Édito de MARS 2026
Le titre de cet édito m’est venu quand, cernée d’un rideau de pluie continu et de cœurs en papier crépon rouge vif dégoulinant le long de toutes sortes de vitrines, de la parfumerie au fast-food en passant par la pharmacie, je déambulais dans les rues d’une Saint-Valentin mélancolique au rythme entêtant d’un tube de Lio [1]. « Hé ! toi, dis-moi que tu m’aimes, même si c’est un mensonge, puisque je sais que tu mens »… Amoureux solitaires, ambiance années 80, entre désenchantement et insolence, j’ai bien failli me laisser gagner par le rejet viscéral du marketing de l’amour tout en étouffant une incurable aspiration aux clichés les plus niais du romantisme. Mais j’ai vaillamment résisté à la tentation. J’ai repoussé la tristesse, tenu en respect le cynisme. J’ai convoqué le fameux « mentir-vrai » cher à Aragon [2] et à Jouvet [3], les deux Louis, du livre à la scène, pour me souvenir que la fiction, l’imagination, l’illusion, sont de puissants révélateurs de vérité. Et j’ai eu envie de lire ; à l’abri des pages tournées, de trouver que j’étais chanceuse d’être là, que ces fleurs, ces bibelots, ces guirlandes, ces empreintes de baisers, étaient sans doute le meilleur rempart contre la dureté du monde pour peu qu’on choisisse nous-mêmes d’y mettre de la sincérité. Soyons donc des amoureux sincères, des amoureux littéraires, des amoureux de belles lettres, auteurs ou lecteurs. Ce n’est ni le couple atypique dont Les ailes de papillon frémissent dans la nouvelle de Sofia Rybkina que vous découvrirez ce mois-ci, ni celui qui, en avril, illuminera le trajet de Destination mardi matin de Catherine Boucher qui me donneront tort.
Puissent ces récits vous toucher au cœur et vous guider en douceur vers le printemps.
Sophie Germain






