Au moment où j’écris cet édito, les nouvelles ne sont pas bonnes, je veux parler des nouvelles du monde : fracas, blocus, famine. Sur nos écrans, dans nos journaux, tout n’est que ruines et cendres. Notre monde va mal. Alors, pourquoi écrire ? Et en particulier des nouvelles ? Nos débats sur la définition du genre, sur la nécessité ou pas d’une chute apparaissent bien futiles ! Alors qu’écrire s’avère l’une des meilleures façons de porter un regard lucide sur un monde chaotique et trop souvent tragique.
Parce qu’elle est brève, condensée, la nouvelle détient une force de frappe à nulle autre pareille. Je n’oublierai jamais l’image de ces deux amants découvrant sur une plage le cadavre d’une baleine blanche. Paul Gadenne (1907 – 1956), dans sa nouvelle Baleine [1], nous pose la question : Et maintenant, que pouvions-nous faire ? … La tête en avant, délaissée par les dieux de la mer, la queue pointant vers la falaise, la baleine continuait à s’enliser, à se dérober à nous. Métaphore d’un monde qui se meurt, telle une vanité hollandaise, cette nouvelle nous confronte à l’indicible. Nous n’avions cru ne voir qu’une bête ensablée : nous contemplions une planète morte.
Ces trente pages d’un style éblouissant et d’une beauté insensée ont marqué l’histoire de la littérature. Albert Camus ne s’y était pas trompé en les publiant dès 1949 dans la revue Empédocle.
Trente pages qui, à chaque lecture, dévoilent des profondeurs insoupçonnées. Car, et c’est là la force de sa brièveté, la nouvelle peut se relire à l’infini pour toujours nous surprendre par des significations qui nous avaient jusqu’alors échappé. Baleine porte un regard lucide et toujours actuel sur notre humanité tout en éveillant une forme d’espoir, quelque chose de ténu qui tient à la beauté, à la poésie.
Poétique, l’écriture de Georgia Doll l’est assurément. Vous la découvrirez en ce mois de mai dans la nouvelle : Une ville sans amour. Errance désabusée dans une ville où les histoires ne se terminent pas. Elles s’éparpillent, par-ci, par-là, finissent par être dispersées dans l’espace. Tantôt, on détient un bout de fil, tantôt, il vous glisse des mains. C’est la poésie des sacs poubelle qui dansent dans les arbres, un jour de vent… Quelle belle image !
Il vous faudra attendre le 1er juin pour découvrir l’étrange Peach pas bouger de Swan Verdier. Un titre intrigant pour une histoire au ton décalé où le narrateur et sa chienne pourraient bien ne pas survivre à la chute, mais n’en disons pas plus. J’avais Peach de toute façon, c’était ma multiprise sentimentale qui me connectait avec tous mes êtres chers. Peach rattrapait mes trop nombreux moments d’égarement sentimental.
Enfin, c’est avec un très grand plaisir que nous vous faisons part du premier marché de la nouvelle organisé par le Réseau de la nouvelle, les 30 et 31 mai, de 10 h à 19 h, rue Malebranche, Paris 5e. Rendez-vous incontournable pour tout amateur. Qu’on se le dise !
Relire Baleine de Paul Gadenne
Édito de mai 2026
