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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>En un souffle - Nouvelles allemandes - Daniel Argel&#232;s</title>
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		<dc:creator>Dominique Perrut</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans Retour &#224; Berlin-Est, l'une des cinq &#171; Nouvelles allemandes &#187; du recueil En un souffle, Jean revient dans cette ville, avec son &#233;pouse, Isabelle, et Mary Lou, leur amie am&#233;ricaine. Nous sommes au d&#233;but des ann&#233;es 2010 et tous trois regardent une exposition retra&#231;ant le Festival de la jeunesse de 1973 organis&#233; par le r&#233;gime communiste d'alors. Des tableaux de ce m&#234;me festival, auquel il a particip&#233; adolescent, s'imposent &#224; la m&#233;moire de Jean ; des sc&#232;nes aussi de sa colonie de vacances, organis&#233;e dans (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/" rel="directory"&gt;Anthologies, nouvellologie, etc.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1410.jpg?1718700036' width='121' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Retour &#224; Berlin-Est&lt;/i&gt;, l'une des cinq &#171; Nouvelles allemandes &#187; du recueil &lt;i&gt;En un souffle&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Daniel Argel&#232;s, &#171; En un souffle, Nouvelles allemandes &#187;, Ed. Triartis, mars (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Jean revient dans cette ville, avec son &#233;pouse, Isabelle, et Mary Lou, leur amie am&#233;ricaine. Nous sommes au d&#233;but des ann&#233;es 2010 et tous trois regardent une exposition retra&#231;ant le Festival de la jeunesse de 1973 organis&#233; par le r&#233;gime communiste d'alors. Des tableaux de ce m&#234;me festival, auquel il a particip&#233; adolescent, s'imposent &#224; la m&#233;moire de Jean ; des sc&#232;nes aussi de sa colonie de vacances, organis&#233;e dans le cadre des &#233;changes entre les partis communistes occidentaux et le grand fr&#232;re sovi&#233;tique : ses escapades avec son complice, Bruno, pour se gaver de glaces et de saucisses ; la boum &#224; laquelle il rencontre Michelle. Des &#233;v&#233;nements ult&#233;rieurs sont &#233;voqu&#233;s, la rencontre de Jean et Isabelle et, dans cette m&#234;me ville, le mariage prochain de leur fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit nous plonge ainsi dans des temporalit&#233;s distantes parfois de quarante ans. Ces confrontations d'&#233;poques lointaines, dans lesquelles on devine un fort contenu autobiographique, sont v&#233;cues douloureusement par Jean. Ces r&#233;miniscences s'av&#232;rent en effet incommunicables, tandis qu'il se trouve immerg&#233; dans les souvenirs d'une culture communiste envahissante, quand les municipalit&#233;s rouges organisaient des &#233;changes dans les pays de l'Est sovi&#233;tique et qu'il en arrivait &#224; voir en Honecker un substitut de son propre p&#232;re. Ce temps irr&#233;m&#233;diablement r&#233;volu, il doit le garder pour lui seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en sc&#232;ne des foss&#233;s temporels est une entreprise difficile. Cela requiert bien s&#251;r des r&#233;f&#233;rences d'&#233;poque, mais aussi, pour mobiliser l'imaginaire du lecteur, des ruptures dans l'&#233;criture du r&#233;cit. Ici, malgr&#233; quelques surcharges dans les situations ou les notations, l'exercice est men&#233; de fa&#231;on tr&#232;s convaincante. En particulier quand Jean visite les anciennes prisons de la sinistre Stasi, la police politique du r&#233;gime communiste. On le voit, saisi par l'odeur de la colle &#224; bois qui impr&#232;gne la pi&#232;ce, la m&#234;me que celle qui flottait dans le pavillon de banlieue de ses parents. Cette odeur traverse le temps plus s&#251;rement que &#171; les cataclysmes, les trait&#233;s, les dirigeants &#187;. Marcel Proust n'aurait probablement pas d&#233;savou&#233; cette assertion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit &lt;i&gt;&#192; un fil&lt;/i&gt; joue aussi sur le th&#232;me de la plong&#233;e dans le pass&#233;, en se livrant &#224; une audacieuse composition qui nous fait habiter l'esprit de Theodor Adorno dans ses derniers instants. Frapp&#233; d'une crise cardiaque qui lui est fatale, en ao&#251;t 1969, lors d'un transport en t&#233;l&#233;ph&#233;rique dans les Alpes suisses, des images successives de son existence le traversent, depuis son enfance jusqu'&#224; des &#233;v&#233;nements tout proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philosophe, sociologue et musicologue, Adorno est l'un des p&#232;res de l'&#201;cole de Francfort. Celle-ci a &#233;t&#233; le creuset de la Th&#233;orie critique, port&#233;e &#233;galement par les autres penseurs de la contestation freudo-marxiste des ann&#233;es 1960 : Max Horkheimer, Herbert Marcuse, Wilhem Reich, Erich Fromm, puis J&#252;rgen Habermas. Cependant, en 1969, la r&#233;volte &#233;tudiante se retourne contre les th&#233;oriciens, accus&#233;s de se cantonner dans l'abstraction. En pleine attaque, dans le t&#233;l&#233;ph&#233;rique, Adorno revoit le proc&#232;s au cours duquel il a &#233;t&#233; amen&#233;, lui, le chantre de la protestation, &#224; t&#233;moigner contre ses meilleurs &#233;tudiants, apr&#232;s leur occupation de l'universit&#233;, en janvier 1969. Puis resurgissent des &#233;tudiantes mont&#233;es sur l'estrade o&#249; il professe pour exhiber leurs seins nus dans une danse provocatrice, le poussant &#224; s'enfuir. Dans son d&#233;lire, les p&#233;tales de fleurs lanc&#233;s en d&#233;rision par les jeunes femmes se m&#234;lent &#224; ceux de la F&#234;te-Dieu de son enfance. Les r&#234;veries disparates du professeur, aux prises avec son semi-coma, au rythme du balancement du t&#233;l&#233;ph&#233;rique, le va-et-vient du pass&#233; au pr&#233;sent, tout cela est remarquablement conduit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Les Odeurs de ma vie&lt;/i&gt;, nouveau d&#233;fi narratif, on d&#233;couvre peu &#224; peu le pass&#233; allemand, gard&#233; secret, d'un am&#233;ricain. Celui-ci a d&#251; accepter la destitution de sa citoyennet&#233; de la RDA pour &#233;migrer aux Etats-Unis. La r&#233;v&#233;lation progressive de son identit&#233; &#224; sa ma&#238;tresse, tr&#232;s prenante, est ma&#238;tris&#233;e de bout en bout, dans des r&#233;cits altern&#233;s. Le r&#233;cit se fonde notamment sur les &#233;crits de trois auteurs de la RDA communiste, exil&#233;s &#224; Berlin-Ouest dans les ann&#233;es 1980&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Le jeu de notes en fin de volume est tr&#232;s utile pour bien saisir des (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce recueil, &lt;i&gt;En un souffle&lt;/i&gt;, r&#233;unit donc cinq &#171; Nouvelles allemandes &#187;, comme l'indique le sous-titre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='Le lecteur non germanophone pourra regretter que les nombreuses citations (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette unit&#233; dans le sujet se conjugue avec un th&#232;me commun, celui des soubresauts historiques du pays, saisis dans des m&#233;moires personnelles, confront&#233;es &#224; des temporalit&#233;s distantes am&#232;rement indicibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En refermant ce recueil, riche d'une grande diversit&#233; tant dans les compositions que les &#233;critures, o&#249; l'auteur, universitaire et traducteur, mobilise des sources solides, on ne peut &#233;viter de poser la question : &#224; quand le prochain recueil, Daniel Argel&#232;s ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Argel&#232;s, &#171; En un souffle, Nouvelles allemandes &#187;, Ed. Triartis, mars 2024, 121 p., 15 &#8364;. Dans ce recueil, L'Anniversaire a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;demment mis en ligne sur le site de la revue Rue Saint-Ambroise. La derni&#232;re nouvelle du recueil, au titre &#233;ponyme, a &#233;t&#233; &#233;galement publi&#233;e en 2018 dans un num&#233;ro sp&#233;cial de la revue Rue Saint-Ambroise, en 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le jeu de notes en fin de volume est tr&#232;s utile pour bien saisir des situations qui, autrement, pourraient &#233;chapper en partie au lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le lecteur non germanophone pourra regretter que les nombreuses citations en allemand ne soient pas toutes traduites.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>&#171; Fugitives &#187; d'Alice Munro : l'&#233;nigme de la simplicit&#233;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Perrut</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Grande nouvelliste canadienne, Alice Munro nous a quitt&#233;s le 14 mai dernier. Avec cette &#034;&#233;nigme de la simplicit&#233;&#034; qui la caract&#233;rise, elle parle des gens simples, ceux du monde rural, de la petite ville de son Ontario natal, o&#249; elle a pass&#233; presque toute sa vie. Comme personne, elle sait d&#233;celer les drames cach&#233;s au sein des existences banales. Sa plume limpide, reposant sur de solides constructions narratives et de savantes compositions, non d&#233;pourvues de &#171; r&#233;alisme magique &#187;, lui a valu le prix (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/" rel="directory"&gt;Anthologies, nouvellologie, etc.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton938.jpg?1561058728' width='91' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; Grande nouvelliste canadienne, Alice Munro nous a quitt&#233;s le 14 mai dernier. Avec cette &#034;&#233;nigme de la simplicit&#233;&#034; qui la caract&#233;rise, elle parle des gens simples, ceux du monde rural, de la petite ville de son Ontario natal, o&#249; elle a pass&#233; presque toute sa vie. Comme personne, elle sait d&#233;celer les drames cach&#233;s au sein des existences banales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa plume limpide, reposant sur de solides constructions narratives et de savantes compositions, non d&#233;pourvues de &#171; r&#233;alisme magique &#187;, lui a valu le prix Nobel de litt&#233;rature en 2013.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le recueil &#034;Fugitives&#034; (&#034;Runaway&#034;), dont on trouvera ci-apr&#232;s une br&#232;ve chronique, constitue une excellente entr&#233;e en mati&#232;re pour d&#233;couvrir cette auteure de premier plan, dans la lign&#233;e des grands nouvellistes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Carla, une lyc&#233;enne, s'amourache de Clark, son moniteur d'&#233;quitation. Vite, elle saute le pas, quitte sa famille pour partager son mobile home. Ce s&#233;ducteur au petit pied cache un pass&#233; douteux. De plus, l'homme est violent. Depuis les &#201;tats-Unis, elle s'enfuit au Canada, puis l&#224;, saisie d'angoisse devant l'inconnu, appelle son compagnon qui vient la rechercher. On sait d&#232;s lors que le destin de Carla est scell&#233;, sans plus d'avenir, sous la domination de Clark.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le th&#232;me de &#171; Fugitives &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; Fugitives &#187;, 2008, traduit de l'anglais, Le Seuil, coll. Points. Runaway (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, premi&#232;re nouvelle du recueil &#233;ponyme. C'est presque &#224; notre insu que nous sommes saisis par l'&#233;criture &#233;nigmatique d'Alice Munro. Ses r&#233;cits parlent de la vie quotidienne des petites gens, &#233;troite, d&#233;pourvue d'&#233;v&#232;nements notables. On est plong&#233; dans une atmosph&#232;re de solitude, o&#249; les existences se jouent, comme pour Carla, sur un coup de t&#234;te. Les relations sont boiteuses et, sous la plume distanci&#233;e, analytique, de la narratrice, o&#249; affleure l'ironie, on voit les personnages souffrir dans leur existence sans avenir. C'est dans son entourage imm&#233;diat, souvent dans le comt&#233; de Huron, dans l'Ontario, o&#249; elle a pass&#233;, hormis deux d&#233;cennies &#224; Vancouver, l'essentiel de sa vie, que Munro trouve ses sujets : &#171; Ce lieu ordinaire est suffisant, dit-elle. Tout, ici, est palpable et myst&#233;rieux &#187;. Comment ne pas percevoir, ici, l'&#233;cho de Jane Austen &#233;crivant &#224; sa ni&#232;ce : &#171; Trois ou quatre familles d'un village du terroir, voil&#224; le vrai sujet sur lequel il faut travailler &#187; ? Pas besoin de courir le monde, la mati&#232;re &#224; &#233;crire se trouve ici, sous nos yeux, disent ces deux femmes &#224; deux si&#232;cles de distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par quels ressorts secrets, l'auteure de ces histoires simples, portant sur des gens simples, parvient-elle &#224; nous captiver autant ? Tentons une r&#233;ponse. Dans sa narration, limpide et d'apparence facile, Munro nous tient sous la coupe d'une &#233;criture tr&#232;s &#233;labor&#233;e. D'abord, le r&#233;cit joue &#224; se d&#233;placer dans le temps, tant&#244;t vers le pass&#233; (nous n'apprenons qu'apr&#232;s la fuite de Carla les circonstances de sa rencontre avec Clark), tant&#244;t vers le futur (dans &#171; Ruses &#187;, on quitte la jeune Robin pour la retrouver, comme souvent dans ces nouvelles, plusieurs d&#233;cennies plus tard). Ensuite, tr&#232;s en retrait, la narration m&#233;nage des mont&#233;es d'intensit&#233; d'autant plus efficaces : Juliet, personnage central de trois nouvelles (&#171; Hasard &#187;, &#171; Bient&#244;t &#187;, &#171; Silence &#187;), qui englobent toute son existence, fait face, dans une sc&#232;ne d'extr&#234;me tension, &#224; Joan, responsable d'une secte, le &#171; Centre de l'&#233;quilibre spirituel &#187;, qui, dans une argumentation placide, l'emp&#234;che de revoir sa fille. Munro poss&#232;de aussi un art tr&#232;s subtil pour distiller au fil des pages les indices d'une histoire souterraine, inqui&#233;tante, en train de prendre corps au sein d'un r&#233;cit d'apparence triviale. Des d&#233;tails crus et r&#233;alistes (les menstruations de Juliet, puis, plus tard, la cr&#233;mation des restes de son mari dans une c&#233;r&#233;monie rituelle) exacerbent par ailleurs la charge des r&#233;cits. Relevons, enfin, l'intrusion fr&#233;quente du symbolique (la ch&#232;vre du couple dispara&#238;t, dans &#171; Fugitives &#187;, tout comme Carla, pour r&#233;appara&#238;tre en fin de r&#233;cit). &lt;br class='autobr' /&gt;
Outre ce r&#233;cit et les trois nouvelles autour de Juliet (dont Almodovar a tir&#233; en 2016 un film, Julieta), le recueil compte quatre autres nouvelles : &#171; Passion &#187; traite d'un th&#232;me cher &#224; Munro, une fille solitaire d'une petite ville fuit une terne relation amoureuse ; &#171; Offenses &#187; nous montre Delphine, une femme m&#251;re, tenter de manipuler Lauren, une jeune fille ; dans &#171; Ruses &#187;, Robin, par malchance et par suite de malentendus se voit condamn&#233;e &#224; une existence isol&#233;e ; &#171; Pouvoirs &#187; couvre, en cinq parties alternant les narrateurs, toute la vie de Nancy, o&#249; diff&#233;rentes relations s'entrecroisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sp&#233;cificit&#233; de ces histoires, comprises entre trente et cinquante pages, dont la construction est soigneuse et structur&#233;e, inlassablement travaill&#233;e par cette cr&#233;atrice jamais satisfaite, n'a pas &#233;chapp&#233; aux acad&#233;miciens, ces gal&#233;riens de la classification. Ils ont aussit&#244;t ouvert le feu sur la question du &lt;i&gt;genre&lt;/i&gt; des textes de Munro : d&#233;j&#224; dans le roman ? encore dans la nouvelle ? Ajoutons, simplement pour corser la discussion, avant de la d&#233;laisser pour de bon, qu'au sein des fronti&#232;res mouvantes et poreuses entre les genres litt&#233;raires, les histoires de Munro pourraient tout aussi bien trouver place dans le conte (au sens des Trois contes de Flaubert) ou le r&#233;cit (comme chez Gide). Mais on trouvera sans doute plus int&#233;ressant de rechercher des &#171; affinit&#233;s &#233;lectives &#187; entre Munro et des auteurs comme Raymond Carver&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='appendix' title='De Carver, on peut lire par exemple &#171; Les vitamines du bonheur &#187; et &#171; Short (...)' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Flannery O'Connor&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Flannery O'Connor, &#171; Les braves gens ne courent pas les rues &#187;, Folio ; &#171; (...)' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou Faulkner, qui tous parlent des gens du peuple d'outre-Atlantique. On a aussi rapproch&#233; notre auteure de Tchekhov qui, comme elle, privil&#233;gie l'atmosph&#232;re et l'investigation psychologique sur l'intrigue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tomber sous le charme de Munro commencez donc par ce recueil, &#171; Fugitives &#187;. Ensuite, dans l'ordre ou le d&#233;sordre, &#171; L'amour d'une honn&#234;te femme &#187; (2001, Payot et Rivages), &#171; Du c&#244;t&#233; de Castle Rock &#187; (2010, Points). Citons aussi : &#171; Rien que la vie &#187; (2014, Points), unique texte autobiographique de cette auteure tr&#232;s pudique. Apr&#232;s ? Apr&#232;s, je suis s&#251;r que le lecteur saura se mouvoir seul parmi la quinzaine de recueils de Munro. N&#233;e en 1931 dans une famille modeste d'une petite ville de l'Ontario, elle sait d&#233;celer comme personne les drames cach&#233;s au sein de vies apparemment banales, dans une prose qui par certains c&#244;t&#233;s tient du &#171; r&#233;alisme magique &#187; d'un certain Garcia Marquez, au Sud du m&#234;me continent. Comme lui, j'allais l'oublier, Munro a re&#231;u, en 2013, le prix Nobel de litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;***** &lt;/h3&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Fugitives &#187;, 2008, traduit de l'anglais, Le Seuil, coll. Points. Runaway pour les anglophones, qui auront la chance d'acc&#233;der au texte original.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De Carver, on peut lire par exemple &#171; Les vitamines du bonheur &#187; et &#171; Short cuts &#187;, dont R. Altman a tir&#233; un film sous le m&#234;me titre, en &#233;dition de poche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Flannery O'Connor, &#171; Les braves gens ne courent pas les rues &#187;, Folio ; &#171; &#338;uvres compl&#232;tes &#187;, Quarto, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> &#171; Les meilleures nouvelles de Sherwood Anderson &#187; par les &#201;ditions Rue Saint-Ambroise</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/article/les-meilleures-nouvelles-de-sherwood-anderson-par-les-editions-rue-saint</link>
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		<dc:date>2022-06-16T13:59:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Perrut</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;342 p. Edition &#233;tablie par Bernard Toro, novembre 2021.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/" rel="directory"&gt;Anthologies, nouvellologie, etc.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1268.jpg?1655387965' width='101' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans ses v&#234;tements n&#233;glig&#233;s, le docteur Parcival, qui n'a pas de patients, d&#233;livre, au milieu de propos confus, un message au jeune Georges Willard : &#171; Chaque individu au monde est le Christ et&#8230; tous sont crucifi&#233;s. &#187; Il le charge d'une mission, &#233;crire le livre qui dira cela. D&#232;s cette premi&#232;re nouvelle, &#171; Le Philosophe &#187;, on est saisi par l'atmosph&#232;re d'Anderson, l'oppression nous gagne &#224; la vue des petites gens qui errent dans la bourgade de Winesburg, chacun emmur&#233; dans sa solitude, comme Elizabeth Willard, la m&#232;re de Georges (&#171; La M&#232;re &#187;), ruminant dans son h&#244;tel d&#233;cr&#233;pit ses r&#234;ves calcin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monotonie des jours, pour ces existences r&#233;tr&#233;cies, est pourtant travers&#233;e par un instant d&#233;cisif. Fuyant une insupportable solitude, Alice s'accouple sous la pluie avec un vieil homme quasi-sourd qui titube en rentrant chez lui (&#171; Aventure &#187;). Parti secouer le joug familial, Ray rentre d&#233;fait au bercail (&#171; Le Mensonge non prof&#233;r&#233; &#187;). En d&#233;finitive, la seule issue se trouve dans la fuite : charg&#233; d'une &#171; d&#233;l&#233;gation d'&#233;criture &#187; par ceux qui restent, Georges Willard finit par quitter Winesburg. Il suit en cela les bris&#233;es de Sherwood Anderson, s'&#233;chappant de la petite ville de Clyde &#224; vingt ans, en 1897, pour rejoindre &#224; Chicago un groupe d'&#233;crivains &#171; en r&#233;volte contre le village &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; Revolt from the village &#187;. Formule donn&#233;e par un journaliste &#224; ce groupe (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dix premi&#232;res nouvelles du recueil sont tir&#233;es de &#171; Winesburg Ohio &#187; (1919), chef-d'&#339;uvre de l'auteur. Ce livre hybride&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Sur ce point on peut se reporter &#224; notre chronique, Winesburg Ohio de (...)' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, entre roman et recueil de textes courts, campe les histoires entrelac&#233;es d'une grappe de personnages, au sein de la bourgade imaginaire de Winesburg. C'est l'irruption dans la prose nordam&#233;ricaine du courant moderniste, marqu&#233; par le d&#233;placement de la focale de l'intrigue vers le drame int&#233;rieur des personnages, v&#233;ritable mati&#232;re du livre. L'auteur de &#171; Winesburg &#187; entra&#238;ne &#224; sa suite nombre de romanciers am&#233;ricains fameux, Faulkner, Hemingway et bien d'autres. Mais si l'ouvrage a figur&#233; dans les manuels scolaires outre-Atlantique, il reste &#224; ce jour tr&#232;s peu connu en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se r&#233;jouit donc de l'initiative des &#201;ditions Rue Saint-Ambroise qui nous proposent aujourd'hui un vaste panorama compos&#233; de vingt-six nouvelles de cet auteur (1876-1941), dans sa collection &#171; Les meilleures nouvelles &#187; qui comporte d&#233;j&#224; cinq titres de grands nouvellistes. Aux histoires tir&#233;es de &#171; Winesburg Ohio &#187;, s'ajoutent ici douze autres nouvelles publi&#233;es entre 1920 et 1939 et quatre &#224; titre posthume. Ces textes, parfois in&#233;dits, nous montrent un homme mari&#233; (&#171; Madame l'&#233;pouse &#187;), qui confie &#224; un ami sa violente attirance pour une autre femme. Avec &#171; L'Autre femme &#187; nous retrouvons ce sujet bien d&#233;licat pour un auteur qui a connu quatre mariages, et ces &#233;changes font souffler dans ces pages le vent du grand large. Puis, nous voyons un homme prendre un train dans une impulsion (&#171; Dans une ville inconnue &#187;) pour quitter la grise routine des jours. Il gagne une ville qu'il ne conna&#238;t pas, y dort une nuit, et l&#224; s'&#233;veille pour d&#233;couvrir le monde avec des yeux neufs, dans le calme et la fra&#238;cheur. Nous sommes enfin sortis du cloaque de Winesburg !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage parl&#233;, parfois rugueux, l'&#233;criture sans appr&#234;ts, qui ne craint ni les r&#233;p&#233;titions ni les retours en arri&#232;re pourront surprendre le lecteur francophone. Ceci correspond au choix assum&#233; des traducteurs, cherchant &#224; &#233;pouser au plus pr&#232;s le texte d'origine, s'inscrivant en cela dans la tendance dite de l'&#233;cole allemande de traduction (ou approche des &#171; sourcistes &#187; dans le jargon). Ce courant s'oppose &#224; celui de l'&#233;cole fran&#231;aise (celle des &#171; ciblistes &#187;) qui au contraire tire le texte vers sa langue de destination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aboutissement d'un travail d'&#233;quipe dirig&#233; par Bernardo Toro, r&#233;unissant cinq traducteurs (Isabelle Barat, Nathalie Barri&#233;, Pierre Bondil, Jean-Paul Deshayes et Johanne Le Ray) ainsi que Claire Bruy&#232;re, sp&#233;cialiste de l'auteur, cet important volume est compl&#233;t&#233; par un jeu de notices, parfois tr&#232;s d&#233;taill&#233;es. &#201;tablies par les traducteurs ainsi que par Claire Bruy&#232;re et Nemo Furvent, ces notes montrent la gen&#232;se de chaque texte et en d&#233;gagent les th&#232;mes majeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute pourrait-on sugg&#233;rer ici de compl&#233;ter le prochain ouvrage de cette pr&#233;cieuse collection par une biographie de l'auteur afin d'&#233;clairer, outre les grands &#233;v&#233;nements de sa vie, la fa&#231;on dont s'inscrit le travail du nouvelliste dans l'ensemble de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier mot peut-&#234;tre : la plus crue, la plus &#226;pre de ces histoires, restera sans nul doute pour moi celle de &#171; Mort dans les bois &#187;. Un jeune narrateur, encore enfant, fait une soudaine irruption dans le r&#233;cit pour assister, avec les notables du village, &#224; la d&#233;couverte d'un corps f&#233;minin inanim&#233; et d&#233;nud&#233;, mince et blanc, virginal, au milieu de la neige. C'est celui d'une femme ignor&#233;e de tous, morte de froid et d'&#233;puisement au milieu des bois, tandis que ses chiens dansent autour d'elle une folle sarabande &#224; la poursuite des lapins. Jamais l'enfant n'a oubli&#233; ce corps blanc, dans la neige. Devenu adulte, il lui a fallu mener l'enqu&#234;te pour raconter cette histoire, qui me suivra encore longtemps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saluons sans r&#233;serve ce recueil qui forme un livre de r&#233;f&#233;rence pr&#233;cieux en langue fran&#231;aise sur un auteur d&#233;terminant de la prose nord-am&#233;ricaine, encore largement m&#233;connu dans notre pays.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;*****&lt;/h3&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb3-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Revolt from the village &#187;. Formule donn&#233;e par un journaliste &#224; ce groupe d'&#233;crivains r&#233;unis par un m&#234;me rejet de leur petite ville d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/article/winesburg-ohio-de-sherwood-anderson' class='spip_in'&gt;Sur ce point on peut se reporter &#224; notre chronique, Winesburg Ohio de Sherwood Anderson, ou la r&#233;invention de la prose nord-am&#233;ricaine, 1er d&#233;cembre 2019&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> L'antimoine de Leonardo Sciascia ou Le paradoxe de la narration</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/article/l-antimoine-de-leonardo-sciascia-ou-le-paradoxe-de-la-narration</link>
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		<dc:date>2020-12-13T12:22:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Perrut</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pour fuir sa panique des coups de grisou (ou &#171; antimoine &#187;), un mineur sicilien s'enr&#244;le dans l'arm&#233;e de Mussolini, dont des d&#233;tachements viennent appuyer la r&#233;bellion fasciste de Franco, &#224; la fin des ann&#233;es trente. Voil&#224; ce que raconte Leonardo Sciascia dans &#171; L'Antimoine &#187;, une longue nouvelle publi&#233;e en 1960. Ce mineur raconte lui-m&#234;me le conflit et nous plonge avec de saisissantes visions dans la guerre civile d'Espagne, du c&#244;t&#233; nationaliste, assez peu connu. On voit le crucifix accompagner les pires (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour fuir sa panique des coups de grisou (ou &#171; antimoine &#187;), un mineur sicilien s'enr&#244;le dans l'arm&#233;e de Mussolini, dont des d&#233;tachements viennent appuyer la r&#233;bellion fasciste de Franco, &#224; la fin des ann&#233;es trente. Voil&#224; ce que raconte Leonardo Sciascia dans &#171; L'Antimoine &#187;, une longue nouvelle publi&#233;e en 1960&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-1' class='spip_note' rel='appendix' title='L. Sciascia, GLI ZII DI SICILIA, 1960 ; Les oncles de Sicile, Deno&#235;l, (...)' id='nh4-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce mineur raconte lui-m&#234;me le conflit et nous plonge avec de saisissantes visions dans la guerre civile d'Espagne, du c&#244;t&#233; nationaliste, assez peu connu. On voit le crucifix accompagner les pires ex&#233;cutions ; les paysans espagnols pencher naturellement du c&#244;t&#233; r&#233;publicain ; les anarchistes adopter un comportement suicidaire et donc impr&#233;visible. Pendant l'hiver, la souffrance inflig&#233;e par le gel finit par d&#233;former toute perception chez les hommes. Lors d'une f&#234;te de No&#235;l dans une grange glac&#233;e, chacun des combattants est confront&#233; &#224; sa propre image dans le regard &#224; moiti&#233; fou de ses compagnons, barbus et frigorifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me cultiv&#233;, un mineur des ann&#233;es 1930 ne pouvait &#224; l'&#233;vidence ma&#238;triser un tel r&#233;cit, tr&#232;s &#233;labor&#233;, avec des retours en arri&#232;re sur sa propre vie, des aper&#231;us d'ensemble sur la situation espagnole. Sous une allure parl&#233;e, les phrases cisel&#233;es traduisent finement les observations. Le proc&#233;d&#233;, admettons-le, transforme ce mineur en un Georges Orwell, qui racontait la m&#234;me guerre depuis le camp oppos&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Georges Orwell, Homage to Catalonia, 1938 ; Hommage &#224; la Catalogne, (...)' id='nh4-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le mineur sicilien serait-il dot&#233; des m&#234;mes outils narratifs ? &lt;br class='autobr' /&gt;
En un mot, le r&#233;cit n'est pas cr&#233;dible. Mais le paradoxe r&#233;side en ceci : en tant que lecteur, nous marchons quand m&#234;me dans cette histoire, tout en sachant qu'elle n'est pas plausible. Pourquoi alors acceptons-nous l'invraisemblable ? D'abord parce que la narration est bonne : on entre de plain-pied dans l'histoire personnelle de ce mineur transplant&#233; dans une guerre qu'il subit. Son franc-parler et son bon sens nous touchent. Il y a l&#224; un v&#233;cu qui ne trompe pas. Issu d'une famille d'employ&#233; des mines du soufre, l'auteur a en effet recueilli des t&#233;moignages des mineurs de son village de l'Agrigente, engag&#233;s eux aussi avec les Franquistes. L'exp&#233;rience relat&#233;e nous fait entrer dans un monde peu visit&#233; du camp fasciste. Un tel point de vue permet une critique efficace, car provenant de l'int&#233;rieur. Les images sont originales et &lt;i&gt;pourraient&lt;/i&gt; &#234;tre celles de ce mineur-narrateur particulier. Ainsi, comme lecteurs, nous gagnons &#224; cette duperie. Nous nous faisons complices de l'auteur et, pour en tirer profit, feignons de croire possible ce r&#233;cit qui ne peut l'&#234;tre. Nous entrons dans un &lt;i&gt;comme si&lt;/i&gt; et nous y adh&#233;rons parce que nous en tirons avantage. C'est le paradoxe de la narration, qui n'est pas sans analogie avec &lt;i&gt;Le paradoxe du com&#233;dien&lt;/i&gt; de Diderot, selon qui c'est la technique de l'acteur, et non ses sentiments, qui nous ouvre l'acc&#232;s aux &#233;motions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Diderot, Le paradoxe sur le com&#233;dien, 1773-1777, publi&#233; en 1830.' id='nh4-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me proc&#233;d&#233;, et partant le m&#234;me paradoxe, se retrouve dans les romans o&#249; le narrateur est un enfant. Dans son best-seller, de 1960 aussi, To Kill a Mocking Bird, (&#171; Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur &#187;), Harper Lee fait raconter, par une petite fille de neuf ans, la tension raciale dans une petite ville du Sud des &#201;tats-Unis. Nous restons ici dans le domaine de la fiction assum&#233;e. Cependant, m&#234;me dans un r&#233;cit autobiographique, pos&#233; comme vrai, la question de la vraisemblance se pose : n'est-ce pas une fiction que de faire parler celui que j'&#233;tais, il y a bien des ann&#233;es ? Ce &#171; je &#187; l&#224; est entre-temps devenu un autre, a fortiori si je tente de faire parler l'enfant que j'&#233;tais, jadis. Dans un autre domaine, qui nous fait revenir &#224; la Guerre civile espagnole, la fameuse photo de Robert Capa, montrant la mort d'un R&#233;publicain au combat, longtemps tenue pour r&#233;elle et prise dans le feu de la bataille, est aujourd'hui consid&#233;r&#233;e comme une reconstitution. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, le paradoxe de la narration recouvre les fronti&#232;res des genres. Tout r&#233;cit repose en d&#233;finitive sur la convention d'un narrateur fictif propos&#233; par l'auteur au lecteur. Ce dernier accepte ou non de suivre le jeu, avec ou sans na&#239;vet&#233;, et sa force d'adh&#233;sion est fonction des b&#233;n&#233;fices qu'il en retire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb4-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-1' class='spip_note' title='Notes 4-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. Sciascia, GLI ZII DI SICILIA, 1960 ; Les oncles de Sicile, Deno&#235;l, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-2' class='spip_note' title='Notes 4-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Orwell, Homage to Catalonia, 1938 ; Hommage &#224; la Catalogne, Gallimard, 1955.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-3' class='spip_note' title='Notes 4-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Diderot, Le paradoxe sur le com&#233;dien, 1773-1777, publi&#233; en 1830.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les meilleures nouvelles de H.P. Lovecraft &#8211; De nouvelles traductions et un in&#233;dit. </title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/article/les-meilleures-nouvelles-de-h-p-lovecraft-de-nouvelles-traductions-et-un-inedit</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/article/les-meilleures-nouvelles-de-h-p-lovecraft-de-nouvelles-traductions-et-un-inedit</guid>
		<dc:date>2020-11-26T17:20:05Z</dc:date>
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Le deuil : &#233;mergence d'une &#233;criture intime </title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/article/le-deuil-emergence-d-une-ecriture-intime</link>
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		<dc:date>2020-03-22T10:47:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Perrut</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Nous n'en mourons pas, la plupart du temps, mais tous nous en sommes frapp&#233;s. D&#232;s la petite enfance pour certains, &#224; la maturit&#233; pour les plus chanceux. Lorsque nous sommes confront&#233;s, socialement, &#224; la commune situation du deuil, nous sommes rarement &#224; l'aise. On voudrait en d&#233;tourner les yeux, comme, dans la petite nouvelle autobiographique de Julian Barnes, &#171; Loss of Depth &#187;, ces deux amis invit&#233;s &#224; d&#238;ner chez lui, et qui, de toute la soir&#233;e, ne trouvent pas le courage de prononcer le nom de sa (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/" rel="directory"&gt;Anthologies, nouvellologie, etc.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous n'en mourons pas, la plupart du temps, mais tous nous en sommes frapp&#233;s. D&#232;s la petite enfance pour certains, &#224; la maturit&#233; pour les plus chanceux. Lorsque nous sommes confront&#233;s, socialement, &#224; la commune situation du deuil, nous sommes rarement &#224; l'aise. On voudrait en d&#233;tourner les yeux, comme, dans la petite nouvelle autobiographique de Julian Barnes, &#171; Loss of Depth&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Julian Barnes &#171; Levels of life &#187;, Vintage Books, 2013 (je n'ai pas trouv&#233; la (...)' id='nh5-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, ces deux amis invit&#233;s &#224; d&#238;ner chez lui, et qui, de toute la soir&#233;e, ne trouvent pas le courage de prononcer le nom de sa compagne, tout r&#233;cemment disparue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La civilisation occidentale ne fait aujourd'hui plus gu&#232;re de place aux morts et les rituels de nagu&#232;re, costume noir, puis brassard pour les hommes, grand deuil suivi de soie noire puis de demi-deuil pour les femmes, sans parler des tentures &#224; la porte des immeubles, sont d&#233;sormais abandonn&#233;s. L'esquive tente aussi celui qui subit la perte. Comme Joan Didion qui, dans &#171; L'ann&#233;e de la pens&#233;e magique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Joan Didion, &#171; The year of magical thinking &#187;, Fourth Estate, 2005. (...)' id='nh5-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; nous montre, dans un r&#233;cit sobre et analytique, comment, &#224; chaque pas elle se voile &#224; elle-m&#234;me la disparition de son mari. &lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; ces tendances au d&#233;ni et &#224; l'abandon des coutumes, on note, sur ce th&#232;me, qui reste un peu tabou, l'&#233;mergence d'un registre intimiste consacr&#233; &#224; la transcription des mouvements int&#233;rieurs qui suivent la disparition d'un &#234;tre aim&#233;. Ce courant s'inscrit dans le sillage d'&#339;uvres pionni&#232;res. Retenons &#224; ce titre &#171; Une Mort tr&#232;s douce&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Simone de Beauvoir, &#171; Une mort tr&#232;s douce &#187;, Gallimard, 1964.' id='nh5-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, de Simone de Beauvoir, bref r&#233;cit autobiographique o&#249; l'auteure, &#233;galement narratrice-personnage, retrace sa vie aupr&#232;s de sa m&#232;re malade, jusqu'&#224; la fin. Ce texte intime, qui compte des &#233;l&#233;ments biographiques et fictionnels, montre le rapprochement qui s'op&#232;re au sein d'un couple, celui de la m&#232;re et de la fille, assez conflictuel jusque-l&#224;. La maladie, cr&#251;ment d&#233;peinte, entra&#238;ne la fille dans un mouvement fusionnel, qui la conduit &#224; reproduire, dans un mim&#233;tisme, les expressions de la bouche de la malade. &#171; Le Malheur indiff&#233;rent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-4' class='spip_note' rel='appendix' title='Peter Handke, &#171; Le malheur indiff&#233;rent &#187;, traduit de l'allemand, 1975, (...)' id='nh5-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; de Peter Handke, qui compte aussi parmi les livres fondateurs, retrace en la mettant &#224; distance, l'histoire d'une vie d&#233;serte, celle de sa m&#232;re, o&#249; ni les projets, ni les d&#233;sirs, ni m&#234;me la revendication des besoins n'ont leur place.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se suicide &#224; l'&#226;ge de 51 ans, en 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rattrap&#233; in&#233;luctablement, &#224; mon tour, par la mort de certains de mes proches, j'ai lu le &#171; Journal de deuil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-5' class='spip_note' rel='appendix' title='Roland Barthes, &#171; Journal de deuil &#187;, Seuil, 2009.' id='nh5-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, un court texte de Roland Barthes, mi-recueil de pens&#233;es, mi-journal, o&#249; sont consign&#233;es de br&#232;ves notations suivant la disparition d'une m&#232;re dont il partageait la vie. Puis, ayant exp&#233;riment&#233; la longue, tr&#232;s longue dur&#233;e que peut n&#233;cessiter un deuil, j'ai &#233;t&#233; tr&#232;s surpris, intrigu&#233; par la vitesse avec laquelle Joyce Carol Oates avait publi&#233;, en 2011, &#171; A Widow's Story&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-6' class='spip_note' rel='appendix' title='Joyce Carol Oates, &#171; A Widow's Story &#187;, Four Estate, 2011 ; Traduction en (...)' id='nh5-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; (Histoire d'une veuve), un r&#233;cit autobiographique sur la mort de son mari, survenue en 2008. Risquons une hypoth&#232;se explicative quant &#224; cette c&#233;l&#233;rit&#233; : &#233;crivaine infatigable et prolifique, l'auteure aurait d'abord tenu, par n&#233;cessit&#233; int&#233;rieure, une chronique de la maladie qui foudroie son mari, puis de son &#233;tat de veuve. Ensuite, avec tous ses outils narratifs bien rod&#233;s (monologue int&#233;rieur, flash-back, th&#232;me du basilic aux yeux de diamant, animal mythique qui la poursuit de son regard, prise de recul &#8211; elle se met en sc&#232;ne comme La Veuve, sans oublier le comique grin&#231;ant de la pisse de chat sur le certificat de d&#233;c&#232;s du conjoint, qui tient un bon chapitre et d&#233;borde m&#234;me sur le suivant) elle aurait ensuite transform&#233; ce mat&#233;riau brut en ces M&#233;moires publiables, &#224; destination d'un large public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment t&#233;moigner de cet &#233;tat particulier de m&#233;lancolie, de r&#233;tractation de soi o&#249; vous plonge la perte d'un proche ? Le risque de d&#233;pression est l&#224; avec toutes ses menaces. D&#232;s les d&#233;buts de leur discipline, les psychanalystes ont th&#233;oris&#233; sur la question du deuil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-7' class='spip_note' rel='appendix' title='Freud, Deuil et m&#233;lancolie, 1917 ; traduction fran&#231;aise, Payot, (...)' id='nh5-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Processus complexe, la travers&#233;e du deuil conduit &#224; affronter plusieurs phases, qui vont du d&#233;ni (montr&#233; ci-avant par Joan Didion) et de la col&#232;re envers le d&#233;funt jusqu'&#224; l'int&#233;riorisation de celui-ci ouvrant la voie &#224; l'apaisement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-8' class='spip_note' rel='appendix' title='M&#233;lanie Klein, Deuil et d&#233;pression, 1934 ; traduction fran&#231;aise, Payot, (...)' id='nh5-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Plus tard, les psychiatres ont mis en &#233;vidence l'existence de d&#233;rives pathologiques dans certains deuils. Dans &#171; Kitchen &#187;, une nouvelle best-seller au Japon, Banana Yoshimoto retrace une &#233;volution morbide de ce type chez son h&#233;ro&#239;ne, apr&#232;s la perte de sa grand-m&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-9' class='spip_note' rel='appendix' title='Banana Yoshimoto, Kitchen, 1989,' id='nh5-9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la mort d'un proche frappe un &#233;crivain, celui-ci, le dos au mur, semble conduit &#224; transformer l'&#233;criture en acte de r&#233;sistance, qui force l'invention de nouveaux registres. Dans &#171; L'Hirondelle rouge &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-10' class='spip_note' rel='appendix' title='Jean-Michel Maulpoix, &#171; L'Hirondelle rouge &#187;, Mercure de France, (...)' id='nh5-10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Jean-Michel Maulpoix &#233;voque la mort de ses parents selon de tr&#232;s courts tableaux r&#233;dig&#233;s dans une prose po&#233;tique, m&#234;lant &#233;vocations pr&#233;cises et m&#233;ditations. &#171; Qu'opposer d'autre &#224; la nuit que la phrase muette du d&#233;sir ? &#187;, nous confie-t-il. Jean-Marie Espitalier, lui, nous fait suivre, dans un texte fragment&#233;, &#171; La Premi&#232;re ann&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-11' class='spip_note' rel='appendix' title='Jean-Marie Espitalier, &#171; La Premi&#232;re ann&#233;e &#187; Editions Inculte, (...)' id='nh5-11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, les &#233;tats successifs qu'il traverse pendant les douze premiers mois suivant la disparition de sa femme. Le texte joue implacablement sur le paradoxe du deuil, sa dialectique infernale : je dois me d&#233;tacher de l'autre et survivre pour conserver son souvenir ; je dois donc lui &#234;tre infid&#232;le pour lui rester fid&#232;le&#8230; Tr&#232;s fort, tr&#232;s &#233;trange : &#171; Je redoute ce moment o&#249; viendra la tristesse de me sentir moins triste. O&#249; je commencerai d'&#234;tre triste d'une nouvelle tristesse, de cette tristesse de la disparition de la tristesse. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un r&#233;cit compos&#233; de br&#232;ves sc&#232;nes, Jean-Louis Fournier, dans &#171; Veuf ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-12' class='spip_note' rel='appendix' title='Jean-Louis Fournier, &#171; Veuf &#187;, Editions Stock, 2011.' id='nh5-12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, joue sur des oppositions, parfois tranch&#233;es, entre lui et la disparue, en adoptant un ton l&#233;ger, o&#249; affleure d'autant mieux toute la nostalgie du monde qu'elle emporte avec elle. C'est en brocardant les pourvoyeurs d'assistance, dont la balourdise remue la plaie &#224; vif, qu'il nous sert ses traits les plus ac&#233;r&#233;s : on lui offre un guide, &#171; Sortir du deuil &#187;, qui fournit une mesure des souffrances de la vie, depuis le deuil du conjoint (100 points) jusqu'au d&#233;sagr&#233;ment de la contravention sur la voie publique (11 points), et procure un mantra anti-douleur &#224; r&#233;citer d'une voix monocorde, lequel, r&#233;p&#233;t&#233; avec r&#233;gularit&#233; dans le livre, r&#233;sonne dans toute sa b&#234;tise, comme un sarcasme ; on lui demande dans un questionnaire s'il recommanderait le crematorium du P&#232;re-Lachaise, o&#249; sa femme vient tout juste d'&#234;tre incin&#233;r&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est avec distance et pr&#233;cision, selon son registre, qu'Annie Ernaux retrace dans un court r&#233;cit, &#171; Je ne suis pas sortie de ma nuit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-13' class='spip_note' rel='appendix' title='Annie Ernaux, &#171; Je ne suis pas sortie de ma nuit &#187;, 1997, Folio, (...)' id='nh5-13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, la fin de sa m&#232;re atteinte de la maladie d'Alzheimer. Lydia Flem, de son c&#244;t&#233;, nous entra&#238;ne dans une m&#233;ditation sur la confrontation oblig&#233;e avec les objets, les papiers, administratifs et personnels que laissent, en h&#233;ritage, et non en legs, pr&#233;cise-t-elle, les parents de l'auteure. Dans son t&#233;moignage, &#171; Comment j'ai vid&#233; la maison de mes parents&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-14' class='spip_note' rel='appendix' title='Lydia Flem, &#171; Comment j'ai vid&#233; la maison de mes parents &#187;, 2017.' id='nh5-14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, elle dit devoir &#171; bafouer toutes les r&#232;gles de la discr&#233;tion &#187;. Consciente des dangers de la qu&#234;te, elle met &#224; jour les p&#233;riodes de captivit&#233; et de d&#233;portation de ses parents. Ils en parlaient peu, mais elle captait &#171; la r&#233;sonance de leur d&#233;tresse muette &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si plusieurs brefs r&#233;cits sont ainsi publi&#233;s sur le th&#232;me de la disparition, on trouve, en revanche, assez peu de nouvelles sur le deuil int&#233;rieur. Outre celles d&#233;j&#224; mentionn&#233;es, signalons notamment dans cette veine le recueil &#171; Reste avec moi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-15' class='spip_note' rel='appendix' title='Marie-H&#233;l&#232;ne Moreau, &#171; Reste avec moi &#187;, L'Harmattan, 2017.' id='nh5-15'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, de Marie-H&#233;l&#232;ne Moreau, qui rassemble neuf textes autour de la question de la mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-16' class='spip_note' rel='appendix' title='Des textes de l'auteure sont par ailleurs publi&#233;s sur ce site.' id='nh5-16'&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On retiendra aussi la courte nouvelle de Steve Gagnon, &#171; Cauchemars &#187;, qui fait partager, dans un parler r&#233;gional marqu&#233;, l'attachement du narrateur pour son p&#232;re, en d&#233;pit du ratage social de ce dernier, qui trouve la mort au loin, en &#201;gypte, dans des circonstances &#233;tranges, sans doute fictionnelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-17' class='spip_note' rel='appendix' title='V&#233;ronique C&#244;t&#233; et Steve Gagnon, &#171; Chaque automne, j'ai envie de mourir &#187;, (...)' id='nh5-17'&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par ailleurs, dans l'&#233;quipe de Nouvelle donne, Brigitte Niquet a consacr&#233; plusieurs nouvelles au th&#232;me de la perte, dont &#171; Saute en l'air&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-18' class='spip_note' rel='appendix' title='Brigitte Niquet, &#171; Saute en l'air &#187;, in &#171; Est-ce ainsi que les hommes vivent ? (...)' id='nh5-18'&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, en forme d'&#233;nigme, o&#249; l'on d&#233;couvre progressivement que l'ami homosexuel d'une femme meurt du sida dans un h&#244;pital, et &#171; Songe &#224; la douleur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-19' class='spip_note' rel='appendix' title='Brigitte Niquet, &#171; Songe &#224; la douleur &#187;, in &#171; N'aimer personne ? &#187;, Editions (...)' id='nh5-19'&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, r&#233;cit qui, selon le m&#234;me proc&#233;d&#233;, d&#233;voile les circonstances de la disparition d'une s&#339;ur jumelle. Enfin, &#233;galement dans notre &#233;quipe, &#171; Zo&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-20' class='spip_note' rel='appendix' title='Corine-Sylvia Congiu, &#171; Zo&#233; &#187;, 2019, nouvelle &#224; para&#238;tre sur le site de Nouvelle (...)' id='nh5-20'&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, de Corine-Sylvia Congiu, montre le deuil difficile d'un p&#232;re par une adolescente qui d&#233;voile ce conflit au travers d'un jeu de s&#233;duction avec son psychanalyste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite de quelques &#233;crits pr&#233;curseurs, on voit donc s'affirmer un courant intimiste traitant des &#233;tats successifs dans lesquels nous plonge la perte de l'autre. Forte d'innovations formelles press&#233;es par la confrontation avec le n&#233;ant, cette ph&#233;nom&#233;nologie de la disparition ouvre sans nul doute la voie &#224; de nouveaux d&#233;veloppements sur ce th&#232;me qui se confond avec la condition humaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb5-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-1' class='spip_note' title='Notes 5-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Julian Barnes &#171; Levels of life &#187;, Vintage Books, 2013 (je n'ai pas trouv&#233; la traduction publi&#233;e en fran&#231;ais). La troisi&#232;me et derni&#232;re nouvelle de ce petit recueil, &#171; Loss of depth &#187;, porte sur la disparition de sa femme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-2' class='spip_note' title='Notes 5-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Joan Didion, &#171; The year of magical thinking &#187;, Fourth Estate, 2005. Traduction fran&#231;aise : &#171; L'ann&#233;e de la pens&#233;e magique &#187;, Grasset, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-3' class='spip_note' title='Notes 5-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Simone de Beauvoir, &#171; Une mort tr&#232;s douce &#187;, Gallimard, 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-4' class='spip_note' title='Notes 5-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peter Handke, &#171; Le malheur indiff&#233;rent &#187;, traduit de l'allemand, 1975, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-5' class='spip_note' title='Notes 5-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Barthes, &#171; Journal de deuil &#187;, Seuil, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-6' class='spip_note' title='Notes 5-6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Joyce Carol Oates, &#171; A Widow's Story &#187;, Four Estate, 2011 ; Traduction en fran&#231;ais (au titre quelconque) : &#171; J'ai r&#233;ussi &#224; rester en vie &#187;, Philippe Rey, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-7' class='spip_note' title='Notes 5-7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Freud, Deuil et m&#233;lancolie, 1917 ; traduction fran&#231;aise, Payot, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-8' class='spip_note' title='Notes 5-8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;lanie Klein, Deuil et d&#233;pression, 1934 ; traduction fran&#231;aise, Payot, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-9' class='spip_note' title='Notes 5-9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Banana Yoshimoto, Kitchen, 1989,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-10' class='spip_note' title='Notes 5-10' rev='appendix'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Michel Maulpoix, &#171; L'Hirondelle rouge &#187;, Mercure de France, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-11' class='spip_note' title='Notes 5-11' rev='appendix'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Marie Espitalier, &#171; La Premi&#232;re ann&#233;e &#187; Editions Inculte, 2018&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-12' class='spip_note' title='Notes 5-12' rev='appendix'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Louis Fournier, &#171; Veuf &#187;, Editions Stock, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-13'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-13' class='spip_note' title='Notes 5-13' rev='appendix'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annie Ernaux, &#171; Je ne suis pas sortie de ma nuit &#187;, 1997, Folio, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-14'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-14' class='spip_note' title='Notes 5-14' rev='appendix'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lydia Flem, &#171; Comment j'ai vid&#233; la maison de mes parents &#187;, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-15'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-15' class='spip_note' title='Notes 5-15' rev='appendix'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marie-H&#233;l&#232;ne Moreau, &#171; Reste avec moi &#187;, L'Harmattan, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-16'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-16' class='spip_note' title='Notes 5-16' rev='appendix'&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Des textes de l'auteure sont par ailleurs publi&#233;s sur ce site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-17'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-17' class='spip_note' title='Notes 5-17' rev='appendix'&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;V&#233;ronique C&#244;t&#233; et Steve Gagnon, &#171; Chaque automne, j'ai envie de mourir &#187;, recueil de nouvelles, &#201;ditions Hamac (Canada), 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-18'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-18' class='spip_note' title='Notes 5-18' rev='appendix'&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Brigitte Niquet, &#171; Saute en l'air &#187;, in &#171; Est-ce ainsi que les hommes vivent ? &#187;, Editions Caliphae, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-19'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-19' class='spip_note' title='Notes 5-19' rev='appendix'&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Brigitte Niquet, &#171; Songe &#224; la douleur &#187;, in &#171; N'aimer personne ? &#187;, Editions Ravenala, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-20'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-20' class='spip_note' title='Notes 5-20' rev='appendix'&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Corine-Sylvia Congiu, &#171; Zo&#233; &#187;, 2019, nouvelle &#224; para&#238;tre sur le site de Nouvelle donne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les meilleures nouvelles de Katherine Mansfield</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/article/les-meilleures-nouvelles-de-katherine-mansfield</link>
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		<dc:date>2020-03-01T10:41:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nathalie Barri&#233;</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les &#233;ditions Rue Saint Ambroise retraduisent des nouvellistes classiques, rappelant ainsi que de grands noms de la litt&#233;rature n'ont pas &#233;crit que des romans, mais aussi de nombreuses nouvelles, parfois par centaines. C'est notamment le cas de Virginia Woolf, &#224; laquelle est r&#233;serv&#233;e, depuis novembre 2019, la place d'honneur de l'ouverture de cette s&#233;rie de retraductions in&#233;dites. Elle est suivie de pr&#232;s par Katherine Mansfield, nouvelliste &#171; au talent &#233;tincelant &#187;, comme le souligne l'article de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/" rel="directory"&gt;Anthologies, nouvellologie, etc.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1043.jpg?1583059300' width='100' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;ditions Rue Saint Ambroise retraduisent des nouvellistes classiques, rappelant ainsi que de grands noms de la litt&#233;rature n'ont pas &#233;crit que des romans, mais aussi de nombreuses nouvelles, parfois par centaines. C'est notamment le cas de Virginia Woolf, &#224; laquelle est r&#233;serv&#233;e, depuis novembre 2019, la place d'honneur de l'ouverture de cette s&#233;rie de retraductions in&#233;dites. Elle est suivie de pr&#232;s par Katherine Mansfield, nouvelliste &#171; au talent &#233;tincelant &#187;, comme le souligne l'article de Nathalie Crom dans T&#233;l&#233;rama (d&#233;cembre 2019), critique enthousiaste de cette nouvelle traduction de la N&#233;o-z&#233;landaise, dont la sortie a donn&#233; lieu &#224; une r&#233;ception et &#224; une lecture &#224; l'ambassade de Nouvelle-Z&#233;lande &#224; Paris, en pr&#233;sence de son Excellence Mrs. Jane Coombs, qui s'est publiquement r&#233;jouie de cette initiative. La publication a &#233;galement fait l'objet d'un bel article de Mathieu Lindon dans Lib&#233;ration. Huit sp&#233;cialistes se sont partag&#233; la traduction de dix-huit nouvelles de Mansfield, dont un in&#233;dit, &lt;i&gt;Le vieux Tar&lt;/i&gt;. Il s'agit de Daniel Argel&#232;s, Luc Arnault, Pascal Bataillard, Vanessa Kientz, Elisabeth Lamy-Vialle, Jean-Marcel Morlat, Laurence Petit et Julie Vatain Cofdir (coordinatrice Nathalie Barri&#233;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Autant de nouvelles, autant de bijoux : &lt;i&gt;Les filles du d&#233;funt colonel&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#192; la baie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Garden Party&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Miss Brill&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;M. et Mme Colombe&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La mouche&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La journ&#233;e de Reginald Peacock&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La maison de poup&#233;e&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le canari&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;F&#233;licit&#233;&lt;/i&gt;, pour ne citer que quelques-unes de ces perles fines&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le Journal d'un homme mari&#233;&lt;/i&gt; qui ouvre le recueil est une preuve, mais en &#233;tait&#8209;il besoin, que sous le vernis d'une soci&#233;t&#233; bourgeoise impeccablement camp&#233;e, le talent de Katherine Mansfield d&#233;busque l'insolite et touche &#224; des sujets graves. L'&#226;me de ses personnages transpara&#238;t &#224; travers des d&#233;tails qui n'ont d'anodin que l'apparence. L'art de la nuance et du sous-entendu guide cette plume cruelle de lucidit&#233;, d'un r&#233;alisme pr&#233;cis dans le d&#233;tail, et l'environnement prend une dimension symbolique pour &#233;voquer les &#234;tres, sans qu'il soit besoin de les nommer express&#233;ment. Au fil d'une alternance de dialogues convenus et de confidences intimes, les personnages sont dot&#233;s du souffle &#233;ternel de la vie, et la soci&#233;t&#233; n&#233;o-z&#233;landaise des ann&#233;es 1920-1930, ressuscit&#233;e par ces lignes, touche &#224; l'universel. Katherine Mansfield a pleinement embrass&#233; le pr&#233;cieux h&#233;ritage tchekhovien, au point que Virginia Woolf &#233;crivit dans son journal que le travail de Mansfield &#233;tait &#171; le seul dont elle e&#251;t jamais &#233;t&#233; jalouse &#187;. Faisons ici n&#244;tre la conclusion de Marcel Arland, qui loua la &#171; fluidit&#233; musicale &#187; de l'&#339;uvre de Mansfield, et la d&#233;crivit comme &#171; la gr&#226;ce m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Winesburg, Ohio de Sherwood Anderson, </title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/article/winesburg-ohio-de-sherwood-anderson</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/article/winesburg-ohio-de-sherwood-anderson</guid>
		<dc:date>2019-12-01T09:54:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Perrut</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Sherwood Anderson, &#171; Winesburg, Ohio &#187;, 1919, publi&#233; par Oxford University Press, 1997. Traduit en fran&#231;ais par Marguerite Gay, 1961, Gallimard, coll. L'Imaginaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Wing Biddlesbaum est afflig&#233; d'un curieux tic : ses mains, comme de petits animaux autonomes, sont en perp&#233;tuelle agitation. Nous d&#233;couvrons que cet ancien instituteur, au cours de ses le&#231;ons passionn&#233;es aux enfants, leur caressait la t&#234;te. Accus&#233; d'agression envers eux, il &#233;chappe de peu au lynchage, change de nom et s'enfuit pour gagner la (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/" rel="directory"&gt;Anthologies, nouvellologie, etc.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sherwood Anderson, &#171; Winesburg, Ohio &#187;, 1919, publi&#233; par Oxford University Press, 1997. Traduit en fran&#231;ais par Marguerite Gay, 1961, Gallimard, coll. L'Imaginaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Wing Biddlesbaum est afflig&#233; d'un curieux tic : ses mains, comme de petits animaux autonomes, sont en perp&#233;tuelle agitation. Nous d&#233;couvrons que cet ancien instituteur, au cours de ses le&#231;ons passionn&#233;es aux enfants, leur caressait la t&#234;te. Accus&#233; d'agression envers eux, il &#233;chappe de peu au lynchage, change de nom et s'enfuit pour gagner la petite ville de Winesburg, o&#249; depuis lors il vit en reclus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la disparition de sa femme, le Dr Reefy note sur de petits papiers, roul&#233;s en boule, dont il bourre ses poches, ses pens&#233;es sur la beaut&#233; et l'&#233;tranget&#233; de la vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jesse Bentley, dont les yeux tremblotent, se croit en relation directe avec Dieu. Il emm&#232;ne un beau jour dans la campagne son petit-fils, David Hardy. Terrifi&#233; par le comportement bizarre de Jesse, David dispara&#238;t pour toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; travers les yeux de George Willard, d'abord enfant, puis journaliste que nous suivons, un &#224; un, les singuliers parcours des habitants de Winesburg, une bourgade de l'Ohio. George, qui conna&#238;t les secrets de chacun, d&#233;cide un jour de s'&#233;chapper de la petite ville pour gagner Chicago, afin d'&#233;crire tout cela, ainsi que l'a fait Anderson, l'auteur du livre, journaliste lui aussi, probablement pour se gu&#233;rir d'une enfance malmen&#233;e dans le bourg de Clyde, dans l'Ohio &#233;galement, au sein d'une famille d&#233;primante. Ces contes peignent sans aucun doute les visions hallucin&#233;es, marqu&#233;es au fer sur le petit Sherwood, &#224; partir de son arriv&#233;e &#224; Winesburg, &#224; l'&#226;ge de huit ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le centi&#232;me anniversaire de la publication de &lt;i&gt;Winesburg Ohio&lt;/i&gt;, de Sherwood Anderson, paru en 1919, nous invite &#224; revenir vers ce livre, classique aux &#201;tats-Unis, m&#233;connu en Europe, et qui, camp&#233; aux fronti&#232;res des genres, a d&#233;clench&#233; une mutation profonde dans la litt&#233;rature am&#233;ricaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce gros village, les &#233;changes entre les gens sont rar&#233;fi&#233;s, et l'air empoisonn&#233; par les miasmes qui s'en d&#233;gagent. Hant&#233; par son propre secret, chaque habitant est figur&#233; par un trait saillant, souvent physique, qui contiendrait son essence-m&#234;me : ce sont les yeux tremblotants de Jesse, les mains de Wing, en perp&#233;tuelle agitation ; Wash&#8230; qui ne se lave plus ; Joe Welling vu comme un volcan&#8230; Chacune des nouvelles, ou chaque chapitre, comme on voudra, braque le projecteur sur le corps-&#224;-corps qu'entretient un des membres de la communaut&#233; avec sa propre destin&#233;e. Celle-ci bascule fr&#233;quemment, au hasard d'un &#233;v&#233;nement : Elizabeth renonce &#224; son seul r&#234;ve, faire partie de la petite troupe de th&#233;&#226;tre qui s&#233;journe pour un temps &#224; Winesburg ; apr&#232;s la fuite de son amant, Alice se mure dans la solitude. Des opportunit&#233;s sont entrevues, mais non saisies ; des v&#233;rit&#233;s capt&#233;es mais non assum&#233;es : tout ceci est contenu dans la notion de &#171; grotesque &#187;, livr&#233;e dans une parabole en exergue du livre et qui nous donne la cl&#233; de ces existences, &#224; la fin du 19&#232;me si&#232;cle, dans une prose simple et proche du langage parl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s particuli&#232;re, l'organisation du livre n'a pas manqu&#233; de soulever la question du genre. En effet nous voici face &#224; de courts r&#233;cits (publi&#233;s d'abord s&#233;par&#233;ment, avant leur r&#233;union en un volume), tous camp&#233;s &#224; Winesburg, chacun centr&#233; sur un personnage. Comme on s'en doute, la question a quelque peu agit&#233; le monde universitaire, qui ne d&#233;daigne jamais un &#233;tripage mondain quand il s'agit de classifier. Certains ont vu le livre comme une collection de nouvelles. D'autres ont fait valoir que les r&#233;cits sont li&#233;s entre eux par des personnages communs ; que l'un d'entre eux, George Willard, constitue le fil directeur du livre ; qu'un th&#232;me commun se d&#233;gage, celui de la bataille de chaque &#234;tre avec une existence malmen&#233;e ; que l'on est, enfin, en pr&#233;sence d'une unit&#233; de lieu et d'atmosph&#232;re. D'apr&#232;s ces critiques, le livre r&#233;pondrait ainsi &#224; la d&#233;finition conventionnelle du roman. Nous inclinerons plut&#244;t pour une vision moyenne, celle d'un cycle de nouvelles &#233;troitement li&#233;es entre elles, par une ambiance, des personnages et des th&#232;mes communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons aux grands-pr&#234;tres de la d&#233;finition le soin de trancher sur ce point, pour &#233;voquer l'influence consid&#233;rable exerc&#233;e par le livre non seulement sur le cours ult&#233;rieur de la nouvelle mais, plus largement, sur l'objet m&#234;me de la litt&#233;rature. &lt;i&gt;Winesburg, Ohio&lt;/i&gt; op&#232;re en effet un d&#233;placement de la focale du r&#233;cit : l'intrigue devient secondaire et ce sont les personnages eux-m&#234;mes, avec leur drame int&#233;rieur, qui deviennent la v&#233;ritable mati&#232;re du livre. Consid&#233;r&#233; comme l'un des premiers textes de la litt&#233;rature moderniste, n&#233;e de l'horreur de la grande guerre et de l'effondrement des repr&#233;sentations classiques, avec la physique d'Einstein et la psychanalyse freudienne, &lt;i&gt;Winesburg, Ohio&lt;/i&gt; a marqu&#233; de son empreinte nombre d'auteurs qu'on s'accorde &#224; placer au premier plan, Hemingway, Faulkner, Dos Passos et Steinbeck, parmi beaucoup d'autres. Hemingway et Faulkner, en outre, recevront d'Anderson une aide tr&#232;s directe et tangible qui lance leur carri&#232;re. Ceci ne les emp&#234;chera nullement par la suite de brocarder leur mentor avec quelque cruaut&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Faulkner dans son roman intitul&#233; &#171; Mosquitoes &#187;, 1927 ; Hemingway dans &#171; The (...)' id='nh6-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lors de la r&#233;ception de son prix Nobel, en 1950, Faulkner finira par reconna&#238;tre sa dette : &#171; Nous sommes tous les enfants de Sherwood Anderson &#187;, dira-t-il&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Sherwood Anderson's Revolutionary Small town, The New York Times, May 8 (...)' id='nh6-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Peut-on par ailleurs ignorer la parent&#233; de registre entre Anderson et des auteurs de nouvelles comme Alice Munro et Raymond Carver, qui, tous deux, avec des techniques narratives diff&#233;rentes, savent parler simplement des gens simples&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Voir, dans cette m&#234;me rubrique, notre chronique : &#171; Alice Munro ou l'&#233;nigme (...)' id='nh6-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute pourrait-on rattacher &lt;i&gt;Winesburg, Ohio&lt;/i&gt; &#224; une longue tradition de petits r&#233;cits, plus ou moins li&#233;s entre eux et r&#233;unis dans un volume, sans sacrifier pour autant aux normes du roman. On pense, bien s&#251;r &#224; Baudelaire et ses &lt;i&gt;Petits po&#232;mes en prose&lt;/i&gt;, mais aussi &#224; celui qu'il salue en exergue de cet ouvrage, Aloysius Bertrand, auteur de &lt;i&gt;Gaspard de la nuit&lt;/i&gt;. &#201;voquons aussi &lt;i&gt;Les Nuits de Paris&lt;/i&gt; de R&#233;tif de la Bretonne, courtes sc&#232;nes factuelles, reli&#233;es entre elles par une intrigue assez l&#226;che. &lt;br class='autobr' /&gt;
Autodidacte, Sherwood Anderson (1876-1941) s'affirme d'abord comme journaliste publicitaire &#224; succ&#232;s et patron de presse dans l'Ohio (o&#249; il poss&#233;de simultan&#233;ment deux journaux, l'un d&#233;mocrate, l'autre r&#233;publicain). Frapp&#233; en 1912 par une s&#233;v&#232;re d&#233;pression, il abandonne sa famille et ses responsabilit&#233;s en affaires pour gagner Chicago afin d'y vivre de sa plume. Il rejoint un petit groupe d'artistes, comme lui &#8220;en r&#233;volte contre le village&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6-4' class='spip_note' rel='appendix' title='D'apr&#232;s l'expression d'un critique, Carl Van Doren, &#171; the revolt from the (...)' id='nh6-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est &lt;i&gt;Winesburg, Ohio&lt;/i&gt;, d&#233;di&#233; &#224; sa m&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6-5' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; &#192; la m&#233;moire de ma m&#232;re, Emma Smith Anderson, dont les observations aigu&#235;s (...)' id='nh6-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui le fait conna&#238;tre comme &#233;crivain. Suivront, dans un contexte affectif mouvement&#233;, puisqu'il se marie encore trois fois, plusieurs volumes de nouvelles, des romans et des essais ainsi qu'un livre de po&#233;sie. Sans &#234;tre des succ&#232;s de librairie, ses livres se vendent passablement. Un seul, &lt;i&gt;Dark laughter&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1925 devient un best-seller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; sa sortie en 1919, &lt;i&gt;Winesburg, Ohio]&lt;/i&gt; re&#231;oit un accueil partag&#233;, parfois &#233;logieux mais souvent caustique. Des lettres qui vilipendent l'ouvrage sur le chapitre du sexe s'entassent dans la bo&#238;te aux lettres de l'auteur et, dit-il, &#171; le rendent malade &#187;. Chevauchant les genres, r&#233;inventant la prose, ce livre nous convoie les images hant&#233;es de la petite ville, ses vies &#233;troites, prises dans d'obscures souffrances, et c'est l&#224; que se trouve l'h&#233;ritage capital de Sherwood Anderson. Auteur de notori&#233;t&#233; limit&#233;e, c'est lui qui a ouvert la voie &#224; l'innovation litt&#233;raire du 20&#232;me si&#232;cle, port&#233;e ensuite par des &#233;crivains que les caprices de la post&#233;rit&#233; ont pouss&#233;s jusqu'aux devants de la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb6-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6-1' class='spip_note' title='Notes 6-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Faulkner dans son roman intitul&#233; &#171; Mosquitoes &#187;, 1927 ; Hemingway dans &#171; The Torrents of Spring &#187;, 1926.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6-2' class='spip_note' title='Notes 6-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sherwood Anderson's Revolutionary Small town, The New York Times, May 8 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6-3' class='spip_note' title='Notes 6-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, dans cette m&#234;me rubrique, notre chronique : &#171; Alice Munro ou l'&#233;nigme de la simplicit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6-4' class='spip_note' title='Notes 6-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'apr&#232;s l'expression d'un critique, Carl Van Doren, &#171; the revolt from the village &#187;, pour caract&#233;riser ce petit cercle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6-5' class='spip_note' title='Notes 6-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#192; la m&#233;moire de ma m&#232;re, Emma Smith Anderson, dont les observations aigu&#235;s sur la vie autour d'elle ont &#233;t&#233; les premi&#232;res &#224; &#233;veiller en moi la faim de regarder sous la surface des vies, ce livre est d&#233;di&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Prix Albertine Sarrazin, &#233;dition du concours de la nouvelle 2019, Le chardon et le chamois, Ga&#235;lle Thirion.</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/article/prix-albertine-sarrazin-edition-du-concours-de-la-nouvelle-2019-le-chardon-et</link>
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		<dc:date>2019-10-30T09:43:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nathalie Barri&#233;</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans ce recueil, quatre nouvelles ont &#233;t&#233; distingu&#233;es pour le prestigieux prix Albertine Sarrazin de la nouvelle : Le premier prix, Le chardon et le chamois, est une nouvelle &#233;pistolaire. Il s'agit du client d'un h&#244;tel &#224; la recherche de calme qui se plaint d'une autre voyageuse envahissante et peu discr&#232;te et lui adresse des lettres qu'il garde toutefois pour lui. On apprend que cette donzelle a une forte personnalit&#233;, prom&#232;ne partout son toutou aboyeur et le nourrit sur ses genoux au restaurant. (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/" rel="directory"&gt;Anthologies, nouvellologie, etc.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans ce recueil, quatre nouvelles ont &#233;t&#233; distingu&#233;es pour le prestigieux prix Albertine Sarrazin de la nouvelle : &lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier prix, &lt;i&gt;Le chardon et le chamois&lt;/i&gt;, est une nouvelle &#233;pistolaire. Il s'agit du client d'un h&#244;tel &#224; la recherche de calme qui se plaint d'une autre voyageuse envahissante et peu discr&#232;te et lui adresse des lettres qu'il garde toutefois pour lui. On apprend que cette donzelle a une forte personnalit&#233;, prom&#232;ne partout son toutou aboyeur et le nourrit sur ses genoux au restaurant. L'auteur des lettres n'en revient pas de tant de sans g&#234;ne, mais peu &#224; peu, son courroux se transforme en sentiments plus tendres, voire passionn&#233;s, &#171; &#224; l'insu de son plein gr&#233; &#187;, est-on tent&#233; de commenter. La glissade est graduelle, amusante et pleine d'esprit, mais on ne &#171; divulgachera &#187; pas la fin&#8230; C'est sans aucun doute l'humour, l'inattendu et le suspense qui sous-tendent cette tr&#232;s jolie nouvelle, et qui l'ont emport&#233; dans le c&#339;ur du jury.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;L'autre ventre&lt;/i&gt; de Benjamin Chabert est d'une facture classique, po&#233;tique, plus sombre et contemplative que la pr&#233;c&#233;dente. Elle nous pr&#233;sente Abdou, jeune &#171; boy &#187; des rives africaines voulant &#224; tout prix embarquer pour l'Europe afin de payer une &#171; nouvelle jambe &#224; sa Yaye &#187;. La mer a sa logique et sa cruaut&#233;, un ventre affam&#233; d'hommes. Abdou reverra-t-il sa famille ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Silhouette non parlante&lt;/i&gt; de Marc Nicolaieff, est, &#224; notre avis, le joyau de la s&#233;lection. Un homme remarque, gr&#226;ce au g&#233;nie d'un jeune Asperger de huit ans, une belle figurante muette qui passe de film en film, sur une soixantaine d'ann&#233;es fix&#233;es sur la pellicule, toujours aussi jeune et belle. Il n'aura de cesse de r&#233;soudre ce myst&#232;re. S'ensuit une belle histoire dont nous vous conseillons de d&#233;guster tout le suc, car nous allons de surprise en surprise au fil des pages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, &lt;i&gt;L'h&#233;ritage du vieux Ben&lt;/i&gt; de Bernard L'Hostis nous entra&#238;ne vers l'Australie, &#233;galement sur un air de myst&#232;re, lequel plane sur la mort du vieux Ben et sur l'h&#233;ritage qu'il laisse &#224; ses amis aborig&#232;nes. La surprise sera &#233;galement au rendez-vous, au fil de l'&#233;cheveau lentement d&#233;m&#234;l&#233; par un d&#233;tective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chers lecteurs, s'il en est une, quelle est la le&#231;on &#224; tirer de ce concours ? Ces quatre nouvelles ont en commun l'impr&#233;vu. On ne peut pas en deviner la fin et le suspense est m&#233;nag&#233; jusqu'au bout, avec &#233;l&#233;gance et souvent, en particulier pour deux d'entre elles, avec humour. Aff&#251;tez donc vos plumes pour le prochain round et sachez nous surprendre !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Annie Saumont &#8211; Floril&#232;ge &#8211; Julliard 2017</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/article/annie-saumont-florilege-julliard-2017</link>
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		<dc:date>2019-04-26T19:50:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brigitte Niquet</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pour Josyane Savigneau, journaliste au Monde des livres et remarquable pr&#233;faci&#232;re de cette anthologie, Annie Saumont &#233;tait &#171; certainement la plus grande nouvelliste fran&#231;aise &#187;. Dommage que cette information doive &#234;tre donn&#233;e au pass&#233; puisque l'&#233;crivain(e) nous a quitt&#233;s &#224; l'aube de l'ann&#233;e 2017, aussi discr&#232;tement qu'elle avait v&#233;cu. Si discr&#232;tement que malgr&#233; la vingtaine de recueils publi&#233;s, malgr&#233; les multiples r&#233;compenses re&#231;ues, malgr&#233; les comparaisons flatteuses avec les plus grands (Raymond Carver (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/anthologies-nouvellologie-etc/" rel="directory"&gt;Anthologies, nouvellologie, etc.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton922.jpg?1556308220' width='94' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour Josyane Savigneau, journaliste au &lt;i&gt;Monde des livres&lt;/i&gt; et remarquable pr&#233;faci&#232;re de cette anthologie, Annie Saumont &#233;tait &#171; certainement la plus grande nouvelliste fran&#231;aise &#187;. Dommage que cette information doive &#234;tre donn&#233;e au pass&#233; puisque l'&#233;crivain(e) nous a quitt&#233;s &#224; l'aube de l'ann&#233;e 2017, aussi discr&#232;tement qu'elle avait v&#233;cu. Si discr&#232;tement que malgr&#233; la vingtaine de recueils publi&#233;s, malgr&#233; les multiples r&#233;compenses re&#231;ues, malgr&#233; les comparaisons flatteuses avec les plus grands (Raymond Carver entre autres), elle est rest&#233;e presque inconnue du grand public. Et pourtant&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pourtant, je me souviens du choc &#233;prouv&#233; lorsque j'&#233;tais encore une nouvelliste d&#233;butante et que j'ai lu un peu par hasard l'un de ses recueils (ce devait &#234;tre &lt;i&gt;Moi, les enfants, j'aime pas tellement&lt;/i&gt;). Tout &#224; coup, j'ai eu l'impression qu'on me d&#233;cillait les yeux et que moi qui me voulais h&#233;riti&#232;re de Maupassant, je d&#233;couvrais brusquement une autre approche de la nouvelle, une autre &#233;criture, d'une modernit&#233; si absolue qu'on en restait abasourdi. Ma nouvelle &lt;i&gt;Une histoire de bicyclette&lt;/i&gt; (r&#233;&#233;crite en une nuit apr&#232;s cette lecture) lui doit beaucoup et quand le recueil &lt;i&gt;N'aimer personne&lt;/i&gt; est paru, j'ai eu l'audace de le lui envoyer et de lui dire &#224; quel point j'aimais ce qu'elle &#233;crivait et me sentais redevable vis-&#224;-vis d'elle. Incroyable mais vrai, elle m'a r&#233;pondu et m'a fait beaucoup de compliments sur mon livre. J'en tremble encore d'&#233;motion trente ans plus tard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas l'habitude de &#171; personnaliser &#187; autant une chronique mais avec Annie Saumont, impossible de faire autrement. Le peu de rapports que j'ai eus avec elle et la lecture presque compl&#232;te de son &#339;uvre ont d&#233;finitivement infl&#233;chi ma carri&#232;re litt&#233;raire, si je peux employer ces grands mots. Pour le reste, plut&#244;t que de paraphraser la 4e de couverture, pour une fois g&#233;niale, je me contenterai de la citer : &#171; Chacun des r&#233;cits dresse un tableau de la soci&#233;t&#233; d'une humanit&#233; poignante&#8230; Ses personnages, antih&#233;ros solitaires, racontent leur infortune [tr&#232;s souvent &#224; la premi&#232;re personne, ce qui favorise l'empathie du lecteur, NDLR] avec une franchise d&#233;sarmante&#8230; Mais c'est plus encore &#224; son style qu'on reconna&#238;t Annie Saumont : une langue minimaliste qui bouscule la grammaire, tord la syntaxe, bannit les virgules, se r&#233;approprie les mots de la rue&#8230; &#187;. Si on y ajoute &#171; la concision extr&#234;me, la parfaite ma&#238;trise de l'ellipse et l'art de la chute &#187;, on a la d&#233;finition compl&#232;te de la nouvelle id&#233;ale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nouvellistes en herbe, lisez, relisez Annie Saumont et impr&#233;gnez-vous de son &#233;criture sans la parodier : dans son sillage, vous ferez des pas de g&#233;ant. Lecteurs, r&#233;galez-vous, tout simplement. Une remarque : cet univers est tr&#232;s noir, mais cette noirceur n'est pas p&#233;nible &#224; supporter, tant elle est feutr&#233;e, mise &#224; distance par le proc&#233;d&#233; presque exclusif du narrateur (ou de la narratrice) interne qui raconte des horreurs sur un ton quasi neutre et sans avoir l'air de se rendre compte que &lt;strong&gt;ce sont&lt;/strong&gt; des horreurs. Un art de l'allusion nimb&#233;e de pudeur, tr&#232;s difficile &#224; manier, et dans lequel, &#224; ma connaissance, personne n'a jamais atteint le niveau d'Annie Saumont.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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