Spécial Saint-Valentin <3 : « Les caprices de Candie »

jeudi 15 février 2018 par Patrick Valmer

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Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2018

Ils étaient convenus de ne rien s’offrir. Surtout elle, en fin de compte, c’était son idée. Alors lui, il ne lui a rien acheté. Sauf qu’elle, elle lui a quand même offert quelque chose. Le pacte était brisé.
Steve est embarrassé, flaire le drame arriver. Tout sourire, Candie lui a tendu un paquet de la taille d’un livre, enrobé d’un papier cadeau rouge comme l’amour. Il l’ouvre et découvre… un bouquin. Quelle surprise ! Comble de l’angoisse, il y a une petite carte toute mignonne, la photo de deux chatons, au dos de laquelle la jeune femme a écrit : « Je t’aime mon Valentin ». Candie sourit, Steve se crispe. Dans sa tête, les idées se télescopent, les neurones paniquent. Il sait ce qu’elle aimerait entendre : « Merci ma chérie ! Attends, je vais te chercher ton cadeau ». Il sait aussi ce qu’il va lui dire : « Merci, mais… on n’avait pas dit qu’on ne s’offrait rien, non ? Je suis désolé, mais je ne t’ai rien acheté ».
Elle fera semblant de ne pas être vexée, mais en elle va bouillir, à feu doux, puis déborder et lui exploser à la gueule, profiter de cet incident pour lui cracher tout ce qui ne va pas dans leur couple, tout ce qu’elle pourra lui reprocher : égoïsme, manque d’attention, PlayStation et Ligue des Champions. Et sa tendance à trop picoler, sur ce sujet, elle ne va pas le rater. Steve le sait et n’ose réagir. Il a la sensation d’avoir ouvert son cadeau depuis une bonne heure alors que ça ne fait que cinq secondes en réalité. Le temps se fige, il frôle un début de tachycardie.
Steve feuillette son livre, relit la carte, répète un merci, gagne du temps. Tel le lièvre prisonnier de son terrier, il sait qu’il devra en sortir sous peine de se faire enfumer. Qu’importe, il ne le quittera qu’après avoir absorbé la dernière bouffée d’oxygène.
Dans le fond, il le sait bien, tout n’est plus si rose entre eux. À peine un an qu’ils se fréquentent et pourtant, il sent que quelque chose a disparu… ou est apparu. Les projets comme la passion se sont estompés, le missionnaire a pris le dessus sur la levrette, les menaces sur les promesses, la télé sur la tendresse. Est-ce que je l’aime encore ? se surprend-il à penser avant de culpabiliser dans la foulée, honteux.
Trente secondes à peine sont passées. Steve n’a encore lâché aucune information à Candie quant à la tournure qu’il allait donner à cette foutue Saint-Valentin. Dans les yeux de sa douce, il lit l’espoir et la sensualité. Sur ses lèvres à lui, se lisent l’incertitude et l’angoisse. Il se replonge dans son livre, feignant un intérêt grandissant.
Règle n°1 : quand une femme dit « je ne veux rien » ou « on se fait pas de cadeau », ça veut dire : « Si tu m’en fais pas un, t’es un homme mort ! » Putain, mais tout le monde sait ça, merde ! C’est un test ! Quel con je fais !
Steve repense à Noël, se dit que la vie est injuste quand on est un homme. Il avait acheté à Candie une superbe montre. Elle coûtait un bras, mais rien n’est trop beau pour le poignet de l’être aimé. Sauf qu’une fois déballée, Candie avait fini par lui avouer que bof, ce n’était pas son style. « Trop vulgaire »… soi-disant. Ce soir-là, il avait hésité entre se pendre ou l’immoler.
Règle n°2 : les femmes adorent les surprises… à condition de pouvoir les choisir.
Steve feuillette son livre et à la page 113, sent poindre un malaise. La garce ne s’est pas contentée de lui offrir un livre et une carte, non ! Planquées entre les feuilles, il débusque deux places pour le concert de Fishbach, sa chanteuse préférée qui, justement, passe en ville dans moins de trois mois. Le jeune homme est mitigé, tendance schizophrénie. À la fois heureux que Candie l’ait couvert de cadeaux et horrifié de devoir lui annoncer que lui, n’a même pas une rose à lui déballer en retour.
Soudain, Steve a un flash : dans moins de quinze jours, c’est Franz Ferdinand qui débarque dans la région. Un groupe de rock qu’adule Candie. Elle lui en avait parlé cinquante fois, il le sait. Mais elle avait acté le fait qu’il n’était pas trop fan, alors elle lui avait dit que ce n’était pas grave, qu’elle irait avec sa copine… l’autre conne de Jennifer. À moins qu’elle s’imagine que j’ai pris des places pour nous deux… Oh merde ! C’est ça le message.
Règle n°3 : quand une femme te dit que ce n’est pas grave, on est déjà au niveau rouge écarlate du Plan Vigipirate.

Bretzel, le petit bulldog noir de Candie, s’approche du couple et lève son regard triste en direction de Steve. Un timide soleil frappe aux carreaux, le jeune homme sans mot dire se dirige vers le frigo et attrape une bière.
— Bon…
— Bon… répond-il avec mimétisme. Pour tout dire, je n’ai rien…
« STRASBOURG, TERMINUS DE CE TRAIN ». Steve se réveille brutalement, le dos cassé en deux, des fourmis dans la main et le côté gauche du front ventousé sur la fenêtre. La moitié du wagon est debout et s’agite, le couloir sature. Il est 18h. Zombifié, il s’extirpe du TGV, allume une cigarette au goût infect, sort de la gare et se dirige vers les boutiques du centre-ville. Petit budget, guère d’idée et tout va fermer. Une boite de chocolats et un bouquet de roses rouges feront l’affaire. Classique mais imparable. Allez zou, à la maison !
Candie est là, il l’embrasse et lui tend les fleurs, puis les sucreries. Pourtant, ils étaient convenus de ne rien s’offrir. Surtout lui, en fin de compte, c’était son idée. Alors elle, elle ne lui a rien acheté. Sauf que lui, il lui a quand même offert quelque chose. Le pacte était brisé.

Candie est embarrassée, flaire le drame arriver.

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