Parties communes, recueil collectif, éditions Antidata, 170 pages, 11€50

(actualisé le ) par NB

Parties communes est une excellente surprise : composé de 12 nouvelles toutes plus percutantes et savoureuses les unes que les autres, c’est un festival d’humour, composé sur le thème du voisinage, plus ou moins houleux, entre des êtres disparates ; et si certains personnages sont aigris, c’est pour notre plus grande joie. Ils échangent des petits mots bien sentis entre voisins ne pouvant pas se voir, au propre comme au figuré. Les deux nouvelles épistolaires Voisinage discret de Guillaume Couty et La demeure Painhall de Christophe Ségas se chargent de décaper au vitriol le thème que l’on pourrait croire rebattu des querelles de voisinage. Murielle Renaud, avec Le Mec de la table d’à côté, nous met l’eau à la bouche à plus d’un titre, tandis qu’Arnaud Modat, avec Tapage nocturne et neiges précoces, tente bien de doucher notre enthousiasme, mais sa morosité résolue de loser trentenaire en train de s’embourgeoiser à son corps défendant est tellement drôle qu’on en fondrait sous la douche. Anne-Cécile Dartevel lui emboîte scandaleusement le pas pour nous régaler des indiscrétions de squatteurs d’un autre âge sacrément gonflés (Vous et nous). Laurent Banitz (dont il ne faut sous aucun prétexte rater le recueil Au-delà des halos, chez le même éditeur) porte également sa pierre à l’édifice avec un Amédée désenchanté.
La palme de l’originalité revient à Philémon et Baucis de Malvina Majoux, qui revisite la fable antique et nous émerveille par son inventivité. Cette saynète, tout en dialogues donc, vaut son pesant de bois de hêtre ou de baguettes de Mikado, comme on voudra. PHIL passe son temps (et dieu sait qu’il en a, du temps, désormais !) à remonter le moral de BÔ qui refuse de jouer à Pierre feuille ciseaux (« tu fais toujours la feuille, ce n’est pas drôle ») et déprime sec depuis qu’il végète, figé dans une quasi-immortalité. Il le fait avec un lyrisme et une verve inépuisables qui se changent en comédie virulente dès qu’un mortel ou un Dieu pointe son nez dans le bosquet, afin de bien lui faire comprendre combien peu enviable est le sort des végétaux tenus en otage entre ciel et terre.
Je ne résiste pas à une petite citation :
PHIL— … J’ai décidé de ne plus travailler le dimanche.
BÔ— Ah et comment tu vas faire ?
PHIL — Je n’ombragerai plus. Je vais mettre tous les promeneurs à cuire sous mes branches. Tous les dimanches, paf ! Le coup du soleil !
BÔ — Tu es un arbre bien, Philémon, quand tu t’engages comme ça.
PHIL — Rejoins-moi, ravale mon ombre.
BÔ— Non.
PHIL— Pourquoi ?
BÔ— Parce que je refuse d’être un arbre. Je n’entrerai pas dans le système, même pour le contrer.
Dans un style bien différent, la verve « sévit » tout autant en zone urbaine, dans les quartiers des cités où Manitou, Édouard et Momo Maestro s’engueulent à coups de castagne, de crachats et de monosyllabes bien placés, que vient renforcer un langage corporel savamment décodé par un Benoît Camus très inspiré. D’ondulations félines en fanfaronnades intempestives, on les voit se jauger et s’agiter en une danse digne d’un West Side Story contemporain, qui nous fait passer un moment inoubliable (Ailleurs, les murs sont moins gris).
Décidément, se dit-on sous le charme de cette collection de perles, Parties communes est un recueil hors du commun, qui donne tout son lustre au genre, bien vivace, de la nouvelle.