique) et recueil de fiction, acceptable par la volont&#233; de transformer chaque r&#233;cit en nouvelle plus ou moins autonome disposant souvent d'une chute, et mettant en sc&#232;ne une galerie de personnages r&#233;els, mais souvent renomm&#233;s et anonymis&#233;s. Cela dit, on notera sur cet exemple qu'il s'agit &#224; nouveau d'une traduction, ici du russe (en soulignant le travail monumental accompli, notamment sur des n&#233;ologismes, chansons, etc.), et non pas d'une &#339;uvre originale en fran&#231;ais. Et ce recueil constitue un cas hors norme, par son volume et la convergence parfaite de son contenu pour d&#233;crire un univers &#171; coh&#233;rent &#187; (si l'on peut le dire ainsi, vu le sujet&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;3. Interconnexions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sur d'autres aspects, l'univers et les auteurs d'imaginaire (parfois aussi leurs &#233;diteurs, en r&#233;unissant leurs textes de fa&#231;on in&#233;dite) ont innov&#233; et exp&#233;riment&#233; aussi sur la forme, comme on vient de voir ci-dessus avec le cas hors norme de Chalamov, en imaginant une &#171; synergie positive &#187; entre fond et forme d'un recueil de nouvelles ou de novellas, ce que l'on conna&#238;t sous la notion de &#171; nouvelles interconnect&#233;es &#187; (en anglais : &lt;i&gt;interlinked short stories with a singleness of purpose&lt;/i&gt;). &lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, d'autres exemples existent en litt&#233;rature blanche francophone ou traduite, assez dispers&#233;s, par exemple, dans la collection Babel d'Actes Sud, des coffrets th&#233;matiques de recueils de nouvelles cibl&#233;s sur un auteur contemporain, tel Aki Himazaki, avec 5 volumes de nouvelles de cet auteur qui, en vue d'ensemble, finit par faire un roman, avec une coh&#233;rence dans les personnages et l'histoire. Ce qui semble aussi &#234;tre le cas en Su&#232;de &#231;a avec une nouvelle formule de coffret th&#233;matique chez Novellix, dont parle Anne de Beauvill&#233;, que l'on peut citer ici car, apr&#232;s ceux en langue anglaise, il y sortira &#224; la rentr&#233;e 2022 un premier coffret en langue fran&#231;aise, intitul&#233; &#171; Amants, amantes &#187; ; il s'agit certes de classiques (George Sand, Guy de Maupassant, Marceline Desbordes-Valmore, Marcel Proust), mais l'initiative est louable, l'objet magnifique (4 livrets sous coffret cartonn&#233; 160 x 115), et l'intention, un fil conducteur amoureux entre quatre auteurs, superbe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour en revenir au genre imaginaire, on citera par exemple &lt;i&gt;Kirinyaga, une utopie africaine&lt;/i&gt;, de Mike Resnick, encens&#233; et multi-prim&#233; lors de sa sortie en 1998 : 67 prix ou nominations ! Il a &#233;t&#233; publi&#233; en France en tant que roman, un terme explicitement affich&#233; sur la couverture, sans doute pour des raisons purement commerciales ? Aux USA, le seul sous-titre &#233;tait &lt;i&gt;A Fable of Utopia&lt;/i&gt;. Ce &#171; recueil-roman &#187; se compose d'un prologue, de 8 novellas interconnect&#233;es et d'un &#233;pilogue (le tout sur 330 pages environ dans sa premi&#232;re version, puis de 420 pour le cycle complet).&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Kirinyaga_(roman)&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Kirin...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus monumental encore : &lt;i&gt;Les seigneurs de l'instrumentalit&#233;&lt;/i&gt;, de Cordwainer Smith, se pr&#233;sente en France en 3, 4, ou 6 volumes, selon les r&#233;&#233;ditions. Il se compose d'un cycle de 27 nouvelles et d'un roman, et ce cycle (r&#233;uni par l'&#233;diteur) est consid&#233;r&#233; d&#233;sormais comme un &#171; grand classique de la science-fiction &#187;, et son auteur est jug&#233; l'un des plus grands nouvellistes de SF au monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Seigneurs_de_l%27instrumentalit%C3%A9&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_S...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre ouvrage hybride issu du genre de l'imaginaire, &lt;i&gt;L'archipel du r&#234;ve&lt;/i&gt; (1981), de Christopher Priest, auteur britannique inclassable depuis son troublant &lt;i&gt;Monde inverti&lt;/i&gt;, une science-fiction hors norme assez d&#233;stabilisante, flirtant sans cesse avec le monde r&#233;el et ses limites. On cite pour m&#233;moire un extrait de la quatri&#232;me de couverture, dans l'&#233;dition Deno&#235;l Lunes d'Encre : Chef-d'&#339;uvre de la litt&#233;rature &#233;rotique, construction intellectuelle qui rel&#232;ve autant de l'anticipation &#224; l'anglaise que du roman psychologique, &lt;i&gt;L'Archipel du R&#234;ve&lt;/i&gt; est l'un des plus beaux ouvrages de Christopher Priest ; un maelstr&#246;m de r&#233;cits interconnect&#233;s qui nous ram&#232;ne aux apocalypses po&#233;tiques de J.G. Ballard.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Archipel_du_r%C3%AAve&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27A...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut aussi citer les &lt;i&gt;Chroniques martiennes&lt;/i&gt;, de Ray Bradbury (1950, aux USA), dans lequel la fusion entre nouvelles et roman atteint un sommet. L'ouvrage a d'ailleurs &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; en France comme un roman (Deno&#235;l, 1954), si l'on excepte le choix d'un titre qui reste r&#233;v&#233;lateur de sa nature r&#233;elle et du puzzle qui l'a constitu&#233; : &#224; savoir des nouvelles publi&#233;es par Ray Bradbury entre 1945 et 1950 dans des magazines, compl&#233;t&#233;es afin de constituer in fine l'ouvrage publi&#233; en 1950 sous le titre-chapeau &lt;i&gt;The Martian Chronicles&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chroniques_martiennes&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chron...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec ces quelques exemples, certes assez rares dans la production mondiale, on voit que les auteurs et &#233;diteurs, d'imaginaire principalement, ont investigu&#233; de nouvelles formes venant transcender le concept de nouvelle, et m&#234;me celui de recueil, pour &#171; oser &#187; des ouvrages hybrides, innovants tant dans leur structure que leurs interconnexions. Et l'on se doit d'insister sur le r&#244;le central de l'&#233;diteur dans ces structures, ces constructions &#8211; pour ne pas dire ces &#171; reconstructions &#187;, car l'&#233;criture des nouvelles incluses dans l'ouvrage publi&#233; in fine s'&#233;tale souvent sur une dur&#233;e cons&#233;quente. Pour ce qui est du cycle de Christopher Priest, par exemple, elles furent &#233;crites/publi&#233;es entre 1978 et 1999. Ou entre 1988 et 1998 pour la version initiale de &lt;i&gt;Kirinyaga&lt;/i&gt;, de Mike Resnick, avant qu'une &#233;dition ult&#233;rieure y ins&#232;re une nouvelle suppl&#233;mentaire dat&#233;e de 2008, cl&#244;turant d&#233;finitivement le cycle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela dit, le genre imaginaire n'a pas l'exclusivit&#233; absolue du concept de nouvelle interconnect&#233;e. On citera l'influence de Sherwood Anderson et de son &lt;i&gt;WInesburg&lt;/i&gt;, Ohio sur la nouvelle interconnect&#233;e, &#339;uvre parfois consid&#233;r&#233;e comme un roman fragment&#233; en nouvelles (voir Wikipedia) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ray_Bradbury&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Ray Bradbury&lt;/a&gt; a reconnu en &lt;i&gt;Winesburg-en-Ohio&lt;/i&gt; la source d'inspiration principale qui l'a conduit &#224; &#233;crire &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chroniques_martiennes&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Chroniques martiennes&lt;/a&gt;. Quant &#224; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Howard_Phillips_Lovecraft&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;H. P. Lovecraft&lt;/a&gt;, il raconte avoir &#233;crit la nouvelle &lt;i&gt;Arthur Jermyn&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/1920_en_litt%C3%A9rature&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;1920&lt;/a&gt;), apr&#232;s avoir failli s'endormir en lisant les ragots colport&#233;s dans &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Winesburg-en-Ohio#cite_note-272&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Winesburg-en-Ohio&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_Miller&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Henry Miller&lt;/a&gt; mentionne le recueil d&#232;s la premi&#232;re page de son roman &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Sexus&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Sexus&lt;/a&gt;, premi&#232;re partie de la trilogie &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Crucifixion_en_rose&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;La Crucifixion en rose&lt;/a&gt;. &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Fante&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;John Fante&lt;/a&gt; mentionne ce recueil dans son roman &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%AAves_de_Bunker_Hill&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;R&#234;ves de Bunker Hill&lt;/a&gt; (1982) pour dire combien &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Winesburg-en-Ohio#cite_note-274&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;ses nouvelles lui ont donn&#233; l'envie d'&#233;crire&lt;/a&gt;. L'&#233;crivain isra&#233;lien &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Amos_Oz&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Amos Oz&lt;/a&gt; rapporte dans son roman autobiographique, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Une_histoire_d%27amour_et_de_t%C3%A9n%C3%A8bres&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Une histoire d'amour et de t&#233;n&#232;bres&lt;/a&gt;, que &lt;i&gt;Winesburg-en-Ohio&lt;/i&gt; a exerc&#233; une grande influence sur son art en lui prouvant que la litt&#233;rature peut se passer de h&#233;ros, et que ce ne fut qu'apr&#232;s l'avoir lu qu'il trouva &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Winesburg-en-Ohio#cite_note-275&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;le courage d'&#233;crire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roman &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Indignation_(roman)&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Indignation&lt;/a&gt; de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Philip_Roth&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Philip Roth&lt;/a&gt;, publi&#233; en &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/2008_en_litt%C3%A9rature&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;2008&lt;/a&gt;, se situe en partie dans le coll&#232;ge de Winesburg, et son &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Protagoniste&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;protagoniste&lt;/a&gt; occupe un poste de serveur dans la &#171; Nouvelle pension Willard &#187; (&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Winesburg-en-Ohio#cite_note-276&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;New Willard House&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;). Enfin, Porter Shreve a pr&#233;sent&#233; en 2014 une suite possible au livre de Sherwood Anderson dans son roman &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Winesburg-en-Ohio#cite_note-277&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;The End of the Book&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. On peut citer aussi &lt;i&gt;Greetings from Below&lt;/i&gt;, de David Philip Mullins (ouvrage non traduit int&#233;gralement &#224; ce jour), qui est tout &#224; fait un recueil de nouvelles interconnect&#233;es &#8211; qui plus est particuli&#232;rement r&#233;ussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.publishersweekly.com/9781932511888&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://www.publishersweekly.com/97...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;4. Autres interconnexions en forme de conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, ce que donne &#224; lire le nouvelliste est du v&#233;cu intense, secret, partageable par l'&#233;crit, mais &#224; mi-chemin entre le conte et la fable oralis&#233;s &#233;voquant la tradition orale antique. La nouvelle touche &#224; la sph&#232;re de l'intime, et elle gagne &#224; &#234;tre mise en valeur par le biais de l'enregistrement : le podcast, la lecture &#224; voix haute en direct &#8211; ne pas oublier le conte du soir pour enfants, qui en est la toute premi&#232;re manifestation&#8230; et la premi&#232;re marche d'une future &#171; addiction &#187; &#224; la lecture ? France Culture et un &#233;diteur comme Rue St Ambroise proposent r&#233;guli&#232;rement des enregistrements en ligne de nouvelles contemporaines ; souhaitons que cette formule se poursuive et gagne m&#234;me du terrain chez les adultes que nous sommes, qui &#171; n'ont plus le temps de lire &#187;, disent-ils, pas m&#234;me pour la nouvelle&#8230; mais qui pourraient se laisser convaincre par un autre mode d'inoculation de ce vaccin contre l'inculture, qui sait ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Charles Gancel</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/charles-gancel</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/charles-gancel</guid>
		<dc:date>2022-03-15T17:34:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Perrut</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Certains, on le verra, consid&#232;rent que la litt&#233;rature ne peut exister sans la mise en danger de l'auteur. Quant &#224; moi, jamais encore je n'avais envisag&#233; que musarder chez les bouquinistes m'exposait au risque de l'addiction. Dues au hasard des rayons d&#233;sordonn&#233;s, les trouvailles se conjuguent &#224; la d&#233;culpabilisation de l'acte d'achat, en raison des prix aujourd'hui d&#233;risoires pratiqu&#233;s sur les livres d'occasion. Vous voil&#224; vite devenu un accro. C'est ainsi que je suis tomb&#233; sur un recueil de nouvelles de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/" rel="directory"&gt;Plein feu sur&#8230;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1249.jpg?1649855468' width='91' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Certains, on le verra, consid&#232;rent que la litt&#233;rature ne peut exister sans la mise en danger de l'auteur. Quant &#224; moi, jamais encore je n'avais envisag&#233; que musarder chez les bouquinistes m'exposait au risque de l'addiction. Dues au hasard des rayons d&#233;sordonn&#233;s, les trouvailles se conjuguent &#224; la d&#233;culpabilisation de l'acte d'achat, en raison des prix aujourd'hui d&#233;risoires pratiqu&#233;s sur les livres d'occasion. Vous voil&#224; vite devenu un accro. C'est ainsi que je suis tomb&#233; sur un recueil de nouvelles de Charles Gancel, qui m'a conduit vers un autre, puis encore un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les &#338;ufs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; Les &#338;ufs &#187;, nouvelles, Buchet-Chastel, 2004, 215 p.' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, recueil de neuf nouvelles, le premier de l'auteur, joue sur la mise en &#233;cho. Ainsi, &#171; La Saillie &#187; nous emm&#232;ne dans un restaurant hupp&#233;, o&#249; un homme v&#233;nal fait le beau devant ceux qui l'ach&#232;tent, avant de s'esquiver, regard fuyant et mine basse, son enveloppe dissimul&#233;e dans un journal. Il est &#224; l'image de l'&#233;talon fougueux, retour de la saillie, fourbu et l'&#339;il &#233;teint. Dans un jeu de miroir analogue, on voit dans &#171; R&#233;gl&#233; comme une horloge &#187;, le syst&#232;me intestinal d'un directeur de la logistique se mettre en parall&#232;le avec le process industriel implacable qu'il contr&#244;le avec ses algorithmes. Jusqu'au jour o&#249; une r&#233;union le retient &#224; l'heure fatidique&#8230; Revoici avec &#171; Demi-cuit &#187; le th&#232;me de la d&#233;pravation : un &#233;narque fra&#238;chement &#233;moulu d&#233;couvre en m&#234;me temps que les plaisirs du demi-cuit, dont le r&#233;galent les publicitaires en mal de contrats juteux, tout le jeu du donnant-donnant. S'il veut acc&#233;der aux faveurs d'Anne, la trop charmante, il doit pousser le cabinet publicitaire qui l'emploie aupr&#232;s du minist&#232;re de l'Agriculture. Mais l&#224;, son camarade de promotion conditionne ce service &#224; un coup de main pour la mise sous tutelle de l'agence o&#249; il officie. Au bout du compte, il perd sur tous les tableaux et Gancel sait alors tellement nous faire sentir la gifle cuisante re&#231;ue par notre na&#239;f &#233;narque. Il r&#233;alise que non seulement sa man&#339;uvre vient d'avorter, mais qu'elle l'a de plus &#233;clabouss&#233;. Ici, comme souvent, le talent de Gancel tient &#224; ce qu'il nous fait d&#233;couvrir d'en-dedans le monde feutr&#233; des puissants. Deux r&#233;cits altern&#233;s composent &#171; Crash &#187;, o&#249; le survivant d'une catastrophe a&#233;rienne agonise aupr&#232;s de la d&#233;pouille de son collaborateur, en voie de putr&#233;faction. Il d&#233;couvre alors dans les carnets de celui-ci l'histoire de sa trahison d&#233;j&#224; ancienne. &#192; l'occasion, Gancel ne d&#233;daigne pas titiller son lecteur avec des mots rares, si l'on admet que la synecdoque ou l'&#233;panalepse ne figurent pas dans nos formules prioritaires du petit d&#233;jeuner. On prendra ces taquineries comme autant d'invitations &#224; r&#233;viser nos bases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Scalpels &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; Scalpels &#187;, nouvelles, Buchet-Chastel, 2007, 180 p.' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou dix regards sur la honte. &#171; Et quelle a &#233;t&#233; votre plus grande honte ? &#187; a demand&#233; l'auteur autour de lui, avant de collecter les r&#233;ponses pour en faire dix histoires, tr&#232;s ma&#238;tris&#233;es, o&#249;, &#224; chaque fois vous rougissez pour le personnage. Avec &#171; Chouquette &#187;, un lyc&#233;en est &#233;gar&#233; dans la famille aristocratique de sa belle, dont il ne ma&#238;trise pas les codes. Puis, dans &#171; Arr&#234;te ! &#187;, revenant d'une semaine &#233;reintante, sous le feu roulant des piques fielleuses de sa femme, un jeune informaticien finit par la cogner. Deux losers punky rusent pour entrer dans une soir&#233;e de mannequins, dont ils ressortent couverts de vomissures (&#171; Beaux &#187;)&#8230; Certes, l'intrigue est parfois forc&#233;e (&#171; God &#187;), certaines chutes un peu rapides (&#171; Boudbit' &#187;), mais quelle importance ? La pr&#233;cision des tableaux que nous tend l'auteur, au &#171; scalpel &#187; justement, emporte &#224; chaque fois la conviction : nous marinons dans la sueur aigrelette de la g&#234;ne, dans ce recueil o&#249; l'unit&#233; de ton et la fabrique du r&#233;cit sont en tous points remarquables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec &#171; L'Inaccessible &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-3' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; L'Inaccessible &#187;, nouvelles, Buchet-Chastel, 2004, 188 p.' id='nh3-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nouvelle du recueil &#233;ponyme, le troisi&#232;me, on tombe sous les coups d'un pilonnage m&#233;taphorique inattendu. &#171; Sonn&#233; comme un pilote de mig en fin de ressource &#187; ; &#171; Il courait sur un lac gel&#233; dont il savait la couche trop fine &#187; ; &#171; Elle a v&#233;cu en lui&#8230; comme la basse continue et sombre de sa musique int&#233;rieure &#187;. Puis &#171; Manhattan &#187; nous fait d&#233;ambuler dans la nuit newyorkaise des ann&#233;es 70, probablement sur les pas de la jeunesse de l'auteur. L'hallucination visuelle nous prend avec l'arriv&#233;e de l'ambulance aupr&#232;s d'un motard accident&#233; : &#171; On referme sur lui une couverture de survie qui semble prendre feu dans la lumi&#232;re des phares &#187;. Nous entrons ensuite dans un univers de toxicos, au milieu d'une d&#233;cennie o&#249; psych&#233;d&#233;lique se confond avec LSD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re vous avoir donn&#233; l'envie de lire Charles Gancel. Mais ai-je r&#233;pondu &#224; la question essentielle : Qu'est-ce qui fait que la plume de cet auteur ne ressemble &#224; aucune autre ? Qu'est-ce qui fait que sans cette singularit&#233;, ces nouvelles seraient aussi futiles que les entrechats d'un petit rat, pour reprendre la m&#233;taphore de Leiris&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-4' class='spip_note' rel='appendix' title='Michel Leiris, &#171; De la litt&#233;rature consid&#233;r&#233;e comme une tauromachie &#187;, 1939, (...)' id='nh3-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour ce dernier, en effet, une &#339;uvre est anodine s'il n'y a rien d'&#233;quivalent en elle &#224; &#171; ce qu'est pour le &lt;i&gt;torero&lt;/i&gt; la corne ac&#233;r&#233;e du taureau, qui seule&#8230; l'emp&#234;che d'&#234;tre autre chose que gr&#226;ces vaines de ballerine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premi&#232;re apparence, Gancel ne s'expose pas beaucoup dans ces histoires largement fictionnalis&#233;es. Ceci dit, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, dans certaines d'entre elles, &#171; Manhattan &#187; ou aussi &#171; L'Inaccessible &#187;, on d&#233;c&#232;le des r&#233;miniscences autobiographiques. Mais apr&#232;s tout, point n'est besoin de se flageller toutes les deux pages, comme l'auteur de L'&#194;ge d'homme pour prouver son engagement. Celui-ci se lit dans le d&#233;montage minutieux des m&#233;canismes, tant de la terreur hi&#233;rarchique que de la corruption, qui r&#232;gnent sur la sc&#232;ne sociale. &#171; - Son ch&#232;que personnel, son dessous de table, si vous voulez. Croyez-vous que nous ayons gard&#233; ce client gr&#226;ce &#224; vos qualit&#233;s commerciales ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-5' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; La Saillie &#187;, in &#171; Les &#338;ufs &#187;.' id='nh3-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tableaux que nous montre Gancel sont sans nul doute tir&#233;s de sa longue exp&#233;rience de conseil pour le changement culturel dans les grands groupes. Voil&#224; une place, privil&#233;gi&#233;e s'il en est, pour confesser un &#224; un les acteurs du jeu social, et s'immerger dans les turpitudes de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De multiples outils narratifs sont mani&#233;s, avec aisance, allant des effets de miroirs aux figures insolites et aux leimotivs, des r&#233;cits entrecrois&#233;s jusqu'aux jeux avec le lecteur. Mais le texte doit d'abord sa solidit&#233; &#224; la pr&#233;cision des peintures fond&#233;es sur l'exp&#233;rience et la documentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout du compte, le r&#233;cit n'est finalement qu'un pr&#233;texte, pour faire passer quelque chose de plus profond, d'inconscient &#224; inconscient diraient les psychanalystes, entre auteur et lecteur, via le medium du langage. C'est ce quelque chose d'ineffable, o&#249; passe tout l'engagement de l'auteur, avec les instruments qu'il a fa&#231;onn&#233;s, qui autorise &#224; qualifier un texte de litt&#233;raire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb3-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les &#338;ufs &#187;, nouvelles, Buchet-Chastel, 2004, 215 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Scalpels &#187;, nouvelles, Buchet-Chastel, 2007, 180 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-3' class='spip_note' title='Notes 3-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'Inaccessible &#187;, nouvelles, Buchet-Chastel, 2004, 188 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-4' class='spip_note' title='Notes 3-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Leiris, &#171; De la litt&#233;rature consid&#233;r&#233;e comme une tauromachie &#187;, 1939, pr&#233;face &#224; &#171; L'&#194;ge d'homme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-5' class='spip_note' title='Notes 3-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La Saillie &#187;, in &#171; Les &#338;ufs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Interview associ&#233;e &#224; la sortie du recueil : Les meilleures nouvelles de F. SCOTT FITZGERALD &#8211; nouvelles traductions. &#201;ditions Rue Saint Ambroise, mars 2021</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/interview-associee-a-la-sortie-du-recueil-les-meilleures-nouvelles-de-f-scott</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/interview-associee-a-la-sortie-du-recueil-les-meilleures-nouvelles-de-f-scott</guid>
		<dc:date>2021-04-16T18:09:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Calvez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Interview du directeur de collection Bernardo Toro (BT) et de l'&#233;ditrice Florence Didier-Lambert (FDL), des &#201;ditions Rue Saint Ambroise. Cette interview offre une confrontation et un d&#233;bat d'id&#233;es entre, d'une part, une &#233;ditrice et un directeur de collection connaissant tous deux parfaitement la collection et les auteurs qu'ils publient et, d'autre part, un intervieweur qui la d&#233;couvre et, surtout, qui d&#233;couvre l'un de leurs auteurs via leur ouvrage. Ce qui est, sans doute, l'un des objectifs av&#233;r&#233;s de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/" rel="directory"&gt;Plein feu sur&#8230;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Interview du directeur de collection Bernardo Toro (BT) et de l'&#233;ditrice Florence Didier-Lambert (FDL), des &#201;ditions Rue Saint Ambroise. Cette interview offre une confrontation et un d&#233;bat d'id&#233;es entre, d'une part, une &#233;ditrice et un directeur de collection connaissant tous deux parfaitement la collection et les auteurs qu'ils publient et, d'autre part, un intervieweur qui la d&#233;couvre et, surtout, qui d&#233;couvre l'un de leurs auteurs via leur ouvrage. Ce qui est, sans doute, l'un des objectifs av&#233;r&#233;s de cette collection, et en justifie l'existence aupr&#232;s d'un tr&#232;s large lectorat, &#233;clair&#233; ou n&#233;ophyte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ND : Comment est n&#233; ce concept d'une collection d&#233;di&#233;e aux &#171; Meilleures nouvelles de &#187;, cibl&#233;e sur de grands auteurs classiques m&#233;ritant un &#171; retour &#224; la surface &#187; dans l'&#171; actualit&#233; litt&#233;raire &#187;, via ces &lt;i&gt;Best of&lt;/i&gt; bien pens&#233;s et superbement r&#233;alis&#233;s ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BT : Cette collection est n&#233;e d'un double constat :&lt;br class='autobr' /&gt;
1- On conna&#238;t facilement les grandes &#339;uvres d'un romancier mais, s'il s'agit d'un nouvelliste l'information est quasiment impossible &#224; trouver. Prenons un nouvelliste comme Tchekhov, le p&#232;re de la nouvelle moderne. Quelles sont ses principales nouvelles, celles qu'il faut absolument lire ? Seuls quelques sp&#233;cialistes le savent, aucun recueil ne les rassemble. Nous pourrions &#233;tendre cette d&#233;monstration &#224; tous les nouvellistes dont nous nous occupons : Woolf, Mansfield, Fitzgerald. Notre collection se propose de remplir cette lacune en constituant une biblioth&#232;que essentielle de la nouvelle que tous les amateurs aient plaisir &#224; consulter.&lt;br class='autobr' /&gt;
2- En France, les nouvelles des grands auteurs sont r&#233;guli&#232;rement republi&#233;es mais rarement retraduites. Une &#233;dition des nouvelles de Mansfield parue en 2019 contient des traductions datant des ann&#233;es 40. Or si les grandes &#339;uvres ont la capacit&#233; de traverser les &#233;poques, les traductions, en revanche, portent les marques de la leur. Celle de Mansfield de 2019 qui sent encore l'encre fra&#238;che parle la langue surann&#233;e des ann&#233;es 40. De ce fait la modernit&#233; de cette immense nouvelliste a du mal &#224; &#234;tre per&#231;ue par les lecteurs d'aujourd'hui. Nous pensons qu'il &#233;tait urgent de proposer de nouvelles traductions de ces grands auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ND : Quels sont les crit&#232;res vous conduisant &#224; s&#233;lectionner un nouvel auteur pour cette collection &lt;i&gt;Les meilleures nouvelles&lt;/i&gt; ? Est-ce un choix absolu, celui de &#171; grands auteurs &#187; qui vous s&#233;duisent et plairont &#224; un certain public, ou avez-vous identifi&#233; et prioris&#233; ceux ou celles dont l'&#339;uvre m&#233;rite un &#171; s&#233;rieux d&#233;poussi&#233;rage &#187;, apr&#232;s un constat de cet ordre sur leurs traductions ant&#233;rieures ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BT : Quand on essaie d'expliquer pourquoi la nouvelle est devenue un genre mineur en France, on apporte des tas de r&#233;ponses &#233;conomiques, sociologiques, etc., mais aucune r&#233;ponse litt&#233;raire. Notre collection est une r&#233;ponse litt&#233;raire &#224; la question de la nouvelle. En France, la fiction courte ne s'est pas v&#233;ritablement renouvel&#233;e et de ce fait elle a cess&#233; d'&#234;tre un genre novateur. Pourquoi ? Probablement parce que la France a rat&#233; le tournant esquiss&#233; par Tchekhov. Il est probable que le g&#233;nie de Maupassant ait contribu&#233; &#224; cette occultation et qu'en France, on ait continu&#233; &#224; &#233;crire des nouvelles &#224; la mani&#232;re de Maupassant, c'est-&#224;-dire &#224; la mani&#232;re du XIXe, sans percevoir l'ab&#238;me que Tchekhov a creus&#233; sous nos pieds. Les Anglo-saxons en revanche, ont lu Tchekhov tr&#232;s t&#244;t, toute leur grande tradition de nouvellistes en d&#233;rive. Virginia Woolf a &#233;t&#233; l'une des premi&#232;res &#224; prendre conscience du ph&#233;nom&#232;ne. Pour elle, Tchekhov est l'inventeur d'un nouveau genre qui n'a rien &#224; voir avec la nouvelle telle que nous l'entendons habituellement. Il nous semblait important de mettre &#224; la disposition du public fran&#231;ais (et des nouvellistes notamment) un catalogue raisonn&#233; des principaux sommets de ce genre nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ND : Pour se plonger (ou replonger) dans un nouvel auteur, quel est le travail de pr&#233;paration ou le temps n&#233;cessaire ? Faut-il relire avec attention tout ou partie de l'&#339;uvre de l'auteur, s&#233;lectionner les textes, rep&#233;rer ceux &#171; &#224; r&#233;viser &#187; (ou alors, vos textes pr&#233;f&#233;r&#233;s ?), etc. Comment proc&#233;dez-vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BT : Chaque recueil est le fruit de plusieurs ann&#233;es de travail. Impossible d'appeler une collection &#171; Les meilleures nouvelles &#187; sans avoir lu ou relu toute l'&#339;uvre d'un &#233;crivain, y compris sa correspondance, son journal, ses carnets. Quant aux crit&#232;res qui pr&#233;sident &#224; la s&#233;lection des nouvelles, ils sont multiples. On peut tenir compte de ce que l'auteur pense lui-m&#234;me de ses nouvelles. Gr&#226;ce &#224; sa correspondance, on sait, par exemple, quelles sont les nouvelles que Lovecraft pr&#233;f&#233;rait. Mais le crit&#232;re fondamental reste la pratique litt&#233;raire. Je m'efforce de choisir les nouvelles les plus novatrices et singuli&#232;res d'un auteur, celles qui ont le plus &#224; m'apprendre sur son art personnel de la fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ND : A ce titre, face &#224; un auteur prolixe (cf. le choix entre 160 nouvelles pour Fitzgerald), comment s'effectue la s&#233;lection ? Souhaitez-vous que le recueil montre toute la diversit&#233; d'un auteur, son parcours et son &#233;volution, ou visez-vous &#224; faire d&#233;couvrir avant tout les meilleurs de ses textes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FDL : Le choix des textes est &#233;videmment subjectif. Pour Fitzgerald j'ai &#233;t&#233; intrigu&#233;e par la qualit&#233; de certains portraits f&#233;minins, par la fa&#231;on dont il traite la crise de 1929 ; par la fa&#231;on dont il parle de la nature, de la nuit, etc. Le choix refl&#232;te le go&#251;t singulier de l'&#233;diteur en charge du volume. &#192; la fin, il y a un v&#233;ritable travail de &lt;i&gt;composition&lt;/i&gt; du recueil bas&#233;e sur une lecture singuli&#232;re. C'est la raison pour laquelle ce lecteur/&#233;diteur est aussi le pr&#233;facier du recueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ND : Comment est constitu&#233;e l'&#233;quipe de traduction pour un projet donn&#233;, vu que celle-ci semble diff&#233;rente voire sp&#233;cifique &#224; chaque ouvrage ? Est-ce li&#233; &#224; la disponibilit&#233; de l'un ou l'autre, &#224; une question d'affinit&#233; des traducteurs avec l'auteur &#224; traduire et son univers, ou autre chose encore ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BT : Les traducteurs sont souvent des sp&#233;cialistes de l'auteur qu'ils traduisent. Voil&#224; pourquoi ils sont &#224; chaque fois diff&#233;rents. Nous tenions &#224; confier la traduction &#224; une &#233;quipe de traducteurs de fa&#231;on &#224; donner &#224; voir les diverses mani&#232;res de lire et donc d'interpr&#233;ter un auteur. Comme il existe plusieurs mani&#232;res de jouer Bach, il existe plusieurs mani&#232;res de traduire Fitzgerald. Les laisser r&#233;sonner &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me volume permet de saisir la richesse de son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ND : Comment se fait la coordination globale de la traduction ? Y a-t-il un lissage final des diff&#233;rentes plumes des traducteurs, des consignes pr&#233;alables, ou autres mesures pr&#233;servant une certaine unit&#233; de ton, un &#171; respect &#187; de l'auteur, de son style et ses tournures, etc. ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FDL : Il n'y a pas v&#233;ritablement de coordination globale. Avec Nathalie Barri&#233;, qui a traduit deux nouvelles du recueil de Fitzgerald (&#171; Retour &#224; Babylone &#187; et &#171; R&#234;ves d'hiver &#187;), nous avons supervis&#233; l'ensemble des traductions. Avec chacun des traducteurs, nous avons nou&#233; un dialogue au singulier, en se gardant de lisser son style, mais au contraire en allant dans son sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ND : Par exemple, pour ce qui concerne Fitzgerald, comment est adapt&#233; &#224; cet univers sp&#233;cifique (les &#171; Ann&#233;es Folles &#187; aux USA) la r&#232;gle d'usage (fran&#231;aise, donc) du tutoiement dans la soci&#233;t&#233; voire la haute soci&#233;t&#233;, entre amis, entre amants, &#233;poux... ? Cette convention sociale reflet d'une &#233;poque (le tutoiement ou non dans les dialogues) se voit-elle &#171; modernis&#233;e &#187; ou r&#233;adapt&#233;e au cas par cas, dans le cadre d'une nouvelle traduction d'un auteur anglo-saxon du si&#232;cle pass&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FDL : La modernisation syst&#233;matique vieillit tr&#232;s vite une traduction. Par exemple, la traduction trop actualis&#233;e des mots d'argot produit un petit effet sur le coup, qui se d&#233;mode rapidement. La traduction du &#171; you &#187; pose des questions de contexte et d'oreille. Le texte anglais donne diff&#233;rents indices autres que grammaticaux pour l'usage du vouvoiement ou du tutoiement. Pour la collection, nous faisons le choix de ne pas &#171; nationaliser &#187; les textes en transposant des usages d'&#233;poque. Nous pr&#233;f&#233;rons favoriser l'influx d'une langue dans une autre. L'important en r&#233;alit&#233; est de garder en t&#234;te la vis&#233;e d'un texte, sa pens&#233;e profonde, sa musique, son rythme. Il s'agit avant tout de litt&#233;rature, qui d&#233;passe les questions sociologiques, &#224; l'ordre du jour &#224; certains moments et absentes &#224; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ND : Plus g&#233;n&#233;ralement, y a-t-il un besoin voire une volont&#233; de &#171; modernisation &#187; du langage, pour tenir compte d'un certain confort de lecture du lecteur contemporain, voire du vieillissement de style d'auteurs &#171; classiques &#187; m&#233;ritant nettoyage ou mise &#224; jour, y compris dans la langue d'origine de l'auteur, au-del&#224; m&#234;me de la traduction ? J'ai en m&#233;moire les retraductions absolument n&#233;cessaires de nouvelles de Th&#233;odore Sturgeon, vis-&#224;-vis de ses premi&#232;res traductions fran&#231;aises datant des ann&#233;es 40/50. Certaines ne &#171; passent plus du tout &#187; pour le lecteur contemporain, jusqu'&#224; &#234;tre &#171; politiquement incorrectes &#187;, ne serait-ce que par l'image qu'elles donnaient de la femme ou de progr&#232;s soci&#233;taux intervenus depuis leur publication&#8230; ou depuis leur traduction. L'&#339;uvre de Lovecraft elle aussi avait besoin d'un s&#233;rieux d&#233;poussi&#233;rage.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BT : Je ne pense pas qu'il soit n&#233;cessaire de d&#233;poussi&#233;rer les auteurs classiques. Je dirais m&#234;me que les auteurs classiques sont bien les seuls qui n'ont pas besoin de d&#233;poussi&#233;rage. Est-ce n&#233;cessaire de d&#233;poussi&#233;rer Racine, Proust, Tchekhov, Fitzgerald ? Je ne pense pas. Pour mieux comprendre le myst&#232;re de leur p&#233;rennit&#233;, il faut sans doute op&#233;rer une distinction entre la modernit&#233; et l'actualit&#233; d'un auteur. Le best-seller de cette ann&#233;e qui parle de violence conjugale avec les mots d'aujourd'hui est sans doute beaucoup plus actuel que les nouvelles de Mansfield. Seulement, dans trente ans, il nous semblera sans doute dat&#233; alors que les nouvelles de Mansfield, en revanche, garderont toute leur modernit&#233;. La modernit&#233; des &#339;uvres classiques repose sur leur capacit&#233; &#224; faire exister un pr&#233;sent qui fait trou dans la chronologie, un pr&#233;sent &#233;ternellement moderne qui perdure bien apr&#232;s la disparition du contexte historique o&#249; s'inscrivent ces fictions. La preuve, dans cent ans on continuera &#224; les lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ND : Fitzgerald semble quand m&#234;me moins &#171; dat&#233; &#187; et bien plus fin que Sturgeon, par exemple (et que bien d'autres auteurs renomm&#233;s) dans ses portraits psychologiques. Ses femmes sont souvent libres ou &#171; lib&#233;r&#233;es &#187; du carcan social de leur &#233;poque. De fait, Fitzgerald est tr&#232;s peu caricatural et assez moderne, presque contemporain, si l'on excepte un certain dandysme assez typ&#233; anglo-saxon (ou britannique ?), lorsqu'il d&#233;peint cette mentalit&#233; am&#233;ricaine, &#171; bourgeoise et progressiste &#224; la fois &#187;. Celle d'une certaine soci&#233;t&#233; en marche, dans une Am&#233;rique &#171; rugissante &#187; (celle des &lt;i&gt;Roaring Twenties&lt;/i&gt;), qui n'existe quasiment plus de nos jours sous cette forme. Moins encore en France, o&#249; nos &#171; Trente Glorieuses &#187; sont d&#233;sormais tr&#232;s loin, et l'&#233;poque actuelle bien moins &#171; r&#233;jouissante &#187; : attentats, crise &#233;conomique et mondialisation, conflits, etc. Sans oublier la crise sanitaire&#8230; Lire, de nos jours, Fitzgerald d&#233;crivant une &#233;poque qui (du moins avant la crise de 1929) fut somme toute optimiste et &#171; positive &#187;, celle des &lt;i&gt;self-made men&lt;/i&gt;, de l'argent et de la r&#233;ussite sociale faciles, etc., semble &#234;tre un bon d&#233;rivatif &#224; tout cela, une vraie source d'&#233;vasion pour le lecteur contemporain, un grand souffle d'aventure, disons &#171; d'aventure soci&#233;tale &#187;. Ce qui n'emp&#234;che nullement qu'il en ait aussi mis en sc&#232;ne les travers, et les limites.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FDL : Je ne suis pas s&#251;re que Fitzgerald ait jamais d&#233;peint une &#233;poque optimiste et positive. S'il le fait, c'est pour d&#233;crire, dans le m&#234;me temps, le ver dans la pomme de l'opulence et la fa&#231;on dont ce ver pourrit le fruit dont il se nourrit. Mais toujours au singulier. Ce qui le rend tr&#232;s actuel aux probl&#232;mes d'aujourd'hui, et de demain. Ce ver c'est par exemple, comme le r&#233;sume si efficacement Philippe Sollers, &#171; la lutte violente entre le spectacle et l'&#233;crit &#187;, ph&#233;nom&#232;ne que Fitzgerald voit surgir et dont on peut dire qu'il a fait carri&#232;re depuis. S'il est un des seuls &#233;crivains de son temps &#224; si bien d&#233;crire &#171; l'orgie &#187; de la d&#233;cade des Ann&#233;es folles, c'est qu'il en saisit la &#171; part maudite &#187; mieux que quiconque, y compris sur lui-m&#234;me, ou &#224; son propos. Mais il tient son pari, les armes &#224; la main, si j'ose dire, en l'occurrence son stylo. Le verbe ne le l&#226;che pas. C'est ce qui rend sa lecture aujourd'hui si n&#233;cessaire, cette travers&#233;e dantesque dont il sort victorieux, et qui au fond r&#233;sonne en chacun de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ND : En effet, malgr&#233; les Ann&#233;es folles, ses paillettes, son luxe et ses r&#233;ussites, le si&#232;cle d&#233;crit par Fitzgerald est loin d'&#234;tre un monde parfait. Sa peinture d'Hollywood et du &#171; monde du spectacle &#187;, par exemple, sonne tr&#232;s juste, contemporaine voire universelle. Comme si rien n'avait chang&#233; sur ce plan, et que les &#171; riches &#187; et les &#171; puissants &#187; en ce monde (on y ajoutera les &#171; populaires &#187;, les c&#233;l&#233;brit&#233;s et autres individus &#171; m&#233;diatiques &#187;) offraient &#224; jamais les m&#234;mes travers : futilit&#233;, incons&#233;quence, irresponsabilit&#233;, voire perversit&#233;&#8230; Sans oublier Duncan et Lorraine, duo mal&#233;fique du &#171; Retour &#224; Babylone &#187;, all&#233;gorie vivante de la Tentation biblique (ou des sir&#232;nes de l'Odyss&#233;e ?), cherchant &#224; toute force &#224; corrompre une &#226;me en voie ou en recherche de r&#233;demption et de paix. Alors, Fitzgerald serait-il aussi un chantre de la dystopie sociale ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FDL : Ni utopie, ni dystopie, il me semble, ou les deux en m&#234;me temps, et vues pour ce qu'elles sont. Fitzgerald a besoin de la beaut&#233; pour &#233;crire. Pierre Guglielmina a cette formule tr&#232;s juste : &#224; ceux qui pensent que Fitzgerald est un id&#233;aliste d&#233;senchant&#233;, il r&#233;pond : Non, c'est un r&#233;aliste enchanteur. C'est aussi ma lecture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les meilleures nouvelles de F. SCOTT FITZGERALD &#8211; nouvelles traductions.</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/les-meilleures-nouvelles-de-f-scott-fitzgerald-nouvelles-traductions</link>
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		<dc:date>2021-04-16T18:02:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Calvez</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ruesaintambroise.com/&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://www.ruesaintambroise.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/" rel="directory"&gt;Plein feu sur&#8230;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1164.jpg?1618596127' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fitzgerald est l'auteur par excellence qui nous replonge dans l'ambiance des Ann&#233;es Folles, dans une Am&#233;rique elle aussi parfois un peu &#171; folle &#187;. Folie, au sens non pas m&#233;dical mais d'incons&#233;quence, de l&#233;g&#232;ret&#233; dans les choix et les actes, via des portraits d'hommes, et de femmes &#8211; qui sont souvent les &#171; lumi&#232;res attirant le papillon &#187;, jusqu'&#224; ce que celui-ci se br&#251;le parfois les ailes &#224; leur contact. Ses textes &#233;voquent une Am&#233;rique assez diff&#233;rente de celle d'un Steinbeck, qui fut quant &#224; lui le chantre du &#171; petit peuple &#187; et de la Grande D&#233;pression. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les h&#233;ros f&#233;minins et masculins de Fitzgerald sont des h&#233;rauts modernes d'un certain romantisme intemporel exacerb&#233;, irrationnel, d&#233;raisonnable et conduisant &#224; des choix de vie, et d'amant(e), qui le sont tout autant, &#224; &#171; br&#251;ler la vie par les deux bouts &#187; et privil&#233;gier leur passion. Dans &#171; L'intime &#233;tranget&#233; &#187; et &#171; R&#234;ves d'hiver &#187; (sorte de premi&#232;re &#233;bauche ou de pr&#233;lude &#224; &lt;i&gt;Gatsby le Magnifique&lt;/i&gt;), on est obstin&#233;ment amoureux contre toute logique &#8211; ou toute morale. Si &#171; Le palais de glace &#187; et &#171; B&#233;r&#233;nice&#8230; &#187; sont plus l&#233;gers ou &lt;i&gt;girly&lt;/i&gt;, en comparaison, l'auteur se glisse n&#233;anmoins avec justesse (et complicit&#233;) dans la peau et les pens&#233;es de jeunes filles &#224; peine sorties de l'adolescence... et l'on imagine ce qu'il aurait pu nous conter, &#224; l'heure des r&#233;seaux sociaux et des selfies retouch&#233;s sur Instagram ! La Sally Carroll emplie d'espoirs mais un peu na&#239;ve du &#171; Palais de glace &#187; quitte la langueur ti&#232;de et nonchalante de son Sud natal (parfaitement restitu&#233; ici, tant par les attitudes que par les accents) pour le nord du continent, mais cette bluette ne manque pas de gravit&#233;, lorsque ses r&#234;ves d'un &#171; Prince Harry &#187; se trouvent refroidis face &#224; la rude r&#233;alit&#233; de cette &#171; fracture Nord-Sud &#187; (pas seulement climatique) qui divise encore l'Am&#233;rique. Moquerie bienveillante, ou r&#233;elle empathie de l'auteur pour l'incons&#233;quence de ces jeunes filles ? On optera pour la seconde hypoth&#232;se.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur enfile comme un gant des personnalit&#233;s tr&#232;s diverses (sexe, &#226;ge, statut social&#8230;) et introduit le lecteur au c&#339;ur de leurs vies et de leurs pens&#233;es. Et parfois (ou assez souvent), c'est sa propre vie fantasm&#233;e ou extrapol&#233;e qu'il met en sc&#232;ne, en tant qu'auteur &#224; succ&#232;s ayant aussi fray&#233; avec le monde cruel du cin&#233;ma, celui des Grandes ann&#233;es d'Hollywood. Ainsi dans le superbe mais complexe &#171; Folie du dimanche &#187; mettant en sc&#232;ne les n&#233;vroses, addictions et exc&#232;s en tout genre d'un milieu &#224; la fois &#233;litiste et pitoyable, min&#233; par sa fragilit&#233; intrins&#232;que, sa frivolit&#233;, ses complots de chambre et son incons&#233;quence. Fitzgerald nous ouvre les portes d'univers codifi&#233;s qu'il conna&#238;t bien, tel celui-l&#224;. Mais c'est quand il met en sc&#232;ne des personnages plus humbles &#8211; plus proches de &#171; vous et moi &#187;, pourrait-on dire &#8211; qu'il nous touche le plus. Par exemple, dans &#171; Retour &#224; Babylone &#187;, ce trader expatri&#233;, ancien f&#234;tard repenti, un peu paum&#233; &#224; Paris alors que son pays s'enfonce dans la crise (celle de 1929), dont la fille Honoria devient l'unique objectif dans l'existence ; sa fille, elle-m&#234;me mise en sc&#232;ne, montre une fine connaissance de la psychologie enfantine &#8211; Fitzgerald a eu une fille, Scottie, et cela se sent. Ou encore l'honn&#234;tet&#233; et la simplicit&#233; du barbier de &#171; Changement de classe &#187; (toujours sur fond de crise &#233;conomique, qui en sous-tend l'intrigue), montrant &#224; nouveau tout l'art de Fitzgerald pour se mettre aussi &#224; la hauteur du &#171; petit peuple &#187;, d&#233;crire ses espoirs, son mode de pens&#233;e et, &#224; nouveau, la fa&#231;on dont un amour parfois mal plac&#233; peut guider et faire basculer une destin&#233;e : Violet, la femme du barbier, y est une autre h&#233;ro&#239;ne incons&#233;quente et frivole, vite &#233;blouie par le pouvoir de l'argent et l'impossibilit&#233; absolue de s'en passer, jusqu'&#224; la trahison, sans oublier le dilemme d'un directeur de banque confront&#233; par amour au d&#233;lit d'initi&#233;, sorte de &#171; retour de b&#226;ton &#187; ou de juste punition, refermant pour les m&#234;mes motifs le cycle de la fortune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute l'un des textes les plus connus de l'auteur (mais c'est gr&#226;ce au cin&#233;ma), &#171; L'&#233;trange cas de Benjamin Button &#187; est avant tout une fable sociale sans message fort ni profondeur r&#233;elle (du moins au premier degr&#233;), bottant en touche tout souci de cr&#233;dibilit&#233; (sociale, psychologique, m&#233;dicale&#8230;) pour suivre obstin&#233;ment son postulat de base. Un texte amusant et cocasse, gu&#232;re plus, hormis pour l'all&#233;gorie dramatique de son h&#233;ros (Fitzgerald lui-m&#234;me ?) en d&#233;calage permanent, mal &#224; l'aise dans son &#233;poque et avec son temps, car toujours en avance ou en retard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les derniers textes du recueil (derniers aussi au plan chronologique) montrent une autre facette d'un auteur creusant de l'int&#233;rieur ses propres &#233;tats d'&#226;me, sortes d'autofictions (jug&#233;es quelque peu impudiques &#224; l'&#233;poque) le mettant lui-m&#234;me en sc&#232;ne et osant la mise en abyme avec ses propres textes, qu'il y &#233;voque et explicite, rendant limpide cette auto-analyse d'un dandy magnifique que, malgr&#233; son succ&#232;s, l'on sent tourment&#233;, ou pas toujours si convaincu de son propre talent ; &#224; moins qu'il ne teste ainsi son lectorat afin qu'on le rassure sur ce plan, qui sait ? On pense parfois au &lt;i&gt;Martin Eden&lt;/i&gt;, de Jack London (qui avait d&#233;j&#224; ouvert cette voie intimiste en 1909).&lt;br class='autobr' /&gt;
Que dire de cette s&#233;lection, parmi les 160 textes &#233;crits par l'auteur ? Elle constitue une superbe introduction &#224; l'auteur, hormis &#171; Absolution &#187;, tr&#232;s dat&#233;, car emp&#234;tr&#233; dans des usages religieux codifi&#233;s, depuis longtemps oubli&#233;s en ce mill&#233;naire. Et peut-&#234;tre aussi &#171; Le nouveau &#187;, issu d'un cycle consacr&#233; &#224; Basil Duke Lee, &#233;tudiant mal aim&#233; et mal dans sa peau : un texte dans lequel on entre un peu moins ais&#233;ment, car on ne le ressent pas tout &#224; fait autonome vis-&#224;-vis du cycle dont il est extrait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fitzgerald, auteur majeur du XX&#232;me si&#232;cle, est reconnu comme tel ; mais peut-&#234;tre l'est-il pour de mauvaises raisons, avant tout cin&#233;matographiques et encore dop&#233;es par l'aura d'un Di Caprio ou d'un Brad Pitt ? R&#233;uni par les &#233;ditions Rue Saint Ambroise, ce recueil rend un bel hommage &#224; son authentique talent de nouvelliste. On notera, comme toujours chez l'&#233;diteur, le bonus si pr&#233;cieux d'une notice sp&#233;cifique &#224; chaque texte en fin de volume, permettant de situer celui-ci dans l'&#339;uvre de l'auteur, r&#233;dig&#233;e ici par celui ou celle qui l'a traduit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Plein feu sur Corine Sylvia Congiu, artiste plasticienne illustratrice de Nouvelle Donne et membre du comit&#233; de lecture </title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/plein-feu-sur-corine-sylvia-congiu-artiste-plasticienne-illustratrice-de</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/plein-feu-sur-corine-sylvia-congiu-artiste-plasticienne-illustratrice-de</guid>
		<dc:date>2021-02-25T13:48:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne-&#201;lisabeth Desicy Friedland, Corine Sylvia Congiu</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Bonjour Corine Sylvia. Au sein de Nouvelle Donne, vous assumez donc deux r&#244;les : celui de membre du comit&#233; de lecture et celui d'illustratrice. Comment les conciliez-vous ? &lt;br class='autobr' /&gt;
En qualit&#233; de lectrice, toutes les nouvelles me parviennent dans un premier temps, et je dois, comme mes camarades, donner un avis sur l'&#233;ventuelle publication de chacune. A cette occasion, ma posture est totalement celle de l'&#233;crivain. Quand je vote pour une nouvelle c'est &#224; cause de ses qualit&#233;s litt&#233;raires, la fa&#231;on de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/" rel="directory"&gt;Plein feu sur&#8230;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Bonjour Corine Sylvia. Au sein de Nouvelle Donne, vous assumez donc deux r&#244;les : celui de membre du comit&#233; de lecture et celui d'illustratrice. Comment les conciliez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En qualit&#233; de lectrice, toutes les nouvelles me parviennent dans un premier temps, et je dois, comme mes camarades, donner un avis sur l'&#233;ventuelle publication de chacune. A cette occasion, ma posture est totalement celle de l'&#233;crivain. Quand je vote pour une nouvelle c'est &#224; cause de ses qualit&#233;s litt&#233;raires, la fa&#231;on de raconter une histoire courte par les mots, les phrases, leur agencement, leur syntaxe. Le pouvoir d'&#233;vocation par l'ing&#233;niosit&#233; du langage, l'&#233;conomie de moyens, l'humour, la bizarrerie, la po&#233;sie discr&#232;te qui procure l'&#233;motion, l'audace, la singularit&#233;, la fantaisie, l'&#233;tranget&#233;, la cocasserie, la raret&#233;, la fra&#238;cheur, ou au contraire la dense pesanteur de la trag&#233;die, sont autant d'ingr&#233;dients qui agitent mon sismographe int&#233;rieur tout au long de la lecture, et qui me feront esp&#233;rer ardemment que la chute, cette fameuse chute, ne d&#233;&#231;oive pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au fil de la lecture sur mon &#233;cran, je surligne en couleur ces infimes parcelles de jouissance, ou &#224; l'inverse les clich&#233;s, les lourdeurs, maladresses, et autres prestataires de d&#233;solation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il suffit parfois de trois taches de couleur dans ce texte en noir et blanc pour que se d&#233;cide un oui ou un non : la sobri&#233;t&#233; et l'&#233;pure me sont toujours plus agr&#233;ables que la surcharge d&#233;corative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ah ! C'est int&#233;ressant : le peintre que vous &#234;tes utilise donc d&#233;j&#224; la couleur pour noter la qualit&#233; d'un texte ! Illustrez-vous les textes accept&#233;s dans la foul&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Il peut se passer un long temps avant que les nouvelles me reviennent &#224; illustrer. Parfois nous avons s&#233;lectionn&#233; tant de nouvelles que nous sommes oblig&#233;s de doubler le rythme de parution (&#8230;) et parfois c'est la disette, un flot de nouvelles refus&#233;es. Toujours est-il que je ne m'en souviens pas forc&#233;ment quand elles m'arrivent pour la seconde phase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; N'est-ce pas difficile de devoir parfois illustrer une nouvelle que vous n'aimez pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait d'appr&#233;cier ou non une nouvelle n'entre absolument pas en ligne de compte pour l'illustration. Il m'est arriv&#233; de devoir illustrer une nouvelle que j'avais refus&#233;e, et d'y avoir pris beaucoup de plaisir. A l'inverse, je peux adorer une nouvelle et &#234;tre bien emb&#234;t&#233;e pour l'illustrer. Pour &lt;i&gt;Evasion&lt;/i&gt;, par exemple, comment illustrer une perte d'audition ?&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_446 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/01.jpg?1614259478' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-446 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Evasion&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je surligne les mots importants : ici, l'oreille droite, l&#224;, Saint Antoine de Padoue ; &#171; acouph&#232;nes &#187; peuvent encore &#234;tre repr&#233;sent&#233;s par des ondes abstraites. J'&#233;coute les trilles du diable de Giuseppe Tartini, le Caprice n&#176;5 de Paganini, on ne sait jamais. Et puis paf ! je trouve une image de Saint Antoine dont le petit ch&#233;rubin touche l'oreille, aubaine inattendue !
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Comment faites-vous pour trouver l'id&#233;e &#224; la base de l'illustration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'illustration ne doit absolument pas d&#233;voiler la chute. Elle doit camper l'action, &#171; ouvrir un monde &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Jolie formule de Martin Heidegger - &#034;Chemins qui ne m&#232;nent nulle part&#034;, Ed : (...)' id='nh4-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais laisser le lecteur dans l'expectative de son d&#233;roulement et de son d&#233;nouement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je commence par relire pour surligner les &#233;l&#233;ments cl&#233;s de la nouvelle qui peuvent &lt;i&gt;faire image&lt;/i&gt;. Ce peut &#234;tre des personnages, des objets, un paysage, un int&#233;rieur&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me faut donc repartir d'un texte vierge de toute annotation ant&#233;rieure. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je poursuis souvent par une recherche internet sur les objets, par exemple un pl&#226;tre pour l'enfant de &lt;i&gt;Le bras cass&#233;&lt;/i&gt;, un Spiderman pour &lt;i&gt;Fronti&#232;res&lt;/i&gt;, toutes choses qui doivent comporter une certaine dose de r&#233;alisme et que je ne saurais pas faire &#171; de t&#234;te &#187; car, faut-il le pr&#233;ciser, je suis &#224; la base un peintre abstrait, et reproduire un chariot de supermarch&#233; (&lt;i&gt;Le cap&lt;/i&gt;), un v&#233;lo (&lt;i&gt;Pente C&#244;te&lt;/i&gt;) ou un cheval (&lt;i&gt;Ailleurs&lt;/i&gt;) n'est pas vraiment ma pratique quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_447 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/02.jpg?1614259655' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-447 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Ailleurs&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Les images trouv&#233;es sur internet peuvent aussi d'embl&#233;e &#234;tre destin&#233;es &#224; ne pas &#234;tre dessin&#233;es (plan d'un arrondissement de Paris pour &lt;i&gt;Pente C&#244;te&lt;/i&gt;, tableau de Brueghel pour &lt;i&gt;Rien &#224; voir&lt;/i&gt;, vitrail de Saint Antoine de Padoue pour &lt;i&gt;Evasion&lt;/i&gt;). Par contre&lt;i&gt; Le cri &lt;/i&gt; de Munch, dans &lt;i&gt;Tripalium&lt;/i&gt;, &#233;tant assez connu pour &#234;tre reconnu (et plus facile &#224; reproduire qu'un Brueghel, il va sans dire) j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; le redessiner plut&#244;t que d'utiliser l'image d'origine, pour maintenir cette multiplicit&#233; de supports h&#233;t&#233;rog&#232;nes qui est peut-&#234;tre le seul &#171; style &#187; commun &#224; une majorit&#233; de mes illustrations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour faire cette recherche, il me faut d&#233;j&#224; donc une id&#233;e des deux-trois &#233;l&#233;ments les plus pertinents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne sais pas d'embl&#233;e si je vais les dessiner ou si je vais utiliser des photos. Je range ces images dans un dossier.&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_448 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/03.jpg?1614259763' width='500' height='506' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-448 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Tripalium&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Donc, &#224; partir de quelques &#233;l&#233;ments cl&#233;s de la nouvelle, vous accumulez tout un stock d'images. Et apr&#232;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commence par faire des dessins au crayon, que je scanne. Puis je les ex&#233;cute &#224; l'encre, au porte-plume et au pinceau, par-dessus la premi&#232;re esquisse, que je scanne &#224; nouveau. Il m'arrive de pr&#233;f&#233;rer la version au crayon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le(s) premier(s) croquis repr&#233;sente(nt) souvent le ou les personnages principaux dans une action et posture pr&#233;cise, et/ou un objet, des &#233;l&#233;ments de nature, un environnement&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour les &#233;l&#233;ments de nature qui constitueront le fond de l'image, je cherche dans ma collection de dessins abstraits &#224; l'encre (dessin de for&#234;t pour &lt;i&gt;Le Roi des Aulnes&lt;/i&gt;) ou de photos personnelles : j'ai une &#233;norme banque d'images, des centaines de dessins abstraits, des milliers de photographies prises pendant mes voyages. Il me faudrait une hypermn&#233;sie visuelle pour me souvenir que c'est en 2005 &#224; San Francisco que j'ai pris par exemple une photographie de pluie &#224; travers un pare-brise de voiture (&lt;i&gt;Inondations&lt;/i&gt;), ou de bus, en 2018 en Afrique du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Apr&#232;s le dessin, c'est donc encore un gros travail de recherche pour le fond de l'image ! N'est-ce pas un peu fastidieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, cette longue recherche chronophage est assez ludique, car elle me permet de revoir ces myriades de photos que l'on prend en voyage sans jamais plus les revoir. Elle est rassurante aussi car elle montre &#224; quel point on s'implique dans l'acte photographique, au point que le souvenir vague, 15 ans plus tard, a tout de m&#234;me impr&#233;gn&#233; le cerveau et guide la recherche.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'utilise les calques de Photoshop pour superposer photos et dessins pr&#233;existants, parfois en changeant le cadrage, les couleurs, ou en les d&#233;formant.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Ex : pour &lt;i&gt;Les draps jaunes&lt;/i&gt;, j'ai utilis&#233; un dessin publi&#233; dans le livre &#171; Paris-Damas, Regards crois&#233;s &#187;, lors de l'exposition &#233;ponyme &#224; l'Institut du Monde Arabe en 2008. )&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_449 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/png/04.png?1614260245' width='500' height='492' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-449 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Exposition Paris-Damas, Institut du Monde Arabe 2008&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;dl class='spip_document_450 spip_documents'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L445xH660/05-1e21f.png?1639925688' width='445' height='660' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-450 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Les draps jaunes&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Parfois je m'auto-cite, par fain&#233;antise (ou, de fa&#231;on plus prestigieuse, comme Rodin dans &lt;i&gt;La Porte de l'enfer&lt;/i&gt;, qui s'est auto-plagi&#233; dans cette &#339;uvre monumentale, en remoulant et assemblant des tas de petites &#339;uvres pr&#233;existantes). C'est vrai, quoi, pourquoi ne pas se servir d'un travail d&#233;j&#224; fait, en le transformant un peu par retouches de couleurs, de cadrages, d'effacements, si l'image s'av&#232;re pertinente ? Plaisir du recyclage !&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai utilis&#233; par exemple la route de &lt;i&gt;Circuit&lt;/i&gt; pour &lt;i&gt;Inondations&lt;/i&gt;, le couple enlac&#233; de &lt;i&gt;Salaud de Vian &lt;/i&gt; pour &lt;i&gt;Pente C&#244;te&lt;/i&gt;, celui de &lt;i&gt;Up dating&lt;/i&gt; pour &lt;i&gt;Marge de man&#339;uvre&lt;/i&gt;, la tabl&#233;e de &lt;i&gt;Repas Paradiso&lt;/i&gt; pour &lt;i&gt;Les merveilles&lt;/i&gt;, le loup de &lt;i&gt;Jarkko&lt;/i&gt; pour &lt;i&gt;Ce-que-dit-Alysse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_451 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/png/06.png?1614260383' width='500' height='358' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-451 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Salaud de Vian&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;J'ai utilis&#233; des photos de mes peintures pour&lt;i&gt; Le peintre&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Sharia Baudelaire, Le ma&#238;tre et la marionnette&lt;/i&gt;, des collages de papier &lt;i&gt;faits maison &lt;/i&gt; dans &lt;i&gt;Conte de f&#233;es,&lt;/i&gt; une photo d'&#233;cran de l'une de mes vid&#233;os sur le th&#232;me du Ta&#239; Chi Chuan pour &lt;i&gt;Tous les m&#234;mes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_452 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/10.jpg?1614260562' width='500' height='501' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-452 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Le peintre&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;dl class='spip_document_454 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/12.jpg?1614260649' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-454 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Capture de vid&#233;o Ta&#239; Chi Chuan pour Tous les m&#234;mes&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Vous faites donc feu de tout bois dans votre cr&#233;ation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose qui caract&#233;rise ma pratique de plasticienne, c'est d'&#234;tre prot&#233;iforme. Le &lt;i&gt;main stream&lt;/i&gt; - ma pratique &lt;i&gt;officielle&lt;/i&gt; de la peinture et du dessin, celle par o&#249; ma production est reconnaissable (&lt;i&gt;orthodoxement&lt;/i&gt;, si je puis me permettre cet horrible barbarisme) pour le &#171; monde de l'art &#187; (galeries, collectionneurs&#8230;) - est radicalement abstraite, dans une mouvance gestuelle et expressionniste.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Voir le site de Corine Sylvia Congiu https://www.congiu.fr/' id='nh4-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais je ne m'interdis rien des exp&#233;rimentations qui peuvent me procurer du plaisir, jusqu'aux sculptures de chewing-gum ou la p&#226;te &#224; modeler d'&lt;i&gt;Un &#233;l&#233;phant dans le tram.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_455 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/20.jpg?1614260759' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-455 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;l&#233;phant dans le tram&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;dl class='spip_document_456 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/01-2.jpg?1614274576' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-456 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Dostoievska&#239;a&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans le strict champ du graphisme, mes dessins sont h&#233;t&#233;roclites, je peux utiliser un style BD (&lt;i&gt;24 h de trop&lt;/i&gt;) autant qu'un hyperr&#233;alisme photographique (&lt;i&gt;Dostoievska&#239;a&lt;/i&gt;, ou le Rimbaud de &lt;i&gt;Les g&#233;nies&lt;/i&gt;). Si je me consid&#233;rais comme illustratrice professionnelle, si le hasard de la vie m'avait dirig&#233;e vers la fonction d'illustratrice plut&#244;t que celle de peintre, je veux dire si j'avais voulu &lt;i&gt;faire carri&#232;re&lt;/i&gt; dans ce secteur, sans doute aurais-je d&#233;ploy&#233; un style personnel dans le genre de &lt;i&gt;M&#233;tro-miroir,&lt;/i&gt; du couple de L&lt;i&gt;es caprices de Candie&lt;/i&gt; ou de &lt;i&gt;Salaud de Vian&lt;/i&gt;, ces silhouettes tr&#232;s &#233;pur&#233;es au visage ovale et &#224; l'encre s&#233;pia, qui ont ma pr&#233;f&#233;rence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans mes illustrations b&#233;n&#233;voles pour Nouvelle Donne, je ne me prive d'aucune mani&#232;re, pr&#233;f&#233;rant l'humour d'un comics pour une nouvelle dr&#244;le, et l'hyperr&#233;alisme pour un sujet plus s&#233;rieux : je me plie &#224; l'ambiance du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Merci, Corine Sylvia, d'avoir accept&#233; de nous d&#233;voiler vos secrets d'artiste ! Nous regarderons d&#233;sormais vos illustrations d'un &#339;il plus averti et encore plus admiratif !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Anne-Elisabeth Desicy Friedland&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb4-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-1' class='spip_note' title='Notes 4-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jolie formule de Martin Heidegger - &#034;Chemins qui ne m&#232;nent nulle part&#034;, Ed : Gallimard, 1962, p49, &#034;L'origine de l'&#339;uvre d'art&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-2' class='spip_note' title='Notes 4-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le site de Corine Sylvia Congiu &lt;a href=&#034;https://www.congiu.fr/&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://www.congiu.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Plein feu sur Fabrice Schurmans</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/plein-feu-sur-fabrice-schurmans</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/plein-feu-sur-fabrice-schurmans</guid>
		<dc:date>2020-09-12T15:12:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brigitte Niquet</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;ND : Fabrice Schurmans, parlez-nous de vous. D'o&#249; venez-vous ? &lt;br class='autobr' /&gt;
FS : Je suis n&#233; &#224; Li&#232;ge en mai 1968 d'un p&#232;re pilote de chasse et d'une m&#232;re garde-malade. Une enfance ni pire ni meilleure qu'une autre dans une famille divis&#233;e. Marqu&#233;e cependant par la dyslexie et le jugement pr&#233;coce port&#233; sur tout enfant par les institutions scolaire et m&#233;dicale. Aux in&#233;galit&#233;s de naissance s'ajoute alors le poids des sentences. Les injustices trouvent ici leur fondement. ND : Des d&#233;buts dans la vie difficiles, donc, mais (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/" rel="directory"&gt;Plein feu sur&#8230;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_422 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/fs.jpg?1599922757' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-422 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt; Paris, P&#233;niche Grande Fantaisie, septembre 2019 &lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; ND : Fabrice Schurmans, parlez-nous de vous. D'o&#249; venez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FS : Je suis n&#233; &#224; Li&#232;ge en mai 1968 d'un p&#232;re pilote de chasse et d'une m&#232;re garde-malade. Une enfance ni pire ni meilleure qu'une autre dans une famille divis&#233;e. Marqu&#233;e cependant par la dyslexie et le jugement pr&#233;coce port&#233; sur tout enfant par les institutions scolaire et m&#233;dicale. Aux in&#233;galit&#233;s de naissance s'ajoute alors le poids des sentences. Les injustices trouvent ici leur fondement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; ND : Des d&#233;buts dans la vie difficiles, donc, mais dont vous n'avez pas tard&#233; &#224; vous lib&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FS : Des amis issus des migrations ainsi que des voyages en Espagne et en Italie ont suscit&#233; chez moi le go&#251;t pour l'ailleurs. Cela explique en partie pourquoi j'ai quitt&#233; la Belgique apr&#232;s mes &#233;tudes. D&#233;couvrir d'autres mondes, sonorit&#233;s, cultures, cuisines, me frotter &#224; ce qui diff&#232;re du pays natal. Peut-&#234;tre l'&#233;criture m'est-elle advenue gr&#226;ce au d&#233;part, &#224; une sorte d'exil volontaire, &#224; une solitude plus grande (jamais pesante cependant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; ND : La lecture a-t-elle &#233;t&#233; tr&#232;s t&#244;t pour vous une &#171; bou&#233;e de sauvetage &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FS : La lecture m'accompagne depuis l'enfance. Je lis beaucoup, sans a priori. Je louvoie entre les genres (BD, nouvelle, po&#233;sie, roman, th&#233;&#226;tre, essai, les genres de l'imaginaire), les &#233;poques et les pays. Deux journaux aussi : &lt;i&gt;Le Monde diplomatique, Charlie Hebdo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; ND : Focalisons-nous sur la nouvelle : quels auteurs vous ont particuli&#232;rement influenc&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FS : Difficile de parler des influences. Je lis des classiques autant que des auteurs contemporains (notamment les cons&#339;urs et confr&#232;res des anthologies et recueils collectifs). Il est ais&#233; en l'occurrence de citer des noms et des titres, mais parmi ceux-ci, lequel aura &#233;t&#233; d&#233;terminant ? Maupassant est sans doute in&#233;vitable. &lt;i&gt;Variation sur le vagabond&lt;/i&gt; en constitue une preuve concr&#232;te. Il me semble que la r&#233;currence du merveilleux trouve, elle, son origine dans les nouvelles de Marcel Aym&#233;. Tch&#233;khov revient r&#233;guli&#232;rement tant dans mes souvenirs que dans mes lectures (je viens de recevoir le volume de nouvelles traductions publi&#233;es par &lt;i&gt;Rue Saint Ambroise&lt;/i&gt;). Les nouvelles et fictions br&#232;ves de Didier Daeninckx m'ont marqu&#233; et, d'une mani&#232;re ou d'une autre, ont orient&#233;/influenc&#233; mon travail. Enfin, comment ne pas &#233;voquer Simenon ? Un romancier, certes, mais ses &#171; romans &#187; les plus brefs me semblent de longues nouvelles, ou novellas si l'on veut. Unit&#233; de temps, de lieu et d'action les caract&#233;risent en effet. La structure narrative tend &#224; l'essentiel en une centaine de pages. &#192; cause d'un incident, le personnage remet en cause l'existence que la soci&#233;t&#233;, la famille lui ont impos&#233;e. &lt;i&gt;Le revers du silence&lt;/i&gt; lui est redevable. Hania Hamar, le personnage principal, s'interroge sur sa place dans la soci&#233;t&#233; &#224; partir d'un fait divers. L'enqu&#234;te sur la disparition d'un homme de pouvoir se double alors d'une enqu&#234;te existentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; ND : Quand vous lisez, vous laissez-vous emporter par votre lecture ou d&#233;cortiquez-vous instinctivement la mani&#232;re de faire de l'auteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FS : Oui, j'avoue, je d&#233;cortique. Je m'attache &#224; la structure de la nouvelle, &#224; la fa&#231;on dont le personnage advient, circule dans l'espace fictionnel, aux retournements et autres surprises. Bref, je d&#233;monte la machine afin d'en saisir le fonctionnement. Sans exclusive encore une fois. J'appr&#233;cie autant la nouvelle avec retournement final que la nouvelle-instant, palimpseste, po&#233;tique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; ND : Venons-en &#224; ce grand projet dont vous nous avez parl&#233; et qui est en partie &#224; l'origine de ce plein feu. Il est en effet peu courant qu'un auteur (surtout un auteur de nouvelles) d&#233;veloppe d&#232;s le d&#233;part un projet coh&#233;rent, auquel les textes successivement publi&#233;s vont apporter chacun leur pierre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FS : J'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire dans les ann&#233;es 1990 et j'ai publi&#233; mon premier texte litt&#233;raire en 2009. Il s'agissait d'une nouvelle, &lt;i&gt;Pour une poign&#233;e de cerises&lt;/i&gt;, publi&#233;e par la revue belge Balises, dirig&#233;e par Marc Quaghebeur. Inspir&#233;e d'un fait divers (l'assassinat d'un travailleur saisonnier portugais en France), elle s'int&#233;resse &#224; ceux qui sont souvent priv&#233;s de parole officielle. Cela par le biais d'un narrateur singulier. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le d&#233;part, j'avais pour projet de mettre en sc&#232;ne celles et ceux qui parlent mais que l'on &#233;coute peu : les migrants, les colonis&#233;s, les vaincus, les pauvres types, les femmes et les hommes qui boitent, tr&#233;buchent, &#233;chouent. &lt;i&gt;Lignes de fuite&lt;/i&gt;, bient&#244;t publi&#233;e dans &lt;i&gt;Saxifrages&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Fictions carc&#233;rales&lt;/i&gt; (Bancal) met en sc&#232;ne un prisonnier &#233;crivant une lettre sur l'enfer carc&#233;ral. J'ai, malheureusement, rendu visite &#224; un &#234;tre proche enferm&#233; dans l'un de ces lieux o&#249; l'humain sombre tout &#224; fait. La fiction m'a permis de traduire les impressions, le ressenti, les silences du taulard. Par ailleurs, je d&#233;sirais &#233;galement d&#233;crire des situations o&#249; le manque de communication, l'incompr&#233;hension, une ma&#238;trise h&#233;sitante de l'outil linguistique emp&#234;chent ces femmes et ces hommes de comprendre leur vis-&#224;-vis, la langue et la culture de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; ND : Peut-on dire que la langue est souvent le centre et l'objet de vos nouvelles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FS : Oui, bien s&#251;r. Cela renvoie sans doute &#224; mon propre rapport au fran&#231;ais. Dyslexique, tenu pour un d&#233;bile par les sp&#233;cialistes, je n'ai d&#251; mon salut qu'&#224; la lutte de longue haleine, quotidienne, entreprise par deux femmes courageuses (ma m&#232;re et une institutrice). &lt;i&gt;L'envers des lettres&lt;/i&gt;, publi&#233;e par &lt;i&gt;Rue Saint Ambroise&lt;/i&gt; en 2019, rend compte de l'enfer v&#233;cu par un enfant dyslexique dans les ann&#233;es 1970. Il s'agit de ma seule nouvelle (en partie) autobiographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; ND : Y a-t-il un point commun &#224; tous vos personnages ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FS : La plupart de mes personnages se d&#233;battent contre la classe sociale dominante et cela dans un contexte peu favorable. Elles/ils partent battus d'avance parce que la classe en question leur laisse peu d'options. Comment trouver une place, sa place, lorsque l'on d&#233;bute avec si peu d'avantages dans la vie ? Dans &lt;i&gt;La peine Katrina&lt;/i&gt; (publi&#233;e dans &lt;i&gt;mot dit&lt;/i&gt;, une revue canadienne de cr&#233;ation qui n'a pas franchi l'Atlantique) narrant l'effet de l'ouragan du point de vue d'un groupe de prisonniers que l'administration p&#233;nitentiaire a abandonn&#233;s, je voulais montrer ce qu'une telle catastrophe signifie pour celui qui vivote au pied de l'&#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; ND : Ce n'est sans doute pas un hasard si beaucoup de vos personnages font l'exp&#233;rience du monde &#224; partir d'un lieu clos, o&#249; le corps se meut peu ou mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F.S. : Certes, la nouvelle requiert une unit&#233; de lieu, un recentrement spatial, propice &#224; la tension, &#224; l'instar de la trag&#233;die d'ailleurs. Cependant, en l'occurrence, cette cl&#244;ture renvoie &#224; la nature de l'exp&#233;rience du monde chez mes personnages. Dans &lt;i&gt;La gare&lt;/i&gt;, le vieux Gitan s'est &#233;chapp&#233; d'une maison de retraite pour finir dans une gare abandonn&#233;e. Dans &lt;i&gt;Ceci n'est pas un crime&lt;/i&gt;, la narratrice est clou&#233;e dans un lit d'h&#244;pital et raconte les violences du monde colonial par le truchement de la langue du colonisateur. Les deux jeunes gens de &lt;i&gt;Toi qui p&#226;lissais au nom de Luc&#237;a Rios&lt;/i&gt; d&#233;crivent la guerre d'Espagne &#224; partir d'un wagon de marchandises rempli de R&#233;publicains. L'amour impossible, la guerre civile, les tensions entre communistes et anarchistes sur quelques m&#232;tres carr&#233;s d'une humanit&#233; errant sur une voie de chemin de fer. &#192; chaque fois, m&#234;me si l'on se parle, on se comprend mal, on bute sur les mots comme sur les pr&#233;jug&#233;s. Une part de mon projet litt&#233;raire tend &#224; repr&#233;senter nos probl&#232;mes de communication, &#224; d&#233;crire des situations o&#249;, malgr&#233; un code commun, les personnages se m&#233;prennent sur le sens des &#233;nonc&#233;s, la signification des attitudes, des gestes, des non-dits. De ce point de vue, le paradigme serait &lt;i&gt;Variation sur le vagabond&lt;/i&gt;, une nouvelle-palimpseste &#224; partir du &lt;i&gt;Vagabond&lt;/i&gt; de Maupassant, o&#249; les policiers n'entendent rien au parcours du personnage &#233;ponyme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; ND : Quelles autres caract&#233;ristiques de votre projet litt&#233;raire aimeriez-vous souligner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FS : Ledit projet litt&#233;raire se caract&#233;rise &#233;galement par la volont&#233; d'investir les genres populaires, ce que certains d&#233;signent comme paralitt&#233;rature ou litt&#233;rature de grande production. La science-fiction, le merveilleux, le fantastique permettent de travailler &#224; divers niveaux : raconter une histoire stimulant l'imaginaire/l'imagination du r&#233;cepteur, glisser une critique de notre monde en en d&#233;crivant d'autres, montrer des personnages communs dans des situations extraordinaires, observer leurs r&#233;actions, etc. Dans &lt;i&gt;La R&#233;futation de Darwin&lt;/i&gt;, une femme professeur d'universit&#233; fran&#231;aise est confront&#233;e &#224; l'alt&#233;rit&#233; dans un train portugais. Il lui semble assister &#224; la transformation en singes d'une famille du cru. Personne d'autre dans le wagon ne remarque le ph&#233;nom&#232;ne. Enferm&#233;e (encore une fois !) dans ses pr&#233;jug&#233;s de classe/de caste, elle ne parvient pas &#224; interpr&#233;ter celui-ci. La voiture de &lt;i&gt;seconde classe&lt;/i&gt; (encore un lieu clos) devient alors le lieu o&#249; le fantastique retrouve la critique sociale. Le fantastique reste un genre d'actualit&#233;, un fantastique adapt&#233; &#224; notre temps, &#224; nos pr&#233;occupations, &#224; nos peurs. Un genre permettant de sonder imaginaire et inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; ND : Que diriez-vous &#224; propos de vos r&#233;cits (post)apocalyptiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FS : Il en va de m&#234;me avec ces r&#233;cits. Ceux-ci mettent en branle un imaginaire tout autant qu'ils questionnent nos soci&#233;t&#233;s. Dans &lt;i&gt;La nuit des mots vivants&lt;/i&gt;, une femme raconte une nuit durant ses souvenirs du Paris d'avant la chute ainsi que son exp&#233;rience quotidienne dans une ville &#224; l'abandon. Elle &#233;crit dans un carnet, s'observe et observe les ruines, r&#233;fl&#233;chit &#224; la signification de l'art lorsque la soci&#233;t&#233; n'existe plus. La nouvelle se confond avec quelques pages du journal de l'infortun&#233;e. Comme ailleurs dans mon travail, le personnage &#233;voque le r&#244;le essentiel du cin&#233;ma, de la litt&#233;rature, de l'art pour garantir son (fragile) &#233;quilibre. Je signale au passage que les allusions aux auteurs et cin&#233;astes ne sont pas gratuits. L'&#233;criture m'est advenue par la lecture et la fr&#233;quentation des salles obscures. Je consomme du r&#233;cit, de la BD, du roman, du film&#8230; &#224; haute dose depuis mon enfance. &#192; cause de la dyslexie, cela me fut comme un refuge, la fiction me paraissant plus r&#233;confortante, plus compr&#233;hensible, que la r&#233;alit&#233;. Si je renvoie &#224; des auteurs de nouvelles, de romans, &#224; des films, il ne faut pas y voir l'&#233;talage d'un savoir h&#233;t&#233;roclite, mais l'origine de mon propre travail. En tant qu'auteur, nous venons bien de quelque part, nous nous ancrons dans les &#339;uvres nous pr&#233;c&#233;dant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; ND. Qu'aimeriez-vous ajouter &#224; propos de votre projet ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FS : Comme vous l'aurez remarqu&#233;, je tends &#224; la coh&#233;rence th&#233;matique, ind&#233;pendamment du genre pratiqu&#233;. Un autre pan de mon projet, la critique et l'analyse litt&#233;raire, porte, entre autres, sur les litt&#233;ratures du Sud selon une perspective compar&#233;e et pluridisciplinaire. Je travaille sur les auteurs et les textes mettant en sc&#232;ne le trafic n&#233;grier, l'esclavage, le colonialisme. &#201;tudier en profondeur cette litt&#233;rature-l&#224; permet de mieux saisir ce que l'Europe a fait au monde pendant des si&#232;cles. Je retrouve l&#224;-bas des personnages proches des miens. Lecture, critique, fiction fonctionnent en boucle, se nourrissent constamment l'une de l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le projet &#233;voqu&#233; ici se poursuit de mani&#232;re plus intense depuis deux ans puisque c'est &#224; l'or&#233;e de l'ann&#233;e 2018 que j'ai franchi le pas r&#234;v&#233; depuis longtemps. Faire de l'&#233;criture mon activit&#233; principale. Depuis lors, si je n'&#233;cris pas, je relis ce que j'ai &#233;crit, si je ne relis pas mes textes, je lis ceux des autres. Je viens juste de soumettre des nouvelles, un roman policier et une novella de steampunk fantasy &#224; divers &#233;diteurs et peaufine un roman plus classique, &lt;i&gt;Retour &#224; la guerre&lt;/i&gt;. Dans celui-ci, un homme &#226;g&#233; revient sur son exp&#233;rience de la Bataille des Ardennes en d&#233;cembre 1944 par le biais d'un carnet de notes, suivant en cela la recommandation du m&#233;decin de famille. L'&#233;criture devient une ressource, un moyen permettant de saisir le sens d'une vie d&#233;r&#233;gl&#233;e par la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; ND : Et la nouvelle dans tout &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FS : En ce qui la concerne, j'aimerais franchir le palier de la publication d'un recueil. Pour ma part, il s'agira d'un recueil homog&#232;ne rassemblant les textes portant sur les pauvres types &#233;voqu&#233;s plus haut. J'avoue ne pas trop appr&#233;cier les recueils h&#233;t&#233;rog&#232;nes, fourre-tout. Par cons&#233;quent, j'ai compos&#233; le recueil de fa&#231;on &#224; constituer un monde, un imaginaire coh&#233;rent, chaque nouvelle entretenant un lien avec les autres (notamment par le biais des personnages, des lieux ferm&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; ND : Merci, Fabrice Schurmans, vous nous avez mis l'eau &#224; la bouche. La bibliographie ci-jointe permettra &#224; tous ceux que votre parcours int&#233;resse (nul doute qu'ils soient nombreux) de faire plus ample connaissance avec vous. &lt;i&gt;Nouvelle Donne&lt;/i&gt; est fi&#232;re de vous avoir invit&#233; et flatt&#233;e que vous ayez accept&#233; cette invitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Brigitte Niquet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Biblio Fabrice Schurmans (nouvelles)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &#171; Un pousse-caf&#233; frapp&#233; &#187;, &lt;i&gt;Legs et Litt&#233;rature. Litt&#233;ratures et francophonies&lt;/i&gt;, n&#186;12, novembre, 2018, 261-267. Il s'agit d'une revue de critique et de fiction publi&#233;e en Ha&#239;ti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &#171; L'effet Romy Schneider &#187;, &lt;i&gt;Harfang&lt;/i&gt;, n&#186;53, novembre, 2018, 91-98.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;a href=&#034;https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/variation-sur-le-vagabond&#034;&gt;&#171; Variation sur le vagabond &#187;, (avec une peinture de Corine Sylvia Congiu), &lt;i&gt;Nouvelle Donne&lt;/i&gt;, d&#233;cembre, 2018.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &#171; L'homme qui regardait passer les drames &#187;, &lt;i&gt;L'encrier renvers&#233;&lt;/i&gt;, n&#186; 83, mars, 2019, 40-43.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &#171; La faim du Prince &#187;, in &lt;i&gt;Sortil&#232;ge&lt;/i&gt; (recueil collectif). Paris : &lt;a href=&#034;https://leseditionsdufaune.com/wp-content/uploads/2019/06/grimoire-sortile&#768;ge-compresse&#769;.pdf&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Grimoire du Faune, 2019, pp. 48-58.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/article/bibliographie-fabrice-schurmans' class='spip_in'&gt;Bibliographie compl&#232;te de Fabrice Schurmans&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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