Nathalie Barrié, notre amie et collaboratrice, nous a quittés après un vaillant combat contre la maladie. Notre tristesse est grande mais il reste sa plume, si piquante, si précise, et son sourire généreux. Nous lui rendons un hommage ému en l'écoutant chanter dans cette vidéo réalisée par Corine Sylvia Congiu.

Hommage à notre amie Nathaie Barrié

Le statut de la nouvelle littéraire en France (Partie #1) Première partie

(actualisé le ) par Jean-Michel Calvez

La nouvelle serait-elle un genre mal-aimé en France, voire un genre maudit ? La réponse dépendra sans doute de celui à qui l’on pose la question : auteur (mais auteur de quel type d’écrit ?), lecteur, éditeur, mais aussi libraire. Et pourquoi pas le « non-lecteur » ? Celui qui ne lit que l’actualité, la BD, les mangas ou, même pas cela, qui ne jure et ne lit que par le filtre de l’écran et donc, du « très vite lu » et « très vite digéré » ? Celui-là aussi en a forcément entendu parler, comme de la poésie. Même s’il n’en lit jamais, ni nouvelle ni poésie, il en a lui aussi une certaine image, sans doute floue et très incomplète, faute de s’y être vraiment aventuré.

1. Le roman : roi dans les cœurs…

En France, il semble que le seul auteur qui ait un vrai statut ou aura sur le plan social est l’écrivain, le romancier, l’auteur de romans. On mettra à part l’essayiste et l’historien si on limite la réflexion à la seule fiction. Mais le romancier, comme l’acteur ou le footballeur vedette, est un « personnage » du paysage social via l’image qu’en a le « grand public » ; on l’imagine riche, encensé et adulé, vivant de sa plume dans une sorte de château ou « tour d’ivoire » depuis laquelle il nous pond un roman l’an, se levant à l’aube pour s’asseoir devant son clavier. Le grand public a en tête quelques figures-types de romanciers : seniors masculins ou féminins sympathiques et souriants, dignes, bien élevés, entre deux âges voire âgés (on pense à Jean d’Ormesson, Delphine de Vigan, Marc Levy, Maylis de Kerangal…) ; à l’opposé, on trouve aussi quelques semi-misanthropes un peu bourrus : Michel Houellebecq, Jean-Paul Dubois, Pierre Pelot, Virginie Despentes, etc. Autre option, ces « jeunes pousses » surdouées qui « cassent la baraque » grâce aux réseaux sociaux (par identification à un public jeune) mais aussi grâce à une « belle gueule » qui plait ; bref, des personnages médiatisables et médiatisés : Edouard Louis, Alice Zéniter, Fatima Daas, Leila Slimani, Cécile Coulon, Olivier Adam… Ah oui, il y a aussi les « simplistes » au parcours fulgurant (Aurélie Valognes, Michel Bussi, Guillaume Musso et Marc Lévy, encore…) aux intrigues taillées sur mesures pour une masse de lecteurs plus occasionnels ou moins pointus, fans de lectures « de plage » ou autre, plus détendus du bulbe, ces lecteurs de romans feel good ou easy reading pas trop « prise de tête », comme il existe aussi des musiques classées easy listening. Dans tous les cas, les romanciers sont le résultat d’une success story à la française, des winners, membres éminents actuels ou en devenir d’une certaine élite littéraire et sociale enviée… Serait-ce parce qu’ils/elles passent à la télé, parce qu’on les voit et qu’on les entend partout, avant même de penser à les lire ?
Des auteurs ont eux-mêmes cultivé cette image élitiste en mettant en scène dans leurs fictions des auteurs (eux-mêmes ?) qui ont réussi, qui vendent par centaines de mille. Au point que tout auteur, même amateur et publié chez un éditeur obscur, se verra immanquablement poser un jour cette question dans les salons, chez des amis de rencontre, etc., question issue d’un grand malentendu entretenu avec le public et en particulier avec les non-lecteurs : « Et vous vivez de votre plume ? » Que répondre à cela ? Et que peut en dire l’auteur de nouvelles, bien plus déclassé encore ?

2. La nouvelle : mise sur le carreau ? Version réduite et mal aimée du texte long, ou genre en soi, autonome et avec ses propres règles ?

La nouvelle, face à cela, est le parent pauvre de la fiction. Les auteurs de nouvelles n’existent pas en tant que tels dans le paysage littéraire, ils doivent d’abord faire leurs preuves par un ou plusieurs romans ayant eu un succès notable, avant d’être enfin « autorisés » à publier leur recueil (mais un seul, de préférence !), souvent chez le même éditeur. La publication d’un recueil de nouvelles chez les éditeurs qui « comptent » (ceux que tout le monde connaît au moins de nom, via le Goncourt et autres prix hypermédiatisés) est donc une sorte de faveur (ou de récompense ?) accordée à l’auteur favori déjà adoubé par le public, reconnu, primé, médiatisé, bref, ayant déjà acquis un certain statut qui le rend bankable, ce qui limitera les risques financiers pour l’éditeur qui se lance avec lui dans « l’aventure » d’un recueil (et encore, simplement parce que l’auteur l’a souhaité… peut-être parce que lui aussi avait débuté en littérature par le texte court, mais n’avait jamais pu en publier).
Pourquoi ce traitement de défaveur ? Parce que la nouvelle est un genre casse-gueule ? Parce qu’elle se vend peu ou pas ? Oui, mais pourquoi ? Pourquoi le lecteur de fictions a-t-il besoin d’une solide caution pour acheter, ou ne serait-ce qu’ouvrir et s’intéresser à un recueil de nouvelles ? Ce même lecteur qui, tout en désirant rester lecteur, dit avoir de moins en moins de temps à consacrer à la lecture « parce que les enfants, le boulot, le métro, les écrans, bref, la vie », lui « pompent » tout son temps libre et son énergie. Ce lecteur contrarié, donc, ne se gênera pas pour acheter (lire, aussi ? ça reste à vérifier) le dernier Goncourt ou Femina dès sa sortie. Il dévalisera les libraires ou la toile pour l’avoir au plus vite mais, a contrario, il ne posera jamais la main sur un recueil de nouvelles, plus aisé pourtant à aborder par épisodes et par tranches, notamment dans le métro ou le train dont on vient de parler, l’un de ces lieux de « perte de temps », dans l’absolu, mais aussi et à la fois de « disponibilité forcée » pour ouvrir enfin un livre, fût-ce faute de mieux.
Alors, pourquoi ça ne prend pas ? Que se passe-t-il dans la tête du lecteur français ? Quels a priori le bloquent sur la forme courte ? Est-ce pour lui une littérature au rabais, d’auteurs qui n’auraient pas assez de souffle ou de mots pour oser la forme longue ?
Et il y a « l’autre » lecteur, celui qui touche aussi le clavier et lit parce qu’il écrit (ou est-ce l’inverse ?), qui se rend bien compte qu’avant de se lancer dans la Grande aventure-marathon du roman, mieux vaudrait tester ses talents à échelle réduite, et qui s’est souvent fait la main et exercé la plume sur l’écrit court. Parce que c’est plus facile, pense-t-il (hum, ça reste à prouver…) et que ça prend bien moins de temps (là, c’est plutôt vrai). Celui-là lit-il plus de textes courts que le lecteur de base ? S’y intéresse-t-il un peu plus ? Ça n’est pas si certain, parce que lui aussi a lu et vu partout, dans tous les médias, les romanciers portées aux nues. Quid des nouvellistes ? Jamais, ou si peu. Et lui aussi se retrouve pris au piège du même mirage entretenu. La nouvelle, ça ne serait qu’une mise en jambes pour le futur romancier, un terrain d’exercices, une rampe de lancement pour se faire la main ou la plume, un exercice, un rodage, un brouillon pas forcément publiable. Or, s’il pense ainsi, ne serait-ce pas aussi, justement, parce qu’on n’en publie pas, ou trop peu ?
A contrario, si la plupart des écrivains en herbe « chauffent leur plume en devenir » sur du texte court, alors la production de nouvelles doit être pléthorique et, dans un si vaste thésaurus enfoui dans les tiroirs et les disques durs devraient, forcément, se trouver des trésors, des perles méritant d’être exposés/publiés. C’est logique, du moins ça devrait l’être.
Demandez à n’importe qui dans la rue de citer le nom d’un auteur (disons un Français) ; il en citera bien quelques-uns, même s’il ne les a jamais lus. Demandez au même de citer le nom d’un écrivain nouvelliste ? Peut-être Philippe Delerm, depuis La première gorgée de bière qui l’a lancé ? Même pas certain. Ou alors, ce seront de « grands anciens » (souvenirs de lycée ?) : Maupassant, Poe pour les Anglo-saxons… Mais qui pensera à citer Claude Pujade-Renaud, Annie Saumont, Christiane Baroche, Marie-Hélène Lafon et quelques autres, qui ne déméritent pas face aux romanciers et romancières, loin de là, mais restent bien trop discrètes dans les palmarès et listes des lecteurs français.
Si l’on élargit la liste aux auteurs étrangers (souvent anglophones), on peut citer Alice Munro, prix Nobel de littérature 2013 : récompense impensable chez nous, pour une nouvelliste exclusive. Et on y trouvera assez vite Stephen King et d’autres auteurs d’imaginaire, un genre où la nouvelle est plus admise (et plus lue), bien qu’il y ait aussi beaucoup à redire, face aux ténors que sont, là encore, les romanciers. On note qu’il s’agit souvent, pour leurs ouvrages disponibles en France, d’auteurs anglo-saxons. Chez eux en effet, le problème n’est pas tout à fait le même ; il y a là-bas une vraie tradition du texte court, et celle-ci reste vivace chez leurs lecteurs. Il existe dans la science-fiction anglophone des prix littéraires annuels ayant un poids significatif (les plus prestigieux sont le Hugo et le Nebula, et il y en a d’autres). Des prix distinguant, selon la longueur du texte, quatre catégories « officielles » bien identifiées, inconnues ou très peu usitées en terres francophones : nouvelle, novelette, novella, roman. En imaginaire, la France n’est certes pas absente ; des prix littéraires y existent aussi (en SF, fantasy, fantastique…) tel le GPI annuel (Grand Prix de l’Imaginaire), le plus plébiscité de tous, qui inclut une catégorie Nouvelle. Mais l’aura de ces belles distinctions recherchées par les auteurs reste hélas limitée à la seule communauté des fans de science-fiction, ne touchant guère d’autre public.
Faut-il d’autres indices d’une relative désaffection pour la nouvelle et pour son réceptacle, le recueil (ou anthologie, si plusieurs auteurs y cohabitent), quel que soit le genre littéraire ? Il existe quantité de gros voire très gros romans, des cycles, trilogies et autres séries. En comparaison, le recueil de nouvelles est souvent bien maigre ; il se limite souvent à une sorte de fascicule à la pagination peu ambitieuse (moins de 250 pages, typiquement) et à un format discret : pas de « pavé dans la mare » pour la nouvelle, comme s’il était déjà suffisamment risqué de publier un recueil sans risquer, en supplément, d’effrayer le lecteur par un format ou un volume jugé dissuasif a priori. La nouvelle n’a donc pas la place ni même le « volume » qu’elle mérite dans la production littéraire francophone. Y aurait-il un lien secret entre le fait qu’une nouvelle soit brève par nature, et le fait que le recueil qui les contient se doive de l’être aussi, bref et réduit ?
Les rares exceptions à ce constat (traduites en français, mais non francophones à l’origine) sont à nouveau dans le domaine de l’imaginaire avec quelques monuments notables, en termes de volume et d’ambition. Tel le cycle Nouvelles au fil du temps, de Robert Silverberg, sélection commentée par l’auteur de 124 nouvelles, soit quatre volumes d’environ 700 pages chacun (anthologie préparée par Jacques Chambon, publiée chez Denoël dans les années 2000). Ou, plus monumentale encore, la « Grande Anthologie de la Science-fiction », collection thématique sous le titre générique récurrent Histoires de…  ; une somme en trois séries successives, et 42 volumes au total, publiée au Livre de Poche à partir de 1966, et jusqu’à 2005 pour la troisième et dernière série de six volumes, consacrée à la production française (les deux premières, soit 36 volumes, incluant exclusivement des nouvelles d’auteurs anglo-saxons). Deux exemples de référence, et qui attendent encore des successeurs dans d’autres domaines de la littérature. Si un auteur aussi reconnu que Robert Silverberg a écrit plus de 600 nouvelles, c’est sans doute parce qu’il est parvenu à les publier et parce qu’elles ont trouvé leur public, l’un induisant l’autre.
Pour ce qui concerne la littérature générale, on ne peut manquer de citer Récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov, monumental recueil de 146 textes, ou plutôt récits interconnectés, ouvrant à la rubrique qui suit sur l’interconnexion. Il s’agit de la juxtaposition de six recueils d’abord publiés séparément, réunis en 2003 chez Verdier en un volume unique de 1516 pages sur papier Bible. La dualité entre récit (authentique) et nouvelle (fiction) fait de ce recueil un hybride entre témoignage (récit à dimension historique) et recueil de fiction, acceptable par la volonté de transformer chaque récit en nouvelle plus ou moins autonome disposant souvent d’une chute, et mettant en scène une galerie de personnages réels, mais souvent renommés et anonymisés. Cela dit, on notera sur cet exemple qu’il s’agit à nouveau d’une traduction, ici du russe (en soulignant le travail monumental accompli, notamment sur des néologismes, chansons, etc.), et non pas d’une œuvre originale en français. Et ce recueil constitue un cas hors norme, par son volume et la convergence parfaite de son contenu pour décrire un univers « cohérent » (si l’on peut le dire ainsi, vu le sujet…)

3. Interconnexions

Sur d’autres aspects, l’univers et les auteurs d’imaginaire (parfois aussi leurs éditeurs, en réunissant leurs textes de façon inédite) ont innové et expérimenté aussi sur la forme, comme on vient de voir ci-dessus avec le cas hors norme de Chalamov, en imaginant une « synergie positive » entre fond et forme d’un recueil de nouvelles ou de novellas, ce que l’on connaît sous la notion de « nouvelles interconnectées » (en anglais : interlinked short stories with a singleness of purpose).
Certes, d’autres exemples existent en littérature blanche francophone ou traduite, assez dispersés, par exemple, dans la collection Babel d’Actes Sud, des coffrets thématiques de recueils de nouvelles ciblés sur un auteur contemporain, tel Aki Himazaki, avec 5 volumes de nouvelles de cet auteur qui, en vue d’ensemble, finit par faire un roman, avec une cohérence dans les personnages et l’histoire. Ce qui semble aussi être le cas en Suède ça avec une nouvelle formule de coffret thématique chez Novellix, dont parle Anne de Beauvillé, que l’on peut citer ici car, après ceux en langue anglaise, il y sortira à la rentrée 2022 un premier coffret en langue française, intitulé « Amants, amantes » ; il s’agit certes de classiques (George Sand, Guy de Maupassant, Marceline Desbordes-Valmore, Marcel Proust), mais l’initiative est louable, l’objet magnifique (4 livrets sous coffret cartonné 160 x 115), et l’intention, un fil conducteur amoureux entre quatre auteurs, superbe.
Pour en revenir au genre imaginaire, on citera par exemple Kirinyaga, une utopie africaine, de Mike Resnick, encensé et multi-primé lors de sa sortie en 1998 : 67 prix ou nominations ! Il a été publié en France en tant que roman, un terme explicitement affiché sur la couverture, sans doute pour des raisons purement commerciales ? Aux USA, le seul sous-titre était A Fable of Utopia. Ce « recueil-roman » se compose d’un prologue, de 8 novellas interconnectées et d’un épilogue (le tout sur 330 pages environ dans sa première version, puis de 420 pour le cycle complet).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Kirin...

Plus monumental encore : Les seigneurs de l’instrumentalité, de Cordwainer Smith, se présente en France en 3, 4, ou 6 volumes, selon les rééditions. Il se compose d’un cycle de 27 nouvelles et d’un roman, et ce cycle (réuni par l’éditeur) est considéré désormais comme un « grand classique de la science-fiction », et son auteur est jugé l’un des plus grands nouvellistes de SF au monde.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_S...

Autre ouvrage hybride issu du genre de l’imaginaire, L’archipel du rêve (1981), de Christopher Priest, auteur britannique inclassable depuis son troublant Monde inverti, une science-fiction hors norme assez déstabilisante, flirtant sans cesse avec le monde réel et ses limites. On cite pour mémoire un extrait de la quatrième de couverture, dans l’édition Denoël Lunes d’Encre : Chef-d’œuvre de la littérature érotique, construction intellectuelle qui relève autant de l’anticipation à l’anglaise que du roman psychologique, L’Archipel du Rêve est l’un des plus beaux ouvrages de Christopher Priest ; un maelström de récits interconnectés qui nous ramène aux apocalypses poétiques de J.G. Ballard.
https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27A...
On peut aussi citer les Chroniques martiennes, de Ray Bradbury (1950, aux USA), dans lequel la fusion entre nouvelles et roman atteint un sommet. L’ouvrage a d’ailleurs été présenté en France comme un roman (Denoël, 1954), si l’on excepte le choix d’un titre qui reste révélateur de sa nature réelle et du puzzle qui l’a constitué : à savoir des nouvelles publiées par Ray Bradbury entre 1945 et 1950 dans des magazines, complétées afin de constituer in fine l’ouvrage publié en 1950 sous le titre-chapeau The Martian Chronicles.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Chron...
Avec ces quelques exemples, certes assez rares dans la production mondiale, on voit que les auteurs et éditeurs, d’imaginaire principalement, ont investigué de nouvelles formes venant transcender le concept de nouvelle, et même celui de recueil, pour « oser » des ouvrages hybrides, innovants tant dans leur structure que leurs interconnexions. Et l’on se doit d’insister sur le rôle central de l’éditeur dans ces structures, ces constructions – pour ne pas dire ces « reconstructions », car l’écriture des nouvelles incluses dans l’ouvrage publié in fine s’étale souvent sur une durée conséquente. Pour ce qui est du cycle de Christopher Priest, par exemple, elles furent écrites/publiées entre 1978 et 1999. Ou entre 1988 et 1998 pour la version initiale de Kirinyaga, de Mike Resnick, avant qu’une édition ultérieure y insère une nouvelle supplémentaire datée de 2008, clôturant définitivement le cycle.
Cela dit, le genre imaginaire n’a pas l’exclusivité absolue du concept de nouvelle interconnectée. On citera l’influence de Sherwood Anderson et de son WInesburg, Ohio sur la nouvelle interconnectée, œuvre parfois considérée comme un roman fragmenté en nouvelles (voir Wikipedia) :
Ray Bradbury a reconnu en Winesburg-en-Ohio la source d’inspiration principale qui l’a conduit à écrire Chroniques martiennes. Quant à H. P. Lovecraft, il raconte avoir écrit la nouvelle Arthur Jermyn (1920), après avoir failli s’endormir en lisant les ragots colportés dans Winesburg-en-Ohio.
Henry Miller mentionne le recueil dès la première page de son roman Sexus, première partie de la trilogie La Crucifixion en rose. John Fante mentionne ce recueil dans son roman Rêves de Bunker Hill (1982) pour dire combien ses nouvelles lui ont donné l’envie d’écrire. L’écrivain israélien Amos Oz rapporte dans son roman autobiographique, Une histoire d’amour et de ténèbres, que Winesburg-en-Ohio a exercé une grande influence sur son art en lui prouvant que la littérature peut se passer de héros, et que ce ne fut qu’après l’avoir lu qu’il trouva le courage d’écrire.

Le roman Indignation de Philip Roth, publié en 2008, se situe en partie dans le collège de Winesburg, et son protagoniste occupe un poste de serveur dans la « Nouvelle pension Willard » (New Willard House). Enfin, Porter Shreve a présenté en 2014 une suite possible au livre de Sherwood Anderson dans son roman The End of the Book. On peut citer aussi Greetings from Below, de David Philip Mullins (ouvrage non traduit intégralement à ce jour), qui est tout à fait un recueil de nouvelles interconnectées – qui plus est particulièrement réussi.
https://www.publishersweekly.com/97...

4. Autres interconnexions en forme de conclusion

En conclusion, ce que donne à lire le nouvelliste est du vécu intense, secret, partageable par l’écrit, mais à mi-chemin entre le conte et la fable oralisés évoquant la tradition orale antique. La nouvelle touche à la sphère de l’intime, et elle gagne à être mise en valeur par le biais de l’enregistrement : le podcast, la lecture à voix haute en direct – ne pas oublier le conte du soir pour enfants, qui en est la toute première manifestation… et la première marche d’une future « addiction » à la lecture ? France Culture et un éditeur comme Rue St Ambroise proposent régulièrement des enregistrements en ligne de nouvelles contemporaines ; souhaitons que cette formule se poursuive et gagne même du terrain chez les adultes que nous sommes, qui « n’ont plus le temps de lire », disent-ils, pas même pour la nouvelle… mais qui pourraient se laisser convaincre par un autre mode d’inoculation de ce vaccin contre l’inculture, qui sait ?

Jean-Michel Calvez