Up-dating Cendrillon

lundi 25 avril 2016 par Laurent Gonzales

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Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2016

Caroline Tissègne, dans sa petite robe rouge d’été, trépigne, rechigne, râle et vitupère. Fairouz, sa copine (mais plus pour longtemps tu vas voir !) trottine devant elle et la tire par le bras. Elle porte une robe moulante noire et elle est perchée sur des escarpins du même noir (mais avec des paillettes « chic et glamour »).
— Lâche-moi ! C’est une mauvaise idée. Qu’est-ce que tu veux que j’aille y faire ?
— Allez ! Je t’ai inscrite. Je t’ai « marrainée », ça me fait des points en plus. J’aurai plus de contacts sur Meetic après.
— Tu parles d’une marraine ! Et moi dans tout ça ? Qu’est-ce que tu veux que j’aille faire à un speed dating ? Un « speed dating beur » en plus ! J’suis même pas beur, Fairouz !
— Caroline, tu es brune ! Fais pas ton intégriste !
— Mais chuis mal habillée. Laisse-moi au moins passer chez moi me changer !
— Tu es TOUJOURS mal habillée. (Roulements d’yeux consternés de Fairouz). Ta petite robe rouge c’est ce qui te va le mieux. Je te prêterai un sac à main, trop la honte ton sac à dos Quechua. J’en ai toujours un ou deux de secours dans la voiture. (Twingo orange, « vintage seventies » pour Fairouz, « citrouille » pour Caroline.)
— Mais…
— Y’a pas de mais !
— Et puis j’ai aucune chance. Et ça m’intéresse pas…
— Ne sois pas défaitiste. Si tu fais ta tête de six pieds de long, les mecs, ils vont même pas te calculer. Souris pour une fois.
— Flûte ! Et puis c’est quoi cette idée de « Speed Dating Maghreb ». Tu te spécialises ? C’est le retour aux sources ?
— J’me spécialise pas. Je segmente le cœur de cible. Je vise des niches du marché des beaux gosses. Ça n’a rien à voir avec mes origines. D’ailleurs, la semaine dernière, j’ai fait « Shalom Speed Dating ». Tu vois, je suis large d’esprit. Je m’appelais Shoshana. Cosy non ?
— N’importe quoi ! Tu vas finir par avoir des problèmes avec tes plans foireux.
— Allez ! On va rigoler ! Qu’est-ce que tu as à perdre de toute façon ?
Et donc, après les essais de sacs à main (Fairouz en avait cinq. Comment fait-elle pour stocker tout ce matos dans un coffre de Twingo ?) et après un vague maquillage… (Eh ben ! C’est pas grand un rétroviseur de Twingo !) les voilà devant le « Prince Paradise ».
Après le passage de la sécu, la grande Fairouz, impériale, fait son entrée dans la salle. Caroline, poisson-pilote, barbote dans son sillage et dans sa petite robe rouge. À l’arrivée de Fairouz, le temps s’arrête, les conversations s’arrêtent, les regards s’arrêtent (sur elle, le plus souvent). Des glaçons tintent dans des verres. Des espoirs naissent. Des bras m’en tombent. Fairouz joue à domicile, sur son terrain (de chasse). Du haut de son mètre soixante-douze, elle jauge et juge l’assemblée (les proies mâles et les rivales femelles). Son épaisse chevelure noire cascade sur ses épaules, étendard flamboyant en pays déjà conquis. Elle sait l’effet qu’elle fait, la Fairouz ! (La bougresse !)
Fairouz, en experte, confie à Caroline :
— Bon, y en a trois ou quatre de pas mal, voire de jouables. On repart pas tout de suite.
Caroline (qui, aux antipodes de son amie, est plutôt petite, discrète et aux cheveux courts) se dit : « Mais qu’est ce que je suis venue fiche ici ? Elle m’y reprendra plus la grande gigue berbère ! ». Elle n’en mène pas large, se cache derrière sa grande copine et donc, comme précédemment prédit, ne sourit pas. En plus, elle est sûre qu’elle ne passera jamais pour une beurette. Deux grandes pancartes clignotantes sont comme suspendues au-dessus de sa tête et indiquent en fluo quelque chose du genre : « Normande depuis 10 générations » ou « 100% pur porc ». La panique la gagne. Elle va se faire tèje, c’est sûr. C’est alors qu’un grand type en costard sombre et cintré s’avance vers elle, d’un pas décidé et un taser à la main. Un type de la sécu ! Il va la caraméliser ! Ah non mince ! C’est pas un taser, c’est un verre !
— Salam, ma sœur, tu veux un drink ?
Soulagée, Caroline pousse un soupir : J’veux bien, je suis super flippée ! Et le grand baratineur, sûr de lui, de l’entreprendre : T’en fais pas… C’est ta première fois ? Non pas possible ! Une belle demoiselle comme toi…
La « mignonesse » de Caroline (néologisme Fairouzien) semble compenser indéniablement ses origines maghrébines lointaines. (À dire vrai, plus trop renouvelées depuis Charles Martel). Il baratine et Caroline se détend. Même si ce type n’est pas le sien (de type), il est plutôt pas mal et c’est plutôt flatteur.
Gong ! Début du speed dating. On appelle les numéros. D’abord les dames. Caroline a le numéro 16, c’est écrit sur son badge, avec son prénom : Rachida. (RACHIDA ! Fairouz, ma sœur. Wallah ! Tu vas déguster !). Caroline, rouge de honte (et même si ça va bien avec sa robe) va vite s’asseoir. (En plus, le « frère » au drink commence à être lourd.)
Ensuite, à l’appel de leur numéro, les hommes vont s’asseoir en face d’une proie (ou d’une prédatrice, c’est selon). Ils sont légèrement en surnombre. Fairouz a expliqué à Caroline : « Ça s’appelle l’organisation contrôlée de la pénurie pour créer la demande par la valorisation de l’offre ». (Oui, Fairouz est moins bête qu’elle en a l’air déluré. Même si l’un n’empêche pas l’autre.)
Gong ! Sept minutes chrono : la parade nuptiale commence. Sourires crispés, poignées de main moites ou sèches, vouvoiement ou tutoiement, ventres qui se rentrent, décolletés qui se cachent (ou s’exposent). En brames virils ou roucoulements langoureux, tout y passe : profession, diplômes, projets, voyages, centres d’intérêt… Ça se termine (parfois) par un échange de 06. Fairouz a bien recommandé à Caroline d’en apprendre un faux par cœur pour « ceux qui craignent vraiment ». (Et, après cinq coups de gong, force est de constater que Rachida-Caroline n’a jamais donné son vrai numéro).
Pourtant, ils sont tous là, un bel échantillon de mâles représentatifs du marché du célibataire : les beaux ténébreux machos qui se fabriquent un cœur tendre pour sept minutes, les petits trépignants rigolos (« femme qui rit… »), les rondouillards gentils, les quarantenaires divorcés qui mentent sur leur âge, les ingénieurs tristounes qui exposent leur argumentaire en trois points d’un ton morne et froid. (En un : stabilité, en deux : sécurité, en trois : confort.) Caroline ne peut s’empêcher d’imaginer le « chef de produit » qu’elle a en face d’elle en train de lui faire un powerpoint marketing de lui-même. Avec plan-conquête du marché, consolidation du segment et retour sur investissement à moyen terme....
Fairouz, elle, cingle, déjoue, rembarre et rabroue les « No way ! Man ! Même pas en rêve ! » Et elle séduit, papillonne des cils, hypnotise du décolleté les quelque trois ou quatre garçons « sinon l’homme de ma vie, à tout le moins un bon coup ».
Mais ce jusqu’à Hakim. A priori, Hakim, c’est pas son genre à Fairouz. Son genre, c’est plutôt « grand, sportif, séducteur mais pas coureur, tendre mais viril, attentionné mais pas envahissant. » C’est sur son profil Meetic. (Caroline, acerbe : « Ma vieille, j’ai trouvé ton homme idéal. C’est un berger allemand ! ») Hakim, lui, n’est pas très grand, ni très costaud. (« Mais hé ! Hein ! C’est pas un nabot malingre non plus », se défendra plus tard Fairouz auprès de Caroline. « Il est longiligne. Voilà : longiligne ! ») Par contre, Hakim : épaisse tignasse de cheveux noirs, grand sourire, long visage harmonieux, mains fines et élégantes. Et surtout de grands yeux noirs. Noirs et intenses, très intenses (« Caroline, ma chérie ! Il a farfouillé dans mon âme ! ») Et alors, en plus : « Oh my God ! s’est exclamée Fairouz, t’as une coque d’iphone Isaac Reina (473 euros). Trop hype ! » Elle en a caressé le cuir (« façon poulain ») et du coup le bout des doigts du beau Kabyle. Il en a sursauté, rougi et marmonné faussement modeste : « Oh je ne sais pas, tu sais, c’est un cadeau ». Et donc Fairouz et Hakim : électricité voire coup de foudre. En tout cas : palpitant qui palpite, sourires ravageurs qui ravagent, yeux qui brillent, voix qui tremblent, lèvres qui s’humectent.
Pendant ce temps-là, Caroline fait face à Mourad. Tout timide, tout fin, pâlot, cheveux ébouriffés, petites lunettes rondes. Mais mignon ! (« Une tête de petite pomme qu’on a envie de garder pour la soif et de caresser ses cheveux-n’importe-quoi dans un canapé, un dimanche de pluie, devant Drucker. ») Caroline s’est redressée sur sa chaise, a réajusté sa robe. (Demain, c’est promis, elle s’achète de VRAIES fringues !) Elle s’est recoiffée de la main droite. (Comme quoi c’est pratique les cheveux courts.)
— Salut !
— Salut.
— Moi, c’est Mourad.
— Euh… Rachida (Fairouz ! Je t’appellerai Marguerite jusqu’à la fin de tes jours !)
— Eh bien ? Vous voulez que je me présente ou vous voulez commencer ?
— Euh ben… Comme vous voulez… (Quelle gourdasse, molle du genou ! se morigène Caroline.)
— Bon, bin je vais commencer… Eh bien, en fait, j’ai 27 ans et je suis chef d’entreprise dans l’informatique.
— Ah, super, c’est bien ! (Merdouille, un geek ! Manquait plus que ça !)
— En fait bon, c’est ce qu’on m’a dit de dire. Mais… je suis juste gérant d’un petit magasin de réparations informatiques, dans un centre commercial, en banlieue.
Caroline sourit, ce qui ne manque pas d’ébranler notre Mourad. (Quand elle sourit, elle est même SUPER mignonne !)
— Ah bon ? Mais alors du coup « chef d’entreprise en informatique » c’est quand même vrai… Non ? (Caroline, ma fille, dis au moins UN TRUC intelligent !)
— Oui si on veut… Et vous ? Qu’est-ce que vous faites ? Je veux dire, dans la vie ?
— Je suis en hypokhâgne, je prépare Normale sup’.
— Ouhaou ! Une intellectuelle alors ?
— Euh… Ah ! Ah ! (Rires gênés) Certainement pas ! Mais au fait ? Pourquoi tout à l’heure vous avez dit « on m’a dit de dire » ? Vous êtes pas en garde à vue ici.
— En fait, j’accompagne un copain. Le beau brun là-bas, Hakim. (Oui, oui ! Le Hakim de Fairouz !) Il m’a forcé à venir et m’a dit ce que je devais dire. Enfin, « forcé », c’est pas non plus une corvée, hein… Toutes les filles sont charmantes… Enfin, je dis pas ça pour vous… Enfin non ! Vous êtes charmante. Mais je veux dire, vous, je vous mets pas dans le même panier… Enfin, en général, j’mets pas les filles dans des paniers… Mais… Euh…
Caroline rigole :
— Ah ! Ah ! Je suis curieuse de voir comment vous allez vous dépatouiller de ce monceau de goujateries maladroites.
Mourad rigole à son tour.
— Vous êtes cruelle ! Je suis nul… En fait, c’est la première fois que je viens à un speed dating. J’ai du mal.
— Ah bon ? Moi aussi c’est ma première fois. J’accompagne une copine aussi. La grande brune là-bas qui parle à votre ami. Fairouz.
— Wahou !
— Oui « Wahou » c’est son deuxième prénom !
— Non mais c’est pas ce que je voulais dire. Je veux dire, elle envoie. On la remarque. Enfin, c’est pas qu’elle est voyante mais… Aaaaah ! J’suis nul !
Mais Caroline éclate de rire, regardant son petit cavalier trop trognon se noyer, sans lever le moindre petit doigt. Il est trop touchant.
Fairouz et Hakim, eux, s’apprivoisent. Ils se découvrent des affinités. Fairouz avoue, minaudant, sa réussite sociale : « Moi, je suis dans le luxe. J’suis hôtesse-d’accueil-vendeuse-showroom-privé chez Prada-Paris. J’fais dans les émirs du Golfe, avec l’arabe, ça aide. »
Hakim est aussi dans le luxe : majordome dans un grand hôtel parisien. « Un palace… mais je peux pas trop dire lequel, vu que je côtoie du V.I.P. tu comprends… D’ailleurs, l’iphone Isaac Reina, c’est un cadeau d’un acteur américain pour un service que je lui ai rendu. J’peux pas en dire plus… »
Du coup, au coup de gong : échange de numéros de portable. Le vrai pour Fairouz. « J’espère qu’il me file pas un bidon. Sinon c’est un rat puant débile », anticipe anxieuse la jeune femme. Hakim ajoute :
— Je dois filer, je prends mon service à minuit…
— Bon eh bien bonne soirée.... On se téléphone alors ? (Mince ! Mince ! Elle l’a dit « trop aux abois ».)
— Promis juré !
Et Hakim, le beau beur brun, souple, léger et manifestement en retard, se faufile entre les tables. Avant de quitter définitivement la salle, il prend le temps de se retourner et de faire un p’tit clin d’œil à Fairouz (trop classe !) Cela finit de faire fondre notre Fairouz.
Crissement de chaise, retour à la réalité : un Rachid ou un Abdel quelconque s’assoit devant Fairouz. Elle regarde sa montre. Ça va être long sept minutes ! Mais, dans le sac à main de Fairouz, sa sonnerie SMS retentit. Accélération cardiaque. Et si c’était déjà Hakim ? Elle ne peut pas s’en empêcher, s’excuse du bout des lèvres auprès de son vis-à-vis, sort son téléphone et alors un doute l’étreint. « Mais c’est pas le mien ! C’est celui de Hakim ! » Elle caresse le « façon poulain » de la coque Isaac Reina. Pourtant c’est bien son portable à elle… Elle reconnaît ses applis, sa sonnerie et le fond d’écran (à Marrakech avec Amélie et Caroline). Qu’est-ce que c’est ce bazar ! Elle décroche le SMS et le lit ! « Gong ! Gong ! Fin du speed dating ! Ne donne plus ton numéro à PERSONNE. signé : H. » C’est bien le numéro de Hakim. Qu’est-ce qu’il a fait ? Il a échangé nos housses de mobiles ? Mais quand ? Comment ?
Elle se lève. Ment gentiment à son « partenaire » : « S’cuse ! Une urgence ! » Fait de grands gestes à Caroline en lui désignant la porte. Du coup, cette dernière en profite pour lâcher en plein vol son vis-à-vis à elle. (De toute façon, elle n’arrêtait pas de faire des coups d’œil et des sourires à son Mourad qui faisait de même trois tables plus loin.) Voyant les deux donzelles se précipiter vers la porte, il panique. (Ah non ma petite, je ne vais pas te lâcher comme ça !)
Mourad sort dans la rue à la poursuite des deux jeunes femmes, les rattrape. Fairouz a son portable à l’oreille. Elle fulmine et tremblote. (« Il répond pas. Hakim. Il répond pas. Je lui ai envoyé un SMS et il a pas répondu ! ») Caroline fait vite les présentations (Fairouz : Mourad, Mourad : Fairouz.) Fairouz explique le coup de la coque Isaac Reina, le départ de Hakim à son boulot. Il faut qu’elle lui rende tout de suite, immédiatement. « J’suis pas une crevarde ! » (Et puis comme ça elle le revoit tout de suite. Quelle classe ce mec ! Il FAUT qu’elle le revoie recta immédiatement !)
Caroline explique que Mourad est pote avec Hakim, qu’il doit savoir où c’est qu’il bosse non ? Fairouz : Ah oui ? Quel palace ? Tu dois le savoir toi !
— Palace ? (Mourad circonspect) Euh…
— Allez-dis nous ! demande Caroline. Fairouz est déjà en train de googler « palaces parisiens » sur son iphone. Fébrile, elle s’accroche au bras de Mourad :
— Allez, il m’a dit un palace, y en a pas tant que ça ? Le Meurice, le plaza, le George V ?
— Un palace euh ? Eh bien... En fait…
— Il t’a pas dit où y bosse c’est ça ? À cause de la clause de confidentialité spéciale V.I.P. c’est ça ?
— Oui c’est ça ! La clause V.I.P. ! Eh ben non j’sais pas son palace en fait.
— C’est pas grave. On va tous les faire. Vite, à la Twingo. Tu sais son nom de famille au moins ?
— Oui : Cherfi.
— Cool. On fonce.
Et Fairouz, accompagnée de Caroline et Mourad, à fond dans sa Twingo, se rue vers le Plaza Athénée. (Le plus prêt : merci GPS !) Chou-blanc. Elle décide d’écumer tous les palaces de la place pour trouver le prince Kabyle Hakim à qui siéra le mieux la coque iphone 6 Isaac Reina (toujours à 473 euros). Caroline est à l’avant et Mourad juste derrière elle. (Par contre, une Twingo, c’est super pour la proximité des passagers, les doigts de Mourad sur le dossier devant lui viennent parfois effleurer l’épaule de Caroline, frisson, rougissement et petits rires nerveux.) Mourad est dubitatif sur la démarche et essaie de dissuader Fairouz de son initiative. « Y a des centaines d’employés… Il pourra pas sortir… On te laissera jamais entrer ». Caroline tente de dissuader la dissuasion. « Tu sais, Fairouz, quand elle a une idée en tête… »
Au troisième Palace, le George V, alors que la Twingo orange est garée entre une limousine noire ébène et une Ferrari rouge tradition et que Fairouz s’est engouffrée en trombe dans le Hall du palace au grand dam du groom ébaubi, George se racle la gorge :
— Rachida…
— Hein ? Oui ? (Elle s’y fera jamais, à ce Rachida).
— En fait, faut que je te dise un truc… Hakim, il est pas majordome dans un palace. Il est gardien de nuit à l’Étap’ hôtel de Sarcelles. Dans le même centre commercial que ma boutique. C’est comme ça que je le connais.
— Quoi ?!
— Oui, j’sais pas ce qu’il lui a pris. C’est plutôt un gars correct. Elle a dû lui faire un effet pas possible ta copine, pour qu’il sorte ce bobard. Par ailleurs, c’est alimentaire gardien de nuit. C’est un super magicien. Il fait des spectacles et tout. Dans des soirées et des mariages pour l’instant. Mais il est super, vraiment. Ça m’étonne pas qu’il ait escamoté la coque de tél’ de ta cop’.
— Mince ! Mais moi je connais Fairouz. Elle va le tuer.
— Il doit être mortifié. C’est pour ça qu’il répond pas.
— Il peut ! Mince ! Ça se fait pas ! Mentir à un speed dating ! (Hum ! pense Caroline-Rachida.)
— Bon écoute, je vais appeler Hakim, il reconnaîtra mon numéro.
Il sort de la voiture. Discute au téléphone en faisant de grands gestes. S’énerve, supplie et argumente. C’est pas gagné. Ensuite, il revient dans la voiture mais cette fois s’assoit à la place du conducteur. Il explique :
— Il a une idée. Il veut que j’emmène Fairouz à son « palace », à l’Étap’ hôtel. Il lui dira de vive voix. Mais faut que Fairouz y aille les yeux bandés, en prétextant que c’est rapport à la clause.
— Quoi ?! Mais t’es dingue ! Elle voudra jamais !
C’est à ce moment là que Fairouz rejoint la voiture. Mourad déroule son argumentaire et Fairouz… accepte ! Elle trouve ça même « super romantique ! » (Quelle conne !)
— Toi aussi Caroline, faut que tu mettes un bandeau, c’est pour la clause ! (Fairouz a plein de foulards Hermès chinois chicoss dans son coffre, ça tombe bien.)
Et nous voilà sur le parking de l’Étap’ hôtel de Sarcelles. Mourad ouvre la porte aux demoiselles. Elles descendent de voiture, les yeux bandés, guidées par Mourad. Hakim, penaud, les rejoint sur le pas de la porte.
— Vous pouvez enlever les foulards.
Ce qu’elles font et découvrent l’enseigne lumineuse « Étap’ Hotel 44 € la nuit (sans petit déj) ». Hakim est juste en dessous. Fairouz est bouche bée (rare !). Caroline s’apprête à la ceinturer si elle saute au cou du p’tit salaud de Hakim (mais qu’il est beau le salopard !)
Alors il dit :
— Je suis désolé Fairouz ! Je suis pas majordome, je suis veilleur de nuit ! Je viens de te rendre ta housse iphone, elle doit valoir plus que la mienne. Je l’avais achetée deux euros à un pakistanais, métro des Lilas.
— Quoi ?!
Fairouz farfouille dans son sac. Elle en sort son portable, avec sa coque d’origine et… une rose rouge ! Mais comment il fait ça ? Elle regarde à nouveau Hakim. Il tient une rose rouge à la main. La même que la sienne ! Fairouz en reste bouche bée (un record intergalactique de silence Fairouzien, jauge Caroline).
Hakim lui tend sa rose rouge :
— J’suis désolé, j’te demande pardon.
Et Fairouz, les larmes aux yeux :
— Ben… Moi en fait… je suis en fac de socio et vendeuse à mi-temps au C&A des Halles.
Et Mourad, la voix étranglée :
— Moi, j’ai vraiment une petite boutique d’info.
Mais il se tourne vers Caroline :
— Par contre, j’suis pas beur. Je m’appelle George. Je suis Picard.
Caroline : Quoi ?!
Fairouz : Mais Caroline, c’est évident ! Il est pas plus arabe que moi je suis norvégienne. George (ex-Mourad) : Quoi ?! Caroline ?!
Caroline, penaude à son tour (fallait que ça arrive) : Oui, je m’appelle Caroline. Et j’suis pas en hypokhâgne, j’suis en licence de socio.
Hakim (qui s’appelle vraiment Hakim) : Moi, je suis transsexuel.
Les autres : Quoi ?!
Hakim, qui rigole : Non ! Ça c’est pas vrai !
Et les autres éclatent de rire. George-Mourad prend le bout des doigts de Caroline-Rachida. Hakim plonge son regard de braise dans celui de Fairouz et lui glisse sa rose rouge entre les doigts.
Hakim : Bon, j’connais le meilleur kebab du monde sur le boulevard Stalingrad. C’est moi qui régale.
Et cinq minutes plus tard, la Twingo orange fonce vers son destin (et le kebab). Fairouz et Mourad à l’avant. Caroline et George à l’arrière (Et vive les Twingo pour les frottis-frottas faussement involontaires des épaules et les genou-contre-genou de même.) Et gong ! Sonne le douzième coup de minuit. Mais la Twingo reste citrouille, les princesses restent belles et les princes… charmants !


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