Nouvelle Donne publie !

Éric Neuhoff – Les polaroïds – Éditions du Rocher 2018

par BN

Dire qu’Éric Neuhoff a tous les talents serait peut-être excessif mais force est de reconnaître qu’il passe d’un genre littéraire à l’autre avec une aisance et une réussite déconcertantes, qui lui ont d’ailleurs valu quelques prix. La nouvelle manquait à son palmarès, le mal est réparé avec ce délicieux petit livre intitulé Les polaroïds, dont la jaquette, très attirante, nous fait déjà rêver du Saint-Tropez ou du Canet-plage des années 60. Les polaroïds est donc farci de nostalgie, comme son titre peut le laisser supposer, mais pas seulement. À l’instar des fameux roudoudous ou des Mistral gagnants immortalisés par Renaud, qui ont laissé sur la langue de nos aînés le souvenir de leur goût sucré mais acidulé pour ne pas dire acide, les dix-sept petits textes qui composent ce recueil se sucent comme des bonbons au cœur desquels se nicherait, perverse, une saveur bizarre, piquante, amère peut-être.
Nostalgie, donc, dans beaucoup de ces nouvelles, nostalgie dont les héros essaient en vain de retrouver l’essence en retournant sur les lieux de leurs premières amours, de leurs premiers émois, mais en vain, le charme est rompu. D’autres ingrédients aussi, que l’on n’attendrait pas. Las peut-être d’évoquer le passé, celui des années enfuies et des bonheurs perdus, voilà que l’auteur se mêle de le réinventer et le résultat est désopilant, même si la mélancolie n’est jamais très loin. Si l’on en croit les divagations jubilatoires de Neuhoff, Jean Seberg n’est pas morte et tient un bistrot sur la Côte ; Patrick Dewaere et Gérard Depardieu ont inversé leurs rôles : le premier ne s’est pas suicidé et il est devenu une vedette internationale, tandis que le second est oublié de tous, la jeune génération ignorant jusqu’à son nom. Et ainsi de suite… L’inspiration est éclectique et l’imagination bat la campagne.
Un conseil, lisez tout le livre d’un trait si le cœur vous en dit, puis laissez-le sur votre table de chevet et relisez un texte de temps en temps, lentement, pour en goûter tous les sucs, parfois très délicats, les meilleurs étant bien sûr les plus subtils, ceux qui ne se révèlent pas forcément du premier coup. Je vous l’avais dit dès le début, ces nouvelles sont de véritables bonbons... Pardon, on disait bonbecs, je crois, en ce temps-là.