Nouvelle Donne publie !

Ce qui n’existe plus, Krishna Monteiro Éditions Le Lampadaire, 10€

(actualisé le ) par Sophie Germain

La plume de Krishna Monteiro est peut-être bien divine. Elle anime les objets : miroirs, lampes, coffres, livres... les lieux : escaliers, églises, cuisines, chambres... les animaux et les éléments : chiens, oiseaux, mer, vent, brume... créant ainsi un univers riche de contrastes, à la fois concret et baroque, alternant description minutieuse d’une page de la seconde guerre mondiale comme dans Monte Castello et déambulation symbolique, ponctuée de rituels étranges, comme dans Les croisements du docteur Rosa. Mais, avant tout, elle donne vie au verbe. Une parole puissante, baroque, gothique parfois, qui entrelace rêve et contemplation, regret et force vitale, intuition et mystère, en faisant revivre Ce qui n’existe plus. Les mots jaillissent des entrailles d’un coq de combat dans une métaphore cruelle du sacrifice de nos idéaux - Quand tu dormiras, je chanterai -, font surgir trois Parques modernes pour accompagner une femme dans une mort sublimée par un ballet maritime - Un enclos fermé comme un rêve -, portent le poids des secrets, des douleurs et des récits ancestraux dans ces nouvelles que le dernier titre éclaire d’un rayon mystique - Une âme en travers du corps.
Pour extraire de l’écriture cette « sève qui nous alimente », l’auteur sollicite la nature dans une synesthésie d’une poésie sidérante dont les plus beaux exemples se trouvent dans le bref et somptueux Suaire, deux pages gorgées de sensualité, repoussant l’absurde de nos existences dans « un goudron nocturne et serein », invitant le lecteur à aspirer à pleins poumons « un air embaumé par les polyphonies ».
Il faut aborder ce recueil en se laissant porter par le flot, par le rythme, sans résistance inutile, comme si l’on entrait peu à peu en transe. L’ouvrage est court et dense. Il mérite qu’on laisse le rationalisme à la porte pour une parenthèse envoûtante et que l’on suive le conseil donné par Ysé dans Le Partage de midi de Paul Claudel : « Il ne faut pas comprendre […]. Il faut perdre connaissance. »