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Trop de temps pour partir (nouvelles vagabondes) - Jérémy RAFFET 

Éditions Les Autanes, 2017

jeudi 24 août 2017 par BN

Ce recueil est sorti vainqueur du concours organisé par la petite maison d’édition Les Autanes. C’est aussi pour Jérémy Raffet une première publication. Deux bonnes raisons pour que nous en parlions.

« Fuir ! Là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres D’être parmi l’écume inconnue et les cieux… »

L’auteur aurait pu mettre en exergue ces vers de Mallarmé. En effet, parmi ceux qui choisissent le vagabondage (c’était le thème du concours), beaucoup fuient quelque chose, peut-être simplement la trop grande banalité de leur vie (Agathe dans Delphes – Grèce), le vide laissé par la mort de l’être aimé (Juan dans Ciciano – Italie), une relation conjugale qui s’étiole et n’a plus beaucoup de sens (Boston – Etats-Unis), à moins que les motifs soient plus philosophiques et moins accessibles au commun des mortels (Szimon dans Dunedin – Nouvelle Zélande) ou simplement plus confus... Les vagabonds n’ont pas forcément besoin d’excuses, d’ailleurs, pour justifier leurs choix de vie, comme le rappelle l’auteur dans sa préface. En tout cas, si les raisons de fuir sont nombreuses et variées, le but recherché tient en un mot : liberté, même si celle-ci doit se payer cher. Adèle, l’héroïne de l’épisode roumain, le résume très bien quand elle quitte celui qui lui a offert pendant un certain temps le gîte et le couvert sans rien lui demander et qui, maintenant, aimerait qu’elle pose son sac pour de bon : « L’écho de son âme qui lui indiquait de rester ressemblait trop à un ordre pour qu’elle veuille y céder… Elle ne voulait pas plier sous un besoin, elle voulait être sûre de son envie, elle voulait rester libre. » Cette nouvelle est sans doute la plus réussie du recueil, en tout cas la plus touchante et celle qui sonne le plus juste. Mais il est bon aussi, pour éviter tout manichéisme, que dans le dernier texte, à l’inverse, Agathe décide finalement de demeurer ou plutôt de retourner près de l’homme qui l’a séduite et qu’elle a tenté de fuir : « Elle ne doutait plus et savait que la force resterait à ses côtés ».
Quant à la construction du recueil, elle est pour le moins originale. Bien que les lieux qui servent de cadres aux onze nouvelles soient très distants géographiquement, tout se passe en 24h.La première histoire commence à 00h00 et se passe « Nulle part », la dernière à 23h36 et a pour cadre Delphes. Entre-temps, dans le sillage d’un vagabond ou d’une vagabonde, Jérémy Raffet nous aura promenés en Roumanie, en Espagne, en Nouvelle-Zélande, en Allemagne, en Italie, en Grèce, aux États-Unis, en Afrique et même en France... : l’errance n’a pas de patrie. N’hésitez pas à y suivre l’auteur, ses héros et ses héroïnes, vous verrez du pays !


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