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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Je m'appelle Suzanne Aynes</title>
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		<dc:date>2026-08-02T18:32:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anixa Carrie</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je mesure 1 m 68 pour 59 kilos. Mes yeux sont gris-vert, mes cheveux ch&#226;tain fonc&#233; et longs, jusqu'aux &#233;paules. J'ai vingt-quatre ans. Je n'ai pas de signe particulier. Ni cicatrice ni tatouage ou n'importe quoi d'autre. Je porte des lunettes &#224; double foyer parce que j'aime que la r&#233;alit&#233; soit d&#233;form&#233;e. Apr&#232;s la mort de mon p&#232;re, j'ai v&#233;cu avec ma m&#232;re jusqu'&#224; l'&#226;ge de douze ans, jusqu'&#224; ce qu'elle meure d'une longue maladie. Ensuite, j'ai &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e par ma tante. Ensuite encore, j'ai log&#233; seule dans un (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1498.jpg?1785695540' width='150' height='138' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_620 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/suzanne.jpg?1785695547' width='500' height='460' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-620 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2026
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Je mesure 1 m 68 pour 59 kilos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes yeux sont gris-vert, mes cheveux ch&#226;tain fonc&#233; et longs, jusqu'aux &#233;paules. J'ai vingt-quatre ans. Je n'ai pas de signe particulier. Ni cicatrice ni tatouage ou n'importe quoi d'autre. Je porte des lunettes &#224; double foyer parce que j'aime que la r&#233;alit&#233; soit d&#233;form&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la mort de mon p&#232;re, j'ai v&#233;cu avec ma m&#232;re jusqu'&#224; l'&#226;ge de douze ans, jusqu'&#224; ce qu'elle meure d'une longue maladie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, j'ai &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e par ma tante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite encore, j'ai log&#233; seule dans un camping-car qui &#233;tait arrim&#233; au sol et abandonn&#233; au milieu de nulle part, un bosquet qui se trouvait &#224; tr&#232;s peu de kilom&#232;tres de la ville o&#249; je suis aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cette p&#233;riode, je ne poss&#233;dais pas les lunettes de distorsion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je regardais la r&#233;alit&#233; en face.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'occupais de certaines vieilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une, deux, et trois, pas davantage.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la derni&#232;re qui a pos&#233; du souci. C'est elle qui a fait que j'ai &#233;t&#233; oblig&#233;e de quitter le camping-car, puis d'aller au Centre, de parler, de r&#233;pondre aux questions.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai un souvenir tr&#232;s flou de mon p&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est mort d'une intoxication alimentaire quand j'avais six ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma m&#232;re a pleur&#233; longtemps, puis elle s'est calm&#233;e, puis elle est morte &#224; son tour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors ma tante m'a adopt&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'habitais plus chez elle quand elle est d&#233;c&#233;d&#233;e dans un accident de voiture. Du moins, pas &#224; temps complet. Je me trouvais dans un CFA-internat o&#249; j'apprenais le m&#233;tier de couturi&#232;re, o&#249; je dormais, o&#249; je vivais &#224; part enti&#232;re, sauf le week-end, sauf lorsque je prenais un bus pour revenir chez ma tante, apr&#232;s je repartais le dimanche soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est au Centre qu'ils ont tiqu&#233; sur le camping-car arrim&#233; au sol du bosquet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les psychiatres, &#231;a les mettait en &#233;bullition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils n'arrivaient pas &#224; comprendre le pourquoi du comment, comme s'il y en avait un.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il y en avait un. Il y en a toujours un. Les choses ne se font pas au hasard. Il y a un karma, un destin. Bon ou mauvais, il y a un chemin trac&#233;, et personne ne peut en d&#233;vier, c'est ainsi que &#231;a se passe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi simple que de glisser un fil humidifi&#233; de salive dans le chas d'une aiguille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi simple que de me pointer sur le petit parking d'un supermarch&#233; de lotissement et de rep&#233;rer les vieilles solitaires qui en chient pour ranger leurs courses dans le coffre de leur voiture, qui en bavent avec les innombrables packs d'eau, les sacs de terreau, les briques de lait, tout ce qui fait que leurs bras secs et presque sans muscle se raidissent, font des efforts qui essoufflent le reste du corps, font qu'elles ont besoin de quelqu'un, de l'aide, de la compagnie, l'&#226;me enti&#232;re &#224; la recherche de bienveillance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et j'&#233;tais seule apr&#232;s l'accident mortel de ma tante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne suis pas all&#233;e &#224; son enterrement.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai refus&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai continu&#233; de me concentrer sur mes &#233;tudes de couture. J'ai eu mon dipl&#244;me. J'&#233;tais adulte. Tout juste. Je suis sortie du CFA-internat. J'ai dit que j'allais rejoindre un oncle dans une autre ville, une autre r&#233;gion. J'ai dit n'importe quoi, ce qui les rassurait.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai err&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas d'argent, un sac de sport contenant une dizaine de fringues, des affaires personnelles :
&lt;br /&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Une brosse &#224; dents.
&lt;br /&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Un tube de dentifrice entam&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Un savon &#224; moiti&#233; utilis&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mon n&#233;cessaire de couture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dormi &#224; la belle &#233;toile, c'&#233;tait l'&#233;t&#233;, il faisait chaud, si chaud. Et j'ai trouv&#233; le camping-car arrim&#233; au sol du bosquet. Le camping-car rouill&#233; mais utilisable pour Suzanne Aynes, tellement accueillant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma demeure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Abandonn&#233;e comme moi, au milieu de nulle part.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'attente qu'on l'adopte, qu'on s'int&#233;resse &#224; elle, la porte grande ouverte &#224; Suzanne Aynes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vous &#234;tes fam&#233;lique ! &#187; est la premi&#232;re chose que m'a dite la troisi&#232;me vieille. &#171; Comment voulez-vous m'aider ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et j'ai ri, j'ai r&#233;torqu&#233; :
&lt;br /&gt;&#8212; C'est mon poids. Malgr&#233; tout, je suis tr&#232;s costaude. Laissez-moi faire.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous travaillez dans ce supermarch&#233; ?
&lt;br /&gt;&#8212; Non. C'est juste de l'aide. Je vous ai vue en train de vous fatiguer. Alors j'ai pens&#233; que vous ne refuseriez pas un coup de main.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne se m&#233;fie pas d'une fille. D'un homme, oui. Mais pas d'une gamine adulte au corps fam&#233;lique.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est gentil. C'est tellement rare, la gentillesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a marchait. Les deux premi&#232;res vieilles, puis celle-ci. &#199;a marchait toujours comme je le voulais. Un, deux&#8230; cinq packs d'eau. Et elle :
&lt;br /&gt;&#8212; Les personnes &#226;g&#233;es ont besoin de s'hydrater r&#233;guli&#232;rement. Surtout par ces chaleurs. J'esp&#232;re que vous buvez aussi de votre c&#244;t&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; Je ne suis pas &#226;g&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rire, et puis :
&lt;br /&gt;&#8212; Vous semblez si fragile. Vous avez faim ? Vous voulez go&#251;ter ? C'est l'heure de go&#251;ter, je crois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre foyer. Une r&#233;sidence secondaire. La vieille comme une deuxi&#232;me tante, un endroit propre et placide, un endroit o&#249; l'on peut se reconstruire, tenter un nouveau d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas racont&#233; tout &#231;a aux flics et au Centre. J'ai r&#233;sum&#233; l'affaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dit que c'&#233;tait le hasard.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dit que c'est elle qui m'avait demand&#233; de l'aide pour ses courses, et puis que l'on s'&#233;tait revues au supermarch&#233; du lotissement, et puis que l'on avait sympathis&#233;, que l'on avait besoin l'une de l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;ciproque, &#231;a l'&#233;tait. Ce n'est pas un mensonge.
&lt;br /&gt;&#8212; Est-ce qu'elle &#233;tait au courant pour le camping-car ? (Centre)
&lt;br /&gt;&#8212; Non, je ne voulais pas devenir un boulet pour elle.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est-&#224;-dire ?
&lt;br /&gt;&#8212; Je voulais juste &#234;tre amie. (Peut-&#234;tre) Pas qu'elle m'adopte. (Faux)
&lt;br /&gt;&#8212; Mais vous passiez beaucoup de votre temps chez elle. La nuit de l'accident, vous y &#233;tiez, Suzanne. (Flics et Centre)
&lt;br /&gt;&#8212; Elle me l'avait demand&#233;. &#199;a arrivait, parfois. La solitude, c'est dur &#224; g&#233;rer. Son mari remontait &#224; la surface de temps en temps. Ils &#233;taient tr&#232;s attach&#233;s l'un &#224; l'autre.
&lt;br /&gt;&#8212; Et vous ? (Psychiatre du Centre)
&lt;br /&gt;&#8212; Quoi, moi ?
&lt;br /&gt;&#8212; Vous vous sentiez seule ?
&lt;br /&gt;&#8212; &#199;a m'arrivait. (Vrai) Des liens s'&#233;taient tiss&#233;s. (Archi vrai)&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas parl&#233; des autres vieilles. Ni chez les flics, ni au Centre. Ils n'&#233;taient pas au courant et ne le seront jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les flics ont class&#233; l'enqu&#234;te en accident.&lt;br class='autobr' /&gt;
On fait ce qu'on veut dans ce bas monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il suffit d'&#234;tre silencieux et d'accepter.&lt;br class='autobr' /&gt;
De savoir garder un secret.&lt;br class='autobr' /&gt;
De maquiller la r&#233;alit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;former.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;
***&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je ne dormais pas chez les deux premi&#232;res vieilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les atomes crochus &#233;taient insuffisants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la troisi&#232;me, &#231;a s'est fait naturellement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas bouscul&#233; les choses, les &#233;motions. On a bien ri ensemble, je l'ai &#233;cout&#233;e attentivement raconter ses souvenirs de th&#233;&#226;treuse &#224; la manque, puis un pas en am&#232;ne un autre, puis un go&#251;ter, un suivant, encore et encore, un d&#238;ner. Cette envie de ne plus vouloir se quitter, d'&#234;tre un membre suppl&#233;mentaire, indispensable au bon fonctionnement d'une existence &#224; fleur de peau.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous avez repris des formes, elle remarquait, contente d'elle. &#199;a fait plaisir &#224; voir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'&#233;tait vrai.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon corps changeait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma poitrine, mes fesses, la carrure de mes &#233;paules, mon visage, les joues sur mon visage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une belle maison que celle de la vieille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas trop de voisins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Excentr&#233;e du noyau de la ville.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une maison &#224; &#233;tage. Une maison rassurante qui fait que le corps change, que les formes reprennent.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous &#234;tes couturi&#232;re, c'est &#231;a ? me demandait la vieille en becquetant des petits g&#226;teaux sabl&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et oui, et :
&lt;br /&gt;&#8212; Oh, j'adore les beaux costumes ! Les belles robes de repr&#233;sentation ! Attendez, je vais vous montrer des photos datant de ma folle jeunesse au th&#233;&#226;tre. Vous allez voir comment les v&#234;tements resplendissaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, il suffisait qu'elle tombe sur un clich&#233; de son mari calanch&#233;, et la voil&#224; partie en m&#233;lancolie, &#224; pleurnicher :
&lt;br /&gt;&#8212; &#199;a vous ennuie si je vous demande de me tenir compagnie un peu plus tard, aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Bien s&#251;r que non, c'est tout ce que je veux. C'est parfait, ici. Bien s&#251;r que non. &#187;
&lt;br /&gt;&#8212; Sans souci, je r&#233;pondais. Je reste le temps que vous le souhaitez.
&lt;br /&gt;&#8212; Adorable. Vous &#234;tes adorable, Suzanne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une soir&#233;e, une nuit, plusieurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Moins pr&#233;sente dans le camping-car arrim&#233; au sol du bosquet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus l&#233;g&#232;re dans la maison rassurante, aimante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Juste une question qui m'a emmerd&#233;e &#224; un moment donn&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous travaillez quand, au juste ? Votre m&#233;tier de couturi&#232;re, vous l'exercez quand ?
&lt;br /&gt;&#8212; Quand je veux, fut ma r&#233;ponse, cinglante. Je suis une&#8230; ind&#233;pendante. Je suis libre de mes horaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le reste, &#231;a tournait sans accroc, comme les aiguilles bien huil&#233;es d'une horloge, d'une pendule, d'un r&#233;veil ou d'une montre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne tenait qu'&#224; elle de ne rien d&#233;traquer.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;***&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais elle a tout foutu par terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est elle qui a cherch&#233; &#224; cramer, &#224; finir en tas de cendres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et sa maison, et le jardin, et la plupart du d&#233;cor o&#249; elle existait, avant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je le r&#233;p&#232;te, l'enqu&#234;te des flics a conclu &#224; un accident.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et au Centre, ils n'ont rien flair&#233; de plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;part la troisi&#232;me vieille paraissait suivre le bon chemin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se contentait d'&#234;tre dans son coin &#224; &#233;num&#233;rer ses souvenirs de th&#233;&#226;treuse &#224; la manque, &#224; radoter sur son mari disparu depuis des lustres, et :
&lt;br /&gt;&#8212; Restez donc avec moi, Suzanne. J'aime votre compagnie. Vous &#234;tes &#224; l'&#233;coute, vous savez appr&#233;cier les bonnes histoires. Restez donc dormir ici, si cela ne vous d&#233;range pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pas le moins du monde. Et une soir&#233;e, une nuit. Plusieurs additionn&#233;es. Et s&#251;re de faire partie de son entourage, le seul, l'unique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Petite fille imaginaire ultra-proche d'elle, serviable, indispensable au bon fonctionnement de sa vie qui fout le camp.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seulement, il a fallu qu'elle d&#233;conne. Il a fallu que cette gourde sente un regain de jeunesse &#224; la con l'envahir. Qu'elle se mette &#224; tra&#238;ner je ne sais o&#249;, et sans moi, qu'elle s'absente de sa casbah du jour au lendemain, un club de bridge, un atelier d'&#233;criture, des r&#233;unions d&#233;biles genre &#171; les amis du th&#233;&#226;tre &#187;, qu'est-ce que j'en sais ?
&lt;br /&gt;&#8212; Suzanne, j'ai une immense nouvelle &#224; vous annoncer ! Tenez-vous bien, j'ai&#8230; j'ai rencontr&#233; quelqu'un, un homme charmant juste un peu plus jeune que moi, un gentleman, un ancien photographe professionnel avec qui je m'entends d&#233;licieusement, si vous voyez ce que je veux dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et la voir rire telle une p&#233;tasse sur le retour, la voir se tr&#233;mousser, irr&#233;sistible dans sa t&#234;te de vioque ali&#233;n&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un type sur le point d'arriver dans ma vie fragile, sur le point de tout saccager, de me virer de chez la vieille, apr&#232;s tout le mal que je m'&#233;tais donn&#233; pour me faire adopter, pour recr&#233;er une maison familiale.
&lt;br /&gt;&#8212; Il viendra me rendre visite, la semaine prochaine. Je lui ai beaucoup parl&#233; de vous. Il est impatient de vous rencontrer, Suzanne. Il m'a dit que vous sembliez charmante. Vous serez l&#224;, n'est-ce pas, quand il viendra ? Je peux compter sur vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai accept&#233;. Je savais que ce jour n'aurait pas lieu. J'ai dit : &#171; Il me tarde, aussi ! &#187; Puis on a fait &#224; bouffer, puis elle a continu&#233; &#224; baver sur ce connard. Plus tard en soir&#233;e, elle a propos&#233; de boire un champagne qu'elle gardait pour une grande occasion, un champagne excellent qui m&#233;ritait d'&#234;tre bu parce que le moment tant attendu &#233;tait enfin venu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ce n'&#233;tait pas moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'&#233;tais pas ce moment tant attendu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jamais cette saloperie n'avait eu l'id&#233;e de d&#233;boucher cette bouteille de champagne quand nous nous &#233;tions rencontr&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jamais elle ne m'avait dit : &#171; F&#234;tons notre rencontre, Suzanne ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'en moquait, elle ne focalisait que sur son putain de c&#339;ur ouvert &#224; l'amour retrouv&#233;. &#201;go&#239;ste et aveugle. Incapable de voir le mal qu'elle semait autour d'elle.
&lt;br /&gt;&#8212; Il est bon, non ? Je le trouve si bon. Oh mon Dieu, que je suis heureuse, ma ch&#232;re Suzanne ! Aussi p&#233;tillante que ce merveilleux champagne !&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est comme &#231;a que &#231;a s'est pass&#233;. Pas autrement. Je ne lui ai pas forc&#233; la main. Elle a fait ce qu'elle a voulu. Elle a bu son champagne coupe apr&#232;s coupe, pendant que je sirotais la mienne, elle a fait l'andouille, puis elle a cherch&#233; &#224; se lever pour je ne sais quoi faire, puis elle a manqu&#233; de se casser la gueule par terre, sur le plancher, elle s'est rattrap&#233;e vite fait &#224; son fauteuil, et je me suis lev&#233;e du mien pour l'&#233;pauler, la redresser, mais elle &#233;tait compl&#232;tement entam&#233;e, et apr&#232;s les rires, elle chialait presque, elle &#233;tait malade, elle avait envie de vomir, c'est ce qu'elle a d&#233;clar&#233; : &#171; Je crois que je vais vomir ! &#187; Mais elle ne l'a pas fait. Elle a d&#251; tout ravaler, cette conne. Et j'ai marmonn&#233; :
&lt;br /&gt;&#8212; Je vais vous conduire jusqu'&#224; votre chambre, ne vous en faites pas. Je vais vous coucher et vous allez dormir. Faites-moi confiance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne m'a rien r&#233;pondu. Je ne sais m&#234;me pas si elle captait la moiti&#233; de ce que je lui disais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je l'ai abandonn&#233;e sur son lit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne remuait plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ronflait, d&#233;j&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai allum&#233; plusieurs bougies dans sa chambre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je les ai dispos&#233;es contre la fen&#234;tre, l&#224; o&#249; les voiles devant les carreaux allaient s'enflammer avec une facilit&#233; d&#233;concertante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas eu un dernier regard pour elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas un mot.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai d&#233;gag&#233; de sa chambre, puis je suis rest&#233;e face &#224; la porte close, &#224; quelques m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le feu n'a pas mis des plombes &#224; prendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je l'ai entendu commencer &#224; tout d&#233;vorer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les voiles, les meubles, tous les souvenirs que la vieille avait conserv&#233;s, et puis elle, sur son lit, ou par terre &#224; tenter de s'&#233;chapper du brasier, s&#251;rement pas en vrai, trop bourr&#233;e, trop inconsciente, la fum&#233;e sous la porte, la fum&#233;e qui envahit le couloir, mes yeux, mon corps t&#233;tanis&#233;, le spectacle du feu si hypnotisant, la mort, une voix inconnue, des pas en cavalcade, et les flics, le Centre, un accident, je ne suis pas coupable, je suis innocente, je ne suis pas un monstre, une meurtri&#232;re, je n'ai rien &#224; me reprocher.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la vieille qui a tout foutu par terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle aurait pu &#233;viter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle aurait pu vivre encore, avec moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais elle a ouvert son c&#339;ur &#224; quelqu'un d'autre, sans se soucier du mien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle n'aurait pas d&#251;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle n'a eu que ce qu'elle m&#233;ritait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; comment les choses se passent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et comment elles doivent &#234;tre r&#233;gl&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans sentiment ou &#233;motion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans amour, aucun.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Putain de nuages de Corine Sylvia Congiu</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/putain-de-nuages-de-corine-sylvia-congiu</link>
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		<dc:date>2026-07-23T10:55:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Yves Robichon</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Putain de nuages, le titre donne le ton. 30 nouvelles, 30 intrigues percutantes. Rien de mi&#232;vre, rien de convenu. De l'irr&#233;v&#233;rence. De la fougue. De l'humour. Une plume tant&#244;t dr&#244;le, tant&#244;t profonde ; tant&#244;t acerbe, tant&#244;t &#233;l&#233;gante ; tant&#244;t crue, tant&#244;t touchante. Mais sinc&#232;re, toujours. L'&#233;criture de Corine Sylvia Congiu va droit au but, elle prend le lecteur &#224; t&#233;moin : Putain de nuages ! Au fil des nouvelles les personnages, le plus souvent f&#233;minins, affrontent la vie entre &#233;clat de rire et gravit&#233;. Une (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/" rel="directory"&gt;Critiques de recueils de nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1497.jpg?1784804092' width='98' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Putain de nuages&lt;/strong&gt;, le titre donne le ton. 30 nouvelles, 30 intrigues percutantes. Rien de mi&#232;vre, rien de convenu. De l'irr&#233;v&#233;rence. De la fougue. De l'humour. Une plume tant&#244;t dr&#244;le, tant&#244;t profonde ; tant&#244;t acerbe, tant&#244;t &#233;l&#233;gante ; tant&#244;t crue, tant&#244;t touchante. Mais sinc&#232;re, toujours. L'&#233;criture de &lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/article/corine-sylvia-congiu' class='spip_in'&gt;Corine Sylvia Congiu&lt;/a&gt; va droit au but, elle prend le lecteur &#224; t&#233;moin : Putain de nuages ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Au fil des nouvelles les personnages, le plus souvent f&#233;minins, affrontent la vie entre &#233;clat de rire et gravit&#233;. Une enfant &#171; en a marre qu'on lui dise d'attendre &#187; (&lt;i&gt;Je voudrais que tout commence&lt;/i&gt;). Une &#233;tudiante d&#233;couvre la toute r&#233;cente facult&#233; d'arts plastiques (&lt;i&gt;1971&lt;/i&gt;). Une jeune m&#232;re pressent un danger mena&#231;ant son fils (&lt;i&gt;Putain de nuages&lt;/i&gt;). Une grand-m&#232;re fantasque initie sa petite-fille &#224; l'&#233;cologie (&lt;i&gt;Universe&lt;/i&gt;). Femmes de chair et de sang, impatientes de croquer la vie, elles se combinent en images kal&#233;idoscopiques, dans un jeu de r&#233;sonances o&#249; se devinent les exp&#233;riences d'une vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/article/corine-sylvia-congiu' class='spip_in'&gt;Corine Sylvia Congiu&lt;/a&gt; est artiste : peintre, plasticienne, photographe, auteure-compositrice-interpr&#232;te, r&#233;alisatrice et&#8230; &lt;strong&gt;nouvelliste&lt;/strong&gt;. Pas surprenant qu'elle sache mieux que personne camper un personnage en quelques coups de crayon : &#171; Elle est ronde. Ses gestes sont ronds, la boucle qui lui vient sur sa ronde bouche est ronde. Elle ram&#232;ne sa boucle derri&#232;re son oreille, en rond. &#187; (&lt;i&gt;Mamzelle-ta-discipline&lt;/i&gt;). Ou ma&#238;triser la rythmique &#224; la perfection : &#171; Cavaler : se faire la levure, la malle, la valise, filer &#224; l'anglaise, d&#233;m&#233;nager. Partir. Prendre ses cliques et ses claques. Claquer la porte. &#187; (&lt;i&gt;Putain de nuages&lt;/i&gt;). Car les nouvelles de &lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/article/corine-sylvia-congiu' class='spip_in'&gt;Corine Sylvia Congiu&lt;/a&gt; sont faites pour &#234;tre lues, jou&#233;es, voire chant&#233;es. Partitions de nos &#233;motions, elles composent avec nos angoisses, nos peurs et nos joies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le recueil s'ouvre sur la nouvelle &#233;ponyme. Texte initial par lequel l'auteure nous introduit dans son univers. La narratrice, en vacances sur une plage de Martinique, s'interroge sur son r&#244;le de m&#232;re, sur l'assignation qu'elle subit : est-elle une bonne m&#232;re ? Le doute se dissipe lorsque son intuition l'alerte sur un danger imminent mena&#231;ant son fils de 4 ans. La maternit&#233;, ou plut&#244;t l'amour inconditionnel qui relie une m&#232;re et son fils, est l'un des fils conducteurs du recueil (&lt;i&gt;Mon Petit Prince &#224; moi, Pr&#233;sentations, Borderline, Prends-moi&lt;/i&gt;). La mort, autre grand th&#232;me, ici &#233;vit&#233;e de justesse, r&#233;appara&#238;t en arri&#232;re-plan de nombreuses nouvelles (&lt;i&gt;L'oiseau et le papillon, Cave&lt;/i&gt;), justifiant l'urgence &#224; vivre. &#171; Combl&#233;e, je l'avais &#233;t&#233;, assouvie, percluse de passions pass&#233;es, j'avais tout essay&#233;, pour que mon lit de mort, l'heure venue, ne soit assombri d'aucun regret. Ni de remords. &#187; &lt;i&gt;Entre deux points, il y a toujours l'infini&lt;/i&gt;. Mais que le lecteur se rassure, l'auteure nous &#233;pargne tout pathos en maniant humour et po&#233;sie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;Embellie&lt;/i&gt;, une enfant attend d&#233;sesp&#233;r&#233;ment son amie, Nadia. Rien n'est plus absolu que les amiti&#233;s enfantines. Les affres de l'attente sont d&#233;crites avec une justesse touchante : peur d'avoir d&#233;&#231;u, peur de l'abandon, peur de ne plus exister. &#171; Quatorze heures trente et Nadia ne venait pas. Peut-&#234;tre qu'elle m'avait oubli&#233;e, peut-&#234;tre que pour elle, &#231;a n'avait pas d'importance, mon premier cin&#233;ma avec une amie. Non, ce n'est pas possible, elle ne pouvait pas avoir oubli&#233;. &#187; Et soudain, cette sc&#232;ne enfantine prend des accents de trag&#233;die. Il faut les consid&#233;rer avec s&#233;rieux ces premiers &#233;mois, ils nous habitent longtemps. Comme l'h&#233;ro&#239;ne de &lt;i&gt;Corps du d&#233;lit&lt;/i&gt;, qui, pour toujours mieux r&#233;pondre aux attentes de son nouvel amant, ne prend pas conscience de l'emprise qu'il exerce sur elle. Ou bien celle de &lt;i&gt;Vortex&lt;/i&gt; qui, elle aussi, attend : &#171; Il n'y a plus rien pour &#234;tre debout face &#224; lui. Il n'y a que ce vide tournoyant qui vide le vide, et il n'y a pas de fin, le vide se vide toujours, un vide en forme de peur, la peur qui n'est m&#234;me pas peur, qui n'est rien, un rien qui se vide encore. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, il y a ces petits coups de griffes jouissifs (&lt;i&gt;Le petit pain au chocolat, Pr&#233;sentations, Chienne de vie&lt;/i&gt;), ou ces fables, plus myst&#233;rieuses (&lt;i&gt;Fatima, Kiss&lt;/i&gt;) et si d&#233;licates, d&#233;licieux moments de l&#233;g&#232;ret&#233; entre deux &#233;motions fortes.&lt;br class='autobr' /&gt;
En nous communiquant son &#233;nergie, l'&#233;criture incarn&#233;e de &lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/article/corine-sylvia-congiu' class='spip_in'&gt;Corine Sylvia Congiu&lt;/a&gt; nous invite &#224; braver la vie. On referme le recueil en se disant que, d&#233;cid&#233;ment, sur cette terre, il n'y a plus une minute &#224; perdre !&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Putain de nuages&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; est publi&#233; dans la collection &lt;i&gt;La Bleu-Turquin&lt;/i&gt; aux &lt;i&gt;&#233;ditions Douro&lt;/i&gt;, avec en couverture, une &#339;uvre de l'auteure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Cercle de la Mer de Lorient Bretagne Sud lance son Concours de Nouvelles 2027 qui a pour th&#232;me &#034; SOS &#201;quipage en danger&#034;</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/concours-de-nouvelles/article/le-cercle-de-la-mer-de-lorient-bretagne-sud-lance-son-concours-de-nouvelles</link>
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		<dc:date>2026-06-28T14:36:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Le Cercle de la Mer de Lorient Bretagne Sud lance son Concours de Nouvelles 2027 qui a pour th&#232;me &#034; SOS &#201;quipage en danger&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il comprend un Concours Adulte et un Concours &#8220;Jeune Nouvelliste de moins de 17ans&#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il sera cl&#244;tur&#233; le 18 janvier 2027. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour toute information compl&#233;mentaire, bien vouloir se r&#233;f&#233;rer au r&#232;glement consultable sur notre site : https://www.cerclemer56.com&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/concours-de-nouvelles/" rel="directory"&gt;Concours de nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le Cercle de la Mer de Lorient Bretagne Sud lance son Concours de Nouvelles 2027 qui a pour th&#232;me &#034; SOS &#201;quipage en danger&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il comprend un Concours Adulte et un Concours &#8220;Jeune Nouvelliste de moins de 17ans&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera cl&#244;tur&#233; le 18 janvier 2027.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toute information compl&#233;mentaire, bien vouloir se r&#233;f&#233;rer au r&#232;glement consultable sur notre site : &lt;a href=&#034;https://www.cerclemer56.com&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;https://www.cerclemer56.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jungle</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/jungle</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/jungle</guid>
		<dc:date>2026-06-28T13:46:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Crub&#233;zy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Gilles commence &#224; se d&#233;placer vers l'entr&#233;e. Il a attendu longtemps avant de s'extirper du fauteuil et dans l'unique lumi&#232;re du lampadaire sa silhouette est empreinte du regret d'avoir eu &#224; briser son immobilit&#233;. Il se moque bien de savoir qui veut le voir mais, s'il a r&#233;sist&#233; &#224; l'insupportable cr&#233;celle de la sonnerie, maintenant l'intrus ou l'intruse cogne de son poing ferm&#233; contre la porte et c'est autant de coups qu'il re&#231;oit. Il ne va pas se laisser faire, il va lui casser la gueule. Ou alors une rafale, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1495.jpg?1782654371' width='120' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_619 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L481xH606/jungle_copie-f3302.jpg?1782654937' width='481' height='606' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-619 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2026
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Gilles commence &#224; se d&#233;placer vers l'entr&#233;e. Il a attendu longtemps avant de s'extirper du fauteuil et dans l'unique lumi&#232;re du lampadaire sa silhouette est empreinte du regret d'avoir eu &#224; briser son immobilit&#233;. Il se moque bien de savoir qui veut le voir mais, s'il a r&#233;sist&#233; &#224; l'insupportable cr&#233;celle de la sonnerie, maintenant l'intrus ou l'intruse cogne de son poing ferm&#233; contre la porte et c'est autant de coups qu'il re&#231;oit. Il ne va pas se laisser faire, il va lui casser la gueule.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Ou alors une rafale, une belle rafale.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il doit traverser le salon sans se faire entendre et &#233;viter l'endroit o&#249; le plancher craque, pour surprendre l'inconnu derri&#232;re la porte. Quatre m&#232;tres quatre-vingt-quinze &#224; parcourir avec la souplesse du ninja dans le silence le plus complet. Glisser, t&#226;ter de la plante du pied nu les asp&#233;rit&#233;s du parquet jusqu'aux poussi&#232;res tapies dans les rainures, bander les muscles sans nuire &#224; la souplesse du bassin. Fort sur ses jambes, fort dans sa t&#234;te. Trouver le bon endroit pour enclencher le tir et renvoyer l'ennemi dans son clapier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il avance, contourne le lampadaire et appuie du bout du pied sur l'interrupteur pos&#233; au sol.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le salon n'est plus &#233;clair&#233; que par le filet de lumi&#232;re orang&#233;e venue de derri&#232;re les rideaux, que dor&#233;navant il n'ouvre plus. Il est sur son terrain et la semi-obscurit&#233; &#233;galise ses chances en cas de combat mais il doit faire attention &#224; ne pas heurter la table basse. S'il la cogne, il risque de faire tomber les magazines et les journaux qui y sont empil&#233;s. &#192; mi-chemin de la porte, il s'accroupit &#224; c&#244;t&#233; de la table qu'il n'a pas encore desservie de son repas de midi, &#224; l'aff&#251;t, et ajuste une mitraillette imaginaire au creux de la hanche. Il scrute minutieusement les masses sombres des meubles. Sous la table, sous les chaises, derri&#232;re la malle, &#231;a bouge ? Une bosse suspecte sous le tapis ? Non. Le ficus&#8230; non, aucun fauve, aucun serpent, aucun Viet, aucun Barbu ne se cache derri&#232;re le ficus. Gilles retient sa respiration, plisse les yeux. Il a appris &#224; mettre tous ses sens en &#233;veil, la survie est &#224; ce prix. Ils savent se planquer comme ils savent se dissimuler dans la foule du m&#233;tro, du march&#233;. Ils sont partout. Dans la rue, dans les magasins, dans les services publics. Il ne prend plus le bus, tous les chauffeurs, tous les contr&#244;leurs ont &#233;t&#233; remplac&#233;s. Gilles n'ach&#232;te plus son pain &#224; la boulangerie depuis que les enfants de la vieille Caussade n'ont pas voulu reprendre l'affaire. Trop dur pour les petits Fran&#231;ais, il faut se lever &#224; quatre plombes du matin, pas de week-end &#224; la campagne. Alors, on vend et qui rach&#232;te le commerce ?... Boulangerie, club de foot, m&#234;me bizness.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Tout &#231;a fait partie d'un plan.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, la rafale ! Il se rel&#232;ve d'un coup, comme surgi d'un foss&#233;, Tatatatatata ! Gilles fait le bruit des balles qui ricochent sur les murs et mime les secousses que lui inflige la mitraillette. Son chargeur vid&#233;, il se baisse &#224; nouveau le plus vivement qu'il peut. Ses mains sont moites, il ne doit pas se laisser submerger par l'angoisse. Si l'autre r&#233;plique &#224; la grenade, il est foutu.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Ils sont capables de tout.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La position accroupie est douloureuse pour ses genoux, il s'allonge et repose sa t&#234;te sur son avant-bras. Le type ne tape plus sur la porte, il a compris &#224; qui il avait affaire. Souffler, r&#233;cup&#233;rer le temps de l'accalmie. Le silence revenu, la pression sur ses tempes s'estompe. Respiration ventrale, visualiser les battements de son c&#339;ur comme dans le tuto sur YouTube. Gilles retrouve la confiance, la peur le quitte mais il a du mal &#224; reconna&#238;tre ce qui l'entoure dans ce noir orang&#233; qui baigne le salon. Et si c'&#233;tait un mauvais r&#234;ve, hier soir il a picol&#233;, le r&#234;ve d'un type qui se noie, qui voit la surface s'&#233;loigner et la lumi&#232;re du soleil avec elle ? Le type n'atteint jamais le fond, l'obscurit&#233; le mange, il est damn&#233;, devient plancton. Epsilon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est damn&#233; mais il ne r&#234;ve pas qu'il se noie, les abysses n'ont s&#251;rement pas cette couleur qui tire sur l'ocre sanguin. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Il faut que le sang coule.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas un mauvais r&#234;ve, c'est un cauchemar &#233;veill&#233;. Le parquet sent fort. Bois, humidit&#233; et poussi&#232;re. Gilles n'aime pas cette odeur, elle lui murmure la mis&#232;re et il le sait bien que sa vie c'est la mis&#232;re. Odeur avant la pourriture. Manquerait plus que des champignons poussent sur les plinthes. Il faudrait qu'il ouvre les rideaux et les fen&#234;tres mais s'il ouvre les rideaux et les fen&#234;tres, il devient une cible pour le gars du quatri&#232;me de l'immeuble en face et l'autre l&#224;, sur le palier, qui recommence &#224; cogner sur la porte. C'est sur sa t&#234;te qu'il frappe, dans sa t&#234;te qu'il frappe, &#231;a saigne dans sa t&#234;te. Il ne pourra pas &#233;viter le corps &#224; corps.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Ils savent se battre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles Lartisan est artisan. Clefs minute, clefs S&#233;curit, ouverture de portes, ressemelage, r&#233;paration talons. Il travaille seul dans sa boutique qu'il ferme quand il part en mission chez un particulier. Il avait un apprenti qui, m&#234;me si Gilles n'a rien pu prouver, a piqu&#233; un billet de cinquante dans la caisse. Il n'a pas pr&#233;venu la police, &#224; quoi bon ? Il a renvoy&#233; le gamin dans sa cit&#233; &#224; coups de pieds dans le cul et a install&#233; une cam&#233;ra de surveillance orient&#233;e vers le comptoir. Il n'y a que de l'argent &#224; voler dans son bazar, personne n'ira chauffer un cadenas ou des semelles. Comme il n'a pas repris d'employ&#233;, personne &#224; qui faire confiance et trop de charges de toutes fa&#231;ons, il se surveille lui-m&#234;me. Parfois, dans sa boutique vide, il fixe longtemps l'&#339;il borgne de la cam&#233;ra et lui vient l'envie de pleurer.&lt;br class='autobr' /&gt;
La derni&#232;re fois que Gilles a pleur&#233; c'est quand H&#233;l&#232;ne est partie avec les deux petites, il y a bien deux ans maintenant. Forte en gueule, H&#233;l&#232;ne, un peu trop, une fois de trop. Une gifle, enfin, un aller-retour. Et pourtant elle l'avait pr&#233;venu, &lt;i&gt;Tu me frappes une fois, tu ne me vois plus&lt;/i&gt;, Forte en gueule. Un midi, la gifle est partie sans qu'il sache vraiment pourquoi, il &#233;tait press&#233;, en retard, un d&#233;pannage urgent, il va pas perdre son temps &#224; enculer les mouches. Quand il est revenu le soir apr&#232;s avoir ferm&#233; le magasin, plus personne &#224; bord. Gilles n'a pas su o&#249; aller la chercher et &#231;a n'aurait servi &#224; rien. Il a picol&#233; en regardant la t&#233;l&#233; et puis il a pleur&#233;. Il voit les gamines un week-end sur deux. S'il cherche une date au d&#233;but de la mis&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Connaissent pas le chagrin, ces mecs.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Gilles remise la mitraillette imaginaire dans son dos avant de reprendre sa progression avec pr&#233;caution. Ils sont capables d'avoir pos&#233; des mines anti personnel, des pi&#232;ges invisibles h&#233;riss&#233;s de pieux ou &#233;quip&#233;s de filets qui vous emportent &#224; dix m&#232;tres de hauteur. Il sent la chaleur de l'arme qui p&#232;se le long de son dos et qui le rassure mais, s'il doit y avoir corps &#224; corps, un couteau lui serait plus utile. Le coin cuisine est sur sa droite, &#224; un m&#232;tre, encore plus dans l'ombre que le reste du salon. Pas &#224; pas et mains en avant, vingt centim&#232;tres par vingt centim&#232;tres, il se dirige vers le tiroir du buffet.&lt;br class='autobr' /&gt;
De nouveau, la sonnette retentit de deux coups brefs. Le salaud varie les plaisirs, il doit savoir que pour Gilles c'est comme la fraise du dentiste mais &#224; l'int&#233;rieur de son cr&#226;ne. Gilles se retient de hurler. Il se tend, se tord, serre les poings. &#201;pilepsie solitaire. Munch. Des larmes lui jaillissent des yeux. Il trouve que pour un homme de son &#226;ge, il pleure souvent. Il essuie la morve de son bras.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Ces types n'ont aucune humanit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois franchi le seuil de la cuisine, Gilles oublie sa faiblesse passag&#232;re, il acc&#233;l&#232;re, glisse sur le carrelage, atteint le tiroir et l'ouvre sans bruit. Il ne faut pas que l'autre entende, se doute qu'il ne se laissera pas faire. Sur ses l&#232;vres, le sourire d'une blague cruelle. &#192; t&#226;tons, il reconna&#238;t le couteau &#224; viande parmi les autres couteaux et s'en saisit. Il tient la lame le long de sa cuisse, pointe vers le bas. Le renflement du manche en bak&#233;lite, le froid des rivets contre sa paume, le poids de l'arme inerte, dans le m&#234;me temps, l'ancrent et l'&#233;l&#232;vent. Il se sent digne et l&#233;gitime. Tous ses couteaux sont aiguis&#233;s. Il se retourne et fixe la porte d'entr&#233;e. Son c&#339;ur cogne dans la poitrine.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le cave se rebiffe.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand il ouvrira la porte d'un coup, le gars sera surpris sous la lumi&#232;re du plafonnier du couloir. Dans un premier temps, il ne distinguera pas Gilles, encore dans l'obscurit&#233;. Il y aura un moment de rien, un instant gel&#233;, arr&#234;t sur image, et puis soit le type a peur et s'enfuit, soit il attaque et l&#224;, Gilles saura le recevoir. Centre de gravit&#233; l&#233;g&#232;rement abaiss&#233;, jambes mobilis&#233;es, bras gauche pr&#234;t &#224; parer avant de frapper avec le droit. L&#233;gitime d&#233;fense. Il y aura du sang, et alors ? Si les petites &#233;taient l&#224;, personne ne lui reprocherait de les d&#233;fendre, et &#231;a ne change rien qu'elles ne soient pas l&#224; puisqu'elles pourraient &#234;tre l&#224;. Le danger vient du dehors, ils sont le dehors.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Hors du dehors !&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Gilles entend comme un chant fredonn&#233;, une m&#233;lop&#233;e. Il chante, l'Indien ? Il a peint son visage, il s'est lav&#233; &#224; l'eau claire. Une m&#233;lop&#233;e, un murmure. C'est le chant avant l'assaut, le chant comme une pri&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Leur Dieu est cruel.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles Lartisan est au milieu du couloir, couteau &#224; l'horizontale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a mal &#224; l'&#233;paule qui a heurt&#233; le frigo quand il a fonc&#233; sans r&#233;fl&#233;chir vers la porte. Le choc a fait trembler le r&#233;frig&#233;rateur et des bouteilles ont tint&#233; &#224; l'int&#233;rieur, peut-&#234;tre bris&#233;es. C'est le signal, le combat commence. Gilles a ouvert la porte d'un geste rageur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est pieds nus, en slip et tee-shirt, au milieu du couloir sur&#233;clair&#233;. Il prot&#232;ge ses yeux de la lumi&#232;re trop forte. Le couloir est vide, personne. Le carrelage au sol est humide, il brille et exhale une odeur de propre, de d&#233;tergent. Au fond du couloir, les portes de l'ascenseur se referment trop vite pour que Gilles puisse distinguer qui vient d'y p&#233;n&#233;trer. Cinq &#233;tages jusqu'au rez-de-chauss&#233;e. Gilles s'engouffre dans l'escalier de service, d&#233;vale. Cinq &#233;tages. L'ascenseur est neuf et arrivera vite en bas, plus vite ! plus vite ! La lame du couteau cogne r&#233;guli&#232;rement la rampe m&#233;tallique, des &#233;tincelles ponctuent la course de Gilles. &#192; chaque vol&#233;e d'escalier, il saute les quatre derni&#232;res marches. Il est loup, jaguar, soldat surentra&#238;n&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment o&#249; il entame la descente du dernier &#233;tage vers le rez-de-chauss&#233;e, il entend l'ascenseur qui s'arr&#234;te, la porte qui s'ouvre puis se ferme. Il s'immobilise, &#233;puis&#233;, tout souffle &#233;vapor&#233;. Gilles n'a pas quatre c&#339;urs ni huit poumons, Gilles n'a plus l'&#226;ge de la chasse. Envie de vomir ses tripes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant c'est la porte du hall qu'il entend se refermer. Clac.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, clac ! Il est assis, comme un pauvre rien, presque nu, au milieu de l'escalier. C'est le grand couteau &#224; d&#233;couper la viande qu'il a sorti du tiroir. Un go&#251;t insupportable pourrit sa bouche, une bile f&#233;tide baigne sa langue. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Il faut que je m'en fasse un.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fait sonner la pointe du couteau contre la marche sur laquelle il est assis. Ting ting ting. Le son est clair dans la cage d'escalier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se l&#232;ve et reprend sa descente. Calmement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le voil&#224; sur le boulevard qui d&#233;visage les passants et h&#233;site &#224; prendre sur sa droite ou sur sa gauche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Edito juillet &#8211; ao&#251;t 2026</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/nos-anciens-editos/article/edito-juillet-aout-2026</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>JMC</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lorsque la chaleur qui &#233;touffe et abat n'est plus un &#233;v&#233;nement hors norme mais un fait quotidien, lorsque les petites filles rentrant de l'&#233;cole peuvent rencontrer dans la rue un grand m&#233;chant loup d&#233;guis&#233; en gentil voisin pourvoyeur de friandises, lorsque la v&#233;rit&#233; cens&#233;e sortir de leur bouche (celle des enfants, toujours) n'est plus un adage, une v&#233;rit&#233; admise par principe et de longue date, mais source de doutes de ceux qui pr&#233;tendent tout savoir sans jamais &#233;couter, lorsque des dossiers s'&#233;garent qui (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/nos-anciens-editos/" rel="directory"&gt;Nos anciens &#233;ditos&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsque la chaleur qui &#233;touffe et abat n'est plus un &#233;v&#233;nement hors norme mais un fait quotidien, lorsque les petites filles rentrant de l'&#233;cole peuvent rencontrer dans la rue un grand m&#233;chant loup d&#233;guis&#233; en gentil voisin pourvoyeur de friandises, lorsque la v&#233;rit&#233; cens&#233;e sortir de leur bouche (celle des enfants, toujours) n'est plus un adage, une v&#233;rit&#233; admise par principe et de longue date, mais source de doutes de ceux qui pr&#233;tendent tout savoir sans jamais &#233;couter, lorsque des dossiers s'&#233;garent qui auraient pu sauver une vie, lorsque des pr&#233;sidents d&#233;clenchent des guerres &#171; en vrai &#187; comme si c'&#233;tait un jeu vid&#233;o ou d'argent, simple d&#233;monstration de pouvoir entre deux s&#233;ances de golf et une augmentation de taxes, lorsque des acteurs, pr&#233;sentateurs, rappeurs, chanteurs, utilisent eux aussi leur pouvoir &#224; la fa&#231;on de dictateurs, comment r&#233;agir face &#224; un r&#233;el si d&#233;cevant, d&#233;sesp&#233;rant, et parfois apocalyptique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La lecture de fictions participe &#224; deux r&#233;ponses cl&#233;s : la fuite (du r&#233;el) ou l'affrontement. La litt&#233;rature peut &#234;tre une &#233;chapp&#233;e salutaire. Elle peut &#234;tre aussi une plong&#233;e au c&#339;ur des probl&#232;mes, en nous faisant vivre de l'int&#233;rieur des destins et des situations qui &#233;largissent notre compr&#233;hension de la complexit&#233; de l'homme et du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ceux qui ne souhaitent pas ou pas seulement s'embarquer dans le long cours d'un roman de plage, Nouvelle Donne a toujours en stock, faute de pouvoir le rafra&#238;chir, de quoi vous faire changer d'air le temps d'une pause pour penser, ou pour respirer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ces mois estivaux, nous vous avons s&#233;lectionn&#233; &lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/jungle' class='spip_in'&gt;&#171; Jungle &#187;, s&#233;quence parano&#239;aque anxiog&#232;ne de Philippe Crub&#233;zy (juillet)&lt;/a&gt;, &#171; Je m'appelle Suzanne Aynes &#187;, autre variation cruelle et gla&#231;ante, sign&#233;e Carrie Anixa, et une chronique du recueil de nouvelles &#171; Putain de nuages &#187; de Corine Congiu (ao&#251;t).&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous vous souhaitons un bel &#233;t&#233;, de plus en plus propice aux s&#233;ances-lecture &#224; l'ombre, plut&#244;t que sous un soleil transmut&#233; d'or en plomb.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>15e &#233;dition du concours de nouvelles du Mus&#233;um d'histoire naturelle de Toulouse</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/concours-de-nouvelles/article/15e-edition-du-concours-de-nouvelles-du-museum-d-histoire-naturelle-de-toulouse</link>
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		<dc:date>2026-06-21T10:13:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Lancement le mardi 23 juin 2026 de la 15e &#233;dition du concours de nouvelles du Mus&#233;um d'histoire naturelle de Toulouse autour du th&#232;me &#034;Pieds sur Terre ou t&#234;te en l'air ?&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; le lien du r&#232;glement : https://www.calameo.com/toulouse/read/005971811e95bbc288814 &#8211; l'organisateur : Le Mus&#233;um d'histoire naturelle de Toulouse. &#8211; la date limite de participation : Le concours est ouvert du mardi 23 juin 2026 au mardi 5 janvier 2027, minuit. &#8211; le public concern&#233; : Ce concours est ouvert aux individuels adultes (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/concours-de-nouvelles/" rel="directory"&gt;Concours de nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Lancement le mardi 23 juin 2026 de la 15e &#233;dition du concours de nouvelles du Mus&#233;um d'histoire naturelle de Toulouse autour du th&#232;me &#034;Pieds sur Terre ou t&#234;te en l'air ?&#034;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#8211; le lien du r&#232;glement : &lt;a href=&#034;https://www.calameo.com/toulouse/read/005971811e95bbc288814&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;https://www.calameo.com/toulouse/read/005971811e95bbc288814&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; l'organisateur : Le Mus&#233;um d'histoire naturelle de Toulouse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; la date limite de participation : Le concours est ouvert du mardi 23 juin 2026 au mardi 5 janvier 2027, minuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; le public concern&#233; : Ce concours est ouvert aux individuels adultes ainsi qu'aux individuels de &#8211; de 18 ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; les frais d'inscription : Gratuit&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; le th&#232;me : Pieds sur Terre ou t&#234;te en l'air ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; le genre litt&#233;raire attendu : Nouvelle&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; la longueur du texte : entre 10 000 et 15 000 caract&#232;res pour la cat&#233;gorie auteurs de plus de 18 ans et entre 6 000 et 10 000 caract&#232;res pour la cat&#233;gorie auteurs de &#8211; de 18 ans&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; la gratification : Liseuses, abonnements annuels au Mus&#233;um (Pass Tribu ou Pass Duo) ou paniers boutique du Mus&#233;um d'un montant correspondant &#224; la moiti&#233; du prix du Pass, beaux livres, d&#233;jeuner complet au restaurant le Moa&#239;, surprises &#034;Raisonnables ou &#233;vapor&#233;es&#034; de la boutique du Mus&#233;um, blocs-notes ou carnets Gallimard, prismes ou storms glass&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; la valorisation : Publication des 3 meilleures nouvelles par cat&#233;gorie dans un recueil num&#233;rique, diffusion des nouvelles laur&#233;ates sur le site Internet du Mus&#233;um, ses r&#233;seaux sociaux, etc, cr&#233;ation d'un livre audio via le podcast Plumes en Voix (enregistrement des 6 nouvelles laur&#233;ates + le Prix jeunesse des 37 qui viendra r&#233;compenser un jeune auteur issu d'une des 37 communes qui composent la M&#233;tropole toulousaine) &#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Plus d'infos sur : &lt;a href=&#034;https://museum.toulouse-metropole.fr/concours-litteraire-2026/&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;https://museum.toulouse-metropole.fr/concours-litteraire-2026/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Nous &#233;crire et soumettre sa contribution : concours-litteraire-museum@toulouse-metropole.fr&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une m&#233;ditation sur la passion, le temps, la m&#233;moire : Le Jeune homme de Annie Ernaux</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/une-meditation-sur-la-passion-le-temps-la-memoire-le-jeune-homme-de-annie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/une-meditation-sur-la-passion-le-temps-la-memoire-le-jeune-homme-de-annie</guid>
		<dc:date>2026-06-01T20:00:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Perrut</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans un r&#233;cit tr&#232;s court, &#224; caract&#232;re autobiographique, Annie Ernaux revient en 2022, avec Le Jeune homme, sous des voiles assez transparents, sur sa liaison avec un homme, son cadet d'une trentaine d'ann&#233;es, tandis qu'elle a d&#233;pass&#233; la cinquantaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte prolonge deux autres r&#233;cits, concernant la m&#234;me liaison, Fragments autour de Ph. V., un bref texte sur le point de d&#233;part de la relation, qu'on pourrait qualifier d'autobiograph&#232;me, et L'Occupation, qui explore le th&#232;me de la jalousie, apr&#232;s la (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/" rel="directory"&gt;Critiques de recueils de nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1492.png?1780343997' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans un r&#233;cit tr&#232;s court, &#224; caract&#232;re autobiographique, Annie Ernaux revient en 2022, avec &lt;i&gt;Le Jeune homme&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Annie Ernaux, Le Jeune homme, Gallimard, 2022.' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sous des voiles assez transparents, sur sa liaison avec un homme, son cadet d'une trentaine d'ann&#233;es, tandis qu'elle a d&#233;pass&#233; la cinquantaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte prolonge deux autres r&#233;cits, concernant la m&#234;me liaison, &lt;i&gt;Fragments autour de Ph. V.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Annie Ernaux, Fragments autour de Ph. V., L'Infini, N&#176; 56, 1996.' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un bref texte sur le point de d&#233;part de la relation, qu'on pourrait qualifier d'autobiograph&#232;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='Par r&#233;f&#233;rence &#224; Roland Barthes d&#233;signant ainsi le r&#233;cit d'un &#233;l&#233;ment (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et &lt;i&gt;L'Occupation&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='appendix' title='Annie Ernaux, L'Occupation, Gallimard, 2002.' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui explore le th&#232;me de la jalousie, apr&#232;s la rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le protagoniste masculin du &lt;i&gt;Jeune homme&lt;/i&gt; est identifiable. C'est Philippe Vilain, qui s'est lui-m&#234;me longuement exprim&#233; sur cette liaison un peu plus tard, en 2025, dans &lt;i&gt;Mauvais &#233;l&#232;ve&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='appendix' title='Philippe Vilain, Mauvais &#233;l&#232;ve, Robert Laffont, 2025.' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce dernier livre m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te un instant. On y trouve sans nul doute l'empreinte d'Annie Ernaux, &#224; commencer par l'adh&#233;sion &#224; une m&#234;me profession de foi, au m&#234;me &#171; pacte autobiographique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='appendix' title='Par r&#233;f&#233;rence au livre fondateur de Philippe Lejeune, Le Pacte (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : l'engagement vis-&#224;-vis du lecteur &#224; ne dire que le vrai, sans recours &#224; la fiction - on ne discutera pas ici des contradictions internes, voire des apories d'une telle position. Cependant, dans cette voie, Philippe Vilain innove en d&#233;ployant un registre personnel marqu&#233; par une exploration rigoureuse des situations d'inf&#233;riorisation sociale. Il met ainsi en sc&#232;ne la lutte entreprise contre tous les obstacles personnels ou sociaux &#8211; difficult&#233;s de lecture, fautes de fran&#231;ais, alcoolisme du p&#232;re, d&#233;rives vers la d&#233;linquance &#8211; qui se sont dress&#233;s entre lui et sa vocation d'&#233;crivain. Ce combat, avec sa part de dramatisation, devient l'ar&#234;te vive du r&#233;cit, et c'est cela m&#234;me qui emporte le lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dessine ainsi sous nos yeux une configuration peu banale o&#249; deux amants se font face, une fois leur relation termin&#233;e pour croiser, sinon le fer, du moins la plume devant un large lectorat. Chacun d'eux ayant un statut d'&#233;crivain plus ou moins install&#233;, on peut estimer que la partie se joue entre &#233;gaux. On boxe dans la m&#234;me cat&#233;gorie. Nombre de d&#233;tails tr&#232;s intimes, tr&#232;s crus sont donn&#233;s &#224; voir et l'on peut se demander jusqu'o&#249; peut aller cette mise &#224; nu. J'ai suppos&#233; jusqu'ici que la relation &#233;tait &#233;gale, mais peut-elle jamais l'&#234;tre totalement ? Tout ceci rappelle les critiques adress&#233;es &#224; Serge Doubrovsky, promoteur de l'autofiction, qui r&#232;gle sur la place publique ses comptes avec une de ses relations f&#233;minines, tout &#224; fait identifiable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='appendix' title='Serge Doubrovsky, Le Livre bris&#233;, Grasset, 1989 ; Un Amour de soi, Hachette, (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, cette femme ne disposait ni des moyens, ni du statut d'&#233;crivain pour lui r&#233;pondre. Ceci a conduit certains commentateurs &#224; taxer l'autofiction de mauvais genre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='appendix' title='Jacques Lecarme, &#171; L'Autofiction, un mauvais genre &#187;, Actes du colloque de (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons au &lt;i&gt;Jeune homme&lt;/i&gt;. Par son sujet, une passion physique, par son registre d'&#233;nonciation, l'autobiographie &#224; la premi&#232;re personne, ce r&#233;cit ne peut-il se rapprocher de &lt;i&gt;Passion simple&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='appendix' title='Annie Ernaux, Passion simple, Gallimard, 1992.' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, publi&#233; une trentaine d'ann&#233;es auparavant ? Ce dernier r&#233;cit est alors qualifi&#233;, par la narratrice, de &#171; proc&#232;s-verbal &#187;, c'est-&#224;-dire de transcription des faits, rigoureuse et pr&#233;cise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Jeune homme&lt;/i&gt; n'&#233;voque pas les d&#233;buts des rencontres ni la correspondance qui a pr&#233;c&#233;d&#233; celles-ci, mais commence directement dans la relation intime. Et plus particuli&#232;rement, en ouverture du r&#233;cit, par l'&#233;vocation d'un rapport &#233;troit entre le sexe et l'&#233;criture : le sexe pour &#171; d&#233;clencher &#187; l'&#233;criture d'un livre difficile. La liaison avec le jeune homme devient, myst&#233;rieusement, un temps de gestation, de maturation de ce p&#233;nible r&#233;cit consacr&#233; &#224; un avortement clandestin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='appendix' title='Il s'agit de L'Ev&#233;nement, publi&#233; en 2000, &#224; la fin de cette relation.' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte du &lt;i&gt;Jeune homme&lt;/i&gt; se compose d'une suite de notations autobiographiques qui donnent lieu &#224; une m&#233;ditation en surplomb, portant tant&#244;t sur les effets de cette liaison sur la narratrice, tant&#244;t sur ce qu'elle r&#233;v&#232;le du regard des autres face &#224; la transgression de la norme. &lt;br class='autobr' /&gt;
La diff&#233;rence d'&#226;ge entre les deux protagonistes entra&#238;ne la narratrice dans une troublante travers&#233;e du temps et des g&#233;n&#233;rations. Le jeune homme est ainsi per&#231;u comme &#171; le pass&#233; incorpor&#233; &#187;. L'autrice r&#233;sume cette &#233;tranget&#233; dans une formule : &#171; Ce que je ressentais dans cette relation &#233;tait de nature indicible, o&#249; s'entrem&#234;laient le sexe, le temps et la m&#233;moire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='appendix' title='Annie Ernaux, Le Jeune homme, Op. cit., p. 29.' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En revenant avec son compagnon dans la petite cit&#233; universitaire de sa p&#233;riode &#233;tudiante, Annie Ernaux nous confie : &#171; il m'avant sembl&#233;, pendant de longues minutes, me mouvoir dans le temps sans nom du r&#234;ve &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est aussi &#224; une confrontation avec la norme sociale que conduit cette diff&#233;rence de g&#233;n&#233;ration. La transgression est lue dans le regard r&#233;probateur des autres : &#171; Devant le couple que nous formions visiblement, les regards se faisaient impudents, fr&#244;laient la sid&#233;ration, comme devant un assemblage contre nature &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='appendix' title='Ibid, p. 30.' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les notations crues ne manquent pas et l'on retrouve aussi cette constante dans l'&#233;criture de l'autrice : le refus de &#171; faire joli &#187;, inspir&#233; notamment de Cesare Pavese&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='appendix' title='On peut se reporter au petit recueil H&#244;tel Casanova, d'Annie Ernaux, o&#249; (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans cette d&#233;termination &#224; &#233;noncer les faits tels qu'ils sont, on peut se demander s'il n'y a pas, &#233;galement, un go&#251;t de la provocation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture des ann&#233;es 1990 &#233;tait largement consacr&#233;e &#224; un enregistrement fid&#232;le des faits, d'o&#249; la subjectivit&#233; semblait bannie, si l'on prend &lt;i&gt;Passion simple&lt;/i&gt; comme r&#233;f&#233;rence. Trente ans plus tard, &lt;i&gt;Le Jeune homme&lt;/i&gt; est l'occasion pour la narratrice de porter un regard distanci&#233;, et plus contemplatif sur une relation singuli&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annie Ernaux, Le Jeune homme, Gallimard, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Annie Ernaux, Fragments autour de Ph. V.&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Infini&lt;/i&gt;, N&#176; 56, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par r&#233;f&#233;rence &#224; Roland Barthes d&#233;signant ainsi le r&#233;cit d'un &#233;l&#233;ment autobiographique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Annie Ernaux, L'Occupation, Gallimard&lt;/i&gt;, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Vilain, &lt;i&gt;Mauvais &#233;l&#232;ve&lt;/i&gt;, Robert Laffont, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par r&#233;f&#233;rence au livre fondateur de Philippe Lejeune, &lt;i&gt;Le Pacte autobiographique&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1975 (nouvelle &#233;dition 1996).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Doubrovsky, &lt;i&gt;Le Livre bris&#233;&lt;/i&gt;, Grasset, 1989 ; &lt;i&gt;Un Amour de soi&lt;/i&gt;, Hachette, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Lecarme, &#171; L'Autofiction, un mauvais genre &#187;, Actes du colloque de Nanterre, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annie Ernaux, &lt;i&gt;Passion simple&lt;/i&gt;, Gallimard, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='appendix'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit de &lt;i&gt;L'Ev&#233;nement&lt;/i&gt;, publi&#233; en 2000, &#224; la fin de cette relation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='appendix'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annie Ernaux, Le Jeune homme, Op. cit., p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='appendix'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, p. 30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb13'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='appendix'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut se reporter au petit recueil H&#244;tel Casanova, d'Annie Ernaux, o&#249; figure un court texte sur Cesare Pavese, qui d&#233;veloppe ce th&#232;me. Nous avons mis en ligne une chronique sur ce recueil : &lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/hotel-casanova-d-annie-ernaux' class='spip_in'&gt;&#171; H&#244;tel Casanova &#187; d'Annie Ernaux &lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Onzi&#232;me &#233;dition du concours de nouvelles BREIZH FEMMES et MOTS POUR MOTS</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/concours-de-nouvelles/article/onzieme-edition-du-concours-de-nouvelles-mots-pour-mots</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/concours-de-nouvelles/article/onzieme-edition-du-concours-de-nouvelles-mots-pour-mots</guid>
		<dc:date>2026-06-01T19:46:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Les consignes cette ann&#233;e sont : d&#233;buter ou terminer le texte par l'expression &#034;Dix ans, et alors ?&#034; et que la couleur rouge tienne un r&#244;le dans la nouvelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Date limite d'envoi : le 31 octobre 2026 &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#232;glement complet : https://www.breizhfemmes.fr/?view=a...&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/concours-de-nouvelles/" rel="directory"&gt;Concours de nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les consignes cette ann&#233;e sont : &lt;strong&gt;d&#233;buter ou terminer le texte par l'expression &#034;Dix ans, et alors ?&#034;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;que la couleur rouge tienne un r&#244;le dans la nouvelle&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Date limite d'envoi : le 31 octobre 2026&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#232;glement complet : &lt;a href=&#034;https://www.breizhfemmes.fr/?view=article&amp;id=834:on-a-dix-ans-et-alors&amp;catid=8&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://www.breizhfemmes.fr/?view=a...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Concours de nouvelles de la ville de Thouar&#233; sur Loire</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/concours-de-nouvelles/article/concours-de-nouvelles-de-la-ville-de-thouare-sur-loire-1490</link>
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		<dc:date>2026-05-30T10:23:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;THEME : Histoire &#224; vous dresser les cheveux sur la t&#234;te
&lt;br class='autobr' /&gt;
DATE LIMITE DE PARTICIPATION : 4 septembre 2026
&lt;br class='autobr' /&gt;
PUBLIC CONCERNE : &#224; partir de 13 ans
&lt;br class='autobr' /&gt;
FRAIS D'INSCRIPTION : 0 &#8364;
&lt;br class='autobr' /&gt;
LIEN INTERNET : Concours de nouvelles &#8211; Mairie de Thouar&#233;-Sur-Loire : https://www.thouare.fr/actualite/concours-de-nouvelles/&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/concours-de-nouvelles/" rel="directory"&gt;Concours de nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;THEME : Histoire &#224; vous dresser les cheveux sur la t&#234;te&lt;br class='autobr' /&gt;
DATE LIMITE DE PARTICIPATION : 4 septembre 2026&lt;br class='autobr' /&gt;
PUBLIC CONCERNE : &#224; partir de 13 ans&lt;br class='autobr' /&gt;
FRAIS D'INSCRIPTION : 0 &#8364;&lt;br class='autobr' /&gt;
LIEN INTERNET : Concours de nouvelles &#8211; Mairie de Thouar&#233;-Sur-Loire : &lt;a href=&#034;https://www.thouare.fr/actualite/concours-de-nouvelles/&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;https://www.thouare.fr/actualite/concours-de-nouvelles/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Peach, pas bouger.</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/peach-pas-bouger</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/peach-pas-bouger</guid>
		<dc:date>2026-05-30T10:19:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Swan Leschi</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Peach, pas bouger. Cela faisait environ un an que je tentais d'&#233;duquer mon chien &#224; devenir un parfait compagnon de canap&#233;. Ma femme l'avait achet&#233; pour pratiquer la course &#224; pied, l'amener au bureau ou jouer au frisbee. Les ambitions &#233;taient belles et prometteuses, mais pour ma part je misais surtout sur une &#233;ducation canap&#233;&#8209;croquettes saupoudr&#233;e de paresse. Je pense que l'&#233;quilibre est un tout dans la vie. Ma femme jouait au frisbee avec notre Peach nationale pendant que je v&#233;g&#233;tais. Puis, quand elle (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1489.jpg?1780136303' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_618 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/peach-pas_bouger2.jpg?1780136312' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-618 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2026
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Peach, pas bouger.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cela faisait environ un an que je tentais d'&#233;duquer mon chien &#224; devenir un parfait compagnon de canap&#233;. Ma femme l'avait achet&#233; pour pratiquer la course &#224; pied, l'amener au bureau ou jouer au frisbee. Les ambitions &#233;taient belles et prometteuses, mais pour ma part je misais surtout sur une &#233;ducation canap&#233;&#8209;croquettes saupoudr&#233;e de paresse. Je pense que l'&#233;quilibre est un tout dans la vie. Ma femme jouait au frisbee avec notre Peach nationale pendant que je v&#233;g&#233;tais. Puis, quand elle revenait, j'entra&#238;nais le chien &#224; roupiller sur le coussin. La boucle &#233;tait boucl&#233;e et l'&#233;quilibre &#233;tait &#224; mon avantage. N&#233;anmoins, la vie n'est pas un conte de f&#233;es et j'&#233;tais implicitement de corv&#233;e de sortie, le soir et le midi. J'avais quelques soucis dans ma vie, &#224; savoir mon travail qui me d&#233;plaisait, ce que j'allais manger le soir et, de fa&#231;on plus prosa&#239;que, les &#233;ternelles questions d'un trentenaire : enfants, maison, perte de cheveux. Tout comme mes cheveux, les enfants manquaient &#224; l'appel.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Peach, pas bouger.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les joies du t&#233;l&#233;travail me permettaient de rester dans ce que j'aimais appeler mon triplex (il s'agissait en r&#233;alit&#233; d'une petite maison sur trois niveaux de 30 m&#178;) - trois jours par semaine - mais jamais le vendredi ni le lundi - adieu donc les week&#8209;ends prolong&#233;s en Normandie. Le sacrifice &lt;i&gt;corporate&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tions donc mardi et j'&#233;tais encore sonn&#233; suite au trop&#8209;plein de Calvados consomm&#233; le week&#8209;end pr&#233;c&#233;dent dans la maison familiale en Normandie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#192; ce soir Hugo, je pars, j'ai donn&#233; &#224; manger &#224; Peach &#187;, et la porte claqua. Ma femme venait de partir courageusement au travail. Il &#233;tait 8 h 30. Le champ &#233;tait libre pour dormir juste quelques minutes de plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
La langue de Peach me tira du sommeil aux alentours de 10 h, ce qui, avec le recul, &#233;tait un manque de chance inou&#239;, car m&#234;me le week&#8209;end, je ne dormais que rarement apr&#232;s 8 h 00. Ce fut aussi mon t&#233;l&#233;phone portable affichant &#171; Maman &#187; qui me r&#233;veilla en concomitance de Peach. Je ne pris pas l'appel.&lt;br class='autobr' /&gt;
La rue &#233;tait bruyante. Ayant la joie de faire un m&#233;tier hautement utile pour la soci&#233;t&#233;, &#224; savoir r&#233;aliser des pr&#233;sentations PowerPoint et aligner des cases de plusieurs couleurs, je venais de m'installer en urgence &#224; mon bureau en robe de chambre afin de me connecter &#224; une r&#233;union pour laquelle j'avais d&#233;j&#224; 5 minutes de retard. Le soulagement fut tout aussi intense que lorsque ma voiture avait pass&#233; le contr&#244;le technique en automne dernier : personne n'&#233;tait connect&#233;, j'&#233;tais donc le premier ! Ce n'est pas pour rien que j'avais &#233;t&#233; promu : m&#234;me en retard, j'&#233;tais le meneur.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, concernant mon &#233;quipe, c'&#233;tait un peu diff&#233;rent : tout le monde &#233;tait hors ligne. Bon, mon retard avait visiblement &#233;t&#233; sauv&#233; par une panne de serveur mondiale. Premier quand m&#234;me, et l'&#233;lu de surcro&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;tais connect&#233; &#224; la r&#233;union, personne d'autre ne s'&#233;tait point&#233;. Mission accomplie. Il &#233;tait temps d'aller me faire un caf&#233; et de sortir Peach dans le jardin. Ensuite, je passerais l'aspirateur afin d'&#233;vacuer les poils de Peach qui tombaient, in&#233;vitablement, par paquets.&lt;br class='autobr' /&gt;
La rue &#233;tait quand m&#234;me sacr&#233;ment bruyante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bon Peach, tu as de la chance, aujourd'hui on va faire une petite balade dans le quartier pour voir toute cette agitation et raconter &#231;a &#224; maman ce soir. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc en robe de chambre et dents non lav&#233;es par fain&#233;antise le matin que je sortis de chez moi avec Peach.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est avec surprise que je d&#233;couvris des embouteillages en bas de chez moi ainsi qu'une forte agitation. Des gens couraient et certaines voitures &#233;taient vides.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'habitais dans une petite ville de banlieue pavillonnaire et le trafic routier &#233;tait usuellement relativement calme. &#192; ma connaissance, il n'y avait que deux causes pouvant entra&#238;ner une telle surcharge : le t&#233;l&#233;travail interdit marquant un retour au bureau pour l'ensemble des autres forces vives de la nation ou un accident impliquant des v&#233;los cargos et des Tesla. Mais je n'expliquais pas le comportement erratique de certaines personnes dans la rue, ni les v&#233;hicules vides (franchement, c'&#233;tait risqu&#233;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Je voulus prendre une vid&#233;o de toute cette agitation (ce n'est pas tous les jours que j'ai du potin pr&#232;s de chez moi !) mais en mettant la main dans la poche de ma robe de chambre, je me rendis compte que je n'avais pas mon t&#233;l&#233;phone. Bon, tant pis pour les potins, je rentrai chez moi, pr&#232;s du feu que ma femme avait pr&#233;par&#233; ce matin - malgr&#233; mes consignes d'&#233;conomie sur les b&#251;ches.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain, une vive explosion retentit. Puis une autre. J'aimerais dire que j'ai vu une &#233;norme boule de feu monter dans le ciel et que j'ai senti la chaleur me l&#233;cher les joues, mais je n'entendis que deux explosions. Les explosions, c'est similaire &#224; un coup de pistolet. On ne conna&#238;t pas mais on reconna&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'avantage quand il y a du monde, c'est que Peach ne saute pas sur les gens et ne tire pas sur la laisse. Je crois que l'on appelle &#231;a le trop&#8209;plein d'&#233;motions : l'animal, submerg&#233; d'excitation et d'odeurs, n'arrive plus &#224; g&#233;rer et passe en pilotage automatique. Curieusement, le bruit de l'explosion ne l'a pas fait tressauter. En y repensant, le sens des priorit&#233;s canin est radicalement diff&#233;rent : je ne pouvais pas sortir la poubelle sans que Peach n'aboie ou ne saute de partout, mais visiblement il n'y avait pas de sujet majeur avec les explosions. Tant mieux, car des explosions, il y en aurait d'autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
En revanche, dans cette situation, le d&#233;savantage r&#233;sidait surtout pour moi : je venais d'acheter une maison un demi&#8209;million d'euros et des explosions se produisaient en bas de chez moi ? Le prix au m&#232;tre carr&#233; allait donc s'effondrer ? Avec un peu de chance, ce n'&#233;tait que des conduites de gaz et rien de tr&#232;s n&#233;gatif. Cependant, j'&#233;tais chauff&#233; au gaz. Bon. On verra bien, me dis&#8209;je.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais une personne pragmatique. Il me fallait rentrer chez moi pour couper la chaudi&#232;re. Que la maison du voisin (pas celle qui est mitoyenne) explose &#224; cause du gaz, c'est une chose, mais pas la mienne. J'avais d&#233;j&#224; du mal &#224; me faire rembourser un d&#233;g&#226;t des eaux, alors l'explosion du triplex serait compliqu&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je courus pour rentrer, &#224; trois cents m&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'allumai la t&#233;l&#233;vision et j'allai prendre mon t&#233;l&#233;phone pour regarder sur Internet si d'aimables personnes avaient relay&#233; cette information. Cela ne pouvait pas passer inaper&#231;u, j'&#233;tais en &#206;le&#8209;de&#8209;France quand m&#234;me, pr&#232;s de la D&#233;fense, pr&#232;s des autres cadres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, &#224; peine voulus-je aller chercher mon t&#233;l&#233;phone que la t&#233;l&#233;vision envoyait un message inqui&#233;tant.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vous avez 60 minutes pour vous mettre &#224; l'abri, l'ast&#233;ro&#239;de frappera d'ici une heure. Allez le plus profond&#233;ment possible, prenez de l'eau, nourriture, lampe torche. R&#233;f&#233;rez-vous au compte &#224; rebours indicatif &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Compte &#224; rebours indicatif. Peur d'un proc&#232;s si le caillou tapait avant ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le compte &#224; rebours affichait 11 minutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas plus d'informations que &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai compris &#224; ce moment pr&#233;cis que tous les flashs sp&#233;ciaux ayant surgi au cours de ma petite vie de t&#233;l&#233;spectateur n'&#233;taient peut&#8209;&#234;tre pas si importants. &#192; la diff&#233;rence des flashs aux bandeaux rouges avec une &#233;criture en gras et police Calibri 24 (je vous l'ai dit, je suis expert PowerPoint), ce flash&#8209;l&#224; &#233;tait pr&#233;caire. Il s'agissait d'un pr&#233;sentateur inconnu, en tee&#8209;shirt, mal ras&#233;. Le bandeau &#233;tait sur fond blanc, une police Arial. Bref, ce flash avait &#233;t&#233; fait &#224; la va&#8209;vite par un type press&#233; de se r&#233;fugier pendant que tout le monde s'&#233;tait visiblement barr&#233;. Merci &#224; lui, les coll&#232;gues absents de la r&#233;union n'ont pas eu cette d&#233;licatesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un ast&#233;ro&#239;de &#233;tait un astre que l'on d&#233;tectait des auparavant, m&#234;me lorsque ce dernier se manifestait de nulle part. Je compris donc pourquoi depuis une dizaine d'ann&#233;es nous pouvions tous emprunter, ou pourquoi les &#233;cologistes s'&#233;taient rel&#226;ch&#233;s. Tout semblait plus facile et moins contraignant. La r&#233;alit&#233;, c'est qu'ils avaient d&#251; essayer de d&#233;tourner l'ast&#233;ro&#239;de, qu'ils n'avaient visiblement pas r&#233;ussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je faisais partie des 99 % de la population qui allaient &#234;tre du mauvais c&#244;t&#233; de la barri&#232;re. Les 1 % avaient l&#226;ch&#233; les manettes depuis longtemps et s'en foutaient. Ma maison &#224; 500 000 &#8364; ne servirait probablement plus &#224; grand&#8209;chose, mais son cr&#233;dit non plus, remarque. Gagnant&#8209;gagnant. Perdant&#8209;perdant.&lt;br class='autobr' /&gt;
11 minutes. J'avais donc 50 minutes de retard sur un &#233;v&#233;nement que je ne connaissais pas. La r&#233;union fant&#244;me s'expliquait, les voitures vides aussi, les gens courant de partout &#233;galement. J'&#233;tais le premier sur ma r&#233;union mais probablement le dernier &#224; appeler sa famille et sa femme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pris mon t&#233;l&#233;phone : 41 appels en absence. 20 appels de ma m&#232;re, 20 appels de ma femme. La concurrence des femmes de l'homme, m&#234;me dans l'apocalypse. Le dernier appel, cat&#233;goris&#233; comme spam, avec une br&#232;ve description textuelle retranscrite sur mon r&#233;pondeur. Pas de r&#233;pit pour me proposer une nouvelle offre &#233;nerg&#233;tique en cette fin du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma femme &#233;tait au boulot. Je l'appelai. Aucune r&#233;ponse, &#231;a ne sonnait m&#234;me pas. Pas franchement &#233;tonnant vu le contexte.&lt;br class='autobr' /&gt;
La t&#233;l&#233;vision affichait maintenant 8 minutes et 30 secondes restantes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je d&#233;cidai d'appeler ma femme. J'appellerai ma m&#232;re apr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle d&#233;crocha. Je lui dis qu'elle devait se mettre &#224; l'abri dans une cave. Elle &#233;tait en pleurs et demandait pourquoi je ne l'avais pas rappel&#233;e. M&#234;me durant cette fin du monde je ne voulais pas assumer cette grasse matin&#233;e de cadre. &#171; J'&#233;tais occup&#233; sur un truc, je n'ai rien vu. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au ton de sa voix et &#224; entendre les explosions en fond, je compris la gravit&#233; de la situation, comme si tout ce que j'avais vu jusque&#8209;l&#224; &#233;tait irr&#233;el. Ce fut un choc. Le &#171; je vais mourir &#187; devenait vrai. Ce n'&#233;tait plus une blague ou une simple panne mondiale un peu excitante.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; T'es o&#249; ? Tu es &#224; l'abri ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On est au sous-sol de l'immeuble avec les filles du bureau, on attend, c'est une horreur, des gens essaient de rentrer, on a d&#251; bloquer la porte. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#199;a va ici, c'est relativement calme, pourquoi tu n'es pas rentr&#233;e ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pourquoi tu n'es pas venu ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#201;coute, reste &#224; l'abri, ne fais confiance &#224; personne, m&#234;me les filles. Reste o&#249; tu es, je vais venir te chercher, apr&#232;s. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8230;Je ne pense pas que ces conseils serviront&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On a eu notre temps. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On aurait pu mieux faire j'imagine. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On a fait au mieux. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Peach a encore mang&#233; une &#233;ponge ce matin avant que je me l&#232;ve. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle rigola et ajouta &#171; Promis on ira en acheter ce week-end &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je lui promis de la rappeler d&#232;s que je serais &#224; l'abri - et que je viendrais la chercher apr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
7 minutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il restait Peach, qui semblait chamboul&#233;e. On m'avait dit que les animaux avaient ressenti le tsunami en Tha&#239;lande de 2004 avant qu'il n'arrive sur les c&#244;tes. C'&#233;tait s&#251;rement la m&#234;me chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
En la regardant, je compris que Peach &#233;tait le seul &#234;tre vivant que je pouvais et surtout devais sauver. Peach repr&#233;sentait &#224; la fois mes amis qui donnaient de la nourriture de fa&#231;on plus ou moins discr&#232;te &#224; table, ma femme (c'&#233;tait son choix !) et mes parents qui la gardaient quand nous &#233;tions en vacances. Elle repr&#233;sentait m&#234;me la femme de m&#233;nage qui enlevait ses poils de l'aspirateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle &#233;tait debout &#224; me regarder. Toutes les personnes qui m'aimaient me regardaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il restait 6 minutes et 30 secondes - les conduites de gaz continuaient &#224; exploser dehors. Le temps filait vite. La proximit&#233; de l'ast&#233;ro&#239;de avec la Terre devait engendrer tous ces &#233;v&#233;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques minutes ne me permettaient pas d'aller bien loin, surtout avec un chien qui irait peut&#8209;&#234;tre renifler en toute inconscience les traces de pipi de ses pairs. N&#233;anmoins, et j'en remercie les architectes des ann&#233;es trente, je disposais de deux caves, dont une totalement enterr&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon t&#233;l&#233;phone vibrait et affichait encore le num&#233;ro de ma m&#232;re. &#171; Pas maintenant maman, je suis occup&#233;, merde &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pris des bouteilles d'eau que je balan&#231;ai dans mon nouvel abri de fortune. Je pris des piles. Un couteau suisse. Des sardines. J'&#233;tais absolument d&#233;sorganis&#233;. Je fis des allers&#8209;retours entre les placards pour prendre de la nourriture s&#232;che, fra&#238;che, des outils plus ou moins utiles, un oreiller, des m&#233;dicaments. Je manquai de chuter dans l'escalier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je descendis &#224; la cave.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'endroit ne disposait que d'une vieille porte sans encadrement, autrement dit : l'air passait. Je compris donc assez rapidement que je n'avais pas trop le choix que de combler l'encadrement. Ce furent donc les draps en gaze de coton qui allaient servir &#224; cette t&#226;che. En les mettant, je tombai par terre, le cul humide de terre battue d&#233;tremp&#233;e. &#201;videmment, rien ne tenait. Et puis, l'air passerait dans tous les cas. J'&#233;tais l&#224;, par terre, dans mon sous-sol, &#224; regarder ce drap &#224; 200 &#8364; qui pendait dans le vide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;alisme me frappa de fa&#231;on plus abrupte que lorsque j'&#233;tais au t&#233;l&#233;phone avec ma femme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma crypte de survie n'&#233;tait que partiellement enterr&#233;e, on voyait m&#234;me le soleil &#224; travers la porte. Elle ne faisait que quatre ou cinq m&#232;tres carr&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'avais que quelques litres d'eau tout au plus, et des bo&#238;tes de sardines. Je n'avais m&#234;me pas de quoi nourrir Peach. Si je survivais &#224; l'impact (&#233;tait&#8209;ce un impact ? Une onde ?), je ne pourrais de toute fa&#231;on pas tenir bien longtemps : je serais oblig&#233; de remonter. Est&#8209;ce que je serais irradi&#233; ? Comment serait l'air dehors ? Le bandeau affichait toujours l'impact d'ici 2 minutes. Je pensai &#224; mon fr&#232;re qui skiait dans les Alpes. Son plus gros probl&#232;me devait &#234;tre actuellement de descendre la piste noire sans se fracturer la cheville. C'&#233;tait donc cela ce qu'on appelle l'&#233;nergie du d&#233;sespoir ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Des dizaines de milliers d'ann&#233;es d'existence pour l'&#234;tre humain, et moi, qui, &#224; trente-cinq ans, allais visiblement mourir en f&#233;vrier entre la r&#233;union du lundi et mon week&#8209;end de Saint&#8209;Valentin en Normandie. Tout ceci &#233;tait si r&#233;el, si dense et si violent. Morose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pris la fuite, peut&#8209;&#234;tre plus rapidement que si je fuyais l'ast&#233;ro&#239;de fon&#231;ant droit vers moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait trop tard pour appeler ma m&#232;re. Elle comprendrait. J'avais Peach de toute fa&#231;on, c'&#233;tait ma multiprise sentimentale qui me connectait avec tous mes &#234;tres chers. Peach rattrapait mes trop nombreux moments d'&#233;garement sentimental.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'assis sur mon canap&#233;. &#171; Allez Peach, viens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout du compte, j'&#233;tais pr&#232;s de Peach, qui repr&#233;sentait dans ces derniers instants tout ce que j'avais toujours aim&#233;. Elle sauta sur le canap&#233; et se roula en boule contre moi. Je pris une photo de nous deux que j'envoyai &#224; ma femme. Le message apparut comme &#171; Lu &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8230; &#187; elle &#233;crivait une r&#233;ponse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je crois que l'on se verra vraiment apr&#232;s, tous ensemble. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je serrai Peach en pleurant et sentis l'onde de choc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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