Adrienne DHELVALLÉE – Les saisons intermédiaires – Les impliqués Éditeur

par BN

La récente petite structure « Les impliqués Éditeur », que l’auteur de ces lignes a eu l’honneur d’inaugurer ou presque (Le bateau a eu une avarie, 2014), poursuit son petit bonhomme de chemin avec un certain éclectisme, puisqu’elle nous propose des livres plus ou moins atypiques, ici un recueil de nouvelles d’un genre un peu particulier, qui s’apparenterait plutôt au « roman-par-nouvelles » cher à Jean-Noël Blanc. Rappelons-en le principe : de nouvelle en nouvelle, les personnages sont les mêmes mais à différents âges de leur vie, ce qui permet de reconstituer leur histoire en ne s’appuyant que sur les temps forts. Ici, trois femmes : Camille, Louison et Cécile témoignent tout particulièrement de leur enfance, de leur jeunesse, puis de leur vieillissement, des années 60 jusqu’à nos jours.
C’est Camille qui ouvre le feu, et on aime la suivre depuis le souvenir d’une de ses terreurs d’enfant (Le visiteur) jusqu’à l’humour avec lequel elle aborde la vieillesse qu’elle se sent prête à assumer « à condition de rester longtemps désirable »… Entre deux, Mai 68 sera passé par là (sous le titre Notre printemps), avec son cortège d’espérances folles et de désillusions cruelles qui infléchit toute une vie, plus peut-être qu’on aurait pu l’imaginer.
Entrent alors en scène Louison « et son fils », séquence moins convaincante, nous a-t-il semblé, car si les deux premiers textes consacrés à Louison correspondent à l’optique générale du livre (bien que leur brièveté nous laisse sur notre faim), on ne voit pas très bien comment s’y insèrent les deux autres, amusants, certes, mais qui nous ont paru un peu hors-sujet.
Heureusement, viennent ensuite les six nouvelles consacrées à Camille, deux à son Enfance, une à sa Jeunesse et trois à son Vieillissement : cette fois, on retrouve la thématique d’ensemble, qui s’enrichit ici de la manière d’aborder, par exemple, le passage inévitable que constitue la mort de la mère, ainsi que de mener son propre parcours du combattant dans les méandres des séjours hospitaliers, où seule une bonne dose d’humour empêche les éclopés de sombrer. C’est un bel itinéraire, qui se conclut sur Retour à Hauterive, Hauterive où se trouve la maison qui fut celle de la grand-mère de la narratrice, que celle-ci est tentée de racheter. Mais cet instant de folie oedipienne ne dure pas et Camille conclut joliment : « J’étais bien la fille de mon père : comme lui, je renonçai à appuyer sur les touches d’un clavier qui sonnait faux ». La lucidité est la qualité la mieux partagée par les trois héroïnes de ce recueil.